‹ La Dalmatie de 1797 à 1815Chapitre 121 sur 156 · I. A.. M., 1812, BB*,pass · texte numérisé non relu

I. A.. M., 1812, BB*,pass

Les recettes du gouvernement se composaient : i° du revenu des domaines; 2" de 6 o/o des loyers payés par les étrangers ; 3° d'un impôt sur les cafés et les billards (13 cafés payant 10 colonnatcs ' et 6 billards payant 8 colonnates); 4° des droits de santé, de port, de tonnage et d'ancrage; 5" des amendes; 6" d'un droit d'un trentième sur les marchandises importées ou exportées; 7" d'un droit d'un dixième sur les produits de la pèche; 8" de patentes (6 ou 8 colonnates) imposées aux commerçants.

Le personnel supérieur de l'administration civile fut pris dans l'ètatmajor anglais ; les emplois subalternes furent donnés à des soldats ou marins invalides, ou à des déserteurs; les deux huissiers du tribunal d'appel étaient un déserteur croate et un ancien gendarme français, le Languedocien François.

Lissa prit rapidement un développement incroyable : en deux ans, la population passa de 4 à 11.000 habitants; les corsaires y amenaient à chaque instant d'énormes chargements et des convois entiers; les denrées qui coûtaient si peu étaient vendues à des prix dérisoires : l'huile valait

4 colonnates le baril, le blé i colonnate 1/2 le staio^. Les marchandises affluaient : on y vendait du sucre et du café, des conserves, de la bière, du vin, du rhum, des draps, des étoffes de soie, du velours, des broderies d'or et d'argent, de la parfumerie, des bijoux, de l'horlogerie, de la coutellerie. Il vint s'y établir des tailleurs, des cordonniers, des menuisiers, des forgerons, des orfèvres, des confiseurs, des pâtissiers, venant presque tous d'Italie. Les loyers des maisons avaient décuplé, les magasins et les boutiques manquaient et des industriels avaient tiré à terre de vieilles barques où l'on trouvait à acheter de la morue, du tabac turc et des cigares de la Havane (cigarifinissim: per uomini e per signore ').

Il ne faut pas croire cependant que toutes les expéditions anglaises eussent été couronnées de succès. Nous avons raconté comment , en 1809, la P''olage, qui attaquait Spalato, dut filer son cable et se retirer en perdant son ancre.

En décembre 18 10, les habitants de Lagosta prirent un corsaire sicilien qui conduisait avec lui un bâtiment de Raguse chargé de grains ■*. Les 4,

5 et 6 janvier 181 1, un brick et un chebeck anglais firent des tentatives infructueuses pour débarquer à Curzola*. Le 16 mars, à Lagosta, le corsaire français Ylnlnpide s'empara d'un corsaire maltais''. Le 19 mai, le chebeck Eugène et une canonnière commandés par l'enseigne de vaisseau de Rosanquest contraignirent à la retraite un chebeck et une canonnière ennemis

I. La colonnate valait environ 6 francs. | 2. Cela mettrait l'huile au prix de o fr. 20 la livre et le blé à 5 fr. le quintal. | 3. Journal Doimi. | 4. T. O., 6 janvier 181 1. | 5. T. O., 23 février 1811. | 6. T. O., 8 mai i8n.

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dans la passe de Meleda, en vue d'une escadre anglaise'. Le 19 juillet, une tentative de débarquement à Cherso fut empêchée par un détachement de Croates du régiment de Sluin^. Le 16 avril 181 1, les Anglais avaient débarqué à Melada et pillé les magasins du gouvernement ; ils passèrent ensuite à Kudica, dans l'île d'Uljan, pour y exercer les mêmes ravages ; un détachement amené de Zara par le capitaine Poivre, les obligea à se rembarquer après avoir perdu plusieurs hommes '.

