‹ La D'Arsonvalisation dans l'hypertension artérielleChapitre 33 sur 51 · CHAPITRE HI · texte numérisé non relu

CHAPITRE HI

Action de la d'Arsonvalisation sur le cœur.

Baisse en deux temps.

Elévation de la pression artério-capillaire.

Interprétation de l'action physiologique.

Levée du spasme. — Tension récurrente.

Un des premiers effets de l'hypertension artérielle est de retentir sur le cœur, par la lutte qu’elle oblige à soutenir pour vaincre l'obstacle que rencontre à la périphérie la colonne sanguine. De cette lutte, résulte une hypertrophie du muscle, qui se produit de bonne heure, et devient elle-même un signe d’hypertension artérielle.

Plus tard, fatigué, le cœur se laissera forcer; la dilatation remplacera l’hypertrophie et entraînera comme conséquence une hypotension fonctionnelle qui se substituera à l'hypertension. Et cette baisse de pression sera de fâcheux augure, car, loin de témoigner de la disparition du processus morbide, elle prouvera qu'aux lésions déjà existantes est venue s’adjoindre la déchéance d’un organe, trop souvent précurseur de la déchéance de l’organisme lui-même.

Nous devions nous demander ce que devenait ce cœur, tandis que la tension artérielle était ramenée, et restait, à la normale.

Souvent il nous est arrivé de constater combien le cœur d’anciens hypertendus permanents traités par la d’Arsonvalisation

était réduit de volume en comparaison de ce qu’il était aupara-

PS Tee

vant. Nous publions ici dans quelques observations les chiffres que nous avons notés. Ils permettent de constater que le cœur suit, à sa façon, l’abaissement de la tension : c’est-à-dire qu’il diminue de volume. Mais cette diminution ne se fait que lentement ; ce n’est qu’au bout de plusieurs mois que le cœur reprend son volume normal. Cependant au bout de deux semaines, on peut déjà, dans quelques cas, remarquer une diminution de laire de matité cardiaque.

On comprend tout le bénéfice que les malades tirent d’un traitement entraînant de pareils retours en arrière. Leur cœur, souvent prêt à être forcé, échappe ainsi à la déchéance et redevient plus jeune de quelques années.

Cette diminution du volume du cœur peut entraîner avec elle d’autres modifications.

Cest ainsi qu'après une seule séance de d’Arsonvalisation, nous avons vu la tension artérielle tomber de 24 à 17,5 (obs. XXX VIIT) et se maintenir aux environs de ce dernier chiffre pendant quelques semaines, puis progressivement atteindre la normale. Dans cette « baisse en 2 temps » labaissement secondaire suit, croyons-nous, la diminution du volume du cœur ; l’exagération de ses systoles ne disparaissant que progressivement, quelque temps après la disparition de l'obstacle périphérique.

De même encore, les améliorations que l’on ne constate qu’après plusieurs semaines de traitement ou du traitement primitif, ces améliorations secondaires, telle qu'une plus grande facilité des mouvements chez les hémiplégiques, peuvent être la conséquence de l’amélioration progressive de la circulation chez ces malades (voir obs. XXXIV, XLII, XLIV).

Quant aux modifications que l’on peut observer dans le nombre des battements du cœur, elles sont minimes. Le nombre de pulsations le plus souvent ne varie pas d’une manière apprécia-

ble ; parfois cependant on obtient vers la fin du traitement une

—Vpn es

diminution de la fréquence du pouls (voir obs. XXXVIIT, XXXIX, XLI, XLII, XLVII, XLVIID).

Le cœur, bien souvent, contrairement à la loi de Marey, répond par une accélération deses battements à une élévation de la résis-

tance périphérique.

Pouvons-nous donner une interprétation de l’action physiologique de la d’Arsonvalisation sur la tension artérielle ?

Cette interprétation, encore hypothétique à l'heure actuelle, nous a été suggérée à la suite des résultats que nous avons obtenus par l’emploi du tonomètre de Gaertner.

On sait, ainsi que le D° Bouloumié l’a exposé d’une façon si complète dans son ouvrage sur la sphygmotonométrie clinique, que le rapport de la tension artérielle à la pression artério-capillaire peut s’exprimer chez l’homme normal par 15/10, et que ce rapport reste à peu près constant, c'est-à-dire que chez l’hypertendu, la différence — 5 augmente et peut atteindre — 8 pour la tension 22 par ex. Il faut ajouter que cet écart est très diminué chez le vieillard. C’est ce que nous avons constaté chez nos différents malades qui étaient tous âgés.

Nous publions quatre observations, non qu’elles soient plus probantes que les autres, mais parce que nous avons suivi les malades plus longtemps et que nous avons plus de rapports de tensions.

