‹ La Dalmatie de 1797 à 1815Chapitre 116 sur 156 · I. Marmont, Mémoires, L. XLII, p · texte numérisé non relu

I. Marmont, Mémoires, L. XLII, p

Lu Daliinitie de f/^/ à iSlj, 26

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garnison de Czettin, et, dès le i" mai au matin, ils se répandaient dans les campagnes voisines pour piller les villages. Hostilités Le général Jeanin, qui commandait à Karlstadt, n'avait alors sous la main que le régiment de hussards croates dont nous avons parlé au chapitre précédent. Le régiment était déjà monté et équipé, mais n'avait pas encore reçu ses armes; de plus, le colonel Pruès étant absent, le commandement revenait à l'historien Cattalinich qui, de juge de paix à Sinj, était devenu officier de la garde nationale, capitaine au régiment dalmate, adjudant-major aux chasseurs illyriens et major aux hussards croates. Cattalinich ordonna à ses hommes de se répandre dans la ville et de recueillir toutes les armes qu'ils trouveraient; ils revinrent bientôt, pourvus qui d'un sabre ou d'une paire de pistolets, qui d'une masse d'armes ou d'une hallebarde; quelques-uns avaient trouvé des fusils; cette troupe bariolée devait ressembler aux bandes du moyen âge. Ainsi armés tant bien que mal, les hussards se mirent en route et marchèrent avec une telle promptitude que les pillards dispersés dans la campagne furent surpris et taillés en pièces. Czettin fut investi ; quelques jours après, Jeanin amena quelques compagnies croates et la place fut bloquée; comme elle n'était pas approvisionnée en vue d'un siège, elle dut capituler au bout d'un mois. On voit, par ce trait qui ne manque pas de pittoresque, que les hussards croates, quand ils le voulaient, c'est-à-dire quand ils y trouvaient leur compte, étaient d'excellents soldats ' .

§ II. Agi- Les Bouches de Cattaro étaient dans un état de fermentation continuelle, Bouches de qui faisait rcdoutet à chaque instant l'explosion d'une insurrection. Or, la attaro. c^usg Jg Cette agitation, c'était au Monténégro qu'il fallait la chercher. Depuis longtemps, nous l'avons vu, le Vladika avait oublié les serments faits au lendemain de Tilsit, et Napoléon n'avait pas renoncé à son projet de dompter, une fois pour toutes, ces terribles montagnards^. En 181 1, il donna à Marmont l'ordre de préparer un projet d'expédition : ce projet se Projets trouve aux Archives de la guerre àParis3 ; il consiste à marcher sur Cetinje Montene- ^vec trois colonues parties de Cattaro, de Budua et de Trebinje; mais, s™- pour l'exécuter, il fallait pouvoir circuler librement sur le territoire d'Her-

zégovine et, en 1811, les relations entre la France et la Porte ne permettaient pas d'y songer; de plus, il fallait quinze bataillons, et on ne les avait pas*; enfin, le transport de douze pièces d'artillerie et de 300.000 rations demandait un rassemblement de bêtes de somme qui, outre qu'il aurait été fort dispendieux, aurait ouvert les yeux aux Monté-

I. A. G., 1813, mai. ■ — Cattalinich, Memorie storiche de, p. 168 sq. | 2. Cf. 11= P., c. VI., p. 293. I 3. A. G., mars 181 1. | 4. Cf. p. 394.

OPfeuATlON'S MILITAIRIÙS (lSlO-l8l3) 4O5

négrins sur les intentions de leurs voisins. On renonça tlonc à l'expédition, et les Monténégrins, ayant su queli]ue chose des projets des l-'rançais, devinrent plus audacieux en voyant qu'on n'osait pas les attaquer.

Le bataillon croate, en garnison .\ Cattaro, était presque tout entier composé de soldats de religion grecque, et les agents du Vladika en profitèrent pour y semer l'indiscipline; il fallut le renvoyer .\ Raguse et faire venir un bataillon de la Lika, dont quelques compagnies étaient catholiques, et ce furent ces compagnies qu'on mit dans les positions situées à la frontière monténégrine.

