I. A. N., AFiv., 1713, août i8u
la Flore
41e LA DALMATIE DE 181O A iSl)
rai, et tout navire qui s'aventurait hors des ports était la proie des corsaires; Lissa devenait Ycmporium où se concentraient toutes les prises, et c'était sur Lissa que devait se faire une nouvelle tentative. L'Empereur ordonna de reconstituer à Venise l'escadre à moitié détruite et entièrement dispersée : la Flore, la Danaé et la Caroline réussirent à forcer le blocus de Gravosa, grâce à une diversion de la flottille qui attira l'attention des Anglais sur Lésina". Parties de Gravosa le 20 septembre, elles arrivèrent le 8 octobre à Trieste en faisant même quelques prises chemin faisant. De Trieste, la Flore se mit en route pour \'enise, et le 25 novembre elle était devant la passe de Malamocco, battue par le gros temps ; de terre, on ne
Perte de vit pas SCS signaux, et la croyant anglaise on la laissa s'échouer ; on a parlé d'incurie ou de malveillance : rien n'est moins prouvé ; mais la frégate fut entièrement perdue et 72 hommes de son équipage se noyèrent en gagnant la terre ^.
Combat Enfin k division devait être renforcée par trois navires : les frégates
du 29 no- .
vembre. Pauline tx. Pomone et la Persane, flûte ou gabarre, que la frégate Thétis venait de remplacer à Corfou. Pendant que ces trois bâtiments cherchaient à rejoindre Venise, ils rencontrèrent entre Lissa et la côte d'Italie trois navires anglais : YAi)iphion, vaisseau rasé de 60 canons, YAlceste et VUnity, frégates de 44 canons; le combat eut lieu le 29 novembre et se termina par la prise de la Pomone et de la Persane; la Pauline ayant démâté VAniphion qui lui tenait tète, put s'échapper, mais avec le feu à bord, et elle sauta en vue d'Ancône. Le capitaine Gordon, de VAniphion, grièvement blessé, fut conduit à Lissa, où il subit l'amputation; après l'opération, il se fit donner sa jambe coupée et l'embrassa en disant gaiement : Adieii, ma jambe! Il continua son service après guérison : c'est lui qui commandera la marine anglaise au siège de Zara, en 18 13.
A la fin de 181 1, les forces navales françaises se réduisaient à trois frégates : Thétis à Corfou, Danaé à Trieste, Uranie bloquée à Ancône par les Anglais. Le brick Siinplon, coulé par les Anglais le 5 mai sur la côte d'Istrie, avait été relevé aussitôt après, et partageait la captivité de V Uranie à Ancône. En dehors de ces frégates, il y avait la Caroline, jugée hors de service et cinq bricks ; enfin, il y avait sur les chantiers ou en armement à Venise de nombreux bâtiments neufs : les frégates Ehe et Teti, les vaisseaux Arcole, Lomhardo, Diiquesne, Montenotte, Royal-Italien, Castiglione, ce dernier prêt à être lancé; les vaisseaux Régénérateur et Mont Saint-Bernard, qui étaient à l'eau depuis l'hiver, et le vaisseau le Rivoli qui aurait pris la mer en novembre 181 1 sans le double désastre de la Flore et de l'escadre venant de Corfou.
I. Di(7c/o Stulli, septembre 1181. | 2. A. M., 1811, BB«, 326 et 327.
Rivoli.
I.cs Anglais fortifiaient Lissa : en mars 1811, ils avaient construit sur l'ilot qui barre l'entrée du port deux batteries et une caserne pourvue de citernes où s'étaient installés les cadets avec une petite garnison; l'îlot prit le nom d'île Hoste qu'il porte encore en l'honneur du vainqueur de Lissa. Pendant tout l'hiver 181 i-i8i2 on déblaya le terrain pour la construction d'ouvrages plus importants dans l'intérieur de l'île.
Le 26 février, une panique se produisit à Lissa ' : on signalait le Rivoli suivi d'un autre vaisseau ; la batterie Hoste se prépara à tirer, mais on reconnut bientôt que le RiivH arrivait prisonnier du Victoriens qui venait Prise du de s'en emparer. \'oici ce qui était arrivé :
Le Rivoli, complètement armé, avait quitté Venise le 20 février, sous le commandement du capitaine de vaisseau Barré, avec 732 hommes d'équipage. Le 21, il avait franchi la passe de Malamocco sur des chameaux- à cause de son fort déplacement; le 22, avant le jour, il appareilla de conserve avec les bricks leiia. Mameluk et Mercure pour se rendre à Trieste : cette sortie avait pour objet d'exercer l'équipage et de faire connaître aux officiers les aptitudes du vaisseau qui n'avait pas encore été à la mer. Au bout de quelques heures, on vit apparaître les Anglais qui, prévenus de la sortie prochaine du Rivoli, avaient trois vaisseaux en croisière dans le fond de l'Adriatique entre Pola et Ancône. Le vaisseau anglais le Victorious était accompagné du brick Wea:;el. Le Rivoli chercha à fuir, et pendant un moment le brouillard l'enveloppa, le dérobant à la vue des ennemis; mais, quand le brouillard se dissipa au milieu de la nuit, le Victorious était à petite portée de canon ; le combat s'engagea près de Pirano, en Istrie, à 3 heures 1/2 du matin. Au bout d'un quart d'heure, un coup de canon du lVea:^el fit sauter le Mercure, et les deux autres bricks, lena et Mameluk, s'éloignèrent pour rentrer à Trieste.