IT ressort de ces observations, et de nos diverses constatations personnelles, que lors de la première séance. lorsque l’on observe ces abaissements considérables de la tension artérielle, la pression artério-capillaire, à l'inverse de ce que l’on aurait pu penser, ne la suit pas. La pression artério-capillaire reste parfois à la même valeur, parfois baisse mais très faiblement, le plus souvent augmente de valeur.

Dans tous les cas, il en résulte une diminution du rapport de

tens'on, et souvent même un rapport de tension inverse, la

pression artério-capillaire étant plus grande que la tension artérielle,

S1 bien que si l’on porte sur un graphique ces deux tensions, on observe un croisement de lignes (1).

Ces rapports inverses ont déjà été notés par quelques auteurs, mais Jamais dans les conditions où nous nous sommes placé.

C'est que personne, à notre connaissance, n’a été amené à prendre la pression artério-capillaire d’hypertendus permanents et à « détendre » ces malades.

Que devient cette pression artério-capillaire ?

Chez des malades « détendus », depuis longtemps, nous avons constaté que le rapport était redevenu normal ou tendait à le devenir.

Toutefois, alors que la tension d’un malade était à la normale, et depuis longtemps, il nous est arrivé de faire une nouvelle séance de d’Arsonvalisation sans que la tension artérielle variât d’une façon appréciable, tandis que parfois la pression artériocapillaire augmentait dans une faible mesure, traduisant ainsi l’action toujours efficace de la d’Arsonvalisation.

Si nous croyons avoir saisi ainsi la première et la dernière parties du phénomène, la période intermédiaire nous échappe complètement dans sa durée comme dans sa modalité.

De cette marche de la pression artério-capillaire, il découle des conséquences inattendues pouvons-nous dire.

Ainsi cette femme (obs. XLITI), qui au début avait 19 de pression artério-capillaire et 22 de tension artérielle, chiffres qui cadrent bien, voit sa pression artério-capillaire monter à 21 et sa tension artérielle descendre à 18; si bien que la pression artériocapillaire est alors plus élevée, et de beaucoup, que la tension artérielle.

A priori, certains cependant penseront que c’est là une absurdité physiologique.

(1) Voirles courbes, p. 102 et suivantes.

Comment une pression de la périphérie peut-elle être plus élevée que celle d'un point plus rapproché du centre circulatoire ? II devrait y avoir reflux vers ce centre circulatoire, ou, tout au moins, dans le canal qui le réunit à la périphérie, devrait exister un point où les efforts égaux des deux tensions antagonistes viendraient se briser, et se neutraliser.

Et pourtant nous sommes en présence d’un fait d'observation.

Nous devons faire remarquer d’abord que la pression artériocapillaire mesurée au tonomètre de Gaertner ne saurait être comparée à la tension artérielle, car elle est fonction de la tension dans les artères digitales d'une part, et d'autre part, de la perméabilité des capillaires, c’est-à-dire deleur calibre (ce qui n'existe pas pour la tension artérielle); de plus nos malades étaient des artério-scléreux incontestablement, puisque, déjà à la période lésionnelle, deux d’entre eux avaient fait des accidents d’hémorragie cérébrale, dont la conséquence était une hémiplégie actuelle.

Or, l’artério-sclérose débute par les capillaires et ces derniers sont plus atteints que les artères elles-mêmes ; donc infiltration calcaire de leurs parois et perte de l’élasticité.

Ceci explique déjà que chez ces malades, artério-scléreux, lésionnels, les pressions artério-capillaires soient élevées.

Nous avons vu dans la première partie que c'était le spasme des artérioles qui constituait la cause de l'hypertension artérielle. Mais ici il nous faut non seulement envisager la cause, mais aussi les conséquences, car ces conséquences, par leur ancienneté, sont parvenues à jouer un rôle par elles-mêmes et concourent à leur tour au maintien et à l’accroissement de l'hypertension artérielle.

Le spasme a produit une diminution du calibre des capillaires ; il en est résulté une hypertrophie de la couche musculaire périvasculaire, et consécutivement, une infiltration calcaire de leurs

parois et une diminution de leur élasticité.

PC ee

Le cœur de son côté a réagi en augmentant sa puissance parallèlement à l’obstacle à surmonter.

En se plaçant sur le terrain physiologique, il n'existe que deux moyens d’abaisser la tension artérielle :

1° C’est de supprimer ou de diminuer l’obstacle périphérique, en agissant sur les vaso-moteurs.

2° C’est de modérer l’action du moteur central, le cœur.

Nous devons rappeler ici les résultats expérimentaux auxquels M. le professeur d’Arsonval était parvenu.