En 1812, le projet d'expédition sur Cetinje fut repris par le général Bertrand; d'après un rapport du général Delzons ', il follait 12.000 hommes dont 6.000 Français au moins; l'idée nouvelle que nous trouvons dans ce rapport est celle-ci : le principal corps aurait passé par la Krivoscie, région montagneuse qui se développe en un quart de cercle concentrique aux Bouches, de Castelnuovo à Perasto : c'est par là que Delzons pensait pouvoir atteindre le plateau monténégrin. On trouva au projet de nombreux inconvénients; le chemin proposé par Delzons devait être fort difficile; on n'y connaissait que des sentiers impraticables aux bêtes de somme, et la population ferait certainement cause commune avec l'ennemi ; de plus, on n'avait pas, à cette époque, 12.000 hommes à aventurer : le général Bertrand établit, dans un rapport joint à celui de Delzons^, qu'en réduisant au strict minimum toutes les garnisons d'IUyrie, il ne peut réunir que 3.000 Français, 700 Italiens et 4.000 Croates d'une fidélité douteuse. Le projet d'aller attaquer les Monténégrins chez eux fut définitivement écarté, mais on crut cependant nécessaire de faire une démonstration militaire qui relèverait un peu le prestige des armes de la France, et précisément une occasion ne tarda pas à se produire.

Le canton de Pastrovich, entre Budua et le Monténégro, était depuis longtemps en état de révolte ouverte : tous les prêtres avaient refusé le serment, et la commune n'avait pas, depuis deux ans, consenti à payer le moindre impôt. Le 12 février 1812 >, le général Gauthier envoya une compagnie du 23=, une compagnie croate et un détachement de pandours pour ramener les hommes compris dans une levée de marins : les paysans résistèrent à la colonne, qui dut se replier sur Budua ; or, avec les paysans, on avait vu de nombreux Monténégrins ; c'est ce dont s'autorisa le général Gauthier pour écrire au Vladika et lui demander des explications. Le Vladika les tournit sans difficulté-* : « Il avait été absent et il ignorait tout; « il donnerait des ordres pour défendre aux Monténégrins de se mêler « de ce qui ne les regardait pas. »

I. A. G., 12 décembre 181 1. | 2. A. G., 12 duc. i8ti. | 3. Ibid. \ 4. A G., 12/24 mars 1812.

404 ï-* DALMATIE DE 181O A 1815

« Vous m'apprenez, ajoutait le Vladika, avec une pointe d'ironie, que « par votre présence les troubles ont cessé, et vous joignez à cette nou- « velle des observations sur l'égarement des esprits, causé par les instiga- « tions secrètes des ennemis de la France. Je suis charmé. Monsieur, que « tout ce qui a eu lieu de fâcheux soit pacifié, et je vous remercie des « conseils que vous avez eu la complaisance de me donner à cette occa- « sion. »

Cette réponse, pleine de déférence dans la forme, était fort insolente au fond, et montrait que la France pouvait regarder les Monténégrins comme ses ennemis irréconciliables ; du côté des Turcs, la situation ne s'annonçait pas meilleure : le nouvel aga de Mostar, ami de la France, venait d'être étranglé et son fils empoisonné. On jugea nécessaire de frapper un coup retentissant.

Expédi- Au mois de juin, le général Pacthod réunit aux Bouches deux batailrà°"p"f,h"od Ions du 23% deux bataillons italiens et deux bataillons croates, et marcha ches ^°"' ^"'' Pastrovich : chemin faisant, il reçut la soumission des villages qui s'étaient insurgés à la nouvelle du premier échec des Français, trois mois avant. A Ivanovich, des délégués de Pastrovich se présentèrent; ils ne furent par reçus et, en les congédiant, on leur remit la liste des individus qui devraient se constituer prisonniers si on voulait que les villages du district ne fussent pas réduits en cendres et la population exterminée. Pacthod entra à Kuljace, et on lui remit tous les prisonniers qu'il avait demandés; il en choisit trois, dont un pope monténégrin, et les fit fusiller; leurs têtes furent exposées le lendemain à Budua; les autres prisonniers furent conduits comme otages à Raguse. Cet exemple rétablit le calme pour quelques mois'.

