I. A. G,, i; dcccmbrc 1X15. Rapport du nuijor Sèbe
La Dtilnialif de lyi^j à iSi;, 50
décembre.
Ils se crurent dès lors autorisés à expédier à Fiume des bâtiments battant pavillon de Saint-Biaise et porteurs d'expéditions faites au nom de la République. Ces navires entrèrent à Fiume, mais ils n'en purent sortir qu'avec des expéditions autrichiennes et le pavillon impérial.
Si la réponse de Hoste semblait prêter à équivoque, sa conduite ne laissa bientôt aucune illusion sur ses intentions. A une demande de matériel de siège, il opposa un refus hautain.
Lowen arriva alors avec un chebeck et deux canonnières ; Caboga et les nobles le savaient en lutte avec Hoste et se tournèrent vers lui. Lowen s'empressa de répondre à leurs avances; Hoste avait refusé de prendre part aux opérations de terre, Lowen débarqua cinquante hommes; Hoste avait nommé Caboga gouverneur provisoire, Lowen le nomma commandant en chef di's Jones insurgées assiégeant Raguse et gouverneur général des provinces de terre ferme de Fétat de Raguse. Seulement, n'ayant ni canons, ni artilleurs, ni munitions, il ne pouvait prêter aux insurgés aucun concours sérieux; les Ragusains durent continuer le blocus en attendant le jour où ils trouveraient un ami qui leur donnerait des canons. Sonic du Montrichard était tenu au courant de ce qui se passait au camp des insurgés; il avait appris que beaucoup de pa3'sans, découragés par la longueur des opérations, étaient retournés dans leurs villages; il n'y avait plus à Gravosa, autour de l'état-major, que 3 à 400 hommes ; il résolut donc de les surprendre dans la nuit du 8 au 9 décembre : Gargurich, commandant du bataillon croate, devait, en faisant un mouvement tournant entrer dans Gravosa par la route d'Ombla; Paccioni, commandant du bataillon italien, attaquerait de front, et on courrait la chance de prendre, dans un coup de filet, tous les chefs insurgés.
Non moins bien renseignés que Montrichard, les nobles furent prévenus de la sortie qui se préparait ; ils allèrent donc dresser une embuscade au faubourg Pile et attendirent les Français. A minuit, personne ne s'étant montré, ils en conclurent que l'ennemi, sachant son projet éventé, y avait renoncé; ils rentrèrent donc à Gravosa. Vers deux heures du matin la fusillade les tira de leur premier sommeil : deux Croates avaient déserté, aussitôt sortis de la ville, et ils avaient averti les avant-postes qui se retiraient devant la colonne de Paccioni. Quelques instants après, le quartier général, établi à la maison Sorgo, était cerné et assiégé par une compagnie de volontaires de la garde nationale. Si la seconde colonne était arrivée en ce moment, les insurgés étaient perdus, mais les Croates de Gargurich ayant trouvé du vin dans les premières maisons qu'ils avaient occupées, s'étaient mis à boire et à piller; Gargurich ne put arriver au rendez-vous que lorsque déjà le jour commençait à poindre, et les ennemis étaient sur leurs gardes; il dut s'en retourner par où il était venu, et Paccioni, de son côté,
Llonn.i le signal de la retraite : ropéiatii)ii était nianquée. Il y avait de chaque côté cinq ou six blessés, dont deux grièvement : le comte Natali, qui lut de longs mois A se remettre, et, du côté des Français, l'inspecteur des douanes Tliaureau, capitaine de la compagnie de volontaires; recueilli et charitablement soigné par Caboga lui-même ;\ la maison Sorgo, Tliaureau mourut dans la journée '.
Quoi qu'il en soit des vantardises auxquelles les Ragusains se livrèrent à cette occasion, l'affaire n'eut aucune conséquence, et les assiégeants ne purent pas même interrompre les communications entre le corps de place et le fort Impérial; leur situation était fort pénible, et, bien que l'hiver ne soit pas rigoureux ;\ Raguse, on était dans la plus mauvaise saison de l'année, sans abris, sans vivres, sans médicaments pour les blessés et les malades ; l'autorité des chefs était méconnue, les paysans et les Croates déserteurs rivalisaient d'ardeur pour le pillage, et de leurs navires, Hoste et ses officiers jetaient des regards de mépris sur ces bandits qui s'intitulaient libérateurs de la patrie^.