M. d’Arsonval avait constaté que le système vaso-moteur est éminemment excitable par les courants à haute fréquence. On observe de la vaso-dilatation des capillaires, phénomène qu’il est facile de constater sur les vaisseaux de l'oreille de lapins : le sang coule plus abondamment après le passage du courant.

La d'Arsonvalisation a donc une action puissante sur les vasomoteurs ; et ce sont vraisemblablement les vaso-constricteurs qui entrent ici en jeu, en suspendant leur effet, comme ils étaient entrés en jeu lors de lPétablissement de l'hypertension en l’exagérant. C’est par diminution du tonus du système sympathique que la d’'Arsonvalisation agit. Cette inhibition lève le spasme sous lequel les vaso-constricteurs tenaient les artérioles. Le spasme levé, les artérioles reprennent leur calibre normal ; la route élargie, le sang circule avec facilité.

L'on comprend alors que la cause de l’hypertension, l’angiospasme, élant unique, un même traitement, bien qu'agissant dans des cas divers, supprime l'hypertension, quelle que soit lu

cause primilive de ce spasme même.

Quant à l’augmentation de la pression artério-capillaire elle peut s'expliquer par :

la force d’impulsion exagérée des systoles du cœur hypertrophié, qui ne saurait reprendre d'emblée son volume normal.

Et peut-être l'examen de la pression artério-capillaire, lors des

ro

séances de la d’Arsonvalisation, pourrait-il servir dans une certaine mesure au diagnostic du degré de l'artério-sclérose, et

partant au pronostic.

A l’appui de ces faits, nous devons citer deux sortes de constatations : les unes au point de vue électrique, dans le cas de relèvement de pression par des applications locales de courants de haute fréquence et de haute tension, les autres au point de vue clinique.

Il nous est arrivé de relever la pression de malades au moyen du résonnateur, et dans ce cas, au contraire de ce qui se passait dans le cas inverse, le rapport de tension diminuait de valeur, car tandis que la tension artérielle augmentait, la pression artériocapillaire diminuait.

Et nous devons rapprocher de ce fait la communication si intéressante du D' Oudin qui, employant le sphygmographe de Laulanié a vu lors de l’application du courant « la courbe descendre rapidement et progressivement, en même temps que l'amplitude des pulsations diminuait, pour venir dans quelques tracés aboutir à une ligne droite sans oscillations » (1).

Au point de vue clinique, un fait nous a frappé bien souvent : c'est la différence de sensation que donne au doigt le pouls du malade avant et après la séance. Tandis que auparavant le pouls est petit, tendu; après il est ample, plus perceptible au doigt, plus facilement mesurable. Sensation qui arrive à être caractéristique, et qui permet de dire en présence d’un malade traité ou d’un malade qui par suite de raisons quelconques a vu sa tension ramenée à la normale, c’est un « détendu ».

D'autre part, nous avons imaginé de prendre, non plus la

tension artérielle au passage du sang chassé par l'impulsion car-

(3) Action des courants de résonnance sur la circulation capillaire, juin 4900.

diaque, mais après son passage dans les capillaires, à l’endroit où l’observateur supprime d'habitude la récurrence.

Ceci est facile en se servant de l'appareil Potain

On place du côté de la main l’ampoule de caoutchouc sur l’artère radiale au niveau de la gouttière — l'observateur, plaçant sa main plus haut sur l’avant-bras, interrompt le courant circulatoire en amont à l’aide du médius — tandis que l'index explore la partie de l’artère située entre l’ampoule et le médius.

Nous avons pu constater ainsi que cette tension, que nous proposons d'appeler « {ension récurrente », augmentait après une séance de d’Arsonvalisation.

Parfois la tension récurrente, imprenable avant la séance, peut être mesurée après. Souvent, il est vrai, il est impossible de l’évaluer.

Ces faits cliniques ne concourent-ils pas, eux aussi, à démontrer l'augmentation du calibre des capillaires.

En résumé :

La d’Arsonvalisation par diminution du tonus du système sympathique semble entraîner la levée du spasme sous lequel les vaso-constricteurs tenaient les capillaires. Ceux-ci reprennent leur volume normal ; la pression artério-capillaire s'élève, ainsi que la tension récurrente : et comme effet secondaire immédiat, la tension artérielle diminue. La disparition de l’obstacle périphérique entraîne Ja diminution progressive du volume du cœur.

N'est-ce pas là, selon l'expression du D' Huchard, « agir sur

le cœur périphérique pour soulager le cœur central. »

OBSERVATIONS

OgservaTiox XXXVIII

(Personnelle).

P... Isabelle, polisseuse, 78 ans.

Entrée à la maison départementale le 21 septembre 1903.

Régime de la 4° section.

Antécédents héréditaires : rien à signaler.

