I. Journal Doimi. | 2, A. M. G. 181 1. 19. BB
12, au jour, on était à sept lieues d'Ancône dans l'est-sud-est et le soir Bataiiiede On reconnut l'île de Lissa".
L'escadre française comptait neuf bâtiments :
Frégate Favorite, de 44 canons, portant le guidon de Dubourdieu, chef d'escadre, commandant : le capitaine de vaisseau de la Meillerie.
Frégate Flore, de 44 canons, commandant : le capitaine de vaisseau Péridier.
Frégate Danaé, de 44 canons, commandant : le capitaine de vaisseau Villon.
Frégate Coroiui, de 44 canons, commandant : le capitaine de vaisseau Pasqualigo.
Corvette Belloiia, 3 2 canons, commandant : le capitaine de frégate Duodo.
Corvette Caroliiia, 32 canons, commandant : le lieutenant de vaisseau Buratovich.
Brick Princesse Auguste, 16 canons, commandant : le lieutenant de vaisseau Bolognini.
Brick Princesse de Bologne, 10 canons, commandant : l'enseigne de vaisseau Rogiat.
Chebeck Eugène, 5 canons, commandant : l'enseigne de vaisseau de Rosanquest.
Les équipages et troupes de débarquement s'élevaient ù 2.655 hommes.
D'après l'ordre donné au départ, on devait faire le branle-bas de combat aussitôt après l'appareillage, et marcher vers Lissa en deux colonnes, en se réglant sur l'allure des mauvais marcheurs; quand on rencontrerait l'ennemi à forces égales, on engagerait le combat; il follait tirer, non à démâter, c'était une funeste méthode à laquelle la marine française commençait à renoncer, non pas à couler non plus, mais en plein bois pour démonter les batteries, puis aller à l'abordage.
La première faute commise fut de ne pas se conformer à l'ordre de bataille indiqué : « On marchait, dit l'officier autrichien, plutôt en échiquier. » On resta la nuit en panne, à trois ou quatre milles de Lissa : les bricks s'avancèrent en reconnaissance, vers trois heures du matin ; la Princesse de Bologne rentra sans nouvelles, mais la Princesse Auguste, ayant rencontré des pêcheurs les avait appelés à raisonner, et ils avaient affirmé
I. Il ne manque pas de récits de k bataille de Lissa : outre ceux qui sont imprimés, il y a le rapport de l'officier de détail de la Favorite, Fabre, du commandant Villon, de la Danaé, du commandant Pasqualigo, de la Corona (A. M. loc. cit."), du colonel Giffiengo (T. O. du 24 avril 181 1), d'un anonyme, officier de la marine autrichienne, qui servait à la bataille de Lissa comme lieutenant de vaisseau italien (Gaz. de Zara, 1852, n° 68), du chanoine Doimi, de Lissa, qui déclare n'avoir rien vu, et enfin un récit anonyme de provenance anglaise conser\'é à la Bibliothèque franciscaine de Raguse.
qu'il n'y avait dans le port de Lissa aucun bâtiment anglais. Dubourdieu donna donc A la voix l'ordre d'arriver dans le port, pendant que la Carolitu resterait à croiser au large pour surveiller l'horizon; cette manœuvre allait s'exc'cuter quand, grâce au jour qui paraissait, on vit, dans le sudest, quatre bâtiments anglais.
Le combat se présentait dans des conditions exceptionnelles : le temps était beau, le vent modéré et régulier, et, sans tenir compte des bricks et du chebeck, on avait sur les Anglais la supériorité de deux b.itiments.
Dubourdieu modifia donc les ordres donnés pendant la nuit : la Princesse de Bologne entrerait seule dans le port de Lissa et le reste de l'escadre se formerait en bataille pour attaquer les Anglais ; bien que Y Eugène fût chargé de répéter les signaux, ces ordres furent mal compris, sans doute parce que le vent taisait flotter les pavillons dans le sens de la ligne de vue; bref, les Anglais avaient été virer à égale distance entre Lésina et Lissa, et avançaient déj.\ en ligne serrée du nord-est au sud-ouest, que les bâtiments français étaient encore dispersés et taisaient des etforts infructueux pour prendre leur ordre de combat; pour comble de malheur, le vent était presque tombé au lever du soleil, ce qui empêchait les navires français de regagner rapidement leurs distances'.
Les Anglais approchaient, rangés dans l'ordre suivant : VAmphion, vaisseau rasé de 60 canons commandé par le commodore Hoste ; V Active, frégate de 44 canons, commandant Gordon ; la Volage, corvette de 22 canons, commandant Hornby; le Cerberus, vaisseau rasé de 60 canons, commandant Wisby^.
Dubourdieu commit alors la faute qui devait assurer la victoire aux Anglais : au lieu d'attendre les retardataires, il donna le signal de forcer de voiles et se jeta sur la ligne anglaise : ce commandement allait avoir pour conséquence d'augmenter encore les distances qui séparaient les navires français, et de les mettre aux prises l'un après l'autre avec les ennemis : c'est le combat des Horaces et des Curiaces renversé.
Dubourdieu commettait un acte de folie, mais il ne voulait pas que Péridier, son rival, pût l'accuser d'avoir perdu par son indécision l'occasion de remporter la victoire ; il sentait qu'en se jetant seul au devant des Anglais, il sacritîait son navire, mais par là il arrêtait l'ennemi et donnait au reste de l'escadre le temps d'arriver; se dirigeant donc sur VAmphion, le plus gros bâtiment ennemi, il chercha à l'aborder, laissant les trois autres anglais aux prises avec cinq bâtiments de même force \ peu près.