Le ^ janvier 1814, le général Milutinovich arriva, à la tète de deux §n-Arn-
■ . , ... . . ., . , , vee des Au-
bataillons de la Lika qui avaient pris part au siège de Zara; il avait ete trichiens. précédé par deux lettres où Tomassich remerciait Caboga et Bona de leur dévouement à la cause commune; il les qualifiait, le premier chef des nationaux qui bloquent Raguse, le second chef des nationaux du Primorje; en leur montrant des égards équivalents, il espérait les diviser, ce qui était déjà fliit, et se réservait de s'attacher celui qu'il trouverait le plus maniable î. Les lettres de Tomassich se terminaient par une invitation à se placer sous les ordres de Milutinovich, et l'on y trouvait enfin l'ordre de ne rien changer aux institutions françaises jusqu'à ce que l'empereur d'Autriche en eût décidé autrement.
Milutinovich, en arrivant devant Raguse, essaya, avant de s'en prendre aux assiégés, de mettre à la raison les assiégeants : il leur manifesta son intention de licencier les bandes de volontaires ou de les incorporer dans les troupes qu'il commandait. Caboga lui répondit que plutôt que de déposer leurs armes, ses compatriotes les tourneraient contre lui ; il fit sentir au général de l'Empereur que son arrivée avec deux bataillons croates ne modifiait pas la situation : sans artillerie, il devait se contenter de bloquer la place, et l'on n'avait pas eu besoin de lui pour la bloquer depuis cinq semaines. Enfin, s'il voulait des vivres, les nationaux lui en procureraient, mais à condition qu'il entrât avec eux dans la voie des arrangements, qu'il reconnût aux insurgés la qualité de belligérants indé-
1. W. K., iSi-t, I, n. 12. I 2. W. K., 1814, I, n. 12. | 3. W. K., 1813, 13, n. 66.
pendants et fit arborer le drapeau ragusain au quartier général entre le drapeau impérial et le drapeau de la Grande-Bretagne. Milutinovich passa par ces conditions qu'il ne pouvait repousser et Caboga fut nommé gouverneur général ; Milutinovicli lui confia même la direction du siège pendant une expédition qu'il allait faire sur les Bouches de Cattaro '.
Nous ne parlerons pas ici de l'expédition de Milutinovich sur Cattaro ; nous aurons, dans le chapitre suivant, l'occasion de dire combien elle était légèrement conçue; mais ce qui était une imprudence insigne, c'était de laisser Caboga investi de toute autorité au moment où Raguse pouvait capituler d'un jour à l'autre. Quand nous verrons dans quelles conditions les Autrichiens entrèrent à Raguse, nous comprendrons l'énormité de la faute commise \
Milutinovich revint de Cattaro le 13 janvier, mécontent de son insuccès et irrité de la conduite des Anglais à son égard. Heureusement pour lui, la division était au camp des Ragusains : on s'était d'abord contenté de taxer Caboga d'ambition parce qu'il avait accepté des Anglais un titre dont personne ne voulait quand il le reçut ; on lui avait ensuite reproché d'user d'une autorité qu'il avait acceptée pour le bien de tous, on avait critiqué sa stratégie, et l'on avait prétendu que, s'il tolérait le pillage, c'était parce qu'il recevait une part de butin. Quand on avait vu Milutinovich lui donner des pouvoirs plus étendus encore que ceux qu'il tenait des Anglais, on l'accusa de trahison et ses « amis » décidèrent qu'il fallait se débarrasser de lui ; on lui donna donc le conseil perfide de prendre, en l'absence du général, des mesures qui lui auraient fait perdre tout crédit, mais cette fois Caboga ne tomba pas dans le piège qu'on lui tendait.
Les nobles résolurent donc de se mettre en insurrection; ils ne voulaient pas prendre les armes contre Caboga, mais constituer, en dehors de lui, un gouvernement soi-disant régulier, qu'ils feraient reconnaître des puis- L'assem- sanccs. Réuuis, au nombre de 46, dans la maison du comte Giorgi, ;\ ianvicr"8i4! Ombla, daus la nuit du 17 au 18 janvier, ils décidèrent que le gouvernement de la République était rétabli dans son ancienne forme. Bosgiovich à Constantinople, d'Ayala à Vienne ', notifieraient cet acte aux gouvernements du Sultan et de l'Empereur. Michel Bona, qui était en mission à Trieste, près de l'amiral Freemantle, se rendrait au quartier général et plaiderait la cause de sa patrie auprès des souverains alliés. Une commission de cinq membres recevait la mission de faire exécuter ces résolutions -i.
