LES AUTRICHIKNS EN DALMATIE
Vienne au sujet d'un choix qui était excellent sous bien des rapports, mais il taut constater qu'en moins d'im mois Rukavina avait engagé une foule de questions dans' une fausse direction et il sera le premier à en subir les conséquences. Son proconsulat fut d'ailleurs de courte durée; en rentrant ;\ Zara, il apprit que ses pleins pouvoirs de gouverneur civil et militaire allaient prendre (in : l'administration civile de la Dalmatie était confiée à un conseiller aulique, le comte de Tiiurn, dont l'arrivée à Zara était imminente. Rukavina, au lieu d'attendre, prétexta la nécessité d'occuper au plus vite les Bouches de Cattaro et s'empressa de hâter les préparatifs de son expédition. De nouvelles troupes étaient arrivées : un bataillon du régiment « Strassoldo » fut dirigé sur les îles, un bataillon du régiment « Reisky » vint d'Obrovac et Novegrad se joindre aux troupes déjà réunies à Zara, et enfin le régiment confinaire de la Lika envoya deux bataillons; il est vrai que ces deux bataillons étaient loin d'être au complet ; c'est à peine si l'on put en tirer un millier d'hommes prêts à marcher.
Les forces militaires réunies en Dalmatie au milieu de 1797 se montaient à près de 7.000 hommes '.
Pour transporter aux Bouches le corps qui devait y opérer, il tallut réunir tous les navires de guerre de la division, leur nombre s'élevait à 17 ; c'étaient, pour la plupart, des bâtiments vénitiens trouvés dans les ports d'Istrie et de Dalmatie. Le 10 août tout était prêt, et, malgré le vent contraire, Rukavina se mit en route pour Cattaro.
La population des Bouches de Cattaro, les Bocchcsi ou Bocquais, comme S ij- Ocon les appelait, était la plus remuante et la plus difficile à conduire de rAibln^e. *^ toutes celles que Venise léguait à l'Autriche. Les Bocquais, pourvus de privilèges qui leur accordaient une indépendance presque absolue, n'avaient jamais voulu voir dans les ^■énitiens des maîtres, mais des protecteurs. Loin d'être une population homogène, il y avait parmi eux des divisions profondes : certains districts, peuplés exclusivement de pâtres et d'agriculteurs, étaient en opposition absolue de mœurs et d'intérêts avec les habitants du littoral qui vivaient de pêche et de navigation, voire à l'occasion de piraterie. La division religieuse n'était pas moins grande : pour un tiers de latins, on comptait deux tiers de grecs-orientaux, d'où des conflits continuels, suite des jalousies religieuses; cependant les Bocquais avaient su tirer parti de ce qui, ailleurs, eût été une cause de faiblesse : le voisinage du Monténégro permettait de peser sur les conseils du Sénat de Venise et d'en obtenir par la peur ce qu'on n'aurait pas gagné par les
I. Z. L., 1797. VI, 16 août. Dislokalimi der K. K. Tnippcii in Dahiiaiien.
aux elles
moyens de persuasion. Derrière le Monténégro enfin s'était levé à plusieurs reprises, pendant le xyiii"-' siècle, le spectre de la Russie, et, en exploitant les inquiétudes légitimes de Venise, les Bocquais avaient reçu pour prix de leur fidélité les fi-anchises les plus étendues. Venise avait besoin des Bouches, station d'hiver pour sa flotte du Levant; le droit d'avoir des soldats dans les forteresses, un provéditeur et quelques magistrats vénitiens, c'était tout ce que demandait le Sénat, et, pour le reste, il laissait aux Bocquais une autonomie à peu près absolue.
Bien que les Bocquais sussent fort bien recourir au Vladika du Monténégro qui, pour un grand nombre d'entre eux, était un chef spirituel, ils ne se montraient pas désireux de devenir ses sujets; ils craignaient ciis montagnards indomptés et i\ demi sauvages dont trop souvent ils avaient dû subir les rapines, et la suzeraineté presque nominale de Venise leur procurait de ce côté une sécurité à laquelle ils étaient peu désireux de renoncer.
Assem- Aussi quand, le 20 mai, on apprit à Cattaro la chute du s:ouvernement
blées tenues ... ^ i . ■ t o
Bou- vénitien, ce ne tut pas sans une grande émotion'. Le comte boranzo, provéditeur extraordinaire, fut invité à convoquer une assemblée générale des délégués de toutes les communes. Cette assemblée, tenue les 22 et 23 mai, décida que rien ne serait changé à la forme actuelle du gouvernement tant qu'on ne serait pas exactement renseigné sur la portée et les conséquences des événements sur\-eiius à Venise. On déclara seulement que jamais on n'accepterait la domination française.
Les Grecs de Risano, venus en grand nombre à la suite de leurs délégués, manifestèrent le désir de savoir où en étaient les approvisionnements militaires de vivres et de munitions; on leur donna satisfaction, sans toutefois les autoriser à contrôler de leurs yeux les dires des officiers publics; on avait quelque raison de penser que cette vérification se terminerait par un pillage. Les Risanotes demandèrent alors à rester pour défendre la ville ; on leur dit qu'elle ne courait aucun danger pour le moment. Comme ils insistaient, le provéditeur autorisa dix hommes de chaque commune à demeurer en armes à Cattaro pour 3' tenir garnison avec les troupes italiennes. Perasto fut également mise en état de défense et des embarcations furent préparées pour défendre les détroits.
A la fin de mai, l'arrivée des Esclavons licenciés avant l'entrée des Français amena une nouvelle effervescence; une deuxième assemblée fut tenue à Cattaro; les délégués arrivaient suivis de fortes bandes armées. Le
I. Pour tout ce qui va suivre, nous nous sommes servis avec profit d'une relation manuscrite et anonyme, conservée à Raguse, et qui a pour titre : Evénements survenus aux Bouches du Cattaro du 20 mai au 7 septembre i/'^/.