‹ La Dalmatie de 1797 à 1815Chapitre 103 sur 156 · I. Z. L , 1810, mars. | 2. Z. L., 1810, avril · texte numérisé non relu

I. Z. L , 1810, mars. | 2. Z. L., 1810, avril

tète du gouvernement pour caser quelques-uns de ses parents et amis. Mais la mesure prise par la Bergerie n'en fut pas moins fort impolitique; ce que pouvait le gouverneur, qui était très haut et très loin, n'était pas possible pour l'intendant qui était en contact immédiat avec ses administrés. De plus, la mesure, comme toutes les mesures radicales, dépassa le but : il se trouva, par exemple, que, par suite du renvoi des trois drogmans, il n'y eut plus personne à l'intendance qui fût capable de traduire une pièce rédigée en slave, et il fallut reprendre sans retard un des drogmans licenciés. Cette période correspond avec celle des querelles entre Marmont et Dauchy, et la direction générale elle-même subit des flottements préjudiciables au bien de toute l'administration.

Le décret du 15 avril fit faire un pas de plus dans la voie des économies : l'intendant de Zara, qui avait au début 12.000 fr. de traitement et 15.000 francs de frais, fut réduit à 8 et 10.000 fr., et, ;\ coté des questions d'argent, le malheureux intendant se vit bien d'autres soucis. Après les vexations de Dauchy qui lui reprochait ses relations trop fréquentes avec Marmont et le menaçait de le destituer', vinrent les reproches de Belleville qui le rendait responsable des retards apportés par les commissions locales à la confection des rôles de contributions 2, puis les réprimandes de Chabrol lui demandant compte de prétendus abus qui s'étaient introduits dans la gestion des hôpitaux 3. La Bergerie, qui n'était probablement pas le modèle des administrateurs (sans cela fût-il resté indéfiniment à Zara?), se contenta de se plaindre de l'ignorance, de l'incurie, de la mauvaise volonté des habitants+. Dans son rapport général sur l'année i8i2 5, auquel nous ferons plus tard quelques emprunts, il se montre découragé, et, sans avouer qu'il n'est pas à la hauteur de sa tâche, il laisse aller les choses, comme il voyait faire aux indigènes dont la nonchalance l'avait gagné à la longue.

Raguse était gouvernée, depuis le 15 mars 1808, par G.-D. Garagnin, et sous cette main ferme et douce, l'ex-république et les Bouches de Cattaro traversèrent sans désordre toute la période de l'invasion autrichienne.

L'administrateur n'était pas sans inquiétudes; « les Bouches, écrit-il, « en novembre 1809, sont dans un état de vertige*. » Cependant le feu qui couvait n'éclata pas, et, malgré les intrigues des nobles, Raguse vécut en paix pendant près de deux ans sous le régime de l'arrêté du 3 i mai 1808. En septembre 1808, Garagnin avait reçu de Marmont les pouvoirs les plus étendus en vue d'une rébellion probable : il n'usa de ses pouvoirs

I. A. N. AFiv, 1714. I 2. Z. L., 1811. I 3. Z. L., 1812. | 4. Z. L., 15 janvier 1812. S. Z, L., 181 3. I 6. R. P., novembre 1809.

LE DÉCRET DL' I) WlUI. 181I 3 59

que pour faire remettre en liberté les bavards et les étourdis qui s'étaient tait arrêter comme suspects.

L'administration de Dauchy n'exerça pas de perturbation sensible sur le gouvernement de Raguse ; la distance qui séparait cette ville de Laybach amortit l'effet des violences de l'intendant ; Garagnin avait d'ailleurs une situation et un prestige qui ne permettaient pas .\ Dauchy de le traiter comme un simple auditeur au Conseil d'État.

Le décret de 181 1 eut pour conséquence, nous l'avons dit, la retraite momentanée de Garagnin, mais le nouvel intendant, Rouen des Mallets, qui arriva seulement le 5 décembre 181 1 ', se trouva au milieu d'une administration ayant pris un bon pli et n'eut qu'à conserver les traditions de son prédécesseur pour que tout suivit une marche satisfaisante. Notons cependant, à la louange du jeune intendant, qu'il sut réprimer la tentation de bouleverser tout ce qui avait été fait avant lui : c'est ainsi que procèdent d'ordinaire les successeurs, surtout quand ils sont jeunes, ;\ l'endroit de ce qui a été établi par leurs prédécesseurs.

Des Mallets remplit avec distinction la charge d'intendant de Raguse pendant six mois seulement. Appelé au poste d'intendant de Carniole, il remit, le 23 juin 1812, les services à M. de Lareinty-, qui devait quitter Raguse seulement le 4 février 18 14, deux jours après les soldats français compris dans la capitulation du 28 janvier.

Ce qui rendait exceptionnellement difficile l'administration de la province de Raguse, c'est qu'en dépit des intentions centralisatrices du Gouvernement, on n'avait pu lui donner encore aucune homogénéité. Sur deux points, elle était coupée par des bandes de territoire turc, barrière un peu idéale, il est vrai, et de plus le pays se composait de trois contrées ayant des traditions différentes et soumises à trois régimes distincts dont aucun n'était le droit commun.

L'ancien territoire de Raguse gardait quelques privilèges, comme l'exemption de toute contribution foncière; de plus, on y trouvait une aristocratie ombrageuse, même quand elle était ralliée, et une bourgeoisie qui, pour être protondément attachée à la France, n'était pas cependant sans lui créer de fréquents embarras. Au nord, Curzola et le canton de Fort Opus, terres dalmates, payaient la dime au lieu de l'impôt foncier, ce qui nécessitait une organisation compliquée de recenseurs et de collecteurs. Enfin, au sud, les Bouches étaient dans un état d'insurrection latente, et se refusaient à rien payer ; les communes fidèles envoyaient des députations pour demander très humblement d'être déchargées de l'impôt :

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