‹ La Dalmatie de 1797 à 1815Chapitre 122 sur 156 · CONSTRUCTA · texte numérisé non relu

CONSTRUCTA

Occup.ition de l'arc h i p e 1 de Kapruse.

Après cette première campagne menée à bonne fin, les Anglais en entreprennent une seconde.

A l'ouest de Raguse s'étend cette chaîne d'iles que Marmont avait fortifiées pour en faire l'enceinte inexpugnable de la rade de Gravosa '. Les îles d'Olipa, Giuppana, Rudda, Mezzo et Calamotta étaient l'objectif que les Anglais avaient visé : les ouvrages n'étaient pas sérieusement armés et les Croates qui les gardaient ne se battraient probablement pas. En etïet, le 12 mai, deux coups de main tentés sur Olipa et Rudda réussirent : une vingtaine de Croates qui les occupaient se laissèrent prendre; ils allèrent grossir le bataillon que les Anglais organisaient à Lissa avec des prisonniers et des transfuges '.

Le général Montrichard fit réoccuper par des soldats italiens l'île de Rudda que les Anglais avaient évacuée après avoir détruit la batterie ' .

Le 18 mai, les Anglais revinrent à la charge et attaquèrent Rudda et Mezzo. Les 19 soldats italiens qui travaillaient à remettre la batterie de Rudda en état n'essayèrent même pas de se défendre. Le commandant de Mezzo reçut, au contraire, les assaillants par un feu très nourri qui les obligea à la retraite, mais ne les empêcha pas de bloquer l'île pendant un mois, ainsi que l'île voisine de Giuppana.

Le 18 juin, le commandant Calaman, qui commandait Giuppana, se laissa surprendre pendant la nuit; il put gagner la terre ferme avec 40 hommes, mais un officier et 38 soldats italiens furent fait prisonniers ^.

La situation de la garnison de Mezzo n'était pas moins critique.

Le général Montrichard écrivait, le 20 juin, au général Gauthier à Cattaro5 : « Mezzo sera peut-être rendue quand vous recevrez cette lettre, grâce « au.x coquins qui sont passés ;\ l'ennemi, mais le reste de la garnison, com- » mandé par le brave Tock (sous -lieutenant au 4^ léger italien), se bat en « déterminé... quel dommage qu'un si brave homme ne soit pas secouru ! « mais la chose est de toute impossibilité. »

StuUi, dans son Dian'o, raconte que sur 50 hommes du 4'' italien,

I. Voir la carte IV. | 2. A. G., MontricharJ, mai 1813. | 3. //'/</. | 4, A. G., Montrichard, juin 1815. I 5. A. G., juin 181 5.

OPÉRATIONS \AVALi;S (181O-1813) 425

15 avaient déserté le i8; .wec ce qui lui restait, Tock alla s'enfermer dans le tort de 1.1 Momat;;ne, au dessus du village de Mezzo. Les Anglais occupèrent donc le tort de Sainte-Marie, situé au bord de la mer, et le lendemain allèrent placer une batterie sur un sommet d'où ils dirigèrent sur le tort de la Montagne un teu plongeant. Tock, ne pouvant se détendre, obtint la capitulation la plus honorable; il fut renvoyé à Raguse dxcc sa troupe, et le commandant anglais Blake écrivit au général Montrichard qu'à raison de sa brillante conduite, le sous-lieutenant Tock était dég.igé de sa promesse de ne pas servir pendant le reste de la guerre '.

Sur les so hommes de Tock, 14 avaient demandé à ne pas retourner à Raguse et s'engagèrent dans l'armée anglaise.

A la suite de ce dernier tait d'armes, le cercle se referme autour de Raguse, et, pendant qu'un gouvernement s'établit à Giuppana et à Mezzo -SOUS la présidence du comte Natali, les derniers avant-postes de la place succombent et l'île de Calamotta doit être évacuée.

Dans le Sud, les Croates repoussent, le 1 1 octobre, une attaque des Anglais sur Ragusa-Vecchia, mais deux jours après ils passent à l'ennemi, et le comte Biagio-Bernardo Caboga est installé comme gouverneur par les Anglais dans les conditions que nous aurons bientôt à exposer^. Le même . jour, la défection des Croates amène l'abandon de l'île de Daxa, qui est ;\ l'entrée même du port de Gravosa 3.

Le 13 octobre, le bataillon croate formé .1 Lissa avait été débarqué ;\ Stagno; la garnison se composait de 11 Français et d'un détachement de pandours; ceux-ci s'emparèrent de la personne du commandant et le forcèrent i capituler ■>.

Raguse était bloquée; nous verrons dans un des chapitres suivants les péripéties du siège qu'elle aura à soutenir.

Depuis plusieurs mois, l'île de Lésina était menacée par les Anglais : déjà Prise de le 27 août i8i2 5, le directeur de l'enregistrement écrit au receveur des domaines : « Tout indique. Monsieur, que l'ennemi se propose d'envahir « les provinces ; en vous annonçant cette fâcheuse nouvelle, j'ai pour but M de vous engager à prendre toutes les précautions, tant pour la sécurité « de vos propres intérêts que pour celle des intérêts dont vous êtes « chargé. »

Ce n'est cependant que le 1 1 novembre 1813 que l'escadre de Hoste parut dans le port de Lésina. Le feu de l'ennemi et l'attitude menaçante de la population obligèrent le commandant à faire rentrer la garnison dans les forteresses; au fort Napoléon, de construction toute récente, il envo\'a

I. A. G., juillet 1S15. I 2. III'-- P., ch. VI. | 5. R. P., 1813, 14 octobre. 7352. I 4. A. G. 1815, novembre. |S.Z.L., 1814. 654.

42é LA BALMATIE DE 181O A 1815

trois compagnies croates; au fort Espagnol, une compagnie croate et deux compagnies italiennes.

Un sergent croate souleva la garnison du fort Napoléon qui cncloua ses canons et voulut assassiner le commandant; celui-ci se retira blessé au fort Espagnol, mais, trouvant le reste de ses troupes prêt ;\ se mutiner, il capitula ; les Anglais le reconduisirent en Italie, moyennant l'engagement de ne pas servir pendant un an ; ses soldats s'enrôlèrent pour combattre la France ^

Enfin, une division anglaise avait opéré dans le Nord, autour de l'Istrie et dans le Quarnero. Fasana, Rovigno, Dignano, Carlopago et Fiume avaient été visitées, mais nulle part les Anglais ne s'étaient établis; ils pillaient les caisses et cherchaient à désorganiser méthodiquement les services publics, puis ils se retiraient sans foire aucun mal à la population qu'ils entendaient ménager.

Bientôt apparaîtront les Autrichiens qui, prenant contact avec les Anglais sur les bords du Quarnero, commenceront à envahir la Dalmatie par terre pendant que leurs alliés, les suivant par mer, leur prêteront assistance quand la réunion de leurs efforts sera jugée nécessaire.

C'est l'histoire de cette campagne qu'il nous reste à étudier.

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