‹ La Dalmatie de 1797 à 1815Chapitre 130 sur 156 · I. A. G., 1S15, sept. I 2. Mémoire S. Koiovich · texte numérisé non relu

I. A. G., 1S15, sept. I 2. Mémoire S. Koiovich

rive méridionale, et l'autre ;\ l'île Saint-Georges, qui se trouve dans l'axe du détroit, du côté de la ville de Perasto. C'est contre la batterie de Forto-Rose et celle des Catene que les Monténégrins dirigèrent leur attaque; la batterie des Catene fut enlevée le 28 septembre; trois canons et quatorze artilleurs italiens restèrent au pouvoir des assaillants. Le 30, les détenseurs de Porto-Rose enclouèrent leurs pièces et passèrent ;\ Castelnuovo.

Voil;\ ;\ quoi se bornèrent les succès des Monténégrins jusqu'A l'arrivée des Anglais; il y avait une grande fermentation aux Bouches, surtout parmi les Grecs, dévoués au Vladika, mais l'énergie du général Gauthier contint dans le devoir tous ceux qui étaient disposés à y manquer; une conspiration ourdie à Cattaro fut découverte ; les auteurs en furent emprisonnés ' .

Le 13 octobre, la frégate la Bacchante, commandée par Hoste, jeta Arrivée l'ancre en tace de Castelnuovo; elle était accompagnée d'un brick. La '^^ "°^" présence des Anglais donna confiance aux habitants, et, le même jour, Dobrota, Perzagno, Perasto et Risano s'insurgèrent. Risano arbora les couleurs russes ; le fort de Perasto fut occupé par les Pérastins ; le lendemain, les Croates qui devaient défendre l'île fortifiée de Saint-Georges, située à peu de distance de Perasto, menacèrent de mort le commandant français Calaman, et l'obligèrent à capituler; mais, comme Perasto était une commune catholique, ce ne fut pas le drapeau russe, mais le drapeau impérial qui fut arboré sur la ville et à l'île Saint-Georges.

Le 14 octobre, les Monténégrins et les Bocquais se disposaient à atta- Prise de

„ , . . I ,- •! 1 ■ Castelnuo-

quer Castelnuovo, mais, aux premiers coups de tusil, la garnison croate sortit en masse et fit cause commune avec les insurgés. Le colonel Holevacz, du régiment d'Ogulin, essaya de défendre le Fort Espagnol où il s'était retiré; mais, n'ayant autour de lui que quelques officiers et une poignée d'artilleurs, il se rendit aux Anglais.

Le Commodore Hoste fit aussitôt désarmer la place et les batteries prises les jours précédents; il en fit transporterie matériel à bord de ses navires; puis, le 24 octobre, il alla s'embosser en face de Cattaro et envoya oifrir au général Gauthier une capitulation très honorable qui ne fut pas acceptée^. Il fallait donc entreprendre un siège en règle : mais il survint en ce moment un incident qui jeta la discorde entre Hoste et le Vladika.

Hoste avait amené avec lui un émissaire autrichien, l'abbé Brunazzi, qui se mit en relations avec le Vladika et lui remit une lettre de l'archiduc François d'Esté, qui devait diriger de Lissa les mouvements des troupes

I. A. G. 1814. Journ.il du siège de Cattaro. | 2. A. G. Proccs-verbaux du conseil de défense de Cattaro.

La Dahuatic tic iji)j t) iSij, 50

vo.

Anglais

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autrichiennes; cette lettre était une réponse à l'envoi d'un agent monténégrin, qui était allé à Lissa demander l'appui des Austro-Anglais. Brunazzi, aussitôt débarqué, avait commencé à travailler les communes catholiques; c'était à lui qu'on devait attribuer le soulèvement de Perasto et la prise de l'île Saint-Georges.

Or, les Pérastins avaient vu avec chagrin les Anglais s'approprier les canons de Saint-Georges dont ils se croyaient propriétaires par droit de conquête; Brunazzi obtint que le Vladika écrirait à Hoste pour les leur Départ des faire restituer. Hoste répondit, le 24, par une lettre très sèche ' où il disait que s'il avait pris les canons, c'était pour armer les batteries qu'il faudrait construire autour de Cattaro; mais que, puisqu'on lui marquait de la défiance, il changeait d'idée ; il partit pour Raguse en emportant toute l'artillerie qui devait servir au siège.