Un peu avant 9 heures du matin, la Favorite était à portée de pistolet
I. Voir la carte, planche X ; i« position. | 2. Les Anglais avaient 985 hommes d'équipage.
des ennemis : elle reçut la décharge des quatre bâtiments et se jeta sur VAmphion ; mais V Amphion vira de bord pour éviter l'abordage, et pendant que la Favorite virait à son tour, et péniblement parce que son gréement avait été atteint par la première bordée anglaise, elle reçut à la fois la bordée de \ Amphion et celle de V Active, qui, balayant le pont de bout en bout, firent d'effroyables ravages ; Dubourdieu se trouva au nombre des morts : il était 9 h. 10. Quelques instants après, la Flore entrait dans le combat, et faisant la même manœuvre, voulut aborder l'Active, qui esquiva la rencontre ; en passant entre V Active et V Amphion, la Flore fut également saluée par deux décharges générales : Péridier tomba, un bras emporté; son lieutenant était tué, et la Flore désemparée s'écarta du théâtre du combat sous la conduite de l'officier de détail. On a même prétendu que cet officier, s'exagérant les pertes subies et les avaries faites au bâtiment, amena son pavillon ; mais on dit aussi que si le pavillon tomba, c'est qu'un projectile en avait coupé la drisse; dans tous les cas, les Anglais ne firent rien pendant toute la durée du combat pour prendre possession de la frégate, et le commandant de la Danaé put légitimement l'emmener avec lui à la fin du combat.
Les Anglais se trouvaient de nouveau énergiquement attaqués. La Favorite rentrait dans le combat par le sud et la Bellona arrivait par le nord-est; pendant que V Amphion et V Active tenaient tête à la Favorite, la Bellona attaqua le Cerherus, et un heureux coup de canon, brisant le mât de hune du vaisseau, l'obligea à se laisser dériver pour réparer cette importante avarie; la Volage, qui restait seule en face de la Bellona, reçut alors une décharge tellement meurtière qu'elle amena son pavillon.
A 10 heures 1/2 les chances semblaient donc s'égaliser : le Cerberus était hors de combat, la Volage prise ; la Danaé arrivait enfin et les deux derniers bâtiments anglais qui luttaient contre la Favorite allaient être attaqués par les deux autres navires français. Le commandant de la Danaé commit alors une faute impardonnable : voyant devant lui la Bellona enveloppée de fumée, il la prit pour le Cerherus et lui lâcha à bout portant toute sa bordée ; le pont de la Bellon: fut balayé, ses pièces démontées et le commandant Duodo eut les deux jambes coupées ; au même moment, le lieutenant était tué. Duodo jugea que la lutte n'était plus possible, puisque toute son artillerie était hors de service, et il donna l'ordre d'amener le pavillon.
La Favorite, aux prises avec ['Amphion et ['Active, leur avait d'abord victorieusement tenu tête, mais à 11 heures, le commandant la Meillerie fut tué et le colonel Gifflengo, aux mains de qui les règlements voulaient que passât le commandement, ordonna à l'officier de manœuvres d'abandonner la lutte et de chercher à se réfugier dans le port de Lissa.
A 1 1 heures, il restait donc en ligne : du côté des Anglais ï'Amphion, V Active et le Cerlvnis qui venait de réparer son in'u de hune, et du côté des Français la Daiiaé et la Conma qui entrait dans le combat, suivie de près par la Caroline.
Les six navires que le vent et le courant portaient sur les brisants de Liss;i virèrent de bord, les Anglais restant sur le vent, et recommencèrent le combat en marchant vers le nord-est".
Cette dernière partie de la bataille dura quatre heures : la Corona perdit son mât de hune, puis son mât de misaine, et enfin le feu prit à son bordage de tribord ; mais la fumée du combat était tellement épaisse que d'abord on ne s'en aperçût pas : ce fut le commandant de la Caroline, qui soutenait le combat contre le Cerbenis, qui le voyant, passa devant la Corona, et l'avertit qu'elle avait le feu i\ bord; pendant qu'on éteignait l'incendie, la Caroline tint tête à V Active et au Cerberus; puis la Corona reprit sa place de bataille, mais elle ne manœuvrait plus, son équipage était décimé : à 4 heures elle amena.
Le commandement était passé au commandant de la Danac Villon qui, jugeant inutile de continuer la lutte, donna à la Caroline le signal de la retraite; comme la Flore était toujours en panne, sans que les Anglais, faute d'embarcations, eussent pu l'amariner, Villon appela à lui la Flore, et les trois frégates allèrent, à la tombée de la nuit, se réfugier dans le port de Lésina.
Dès le matin, la Princesse Auguste ayant eu un boulet dans son gouvernail, avait pris le vent arrière et était rentrée à Spalato ; la Princesse de Bologne et l'Eugène l'y rejoignirent dès qu'on put prévoir l'issue définitive du combat.
Quant à la Favorite, elle s'était échouée, à midi, sur les brisants de Lissa, en voulant doubler la pointe de Smokova, au nord-est de l'île : Gifflengo fit transporter ses blessés, au nombre d'une centaine, à bord de l'Eugène et de la Princesse de Bologne, qui les conduisirent à Spalato ; puis l'équipage débarqua et, gagnant le port de Lissa désert, s'empara des b.îtiments qui s'y trouvaient et gagna Lésina pendant la nuit.
Avant d'abandonner la Favorite, on y avait mis le feu, et elle sauta au bout de quelques heures ; on entendit l'explosion de Spalato, et même, dit-on, de Raguse.
Les Anglais rentrèrent pendant cette même nuit avec leurs prises qu'ils remorquaient péniblement faute d'un nombre suffisant d'embarcations et d'hommes valides. La Bellona entra à minuit dans le port; la Corona était encore au large quand le feu mal éteint reprit, et on crut qu'elle allait sauter avec tous les malheureux qu'elle transportait ; on se rendit encore