Le 22 mai, le capitaine Radimir, de Cattaro, accompagnait un convoi de bâtiments bocquais, quand sept barques de corsaires l'attaquèrent; il soutint une lutte acharnée, mit 27 ennemis hors de combat, perdit 10 hommes sur 11 dont se composait son équipage et se sauva à la nage; pendant le combat, le convoi qu'il escortait avait pu prendre de l'avance et fut sauvé'*. Radimir fut décoré pour ce tait s.

Le 27 mai, à Eso, dans l'archipel de Zara, la garde nationale reprit un bâtiment enlevé par un corsaire ^.

En 1813, un bâtiment italien allant d'Ancône à Zara avec un envoi de fonds, fut surpris, dans les environs de Melada, par des barques ennemies; il y avait à bord un Dalmate qui avait passé plusieurs années en France, comme domestique d'un général ; en voyant approcher les Anglais, le Dalmate s'improvise capitaine et lance à tue-tête les commandements de la manœuvre de l'artillerie : les marins le comprennent à demi-mot et amènent aux sabords deux canons de bois, toute l'artillerie du bateau, mais cela fut suffisant pour déterminer chez les assaillants quelques minutes d'hésitation pendant lesquelles le bâtiment prit de l'avance, ce qui lui permit d'arriver sain et sauf à Zara '.

Un bateau de Sebenico avait été pris par les Anglais et, la nuit venue, on jeta l'ancre, la prise étant attachée par un cordage au corsaire. Le patron dalmate établit sur une planche un final semblable à celui de son bateau, il attacha â la planche le cordage de l'Anglais, et, profitant de la nuit obscure, il mit silencieusement à la voile; ce n'est que le matin que le capitaine anglais constata la substitution faite par son artificieux prisonnier^.

A partir de 18 12, le rôle de la marine franco-italienne est terminé; l'expérience du Rivoli montrait le péril qu'il y avait à mettre en face de l'ennemi des navires n'ayant pas fait leurs preuves. La Thetis était bloquée à Corfou, VUranie à Ancône d'où elle ne sortit que le 14 janvier 1814, pour être obligée, le 18, à entrer à Brindisi ; le i" février, le préfet napoli-

I. T. O., 19 juin. I 2. O. T., 29 août. | 3. T. O., 16 mai 1812. | 4. T. O., 14 juin. I 5. R. P., 1812, 29 août, 3520. I 6. T. O., 14 juin 1812. | 7. C'wnuilc Jd asscdio di Zara, publié par le professeur Vit. Brunelli, p. 15. | 8. O. T., 8 août 1812.

tain avant ouvert le port aux Anglais qui croisaient au large, le capitaine Margollé brûla sa frégate pour qu'elle ne tombât pas aux mains Je l'ennemi '. Le sort Je la Daiuu avait été plus terrible encore : le 5 septembre 1812, à II heures Ju soir, elle sauta tout ;\ coup Jans le port Je Trieste, sans qu'on ait vu le feu à borJ ; pas un homme Je l'équipage n'échappa ; la catastrophe fut attribuée i la malveillance ou à la trahison, sans qu'aucun argument sérieux ait encore corroboré l'une ou l'autre hypothèse ^

lin 181 5, le gouvernement Jéclara que la peste était à Lissa; on espérait ainsi ralentir les relations entre les Dalmates et cette île, mais le subterfuge était grossier et personne n'en fut Jupe; penJant cette année, la marine illyrienne n'était même plus en état J'escorter les convois; on publia un avis pour l'annoncer, et les patrons, qui jusque-là ne pouvaient sortir qu'en convoi et escortés, furent libres Je s'aventurer en mer à leurs risques et périls. La mer appartenait Jonc aux Anglais ; ils vont moJifier leur tactique et entreprenJre, avec la complicité Jes habitants, la conquête Jes îles Ju littoraL

