‹ La Dalmatie de 1797 à 1815Chapitre 128 sur 156 · I. Z. L., 1814, Archives secrètes. | 2. W. S. Rag. 2. B · texte numérisé non relu

I. Z. L., 1814, Archives secrètes. | 2. W. S. Rag. 2. B

RAGUSE (l8l 3-1816) 459

« La chancellerie impériale et royale a bien voulu me faire savoir, par « une note du 3 janvier, qu'en vertu d'un accord conclu entre les puis- « sances alliées, les pays compris pendant la domination de Napoléon « sous le nom d'Illyrie, et, par conséquent, l'État de Raguse, les Bouches « de Qxttaro et les îles qui en dépendent, étaient définitivement attribuées « ;\ la cour impériale et royale d'Autriche.

« Je notifie cette décision pour que les habitants desdites provinces « soient instruits de leur sort et s'efforcent de mériter, par une prompte et « loyale soumission, les effets de la bienveillance de notre auguste sou- « veram l'Empereur et roi François l".

« Par le gouvernement civil et militaire de Dalmatie, Raguse et « Cattaro.

« Zara, le 7 juillet.

« Baron Tomassich F. M. L.

« Pour copie conforme.

« MlLUTINOVICH, G. M. »

Cette proclamation, qui donnait le coup de grâce aux espérances ragusaines, fut accueillie froidement, mais respectueusement. Un seul noble, le marquis Fr. Bona, qui voulut soulever les paysans, fut immédiatement arrêté et incarcéré au fort Saint-Laurent, le 27 août '.

Le 29 août, le conseil municipal de Raguse fut appelé à se réunir pour choisir une députation qui irait porter a l'empereur l'hommage de ses nouveaux sujets. Milutinovich était retourné à Cattaro, et Wittmann le remplaçait de nouveau; malgré la présence de Wittmann, la séance fut des plus orageuses. Le comte Pozza Sorgo déclara que si l'on envoyait une députation à l'empereur d'Autriche, ce à quoi il ne s'opposait pas, il follait en envoyer une aussi au roi d'Angleterre, dont les troupes avaient contribué, au moins autant que celles de l'empereur d'Autriche, à chasser les Français et à rendre à Raguse son ancienne constitution; que d'ailleurs le marquis Michel Bona était déjà en mission auprès des souverains alliés, et qu'une nouvelle députation lui paraissait taire double emploi ; quand on mit la question aux voix, dix conseillers sur dix-huit l'acceptèrent; la minorité se composait des six membres nobles et de deux bourgeois. Ce vote provoqua une grande émotion, et la désignation des députés fut renvoyée à une autre séance.

Caboga convoqua de nouveau le conseil pour le i" septembre; Pozza Sorgo s'abstint d'y assister et écrivit une longue lettre de protestation, qui fut annexée au procès-verbal ; les membres de la députation furent ensuite

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désignés, et on allait se séparer quand on apporta au maire Bosdari un pli cacheté; ce pli tut ouvert, il contenait la protestation solennelle de quarante des nobles qui avaient signé l'acte du i8 janvier. « C'est nous, « disaient-ils, qui, constitués depuis ce jour en conseil souverain, avons « seuls autorité pour parler au nom de notre pays! » Wittmann prit la protestation pour l'envoyer ;\ Zara, et dépêcha une estafette à Milutinovich qui, averti des incidents de la séance du 29, devait être en route pour revenir de Cattaro.

Le lendemain matin, on plaça deux factionnaires à la porte de chacun des signataires de la protestation qui se trouvaient encore dans la ville; dix-huit d'entre eux avaient déjà pris la fuite, et s'étaient réfugiés i\ l'île de Mezzo sous la sauvegarde des Anglais.

A 1 1 heures, Milutinovich arriva et fit afficher une proclamation où l'acte des nobles était appelé « accès de frénésie ». La population entière, au nom de laquelle les rebelles avaient osé parler, était invitée à signer une contre-protestation pour démentir la calomnie dont elle était victime.

Cette pièce se couvrit de signatures, et le maire Bosdari, se posant en médiateur, demanda à Milutinovich de rendre la liberté i ceux des « pauvres égarés » qui signeraient un serment de fidélité à l'Empereur. Milutinovich v consentit, et les fugitifs furent compris dans cette mesure de clémence, à condition de rentrer dans le délai de huit jours, p.assé lequel ils seraient bannis et leurs biens mis sous séquestre'.

Tous les nobles protestataires signèrent l'acte qu'on leur demandait et, le 15 septembre, la population assemblée dans l'église de Saint-Biaise désigna six députés, deux de chaque ordre, qui iraient à Zara jurer fidélité au nom de tous. Après la réunion, Milutinovich retint les nobles et leur adressa une sévère admonition qu'ils écoutèrent en silence.

Le général Tomassich s'empressa d'accorder une amnistie, mais tous les nobles qui occupaient un emploi de justice ou de finance, et qui avaient pris part à la manifestation du i" septembre furent destitués; la cour d'appel, qui ne comprenait que des nobles depuis la retraite d'Androvich, se trouva supprimée de tait, et le fut en droit le i" mai 181 5 '.

Caboga devait être poursuivi par le ressentiment de ceux qui l'avaient toujours regardé comme un traître. On fit parvenir au comte de Saurau, le nouveau gouverneur civil de Dalmatie, les preuves indiscutables de son commencement de défection, en juin 1814, et Milutinovich, indigné d'avoir été trompé, demandait qu'on fit un procès de haute-trahison au trop habile intendant. Tomassich étouffa l'affaire, et Caboga fut envoyé à Vienne

I. Z. L., Arch. secr. Rapport de Milutinovich, 26 septembre 1814, 7148. | 2. Z. L., Rapport de Milutinovich, 26 octobre 1815.

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pour y occuper un poste dans l'administration centrale, mais la vengeance de ses ennemis le retrouva .\ Vienne, et, quelques années après, il dut quitter le service .\ la suite d'une accusation inlamante; il tut exilé dans ses propriétés de Ragusa-Veccliia, et y mourut vers 1850.

Ce n'est que le 3 août 1816 que la Dalmatie et Raguse reçurent une organisation définitive par un rescrit impérial qui nommait Tomassicli gouverneur civil et militaire {statthalter). C'est à cette époque que Milutinovich quitta Raguse pour aller commander une brigade à Zara et, peu après, une division à Temesvar.

Tout en soumettant l'ancien État de Raguse à la loi commune, l'empereur eut pour ce pays de nouvelle acquisition des égards qui firent plus que les rigueurs pour lui attacher les Ragusains. Jusqu'à sa mort (1835), François i" exempta le pays des contributions foncières et des taxes commerciales, et ce n'est qu'en 1870 que la loi militaire commença à y être appliquée, et encore avec des adoucissements qui en rendent le poids facile à porter.

Instruit par les événements, l'empereur avait su trouver le moyen de s'attacher cette population indocile qui jamais, depuis trois quarts de siècle, n'a regretté son indépendance. S'il reste encore dans les familles nobles un culte jaloux des grandeurs passées, ce souvenir va en s'aiTaiblissant chaque jour et bientôt passera du cercle des polémiques mesquines dans le domaine impassible de l'histoire.

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