Les Monténégrins restaient donc en face d'une place défendue par une

forte artillerie, sans un canon pour en faire le siège ; ils construisirent

néanmoins trois batteries dans l'espoir que, tôt ou tard, les Anglais ou les

Autrichiens apporteraient de quoi les armer ^.

Défection La uuit du 28 au 29 octobre, 350 Croates de la garnison de Cattaro

des Croates . , . , ^ , . . • i- • i • i

en g.-irnison pru'eut les armes, désarmèrent les soldats italiens qui gardaient la porte, a .utaro. ^^ sortirent en emportant trois drapeaux français comme trophée de leur désertion. Gauthier, surpris par cette révolte, n'avait eu que le temps de s'enfermer dans le château Saint-Jean, s'attendant à voir les Croates rentrer dans la ville avec les Monténégrins, mais personne ne se présenta : le matin du 29, on vit les Monténégrins travailler à leurs batteries sans paraître se douter de rien ; Gauthier redescendit donc dans Cattaro, referma et barricada les portes, et reprit espoir; le chef de bataillon Mihaïlovich avait retenu 25 Croates, il y avait 300 Italiens, des artilleurs et des gendarmes : c'était peu, mais assez pour garder la place, bien que l'enceinte eût 2.000 mètres de développement.

Que s'était-il passé ? Les compagnies d'Ogulin qui avaient déserté étaient composées de Croates catholiques, qui nourrissaient, à l'égard des Monténégrins, une hostilité qu'on avait soigneusement entretenue; aussi, à peine sortis de la place, était-ce à Perasto qu'ils s'étaient rendus, auprès de l'abbé Brunazzi, à qui ils avaient remis les clefs de la ville. Brunazzi se garda bien d'avertir le Vladika et envoya les Croates à Raguse. C'est ainsi que Cattaro, restée douze heures sans défenseurs, échappa aux Monténégrins 5. Mais le Vladika conserva contre Brunazzi une profonde rancune, et, renonçant aux ménagements- envers l'Autriche, n'hésita plus à mettre à exécution un projet qu'il caressait depuis longtemps.

I. Mibkovic, 0/). 1:;/. p. 231. | 2. W. K., 1S13, f. 13. n. 2. | 5. Mémoire Koiovich.

CAtTARO (1813-1815) 467

Le 10 novembre, les délégués de toutes les communes des Bouches Union des turciu convoques A Dobrota, et mvites .\ former avec les Montenegrms un d^s Mmitép.icte teJératif. Les délégués catholiques ne connaissaient pas les fables de "'^ë""^- La Fontaine', mais savaient cependant ce que présageait cette prétendue association ; ils se résignèrent :\ signer, tout en faisant insérer cette clause que « si les circonstances politiques amenaient l'une ou l'autre des parties « contractantes A être réunie à l'une quelconque des puissances alliées, « le pacte serait rompu de plein droit. »

Sous ces réserves, on créa un gouvernement provisoire composé de neuf Monténégrins et de neuf Bocquais, sous la présidence du Vladika, et ce fut au nom de cette assemblée que les opérations furent continuées contre Qittaro '.

La réunion du 10 novembre avait fixé les principes : restait à en tirer les conséquences ; dix jours après, un envoyé monténégrin, Sava Flamenac, partit secrètement pour le quartier général des alliés, afin d'annoncer à l'empereur Alexandre que les Bouches et le Monténégro se mettaient sous sa protection, et pour lui demander de faire ratifier ce vœu par les souverains î.

Mais ces dix jours n'avaient pas été perdus par Brunazzi, et de Perasto était parti Pierre Lukovich, député des communes catholiques, chargé, lui aussi, de se rendre au quartier général pour demander à l'empereur François de prendre sous sa protection les habitants des Bouches menacés par les convoitises monténégrines.

C'est ainsi que presque le même jour les deux ambassadeurs partirent, l'un à l'insu de l'autre; mais, s'il en partit deux, il n'en arriva qu'un.

Plamenac, en passant à Sebenico, eut l'imprudence de s'ouvrir sur l'objet de sa mission à l'évêque Kraljevich. Kraljevich, personnage plus dévoué à ses propres intérêts qu'à ceux de ses coreligionnaires, s'empressa d'avertir le général Tomassich, et Plamenac n'arriva pas au terme de son voyage •*.

Quant à Lukovich, il fut reçu par l'empereur d'Autriche à Troyes, le 22 février 1814, et François I" donna à Chaumont, le 4 mars, un rescrit où il annonçait à ses fidèles sujets d'Albanie que bientôt ils verraient la fin de leurs épreuves 5.