On se battit six heures, à portée de pistolet, mais dans des conditions inégales ; par cette nuit sans lune, les canonniers des navires anglais chargeaient et tiraient leurs pièces dans l'obscurité, et les Français avaient dû allumer des fanaux dans les batteries, ce qui donnait à l'ennemi des points de mire pendant que les Français tiraient au hasard. Le lVca:^el, malgré ses proportions exiguës prenait une part active au combat : caché derrière le Victorious pour charger ses pièces, il sortait de sa retraite pour lâcher toute sa bordée, et retournait se mettre à l'abri.
I. Journal Doimi. | 2. Les chameaux sont des espèces de chalands hermétiquement clos qu'on coule en les remplissant d'eau et qu'on amarre sous un navire qu'on veut relever ; avec des pompes on épuise l'eau et les chameaux, en revenant à flot, soulèvent le navire; c'est le principe des docks flottants. L'opération faite pour le Rivoli était particulièrement délicate, car le modèle des chameaux qui ont servi à lui faire franchir la passe de Malamocco est exposé au Musée de marine à Paris (salle après celle de Lapexrouse), ce qu'on n'eût pas fait s'il se fût agi d'une opération courante.
La Dnhnatic de i^^j à iSij. 27
A 9 heures 1/2 du matin, le Rivoli avait perdu ses trois mâts, il avait 40 boulets dans sa coque et cinq pieds et demi d'eau dans sa cale; deux de ses canons de 36 avaient éclaté et mis 60 hommes hors de combat : tous les officiers, tous les premiers et seconds maîtres étaient tués ou blessés ; le capitaine Barré dut amener son pavillon. Les Anglais avaient 160 hommes hors de combat; sur 732 hommes de l'équipage français, il y avait 144 tués et 260 blessés qui furent presque tous débarqués à Pirano ou envoyés à Spalato ; 420 prisonniers furent conduits à Lissa.
Dans son rapport daté de Lissa, 2 mars, le capitaine Barré dit qu'il n'a eu qu'à se louer des marins romains, chioggiotes et triestins ; « les autres Ill3'riens, ajoute-t-il, se sont mal conduits et 150 d'entre eux ont pris du service chez les Anglais en arrivant ici ' . »
§ ly. Oc- Pendant l'année 1812, les Anglais occupèrent définitivement Lissa, où iies. jusque-là ils n'avaient qu'un petit détachement de soldats de marine. Le
24 avril, les vaisseaux Eagle et ApoUo entrèrent dans le port, suivis de la possession frégate Havantiah et de quatre transports. A 3 heures débarqua sir G. D. Robertson, gouverneur de l'île, avec un nombreux état-major ; puis vinrent les troupes : deux compagnies du 35"= régiment anglais, de 130 hommes chacune, avec le drapeau britannique, une compagnie suisse de 260 hommes, une compagnie corse de 280 hommes et une compagnie calabraise de 300. Après avoir été passées en revue, les cinq compagnies rentrèrent sur les transports. Le gouverneur retourna sur le vaisseau après avoir choisi des locaux pour l'installation des services d'administration.
Le 27, le gouverneur posa la première pierre du fort Saint-Georges, qui devait dominer la ville, et l'on commença en même temps trois grosses tours qui devaient recevoir les noms de Bentink, Wellington et Robertson ; des télégraphes optiques, construits sur les deux points culminants de l'île, Saint-André (298"") et Hum (585™), furent reliés à la tour de Comisa d'une part et aux ouvrages de Lissa de l'autre; une quantité d'ouvriers terrassiers et maçons vinrent d'Italie, d'Istrie et de Dalmatie, et tous les travaux furent achevés en peu de mois.
L'île reçut une organisation civile : la police générale fut confiée au capitaine Barbier, commandant de la compagnie suisse, qui fut aussi président du tribunal d'appel ; ce tribunal et le tribunal de première instance furent composés par moitiés d'indigènes et d'immigrés. Les tribunaux devaient juger selon le droit vénitien et le statut particulier de Lésina, avec la procédure autrichienne et les règlements de Dandolo pour les mineurs, les affaires ecclésiastiques et les instituts de bicnfiisance.