‹ La Dalmatie de 1797 à 1815Chapitre 123 sur 156 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ZARA ET KLISSA (1815)

§ I. L'invasion; forces autrichiennes; forces françaises. Prise de Knin. — §11. Siège de Zara ; la garnison ; arrivée des Anglais ; arrivée des Autrichiens ; investissement ; bombardement ; révohe des Croates; capitulation (5 décembre 181 3). — § III. Soulèvement général ; prise du ton Saint-Nicolo ; évacuation de Spalato ; siège et capitulation de Klissa ; résistance héroïque de la Tour de Norin.

C'est le 18 août 1S13, au lendemain de la rupture des négociations de 5 1. L'ia- Prague, que les Autrichiens pénétrèrent dans les Provinces illyriennes ; ils passèrent la Save sur trois points, à Agram, i Sissek et à Petrinia; le lendemain, ils entraient i Karlstadt que le général Jeanin venait d'évacuer; jeanin avait été accompagné dans sa retraite par une population en fureur qui massacrait tous les traînards et cherchait i piller son convoi ; nous avons dit quel tut le sort de l'intendant Contades ; un chef de bataillon fut blessé et un capitaine précipité du haut d'un pont dans la Kulpa.

Fiume fut évacué le 23 août; les premiers coureurs ennemis parurent le 4 septembre en vue de Trieste, qui capitula le 14 octobre.

C'est alors seulement que les Autrichiens se tournèrent vers la Dalmatie, Les forces et le général Tomassich fut chargé de l'occuper; cet officier général quitta nés. '^ Gospic le 23 octobre avec un bataillon de la Lika qui abandonnait le service de la France, un escadron de hussards et un détachement de l'insurrection hongroise ; trois jours après, il fut rejoint par un bataillon du I" régiment du Banat et une centaine de cavaliers croates; c'est donc avec 2.8do hommes, dont 2.400 ex-soldats français, que Tomassich entreprendra la conquête de la Dalmatie et la terminera en moins de trois mois ' : Zara capitulera le 5 décembre, Klissa le 18, Raguse le 28 janvier 1814; Knin, Sebenico, Traù, Spalato se rendront sans résistance. Quant au.K Bouches, les Monténégrins avaient déjà commencé à les révolutionner, et le 5 janvier 18 14 Cattaro ouvrira ses portes aux Anglo-Monténégrins.

Pour repousser ces attaques, les généraux français avaient huit bataillons Les forces s'élevant à 6.000 hommes, mais deux bataillons de pandours et trois bataillons de croates avaient déjà commencé à passer à l'ennemi; les trois bataillons du 4= régiment léger italien avaient perdu par les désertions la moitié de leur effectif, et le reste n'était pas d'une fidélité à toute

françaises.

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épreuve; il y avait, en outre, entre Knin et Budua, 140 gendarmes français, 200 artilleurs français et italiens et les marins de la flottille.

Nous serons bien près de la vérité en disant que l'armée française ne comptait pas 500 hommes décidés à se défendre.

Ne pouvant tenir en rase campagne avec des troupes aussi peu sûres, les généraux français décidèrent de s'enfermer dans les places fortes et d'attendre que les événements qui se passaient dans l'Europe centrale eussent fixé les destinées de la Dalmatie. Les Autrichiens ne trouvèrent donc, en franchissant la frontière, aucune résistance, et ils arrivèrent devant Knin sans avoir vu un soldat français. Prise de II }• avait à Knin une petite garnison de pandours sous les ordres du octobre). ° Capitaine français Damarey; à l'approche de l'ennemi, celui-ci fit fermer les portes et se prépara à la défense : une sommation faite le 28 octobre fut accueillie par un refus catégorique, et l'on pouvait supposer que Knin, ou tout au moins la forteresse bâtie sur un rocher escarpé, arrêterait les Autrichiens, mais, dans la nuit du 29 au 30, les Pandours s'insurgèrent et firent entrer les Autrichiens dans la ville. Damarey gagna la forteresse avec les otîiciers et artilleurs français et s'y enferma; sommé de nouveau de se rendre, il demanda vingt-quatre heures pour réfléchir, et, ayant constaté qu'il était absolument impossible à une vingtaine d'hommes de défendre la forteresse, il capitula le 30 au soir. On le renvoya en Italie, moyennant la promesse de ne pas servir pendant la durée de la guerre; les soldats conservèrent leurs bagages et les officiers leurs épées '.

511. Siège Le général Roize avait ;\ Zara 900 Croates de la Lika, 300 Italiens du 4= léger et 70 artilleurs^; les 17 bâtiments de la flottille avaient alors 300 hommes d'équipage; la garde nationale comptait deux compagnies de 150 hommes chacune, plus la compagnie d'élite composée de propriétaires et d'employés. Enfin, dès la proclamation de l'état de siège, le général

La garni- avait rappelé toutes les brigades de gendarmerie détachées dans le district, ce qui lui fournissait une troupe d'élite composée d'une centaine d'hommes tant à pied qu'à cheval, d'une bravoure et d'une loyauté au dessus de tout éloge. Les Croates et les Italiens n'auraient pu être conduits .sans une violente jalousie de nationalité qui les divisait et les empêchait de se

I. W. K., 1815, F. 10, n. 4-10. I 2. Nous avons eu, pour étudier l'histoire de ce siège, d'excellents matériaux : le Giontuli; delV Assedio di Zara, publié par le professeur Vitaliano Brunelli, de Zara, d'après des mémoires inédits conservés à la Bibliothèque du Gymnase de Zara (Zara, 1880), les rapports conservés aux Archives de la Guerre à Vienne et les rapports du général Roize, du commandant d'armes et du commandant de la marine, qui sont aux Archives de la Guerre à Paris. En dépit de leurs provenances diverses, ces documents sont presque toujours d'accord.

son.