Le gouverneur Je Lissa, Sir Duncan Robertson, entra en campagne P"se de ;\ la fin Je janvier 1812, avec une iregate, un brick et six petits bâtiments placés sous les orJres Ju contre-amiral Freemantle, et ce fut sur Lagosta que fut Jirigée la première attaque, le 22 janvier. La garnison, comman- Jée par le capitaine italien Barbieri, se composait Je 50 Italiens et Je 50 Croates : Barbieri se renferma Jans le fort qui Jomine l'entrée Ju port. Les Anglais, sachant que les Français avaient Jeux mois Je vivres, s'attenJaient à faire un long siège, quanJ, le 28 janvier, Barbieri JemanJa à capituler ? ; la seule excuse qu'il put Jonner était que la population avait bruvamment fêté les Anglais et que la garnison ne semblait pas Jisposée à se JéfenJre. Mais le commanJant lui-même était-il JéciJé à taire son Jevoir? Il ne le montra pas.

Maîtres Je Lagosta, les Anglais passèrent à Curzola : la ville n'avait ni Prise de garnison ni vivres; le général PacthoJ, apprenant que les Anglais étaient à Lagosta, avait tait passer à Curzola le colonel Viala Je Sommières en lui Jisant que, s'il cro3'ait possible Je tenter la Jéfense, on lui enverrait un détachement qui irait l'attenJre à Stagno. Viala était à peine arrivé à Curzola que les Anglais parurent; il n'était plus possible Je faire traverser le Jétroit aux troupes qui attenJaient à Stagno qu'on les appelât ; il tlillut organiser la défense avec les moyens Jont on Jisposait, soit l'équipage d'un corsaire français et quelques garJes nationaux Je bonne volonté; c'est avec cette garnison que Viala tint tête aux Anglais penJant trois jours.

I. A. M., 1814, BB*, 583. I 2. Des recherches faites en 1889 ont permis de retrouver quelques restes du malheureux navire ; on les a réunis au musée. | 3. A. G. Pacthod à Gauthier, 8 février 181 2.

Le 4 février, 300 hommes débarquèrent avec 4 pièces de canon; la garde nationale de Blata, qui venait au secours de Curzola, fut repoussée. Dans ces conditions, Viala demanda à capituler; les Anglais, honorant sa bravoure, le renvoyèrent en Dalmatie sans engagements, lui et sa garnison. Pacthod raconte plaisamment sa sortie au général Gauthier dans une lettre intime ' : « Ils sortirent de la place avec les honneurs de la guerre ; il a « défilé à midi du 4, lui, commandant en chef, M. Vincent, commandant « de place, madame son épouse avec bagages et basse-cour, un garde « d'artillerie, un canonnier et une vingtaine d'hommes du corsaire, tam- « bour battant, drapeaux déployés et mèches allumées... il y a de quoi rire « tout seul. Le reste de la garnison est resté dans ses pénates; ils étaient « tous habitants de Curzola. »

Lésina et Meleda attendaient leur délivrance, mais les Anglais ne voulurent pas attaquer Lésina qui avait une forte garnison. A Meleda, les habitants étaient travaillés par les nobles ragusains qui commençaient à relever le drapeau de leur antique indépendance. Les fonctionnaires français furent frappés en avril d'une véritable e.xcommunication : on rompit toutes relations avec eux; on refusait de leur vendre ni pain, ni viande, ni poisson ; pris par la famine, ils s'en retournèrent à Raguse et les Anglais, arrivant en ce moment, donnèrent à Meleda, comme \ Lagosta, un gouvernement présidé par un noble ragusain ; ces gouverneurs remirent en vigueur les lois et usages abolis par les Français.

Curzola, qui n'avait pas dépendu de Raguse avant 181 1, reçut un gouvernement particulier ayant quelque analogie avec celui qui fonctionnait à Lissa. Sous ce titre : « Otok Korcula pod Engleskom Vladoin, » un savant dalmate, M. Vuk Vucetic-Vukasovic, a publié dans le Biilkttino d'Archeologia e Storia Dahnata' une série d'articles sur les lois que les Anglais ont données à Curzola. Le gouvernement nouveau fut installé par le contreamiral Freemantle le 14 février 1813, et dura 29 mois, jusqu'au 15 juillet 181 5. Freemantle nomma une commission de six notables qu'il présida, puis dont la présidence fut dévolue au capitaine Lowen. Cette commission eut à prononcer souverainement sur toutes les questions administratives et financières; c'est le livre de ses décisions, ou risolti:iioni , que M. Vuk Vucetic-Vukasovic a publié.