Antécédents personnels : dans son enfance, rougeole, scarlatine et coqueluche. Eut deux enfants dont l’un mourut à 8 j., l'autre à 1 an.

L’examen des appareils respiratoire et digestif ne révèle aucun signe pathologique.

On note à l'examen du sysième nerveux des réflexes rotuliens forts.

A l'examen du système circulatoire on constate : au cœur, un premier bruit un peu roulant, un deuxième bruit claqué à l'aorte ; quelques faux pas ; la matité absolue mesure 6 cm. 5 de haut sur 5 em. de largeur.

La pointe bat derrière la 7° côte.

La sous-clavière droite est un peu élevée;

Les temporales et les radiales sont dures ;

Le pouls régulier bat à 90 par minute.

La tension artérielle, prise à différents moments dans l’espace de deux mois, a oscillé entre 25 et 22.

2 décembre, séance de cage autoconductrice (1).

la tension artérielle de 24 descend à 17,5 A la suite de cette séance la malade se trouve plus leste.

3 décembre, la tension artérielle est à AS 43 — —— 18 14 — — 18,3 45 avril — 16 21 — — 16

(1) Voir la planche I, tracé n° 1.

L'examen du système circulatoire permet de constater que le 2 bruit à l'aorte n’est que très peu claqué.

La matité absolue du cœur mesure 5 cm. 3 de haut sur 4 cm, 5 de largeur. Le pouls régulier bat à 80.

9 mai, la tension artérielle est à 15 La matité absolue du cœur mesure 5 cm. de haut sur 4 em. 3 de largeur. 30 mai, la tension artérielle est à 15

7 juin — 45

La matité absolue du cœur mesure 4 em. 5 de haut sur 4 cm. 3 de largeur.

La pointe du cœur bat derrière la 6° côte.

Ogservarion XXXIX

(Personnelle).

F... Marie, boulangère, 80 ans.

Entrée à la maison départementale le 22 juillet 1900.

Régime de la 4° section.

Antécédents héréditaires : rien à signaler; a eu 4 enfants, actuellement vivants et bien portants.

Antécédents personnels : à 15 ans, rougeole; à 18 ans, variole; à 19 ans, réglée régulièrement ; 4 enfants, dont 2 jumelles à 41 ans, ménopause à 42 ans.

L'examen de l’appareil respiratoire ne révèle aucun signe pathologique.

Celui de l'appareil digestif révèle une constipation opiniâtre et fort ancienne, la malade n’allant à la selle que tous les 5 ou 6 jours.

On note à l'examen du système nerveux des réflexes rotuliens brusques.

A l'examen du système circulatoire, on constate : au cœur, un premier bruit roulant et soufflant à l'aorte, et un deuxième bruit claqué;

La matité absolue mesure 6 cm. de haut sur 5 cm. de largeur ;

L'aorte et la sous-clavière droite sont un peu surélevées ;

Les temporales et les radiales sont dures ;

On ne note pas de pouls capillaire ;

Le pouls régulier bat à 88.

La tension artérielle oscille entre 24 et 23.

2 décembre, séance de cage autoconductrice (1). Ja tension artérielle de 21 descend à 15,5

La malade présentait des douleurs névralgiques de la tête qui, à la suite de cette séance, ont disparu presque complètement.

10 avril, la tension artérielle est à 15,9

L'examen du système circulatoire permet de constater que le pouls régu lier bat à 80.

La matité absolue du cœur mesure 4 em. 8 de haut sur 4 cm. 3 de lar-

geur.

15 avril, la tension artérielle est à 15,5 30 mai 15

OBsERvATION XL

(Personnelle\.

N... Céline, blanchisseuse, 61 ans.

Entrée à la maison départementale le 11 août 1898.

Régime de la 4 section,

Antécédents héréditaires : rien à signaler.

Antécédents personnels : réglée à 14 ans régulièrement ; eut un enfant ; subit cinq attaques d’érysipèle ; à 50 ans ménopause. Se plaint parfois de céphalalgie.

L'examen des appareils respiratoire et digestifne révèle aucun signe pathologique.

On note à l'examen du système nerveux des réflexes rotuliens

brusques.

A l'examen du système circulatoire, on constate :

Au cœur, un premier bruit un peu sourd et prolongé, un deuxième bruit claqué.

La matité absolue mesure 5 em. de haut sur 4 cm. 5 de largeur.

La pointe bat derrière la T° côte ;

Les sous-clavières, et principalement la droite, sont surélevées ;

Les temporales et les radiales sont dures ;

Le pouls bat à 76 par minute et présente quelques intermittences.

La tension artérielle prise à différents moments dans l’espace de deux mois a oscillé entre 21 et 28.

(1) Voir la planche I, tracé n° 2,

OsERvaTION XLIV

(Personnelle).

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