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concerter pour une révolte : le commnnd.tnt les tenait en respect les uns par les autres.

« La garde nationale était, dit le professeur Brunelli, pleine de bonne « volonté, d'enthousiasme, d'endurance et de zèle, mais elle pouvait peu « pour la défense, n'ayant pas l'habitude du feu, ayant ;\ songer aux « intérêts et au salut de nombreuses familles '. »

Deux mille hommes, dont deux cents fidèles, voil.\ ce que Roize avait pour défendre Zara ; son état-major était excellent. Le colonel Gond, commandant d'armes, le commissaire des guerres Germain, faisant fonction de commissaire de police, le chef de bataillon Piquet, directeur de l'artillerie, le chef d'escadron Rigade, commandant des gendarmes, le lieutenant de vaisseau La Chadenède, commandant de la flottille, firent tous leur devoir. La ville .ivait depuis longtemps son approvisionnement de siège, et les lenteurs des Autrichiens permirent d'introduire dans la ville beaucoup de bétail sur pied et de viande fraîche. Enfin le maire, le comte Borelli de Vrana, prit, le i'"' novembre, un arrêté qui, en fixant le maximum du prix des denrées, empêchait les manoeuvres de certains spéculateurs.

Le 2) octobre, alors que les Autrichiens étaient encore en Croatie, on Arrivée vit entrer dans le canal une frégate anglaise, VAlcestc, commandée par le " "^*''' capitaine Blake; elle jeta l'ancre près de Punta-Amica. Des gendarmes envoyés en reconnaissance sur ce point du littoral, surprirent quelques marins qui venaient de débarquer avec un officier et les amenèrent prisonniers à Zara. L'otficier était porteur d'une lettre du commodore Hoste au général Tomassich; la lecture de cette lettre apprit à Roize que Zara ne tarderait pas à être assiégée et que, si les Anglais étaient les premiers au rendez-vous, les Autrichiens ne tarderaient pas à les rejoindre. L'officier anglais fut renvoyé à son bord.

Le 26, la frégate fut rejointe par un brick qui se mit à croiser dans le cmal pour empêcher les barques de l'île d'Uljan de porter des vivres dans Zara ; les navires à destination de la ville étaient capturés par des barques armées qui circulaient dans le canal.

C'est contre ces barques que furent tirés les premiers coups de canon, le 31 octobre; le brick était parti le matin, et un bateau chargé de vivres, ayant voulu en profiter pour forcer le blocus, fut arrêté par le calme plat et pris par les Anglais qui, lui donnant la remorque, s'efforçaient de le conduire sous le canon de la frégate.

Douze bâtiments de la flottille sortirent de Zara et se dirigèrent à force de rames sur les Anglais; c'était dimanche, les habitants profitant du beau

I. La suite de ce récit fera voir que si lu prudence de la garde nationale de Zara n'avait pas de limites, son dévouement en avait, comme son enthousiasme.

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temps faisaient leur promenade sur les remparts et s'assemblaient curieux d'assister sans danger à un combat naval. Retardés par leur prise, les Anglais perdaient du terrain et les projectiles commençaient à les atteindre ; ils abandonnèrent donc leur proie, qui fit son entrée à Zara au milieu des applaudissements. Encouragées par ce premier succès, quelques péniches et canonnières françaises se lançaient à la poursuite des embarcations anglaises, quand on vit la frégate se mettre en mouvement tirée par quatre barques. La poursuite fut abandonnée et les Français rentrèrent se mettre à l'abri du canon de la place. Ce fut la seule journée glorieuse du siège : les revers allaient commencer.

Le !"■ novembre, la brigade de gendarmerie de Benkovac rentra; les Autrichiens avançaient, et, sans attendre leur arrivée, les paysans avaient assiégé la caserne en proférant contre les gendarmes des menaces de mort; c'était un officier autrichien qui les avait calmés et avait permis aux gendarmes de se retirer.

Arrivée Le 2 novembre, les éclaireurs autrichiens parurent sur les hauteurs de chiens. Babindub, en vue de Zara, et le 3, on vit une troupe assez nombreuse

s'établir sur les coteaux de Malpaga, à un mille de la place. Le général Roize, voulant reconnaître les forces de l'ennemi, fit sortir les 40 gendarmes à cheval, commandés par le chef d'escadron Rigade, et les fit soutenir à gauche par 40 gendarmes à pied, à droite par une compagnie ita- • lienne qui occupa Borgo-Errizzo, à un kilomètre de Zara, au bord de la

mer. La reconnaissance trouva, en avant de Malpaga, un parti de cavalerie hongroise, l'aborda et le repoussa jusqu'à Babindub; mais, voyant un corps de 600 hommes d'infanterie qui cherchait à le déborder, Rigade renonça à aller plus loin ; il revint sur Zara, pendant que les deux détachements de soutien suivaient son mouvement.

Cette escarmouche coûta aux gendarmes trois hommes blessés et aux hongrois une vingtaine, disent les rapports français.

Les rapports autrichiens, au contraire, enregistrent une grande victoire '. Nous n'avons pas à revenir sur ces contradictions plus faciles à comprendre qu'à éviter : aussi bien le général Roize n'avait pas la prétention de repousser les Autrichiens, il ne s'en reconnaissait pas les moyens; il voulait seulement savoir s'il avait devant lui des insurgés dalmates ou des soldats réguliers, et la reconnaissance du 3 novembre lui apprit que c'était bien l'armée autrichienne qui s'avançait sur Zara.

Le soir du 3, se présenta un parlementaire porteur d'une sommation : « Je ne voulus, dit Roize, recevoir ni le parlementaire ni la mission dont il était porteur. »

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