La justice était rendue par un juge de paix; les appels étaient soumis ;\ la commission du gouvernement. Les communes, au nombre de huit, avaient des chefs nommés par la commission et responsables devant elle de la paix de leur circonscription 3.

Pour la police, on forma une compagnie de garde nationale soldée;

I. A. G., 8 férrier 813. | 2. Juin 1888-Mai 1889. | 3. Risoluz. 4, 5, 6, 11, 12.

aucun volontaire ne s'étant présenté pour s'enrôler, Lowcn répartit le contingent de 40 hommes entre les communes ' et la compagnie tut mise sur pied. En août 1815, l'île rei;ut comme garnison deux compagnies siciliennes et Lowen, sans dissoudre la garde nationale, fit décider seulement que, vu l'état des finances, on ne la payerait plus'. La garnison sicilienne, arrivée de Lissa, occupa le fort Saint-Biaise, situé au dessus de la ville, où des réparations importantes avaient été exécutées en vertu d'une décision prise le jour même de l'installation du gouvernement nouveau > ; des ouvriers et des matériaux avaient été réquisitionnés 4 et une imposition extraordinaire de 3.000 colonnates (18.000 fr.) avait fourni les ressources nécessaires ».

Les finances furent réorganisées, on maintint tous les anciens impôts, sauf la dîme qui fut remise sur le pied où elle fonctionnait au temps des \'énitiens ; elle était restreinte au vin, au blé et aux agneaux; les trois quarts de la dime allaient au trésor public; l'autre quart, divisé en huit parties, était attribué au vicaire capitulaire et aux chanoines pour six parts et pour deux à la cathédrale*. Pour suffire aux dépenses extraordinaires, on établit quelques impôts nouveaux : droit sur le bois de construction", sur le bois à brûler*, taxes de port 9, patentes", et malgré toutes ces charges, les habitants ne se plaignaient pas : c'est qu'on avait respecté leur religion ; le vicaire capitulaire avait été réintégré dans la plénitude de ses fonctions", le couvent de Saint-Nicolas avait été rendu aux religieux franciscains '-, les confréries rétablies"', l'hôpital et les fondations pieuses libérés des charges dont la fiscalité française les avait écrasés 't. On avait aussi rétabli les lois de Venise avec le statut propre à l'île de Curzola, et ces concessions suffisaient pour faire accepter volontiers quelques impôts supplémentaires. Ces surcroîts de charges ne furent d'ailleurs que temporaires : à mesure que l'aire de l'influence anglaise s'élargissait, le commerce retrouvait son ancienne vitalité ; les recettes des douanes augmentaient et iwec elles la prospérité financière. En 181 5, le 8 janvier, tut prise la 125'' résolution tendant à répartir une gratification de 50 colonnates entre les pa};sans requis l'année précédente pour exécuter des travaux de viabilité.

Cette période de deux années fut l'âge d'or de Curzola; les Anglais qui y séjournaient, dépensaient beaucoup d'argent, et la ville put, grâce A ses ressources croissantes, consacrer quelques sommes à des travaux d'embellissement; elle en fit du reste honneur à Lowen en lui élevant un monument sur lequel on lit les inscriptions suivantes :

I. Rizoluz. 58. I 2. R. 86. | 3. R. 7. | 4. R. 43, 46, 57- I 5- R- 4i- I 6. R. 4i> 47. «■• I 7. R. 94. I 8. R. 114. I 9. R. 77. 1 10, R. 102. I II. R. 33. I 12. R. 32. | 13. R. 92. I 14. 62 et 93.

LIBERTATE. FRUENS

HOC. GRATI. ANIMÏ

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