On ne sut que plus tard combien cette démonstration avait été opportune : au mois de novembre suivant, le pacha de Travnick prit à part le consul David et lui dit ' :

Je veux vous faire une confidence : c'est qu'il y a quatre mois vos affaires ont été sur le point d'aller fort mal de ce côté ; tandis que les .\nglais et les Russes, aidés par Ali-Pacha, tentaient d'entraîner la Porte dans une alliance contre l'empereur Napoléon, ils préparaient une expédition sur la côte d'IUyrie. Ils avaient l'assurance de révoltes en leur faveur non seulement à Cattaro et en Dalmatie, mais en Croatie même où ils ont beaucoup de partisans. L'évèque du Monténégro descendit dans le même temps à Niksich, où il eut des conférences secrètes avec plusieurs habitants de Cattaro, qui sont des agents russes.

Il parait que le général, qui commandait à Cattaro, eut quelque soupçon de

I. A. G., juin 1812. I 2. A. E., Turquie 225. — Une copie de cette dépêche est aux archives de la Guerre.

cette trame, car j'ai su qu'il avait fait fusiller plusieurs individus (c'est l'expédition Pacthod). Je crus même que votre ambassadeur (Andreossy nommé à Constantiiiopie") avait pénétré quelque chose, en voyant qu'il s'arrêtait si longtemps en Ulvrie. (Andreossy avait dû attendre ses passeports à Laybach.) J'aurais bien dû vous avertir, mais, ne sachant quel parti prendrait la Porte, je fus forcé de ne vous en parler que par allégories.

Il semble donc résulter de cette communication qu'il s'en fallut de peu que b Dalmatie ne fût arrachée à la France dès 1812. Ce qui empêcha le soulèvement d'éclater, ce fut l'action énergique de Pacthod aux Bouches et surtout celle du chargé d'affiiires La Tour-Mauhourg qui, en ramenant la Turquie ;\ l'alliance française, empêcha, sans peut-être s'en douter, la mise à exécution du plan dont Ibrahim-Pacha vient de nous révéler l'existence.

Cependant l'Angleterre ne désarmait par d.tns l'Adriatique et faisait au 5 ni. Les

'. , . , , .\iigKiiset la

contraire chaque jour de nouveaux progrès. Dalmatie.

On se souvient qu'en 1807, après la paix de Tilsit, les Anglais avaient repris le blocus abandonné par les Russes; ils étaient même venus devant Trieste et avaient essayé d'incendier les bâtiments russes cédés à la France. Depuis lors, ils n'avaient cessé de croiser de Venise à Corfou, sans que la France pût reprendre l'empire de cette mer dont les deux rives lui appartenaient.

Ce qui assura l'écrasante supériorité des Anglais, ce fut d'abord le Forces de

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nombre de leurs navires. Les archives' et les ouvrages spéciaux- nous anglaise, donnent les noms de vingt-deux bâtiments anglais qui opérèrent dans l'Adriatique, de 1809 à 1813, et nous ne pensons pas que cette liste soit complète ' ; nous allons voir ce que la France, l'Italie et l'Illyrie avaient pu y opposer. Ensuite ce qui fliisait la force des Anglais, c'était la capacité de leurs officiers et l'entraînement de leurs équipages. Si la cohésion est nécessaire pour les troupes de terre, cette qualité est encore plus indispensable pour les troupes de mer, et l'était particulièrement à une époque où les manœuvres jouaient un rôle prépondérant dans la stratégie nautique; il fallait que les commandants eussent dans la main tout leur monde : or, les équipages anglais, après des campagnes qui duraient des années

I. Arch. de la marine. Arch. de Zara. Journal Doinii. Osseivaiore Triesiino.

I 2. W. James. Naval History of G. B. London 1837. T. V et VI Ralfe. Naval Chronolpgy of Great Brilain, Loiidou 1820. | 3. Cinq vaisseaux ; AchiUcs, Eaglc, Lconidas, y.agnificent, Vktorious; trois vaisseaux rastis (ou grosses frégates) : Aiiiphioii, ApoUo, Cerh/rus ; neuf frégates ; Active, Alceslf, Alctiiiih-, Bacchante, Belle Poule, Havannah, Orlando, Topaze, Unily; trois corvettes .• Aichhorn, Kingsjlsher, Volage; deux bricks ; Sarracen et