Pendant que ces intrigues se déroulaient, le général Gauthier se défen- §11. siège

dait avec énergie, malgré la désertion des Italiens, qui suivaient l'exemple (senté?,!bre

1813-j.invier

I. La génisse, la chèvre et la brebis en société avec le lion (L. I, F. VI). | 2. Mémoire

Koiovich. 1 5. Milakovic, op. cit., p. 233. | 4. W. K., 1814, F. 2, n. 56. | 5. \V. K. ,

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des Croates, mais ne partaient que les uns après les autres. Les privations commençaient à se fiiire sentir. Pour suppléer à l'absence de numéraire, Gauthier recourut au même expédient que Roize, et fit frapper, avec l'argenterie des églises, une monnaie obsidionale. Par les arrêtés des 23, 27 et 29 octobre', il ordonna la mise en circulation de 3.800 pièces de 10, de 5 et de i franc, assez grossièrement fabriquées, qui portent sur une face l'N surmonté de la couronne impériale, et l'indication de la valeur avec l'exergue : Dieu protège la France, et sur le revers l'inscription : Cattaro en état de siège. iSij. entourant un trophée composé d'un canon, d'une épée et d'un fusil ^.

Le 29 octobre, le général Gauthier reçut du Vladika la lettre suivante : « Monsieur le Général, l'amitié et la haute estime dont j'étais toujours « pénétré pour votre personne m'engagent à une démarche que tous les « devoirs semblent exiger de moi : sans rappeler tout ce qui s'est passé en « ma faveur et de mes alliés, dans cette province qui toute est en mon « pouvoir, excepté le fort que vous occupez, je dois dire, avec cette naï- « veté (!) que j'ai toujours avec vous, que vous pouvez vous reposer avec « sécurité sur mon amitié et sur les égards que je vous dois. » Puis, tout en protestant du regret qu'il a de devoir employer la force, et de l'horreur que lui inspire l'effusion du sang, il l'avertit que, s'il ne capitule pas sur l'heure, il ne répond pas des conséquences que pourra avoir ce refus'.

Gauthier, qui savait très bien que les Monténégrins n'avaient pas un canon et n'étaient peut-être pas près d'en avoir, répondit énergiquement à cette lettre doucereuse dont le ton contraste étrangement avec celui de la proclamation reproduite plus haut. Il ne communiqua pas même la lettre à son conseil de défense : il le réunit cependant, le 3 décembre, pour décider la mesure du rationnement, et attendit qu'on vînt à son secours*.

Retourdes Les secours ne vinrent pas, mais, à la fin de décembre, Hoste reparut et "g ^'5- gg décida à donner l'artillerie nécessaire à l'armement des batteries; dès lors la situation des Français changea.

Le 2 janvier 18 14, Hoste, qui semblait garder toute sa courtoisie pour les Français, écrivit à Gauthier la lettre qu'on va lire :

Monsieur le Général, soyez persuadé que cette lettre est dictée par l'humanité seule, et non pas avec l'idée de menaces pour vous détourner de votre devoir. Je parierai à Votre Excellence avec Cette franchise qui doit toujours caractériser les militaires.

I. A. G., 1813, octobre. | 2. Voir la gravure placée en tète de la 111= partie. | 3. A. G., 181 5, octobre. Le texte original est en français. | 4. .\. G., Procès-verbaux du conseil de défense de Cattaro.

CATTAKO (1813-1S1 5) 469

Pourquoi donc ce fou continuel ? Pourquoi cette effusion inutile de sang ? Vous avez dt^jà fait tout ce que l'honneur le plus rigide peut demander; vous êtes privé de secours et de la possibilité d'en avoir aucun à l'avenir. Il est dans mon pouvoir maintenant de brider (sic) les troupes féroces qui vous environnent; à présent, ils veulent m'écouter, mais je vous jure, sur la parole d'un homme d'honneur, que dans très peu de temps il n'en sera plus de même, et qu'en poussant les choses à la dernière extrémité, vous aurez à répondre pour toutes les horreurs dans lesquelles une opiniâtreté déraisonnable vous aura entraîné.

Je vous demande donc la reddition de la place de Cattaro et, si cela convient à \'otre Excellence, vous pourrez m'envover par l'officier qui aura l'honneur de vous délivrer celle-ci les conditions sur lesquelles vous voulez bien vous rendre.

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