I. \V. K , 1814, F. I, n. 18 et 38. | 2. W. K., 1814, i, n. 56, la lettre où Tomassich reproche vivement à Milutinovich son imprudence. | 5. D'Ayala, qui avait représenté la République à Vienne de 1773 à 1805, avait été destitué dans les conditions que nous avons exposées plus haut (I« P., C. VII, p. 142). Il était peu présuniable qu'il acceptât la mission qu'on voulait lui confier. | |. W. S., Raguse. 2. B.
La commission se présenta le 18 janvier à Milutinovich, qui entendit avec stupétaction ses communications; désormais la guerre était déclarée à l'Autriche par les nobles ragusains, mais c'était à coup d'intrigues qu'elle devait se poursuivre. La question était de savoir si les Austro-Anglais seraient les instruments involontaires de la restauration de Raguse ou si les insurgés ragusains se contenteraient de tacilitcr aux étrangers l'accès de leur capitale; Milutinovich feignit d'approuver tout ce qui avait été fiiit; quant à Hoste, il n'avait aucune sympathie pour les insurgés, mais il était ravi de voir Milutinovich dans l'embarras ; et cet embarras était grand : pour prendre une place armée de 165 canons, il avait trois artilleurs et pas d'artillerie.
Montrichard, on le savait depuis longtemps, ne demandait qu'à capituler, mais encore fallait-il qu'on eût tiré quelques décharges sur la ville pour lui donner un prétexte de le taire.
Comprimant donc toutes ses rancunes et imposant un cruel sacrifice à sni.Bom-
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son amour-propre, Muutmovich se rendit, aussitôt après la visite des de Raguse. délégués, à bord de la Bacchante, pour exposer à Hoste qu'il était nécessaire de commencer un siège en règle ; on avait déjA construit trois batteries, et, si le Commodore voulait bien lui prêter quelques canons et les munitions nécessaires, on commencerait le feu le lendemain.
Hoste, qui n'était pas généreux, se donna la mesquine satisfaction de répondre : « Mais, général, il est à supposer que, venant assiéger une « forteresse, vous vous êtes pourvu du matériel nécessaire... » Puis, après avoir donné cours à sa verve moqueuse, il se montra bon prince et promit deux canons et deux mortiers qui furent débarqués le 20; on ouvrit le feu le 21 janvier, après la sommation d'usage' ; les canons battaient la route qui fait commmuniquer Raguse et le fort Impérial, les mortiers lançaient dans la ville quelques projectiles inotfensits.
Dans la nuit du 20 au 21, la garnison fit une sortie sur la batterie ; on ne put arriver jusqu'aux canons, mais une vingtaine de Croates furent faits prisonniers par les volontaires de la garde nationale''.
La nuit suivante, les Autrichiens essayèrent un coup de main sur le fort Impérial; mais, trouvant la garnison prête à se défendre, ils redescendirent à Gravosaî.
Les Anglais avaient fini par sortir de leur inaction; les 21, 22 et 23, ils firent construire, par les paysans insurgés, une batterie à l'endroit où s'élève aujourd'hui la redoute de San-Giacomo ' ; ils y firent monter dix pièces qui devaient battre le fort Impérial '.
I. W. K., 1814, F. 2., n. 19. I 2. VV. K, 1814, F. i, n. 44, 46, 60. | 5. W. K., 1814, F. I, n. 87. I 4. Voir la carte V his. \ 5. \V. K., 1814, F. i, n. 87.
Sous prétexte de couvrir cette batterie, Milutinovich fit relever, par un bataillon croate, les insurges qui occupaient Bosanka et Bergatto ; il voulait surtout les éloigner du point par où l'on entrerait dans la ville dans le cas prochain d'une reddition.