Wea^el.

entières, avaient acquis une solidité incomparable : les navires français étaient, pour le plus grand nombre, armés depuis peu, commandés par des officiers qui ne connaissaient ni leur bâtiment ni leur équipage ; les marins français, recrutés parmi les pêcheurs d'Italie ou d'IUyrie, n'étaient pas instruits et ne pouvaient pas s'instruire en naviguant, puisque la mer n'était pas libre; ajoutons que beaucoup étaient enrôlés de force et servaient à contre-cœur.

Pour toutes ces raisons et d'autres encore, il arrivera qu'à nombre égal, et même avec des forces inférieures, les Anglais auront toujours le dessus.

Forces de La France ne disposa jamais, dans l'Adriatique, de plus de sept frégates. fran"co-ita- ^u printemps 1808, toute la flotte de Gantheaume se trouva un moment à lienoe. Corfou, mais elle s'éloigna bientôt, en laissant aux îles Ioniennes la frégate

Uranie et quelques bricks; le littoral dalmate resta donc sans défense pendant toute la guerre de 1809. Le 13 mars 1809, les frégates Flore et Danaé vinrent remplacer à Corfou V Uranie, qui alla à Ancône, et les bricks, qui gagnèrent Venise, non sans que deux d'entre eux eussent été pris par les Anglais ' .

Voici quelle était la situation dans l'Adriatique, au début de 18 10; nous citons un rapport de Meuron, consul à Ancône, au duc de Rovigo' :

Les Anglais, depuis la paix de \'ienne et l'établissement du gouvernement illyrique, ont augmenté du double leurs forces navales dans l'Adriatique, et ils y ont appelé une infinité de corsaires et de petits armements particuliers qui désolent le cabotage des barques des royaumes d'Italie et de Naples, et mettent les plus grands obstacles à nos communications avec Corfou et la Dalmatie.

Lorsqu'ils virent les hostilités commencées par l'Autriche, redoutant les chances de la guerre pour leur commerce de denrées coloniales, dont Trieste et Fiume leur servaient d'entrepôts, ils occupèrent, aidés par les Autrichiens, l'île d'Ossero (Lussin) située à trente lieues d'Ancône, au nord-est; les ports de cette île sont vastes et sûrs, et présentent un abri dans tous les temps aux bâtiments de guerre de toute force comme aux bâtiments marchands.

Les événements de la guerre ayant tourné à l'avantage des Français, les Anglais profitèrent de leur établissement dans cette ile pour y réunir leurs convois qu'ils dirigeaient sur Fiume et Trieste, et qu'ils rappelaient ensuite de ces deux places avec les chargements qu'ils n'avaient pu vendre ou qu'ils n'avaient pu faire passer en Hongrie par Fiume. Il nous fut impossible de leur porter obstacle ou préjudice; nos corsaires ne purent leur enlever un seul bâtiment.

Après la conclusion de la paix, les .\nglais ont porté leur point d'union à l'île de Lissa, située à 50 lieues d'Ancône; cette île a deux bons ports ; par sa position, les Anglais dominent avec leurs petits corsaires tout le littoral des Abruzes

1. Cf. II« P., c. VI, p. 305. I 2. A. M. Camp. 1810, II. BB», 30?.

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et les bitinients marchands « venant dehors le golphc » y passent i nùs petite distance.

C'est dans cette ilc que viennent relAchcr les navires expé-diés de Malte, chargàa de provisions de j^uerre; c'est là qu'on envoie toutes les prises que les petits corsaires et les bâtiments de guerre font dans le golphe, et de là on les expédie •\ Malte. Les habitants trouvent leur compte à tout cela : les uns vont avec leurs petites barques sur les côtes de la Fouille et apportent des comestibles pour les petits armements; les autres, passant dans les îles voisines, se portent, en qualité d'IUyriens, partout où il leur plaît et servent d'espions aux Anglais. En général, les habitants de toutes les îles de la Dalmatie sont peu attachés au nouvel ordre de choses; leur misère et leur position les obligent à servir les Anglais qui leur procurent des avantages momentanés. Ceux-ci leur vendent les barques dont ils ne peuvent se servir et les marchandises qu'ils ne se soucient pas de faire transporter à Malte; et, par une de ces singularités difficiles à expliquer, les acheteurs de ces barques et des marchandises sont reçus dans toute la Dalmatie, dans les ports d'Italie et du royaume de Naples sans la moindre difficulté.

