‹ La Dalmatie de 1797 à 1815Chapitre 124 sur 156 · ZARA HT K1.1SSA · texte numérisé non relu

ZARA HT K1.1SSA

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Le 4 novembre, la frcj^atc quitta le mouillage de Punta-Amica pour i.'invcst: aller jeter l'ancre en taee de Borgo-Hrri/.zo, occupé par les Autrichiens, et dès le soir le canon commen»;a ;\ retentir, jetant l'effroi dans la population, pendant que presque chaque nuit des ennemis se glissaient jusqu'au pied des remparts et se fusillaient avec les sentinelles. La place répondait de son mieux, mitraillant les entants perdus qui s'avançaient ;\ portée et lançant des obus dans la direction des pièces ennemies. La municipalité publia des avis touchant les mesures à prendre en cas d'incendie; des postes de pompiers turent disposés près des points menacés et des escouades de temmes furent chargées de faire la chaîne. Mais pendant cette canonnade qui dura treize jours, du 4 au 20, les dégâts furent insignifiants; quelque boulet perdu tombait de loin en loin dans la ville sans foire grand mal, et petit à petit la population commençait à s'aguerrir. La fête de Saint- Martin fut célébrée, le 12 novembre, par une procession à la Madonna di CastcUo, où fut commencé un Triduuin solennel, présidé par l'archevêque, pour demander à Dieu la fin des épreuves de la guerre.

Le général Roize était presque le seul à ne pas partager la sécurité universelle : cette furieuse, mais inoffensive canonnade, ces alertes nocturnes ne l'inquiétaient pas; ce qui le préoccupait, c'étaient les allées et venues du brick anglais qui, par deux fois, avait disparu et deux fois était revenu s'ancrer tout près de terre à Borgo-Errizzo. Sans aucun doute, il avait été chercher de la grosse artillerie à Fiume ou à Lissa, et l'assiégeant préparait des batteries pour bombarder la ville : en attendant, il cherchait à distraire l'attention avec des batteries volantes, mais quelque chose de plus sérieux se préparait; à cause des plis de terrain, il était impossible de savoir où se construisaient les batteries, et par conséquent on ne pouvait rien essayer pour les surprendre.

Un autre sujet d'inquiétude pour Roize et l'intendant la Bergerie était le manque d'argent : marins et soldats, ne recevant plus leur solde, désertaient en masse la nuit et même le jour, et les fournisseurs refusaient de livrer les vivres.

Il n'était pas possible de recourir à un emprunt : on en avait fait un en 1809 et on ne l'avait pas intégralement remboursé; par suite, toute confiance avait disparu.

L'intendant songea alors ;\ un expédient : il y avait, dans les magasins des domaines, de nombreux objets d'or et d'argent provenant des églises et chapelles plus ou moins légitimement supprimées ; l'argent, fondu et mis au titre légal, donna 64.000 onces de métal qui servirent à frapper une de ces monnaies que les numismates appellent monnaies obsidionalcs. Dans la cuisine du palais du Gouvernement, et au moyen des fourneaux qui avaient servi à l'abbé Zelli pour faire de la chimie avec Marmont, on

fabriqua des disques du poids d'une, deux et quatre onces; sur une face, on imprima Zara iSij avec l'aigle impériale; sur l'autre les inscriptions : I. o. — 4^ 60 c; 2. o. — 9''20 c; 4. o. — 18' 40 c; sur la tranche, étaient imprimées les lettres S. B. — M. F. — S. P., initiales de trois orfèvres qui garantissaient le titre et le poids; un orfèvre juif avait fabriqué des coins assez artistement exécutés'. On mit ainsi près de 300.000 fr. d'argent en circulation, ce qui permit de parer aux besoins les plus urgents de la garnison.

Le 17 novembre, on finit par reconnaître l'emplacement des batteries ennemies; pendant douze jours les travaux avaient été habilement dissimulés, et bien que le sol fut presque exclusivement formé de roches, la mine n'avait pas joué une seule fois; tout s'était fait au pic. Maintenant que les ouvrages étaient achevés, les travailleurs ennemis ne se cachaient plus ; on les voyait distinctement garnir les escarpes de terre et transporter leur matériel. Il y avait quatre batteries disposées concentriquement autour de l'ouvrage saillant de la place.

C'était le moment d'opérer une sortie nocturne pour détruire les travaux des assiégeants. Roize réunit donc son conseil de défense et lui proposa le plan suivant : le chef de bataillon Guibert, avec 200 Italiens, se porterait sur la batterie centrale, et sur celle de droite (à gauche de la place), le chef de bataillon Lemaïch conduirait les Croates sur la grande batterie de gauche, et le lieutenant de gendarmerie Pancrazzi sur celle de Borgo-Errizzo. Interrogés tour à tour, les membres du conseil donnèrent leur avis : le chef de bataillon Guibert dit qu'il ne répondait que de sa personne; il était prêt à faire son devoir, mais il faisait observer que par la désertion journalière qui s'était manifestée depuis un certain temps dans son bataillon, il ne pouvait avoir aucune espèce de confiance dans ses soldats qui tous, conscrits réfractaires, assez mauvais sujets et commençant d'ailleurs à avoir des intelligences avec l'ennemi, ne feraient rien hors de la place. Le commandant croate Lemaïch était tout dévoué à la France; il avait été promu chef de bataillon pendant le siège pour sa belle conduite, mais il déclara qu'il avait la certitude que les soldats croates, au lieu de marcher sur les batteries, se rendraient directement au camp ennemi. Il flillut donc renoncer au projet, parce qu'on ne pouvait opérer à Borgo-Errizzo avec les gendarmes, si l'ennemi n'était occupé sur les autres points de la ligne d'investissement. On se contenta donc de tirer nuit et ]our sur les batteries pour en retarder l'armement.

Le boni- Le dimanche 21 novembre, le temps était radieux et les habitants se promenaient sur les remparts, profitant de ce que le feu des ennemis

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