Le 25 janvier, le général Montrichard, sous prétexte de rendre la liberté aux Croates pris dans la sortie du 20, envoya un parlementaire qui, très probablement, fut chargé de proposer une capitulation. Capitula- Lg lendemain 26, un officier autrichien fut reçu dans la place, et après
tion de Ra- i . . 1 -i j i -V i •
gMse. son départ, le gênerai convoqua son conseil de detense pour lui soumettre
les propositions des Austro-Anglais ; il y avait dans ce conseil trois hommes énergiques, le major du génie Sèbe, les commandants Paccioni et Gargurich, qui représentèrent que l'enceinte était intacte, la population tranquille, les approvisionnements au complet; on ne se trouvait donc dans aucun des cas prévus par les règlements. Montrichard céda, mais le lendemain il y eut, à son instigation, dit-on, une émeute, émeute fort pacifiquo : deux cents individus, la cocarde ragusaine au chapeau, vinrent stationner devant la douane et sifflèrent la compagnie italienne qui se disposait à partir pour relever la garnison du fort Impérial ; Paccioni, homme d'un caractère violent, sortit sur la place et voulut haranguer les manifestants : sa voix fut couverte par les huées ; pendant ce temps, une main inconnue arborait le drapeau ragusain sur une des tours de l'enceinte. Cette ridicule démonstration mit le général en règle avec sa conscience qui, on le voit, était fort large, et, quelques heures après, une capitulation était conclue entre le capitaine Leterrier et les représentants des commandants autrichien et anglais : les Austro-Anglais devaient prendre possession de la ville et des forts le 28, à midi; les paysans n'entreraient que désarmés; la garnison serait conduite à Ancône et s'engagerait à ne pas porter les armes pendant un an ; aucun Ragusain ne serait inquiété pour sa conduite passée. On n'avait pas demandé pour la garnison les honneurs de la guerre ' !
Cahoga avait protesté en voyant qu'il n'était pas admis à signer la capitulation ; il se rendit près de Milutinovich pour demander que 200 insurgés en armes fussent admis à entrer dans la ville avec les troupes autrichiennes, et ayant eu connaissance de l'article qui lui refusait ce droit, il ordonna au comte Natali de se rendre, avec les paysans qu'il commandait, aussi près que possible de la porte Ploce, et d'entrer, dès qu'elle serait ouverte, pour aller proclamer l'indépendance de la République d'accord avec les citoyens qui avaient arboré la veille l'étendard national.
On vit de la ville le mouvement des insurgés, et ce fut avec une vive appréhension ; on savait que si les chefs n'avaient que des vues patrio-
I. A. G., janvier 1814. — W. K.. 1814, F. i, n. 87. — O. T., i";' mars 1814.
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tiques, les soldats étaient moins désintéressés; s'ils entraient, ce serait pi)in" piller, et ce n'était pas la garde nationale qui pourrait les en empèclier; quant aux troupes régulières, Montrichard, devant l'indignation de Paccioni et de ses amis, avait cru devoir les faire désarmer dès le 27 au soir, pour prévenir une collision.
Milutinovich fut averti de ce qi.ii se passait, et l'on travailla secrètement lintréc des pendant toute la nuit ;\ déboucher la porte Pile qui avait été murée; le désarmematin du 28, deux compagnies croates entrèrent avec deux pièces de 6 '"'^"t ''^-'s '"par cette porte, et, .\ midi, quand on ouvrit la porte Ploce, et que les insurgés se ruèrent sin- le pont-levis, ils virent en tace d'eux les Croates, la baïonnette au canon, et deux pièces chargées A mitraille pointées sur eux. La partie était perdue; les insurgés se dispersèrent, et quelques heures après, redevenus de paisibles paysans, ils reparurent sans armes, apportant des volailles, des fruits et des légumes qu'ils allèrent vendre sur la place du marché.
En entrant dans Raguse, le général Milutinovich trouva la garde nationale rangée en bataille sur le Slradotic; il la regarda d'un œil mécontent, et dit en français à l'officier qui le recevait : v Que veulent tous ces gens-là? Qu'ils rentrent chez eux. » Il craignait que la garde nationale prétendit à son tour réclamer en faveur de l'indépendance; il se trompait, car cette garde était recrutée surtout dans la classe des « citoyens » qui auraient tout perdu au rétablissement de l'oligarchie; c'est en haine de l'oligarchie qu'ils s'étaient jetés dans le parti français et si quelques-uns des bourgeois devaient faire mauvais accueil aux Autrichiens, ce devait être par suite de leur attachement à la France et de leur culte pour la personne de Napoléon.
La garde nationale fut donc dissoute et les soldats croates prirent possession de tous les postes. Le 29, le drapeau autrichien fut arboré sur la grande place au Stendardo où avaient flotté depuis six ans les couleurs ragusaines, italiennes et françaises. Des détachements austro-anglais occupèrent les forts.
Le 2 février, la garnison française fut embarquée à destination d'Ancône : c'étaient 300 Italiens du 4''' léger, et quelques Français, artilleurs et gendarmes. Deux jours avant, Paccioni avait été conduit prisonnier à bord de la frégate anglaise, comme évadé des pontons de Portsmouth; on prétendit que c'était Montrichard qui l'avait dénoncé pour l'empêcher de faire en France des révélations compromettantes ' .