Il y a longtemps qu'on a fait remarquer ces inconvénients au gouvernement italien. Il semblerait que, dans le moment actuel, on serait dans le cas de devoir faire occuper cette île (Lissa) par une force suffisante française, d'autant plus que les îles peu distantes de Lésina et Curzola le sont par nos troupes.

L'Empereur, après avoir pris connaissance de ce rapport et de rapports analogues, rendit un décret, qui créait deux divisions navales dans l'Adriatique.

La division illyrienne ne pouvait être très importante, vu l'état délabré des finances du gouvernement de Laybach ; on lui attribuait le vaisseau Sad-el-Bahr et la frégate Legkoê, qu'on croyait encore pouvoir réparer; une demi-galère autrichienne VEiitrepn'se, un ancien transport russe le Diomède, une goélette américaine, confisquée pour contrebande, ['Elisabeth, bon navire, et le petit brick français Simphn, cédé à la marine illyrienne. En attendant que le vaisseau et la frégate pussent prendre la rner, cette division, assez hétérogène, complétée par quelques canonnières et barques armées, eut à garder la côte d'Istrie, de Trieste à Pola et de Pola à Porto-Re, au fond du Quarnero; en attendant un accroissement qu'elle ne reçut jamais, pour raison budgétaire, elle se contenta de surveiller les contrebandiers et d'escorter les convois menacés par les corsaires. Les réparations du Sad-d-Bahr et de la Legkoë ne furent jamais exécutées ; en 181 1, le Simphn fut rendu à la marine italienne, et V Entreprise, au moment de tomber aux mains des Anglais, fut brûlée par son équipage, le 23 septembre 1813.

La division italienne devait avoir une histoire plus longue, plus glorieuse, sinon plus heureuse.

Formée en août 18 10, elle devait comprendre : trois frégates françaises :

YUranie, qui était à Ancônc, la Flore et la Damic, qui étaient à Corfou ; deux frégates italiennes, la Favorite et la Corona, les corvettes Caroline et Bellone, les bricks Princesse de Bolo^^ne, Princesse Auguste^ lena, Manielnck, Mercure et Ltoben.

La Flore et la Danaé restèrent à Corfou jusqu'en février iBii, et, à cette époque, furent relevées dans cette station par les frégates Pomone et Pauline et la flûte Persaiw , arrivant de Toulon. Elles se mirent alors en route avec le brick luvhen, qui s'échoua sur la côte d'Albanie, et fut incendié après un combat avec les Anglais. La Flore et la Danaé, commandées par les capitaines Villon et Péridier, rejoignirent Ancône seulement le 5 mars 1 8 1 1 .

Le cap:- La division franco-italienne avait été placée, le 6 août 1810, sous les

tai ne Du- : .

bourdieu. ordres du capitaine de vaisseau Dubourdieu, qui commença, dès le 8, à faire sortir son escadre, pour exercer ses oflîciers et ses marins. Le 29 septembre, étant au large avec la Favorite, YUranie, la Corona, la Bellone et le Mercure, Dubourdieu donna la chasse à deux bricks anglais, qui semblaient vouloir gagner Lissa; ne sentant pas encore ses marins assez dans sa main, il ne crut pas devoir les suivre pour ne pas tomber sur une forte division ennemie avec laquelle il aurait fallu engager le combat; il rentra donc à Venise.