I. Paccioni était Corse; son nom et ses exploits sont restés légendaires à Raguse, où quelques vieillards se souviennent encore de l'avoir connu. On dit que Paccioni fut tué en combattant pour l'indépendance de la Grèce.
Montricliard partit au milieu d'un concert de malédictions; qu'il eût vendu la ville, cela importait peu aux Ragusains, mais on l'accusait d'avoir puisé ;\ pleines mains dans les caisses publiques, d'avoir notamment dilapidé le mont-de-piété, et de n'avoir signé une capitulation honteuse que pour obtenir le droit d'emporter, sans être inquiété, le fruit de ses rapines'.
Les Anglais s'éloignèrent à leur tour, le 4 février, sans prévenir de leur départ; comme part de butin, ils emportèrent quelques canons, une grande quantité de poudre et surtout du tabac; ils s'étaient montrés hautains et insociables; « je suis heureux, écrit Milutinovich, qu'ils se soient contentés de si peu ^ »
jjiv. Der- La situation devenait plus nette pour les Autrichiens; ils demeuraient de l'Autri- seuls en face des Ragusains, et le nombre des opposants diminuait chaque nobies'^r.wi- jouf- Le 15 février, les employés civils prêtèrent serment à l'Empereur, sains. roi de Dalmatie, Raguse et Cattaro 3 ; le 2 mars, le clergé prêta serment à
son tour. Milutinovich, bien qu'il fût de religion grecque, s'était montré plein de déférence pour l'Église catholique; le 2 février, fête de Saint-Biaise, il avait suivi la procession un gros cierge à la main ■*, et par ses attentions il avait gagné les bonnes grâces de l'archevêque ; ce vieillard affaibli avait publié, le 24 décembre, une pastorale menaçant des censures ecclésiastiques quiconque persisterait dans la rébellion contre la France, et, le 16 février, il rappelait au peuple ses devoirs envers son souverain légitime, l'empereur François.
Il restait encore à occuper les îles qui avaient tait partie de l'ancien État de Raguse, mais le comte Natali, invité à remettre Giuppana, Mezzo Calamotta, répondit que c'étaient les Anglais qui l'avaient nommé gouverneur, alors que les Autrichiens n'étaient pas encore entrés dans la coalition, et qu'il attendrait pour se démettre de ses fonctions que l'amiral Freemantle lui en eût donné l'ordre; or, les Anglais, voulant conserver des gages, ne parlaient pas d'évacuer ces îles, non plus que Lagosta, Meleda, Curzola, Lésina et Lissa.
Les Autrichiens n'étaient pas non plus rentrés en possession de Cattaro; nous verrons qu'après la tentative manquée de janvier, Milutinovich en fit une, aussi infructueuse, en mars, et que ce fut seulement en juin qu'il put rétablir l'ordre dans ce district turbulent.
Il fallut dix-huit mois pour consommer l'annexion de Raguse. Après la
I. En arrivant en France, Montrichard fut mis en disponibilité; mais il reprit du service bOus la Restauration et mourut en 1828, pourvu d'un commandement à Besançon. I 2. \V. K., 1814, F. 2, n. 19. I 3. W. K., 1814, F. 2, n. 32. | 4. W. K., 1814, F. 2, n. 19.
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c.ipitiilatiiiii, Ciibog.i avait été nommé iiUfiulant provisoire, en recevant pour consigne de se conformer en toute chose aux règles administratives établies par le gouvernement tVant;ais; on lit seulement disparaître quelques fonctionnaires rendus suspects par leur attachement ;\ la France ' et l'ivuvre de pacification commença. Le clergé était conquis, la bourgeoisie acceptait .\ regret la domination autrichienne, mais l'acceptait pour ne pas retomber sous le joug des nobles, les paysans, contenus par les troupes, étaient rentrés partout dans le devoir. Restait la caste aristocratique, qui se montrait d'autant plus irréductible que le général Tomassich voulait imposer au général Milutinovich une foule de ménagements qui devaient les rendre plus audacieu.x : « Vous ne devez pas, écrivait-il, user « avec eux des verbes iiiiissen, sollen, mais employer bitteii, ersuchen » ; devant cette modération, qui semblait de la taiblesse, une poignée de Ragusains va engager la lutte contre l'empereur.
On se souvient qu'en janvier 1814, le marquis Michel Bona avait reçu Le marl'ordre de se rendre de Trieste au quartier général pour demander aux sou- Vienne. verains alliés la restauration de l'ancien gouvernement de Raguse, mais le manque de ressources l'empêcha de faire ce long et coûteux voyage. Bona se rendit seulement à Vienne, et ce fut à la chancellerie impériale qu'il présenta sa requête; on le reçut très courtoisement d'abord, mais sans rien lui promettre. On apprit alors les démarches laites à Constantinople, et le double jeu des Ragusains qui se réclamaient tour à tour du Sultan et de l'empereur ^. Aussi, le 4 février, Bona fut-il mandé à la direction de la police, où un agent subalterne lui notifia l'ordre de quitter Vienne dans le délai de huit jours ou au plus de quatorze'; Bona voulut protester; pendant plusieurs jours de suite, il alla faire antichambre chez le baron Haager, directeur de la police; toujours éconduit, il se résigna à partir en laissant une protestation, qui est aux Archives d'État à Vienne, et dans laquelle il relève, non sans dignité, l'insulte faite à sa personne et le déni de justice opposé aux revendications de ses concitoyens ■).
Battus à Vienne, les nobles ragusains n'en continuèrent pas moins les hostilités dans leur patrie : une campagne de libelles et de dénonciations fut ouverte contre tous les magistrats qui ne faisaient pas partie de la noblesse : le conseiller Androvich, le procureur Chersa et le juge Casnacich furent sacrifiés et remplacés par trois nobles, sur l'ordre formel de Tomassich. Enhardis par ce premier succès, les nobles reprirent leurs conciliabules et annoncèrent que Raguse allait être déclarée indépendante par le Congrès, au même titre que la république de Cracovie. Les Ragusains n'avaient, hélas! que trop raison d'assimiler leurs destinées à celles de la
I. Z. L., 1814, 1296. I 2. \V. K., 1814, F. 2. 53. I 3.\V. S. 2. B. 4. | 4. Ihul.
Pologne, et, en remontant aux causes de leurs malheurs, on trouverait entre eux et les Polonais plus d'un trait de ressemblance.
Milutinovich n'était pas homme à tolérer ces menées; quand une délégation se présenta à lui pour lui proposer une série de réformes administratives, qui n'étaient qu'un acheminement détourné vers le rétablissement de l'ancienne constitution, le général se fâcha et parla de foire emprisonner tous ceux qui tiendraient des assemblées secrètes; dans son rapport du z| avril ', il dénonce les intrigues des nobles et leur correspondance incessante avec Constantinople.
Lorsque Milutinovich alla soumettre Cattaro. en juin, il commit la faute de laisser à Raguse, comme gouverneur intérimaire, un officiel hongrois nommé Wittmann, homme de bien, mais incapable. Sous cette autorité débile, les conciliabules recommencèrent de plus belle, et cette fois les opposants réussirent à ramener à leur parti l'intendant Caboga, et à se faire remettre par lui certains papiers précieux, entre autres le texte de la proclamation où Lowen débarquant à Ragusa-Vecchia s'engageait à rendre à Raguse son indépendance; tous ces documents furent envoyés en Angleterre pour être soumis au Congrès par les ministres anglais. De plus, Caboga révéla aux nobles qu'on allait envoyer à Zara une déput.ation des chefs de communes, qui devaient foire leur soumission entre les mains de Tomassich, et lui demander seulement d'obtenir pour le pays quelques adoucissements à la loi militaire. On pensa parer le coup en envoyant sans retard une députation de nobles porteurs d'une protestation ; la députation ne partit pas, mais la protestation, on va le voir, parviendra à destination.
On a peine à s'expliquer la défection de Caboga, et si les documents officiels n'en fournissaient la preuve, on serait tenté de croire à une vaste intrigue machinée après coup par ses ennemis pour le perdre. Il est à supposer qu'on lui présenta de fausses dépèches annonçant que l'indépendance de Raguse était admise en principe par les alliés, sauf à produire les pièces dont on le savait détenteur; Caboga, craignant d'être banni et dépouillé de ses biens si jamais l'ancien gouvernement était rétabli à Raguse, avait cédé à la crainte et à l'intérêt, mais sa volte-face ne fut pas de longue durée, et dès qu'il reconnut que ses compatriotes l'avaient joué, il se retourna de nouveau vers l'Autriche, en cachant soigneusement son commencement de défection ; ses ennemis en gardaient cependant les preuves et devaient les produire un jour-.
Le 13 juillet, Milutinovich revint de Cattaro après un triomphe complet, et publia aussitôt l'avis suivant :