Première Le 17 octobrc, 'esca dre reprit la mer avec les mêmes bâtiments, aux-

tenutivesur ,', . . • i j • • i -il J

Lissa. quels S était adjomt vlena; a bord avait pris passage un bataillon du

3'^ léger italien, commandé par le colonel Giflengo, aide-decamp du viceroi. Le 20 octobre, Dubourdieu était devant Lissa et constatait qu'on ne l'avait pas trompé en lui disant que la flotte anglaise s'était éloignée : il n'y avait pas un bâtiment de guerre dans le port ; l'escadre française y entra sous pavillon anglais, mais aussitôt après avoir jeté l'ancre, elle déploya les couleurs françaises que chaque bâtiment appuya d'un coup de canon : ce fut un véritable sauve-qui-peut dans la ville : le port était rempli de corsaires et de prises; les équipages des corsaires et les trafiquants de toute sorte prirent la fuite vers la montagne, pendant que 500 hommes mettaient pied à terre et commençaient à piller les magasins où étaient déposées les marchandises anglaises.

Dubourdieu écrivit que les Anglais perdirent ce jour-là vingt millions; le chiflre semble fort exagéré : le chanoine Doimi dit dans son journal que les Français renvoyèrent à Spalato trois prises et brûlèrent trois navires ennemis : deux corsaires et un contrebandier sicilien chargé de

I. Certains documents parlent des bricks Aurora et lorfo/rz (Alouette), mais il nous semble que ces deux bâtiments ne sont autres que la Princesse de Bologne et la Princesse Auguste sous les anciens noms qu'elles avaient portés d'abord, et que certains marins persistent à leur conserver.

OHÉRATIONS NAVAI-KS (l8u)-l8l3) 4O9

porcelaine .mghiise. L'Hiiipcreiir exprima d'ailleurs son mécontentement Jans une lettre écrite, le 4 novembre, au prince Eugène : « Je suis mécon- « tent que Dubourdieu n'ait pas emmené les seize corsaires qti'il a « trouvés à Lissa et qu'il ait abandonné l'île. » En effet, au bout de quelques heures, Dubourdieu avait rembarqué précipitamment ses troupes et pris le large : il avait été averti qu'on voyait ;\ l'horizon six voiles anglaises et il ne se sentait pas de force à leur livrer bataille.

Les Anglais résolurent, après ce coup de main, de ne plus jamais abandonner Lissa, qu'avec un peu plus de résolution les Français auraient pu leur enlever le 20 octobre. Ils installèrent dans le port deux péniches où ils laissèrent quelques soldats de marine et quatre cadets chargés de la police du port et de la comptabilité des prises. Ils multiplièrent aussi le nombre de leurs corsaires; à la fin de l'année, les bâtiments illvriens capturés, rangés bord à bord le long du quai, occupaient une longueur de 250 pas géométriques".

Si l'hiver n'arrêta pas les corsaires, il suspendit les manœuvres et les sorties des navires franco-italiens, et Dubourdieu profita de ce temps de répit pour aller .1 Milan recevoir du vice-roi des instructions pour une expédition décisive sur Lissa; il rend compte de cette conférence au ministre de la marine, le 24 février 1811^ : « S. A. I., qui m'honore d'une « confiance absolue, m'a donné les pouvoirs nécessaires pour tout disposer « à Ancône. UUfatiie, qui n'est bonne à rien, sera renvoyée à Venise « pour détourner l'attention... » Le départ devait avoir lieu aussitôt après l'arrivée de la Flore et de la Daiiac, attendues de Corfou ; ces deux frégates parties, on l'a vu, le 23 février, restèrent à Gravosa du 26 au 2 mars; le 5 mars, elles entraient à Ancône et l'escadre recevait l'ordre d'appareiller, mais un fâcheux incident vint tout arrêter : le capitaine Péridier, de la Floir, était plus ancien de grade que Dubourdieu et refusa de ser\ùr sous ses ordres; il )' eut une scène publique et scandaleuse; Péridier s'opposa à l'embarquement de ses poudres et Dubourdieu fut dans l'obligation d'adresser à Paris une plainte, qui aura pour sanction le rappel et le remplacement de Péridier; mais, quand cette réponse viendra, les événements auront marché à grands pas. Le général Barbou, gouverneur d'Ancône, et le colonel Gifflengo, qui devait commander les troupes de débarquement, s'interposèrent enfin entre les deux capitaines de vaisseau et amenèrent une réconciliation provisoire.

Le II mars, les troupes furent embarquées à la tombée de la nuit, et on mit à la voile à 11 heures du soir par une petite brise de l'ouest; le

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