I. Z. L., 1767-98, VI. I 2. W. K. F
de Thurn à Catt.iro
46 ' LA DALMATIE de 1797 A 180S
gouvernement furent aussi mallieureusemcnt distribuées. Rukavina, par son absence totale de sens politique, encourageait tous ceux qu'il fallait contenir et intimidait tous ceux dont le dévouement était acquis à l'Autriche.
La présence d'un homme de gouvernement, comme était le comte de Thurn, était bien nécessaire, mais, arrivé seulement le 14 août à Zara, Thurn avait dû y passer la fin du mois pour mettre ordre aux affiiires générales; il partit pour Cattaro au commencement de septembre et fut encore retardé par les vents contraires ; enfin, en arrivant à Curzola, il n'y avait pas trouvé les dépèches que Rukavina devait lui foire parvenir. Un navire envoyé en reconnaissance parvint à Cattaro, d'où Rukavina envoya la meilleure des galères au devant de Thurn, sous la conduite du comte Voinovich, qu'il n'était pas fâché de mettre en évidence pour qu'il entrât dans les bonnes grâces du gouverneur civil.
Voinovich parvint rapidement à Curzola, mais le vent de sirocco, grâce auquel il était si vite arrivé, obligea la flottille à diff"érer son départ de plusieurs jours.
Le comte Pendant cc temps, Rukavina attendait à Castelnuovo l'arrivée de Thurn; au bout de douze jours, ne voyant rien arriver et obligé de rentrer à Zara, où d'importants travaux l'appelaient, heureux peut-être aussi d'esquiver encore une fois la rencontre peu désirée de Thurn, dont les dispositions à son égard ne lui étaient pas inconnues, il mit à la voile le 3 octobre. Mais à peine eut-il doublé la Punta d'Ostro, qu'on vit à quelques milles toute la flottille de Thurn qui avançait péniblement en luttant contre le vent. Rukavina rentra donc à Castelnuovo où, le lendemain 4, Thurn débarquait à son tour. Le 5 , Rukavina prit congé de son successeur et s'en alla débarquer aux bouches de la Narenta d'où, en visitant Fort-Opus, Imoski, Vergorac, Sinj, Verlika, il arriva à Knin le 22 octobre. Dès lors il ne joue plus qu'un rôle effacé et muet. Simple commandant militaire, il est s\'stématiquement tenu en dehors de toute question politique ou administrative.
Le comte de Thurn amenait avec lui le général Brady, nommé gouverneur civil et militaire de la province d'Albanie. Tous deux reçurent les nouveaux serments de Cattaro et de Budua, le 13 octobre, moyennant la promesse du maintien des privilèges locaux'.
Par une proclamation en date du 15 octobre', le comte de Thurn annonça qu'il prenait possession officielle des Bouches au nom de l'Empereur et notifia la nomination du général Brady. Bien que dépendant du
1. Z. L., 1797-98, II, 840, 849. 830, 875, 887. I 2. 2. L., 1797. Imprimes.
LES AUTRICIIIKNS EN DALMATIK 47
goiivcrncniciu Je Zara, le général Brady devait correspondre directement avec \'ienne.
Le nouveau gouverneur modifia beaucoup l'organisation établie par Rukavina, et, en particulier, montra beaucoup de décision en face des mécontents. Bubicli, tiré de prison, fut nommé surintendant de ikidua ', et quelques autres actes énergiques firent rentrer partout le calme et l'obéissance, mais, avant d'en jouir, les Bouches de Cattaro durent traverser encore une tempête.
Pendant que se passaient les événements que nous venons de raconter, § m. Le les plénipotentiaires assemblés à Udine et Passeriano discutaient les clauses Campo-For-
d'un traité de pai.K définitif; le gouvernement impuissant de Venise assistait à l'occupation des anciens domaines de la République et ne pouvait qu'émettre d'inutiles protestations : des délégués furent envoyés au général Bonaparte, et tout ce qu'ils obtinrent au milieu de réponses évasives fut le vague espoir d'une compensation en Italie.
Quant à la tentative de prise de possession faite en juin par Calafatti et Garagnin, nous avons vu qu'elle avait échoué par suite de l'attitude du provéditeur Querini, manifestement acquis à la cause autrichienne, et dont la conduite avait amené la défection de toutes les autorités de la province. Querini quitta Zara aussitôt après l'arrivée de Rukavina, il se rendit à Fiume d'où il adressa au comité de Salut public une sorte de mémoire justificatif-; la réponse fut un décret du 5 août, l'invitant à comparaître en personne, dans uii délai de quatre semaines, pour avoir à expliquer ses actes. Comme on le suppose, Querini se garda bien de déférer à cette invitation, et se plaça sous la protection autrichienne : de Fiume, il se met en correspondance avec le comte de Thurn qui attendait ses dernières instructions à Goritz et lui fournit de nombreux renseignements sur l'état de la Dalmatie > ; puis il se rend à Vienne et il rentrera à Venise en avril 1798 comme directeur de l'arsenal et de la marine autrichienne-t, situation qu'il échangera un an après pour CïUe de directeur des finances.
Ne pouvant atteindre la personne de Querini, le comité de Salut public décréta la saisie des biens de tous les ex-employés vénitiens qui restaient au service de l'Autriche ^ L'Autriche répondit en faisant établir un inventaire de tous les biens appartenant à des Vénitiens en Dalmatie, biens qui devaient être séquestrés si la menace du comité de Salut public était mise
I. Z. L., 1797, M, 1029. I 2. Venise. Arcliivcs d'Etat. F. v. Miiiikipalitc provisoire. » I 5. Z. L., 1797-98, I, 660. I 4. IhiiL, VIII, 5572, 4546. I 5. Ihid., XVI, 625.
niio.
à exécution'. Le consul impérial à Venise, comte de Homburg, notifia cette mesure à la municipalité qui dut renoncer à poursuivre sa vengeance. Dans toutes ces négociations, le gouvernement nouveau de Venise est traité, tant par la France que par l'Autriche, avec un mépris que n'atténuent même pas les formes courtoises employées d'habitude dans les relations internationales. Venise paye bien cher ses heures de faiblesse !
Cependant, quand Bonaparte parlait aux délégués vénitiens de la possibilité d'une compensation territoriale, il ne les trompait pas. Les articles signés à Leoben en avril précédent avaient réservé la question de Venise et l'intention du Directoire était alors de réunir aux débris des états vénitiens les duchés situés au sud du Pô, les Marches et la Romagne pour former de tous ces territoires une République transpadane ayant pour capitale Venise ou Bologne, et pour villes principales : Ancône, Modène et Padoue. Les négociations de Passeriano vinrent mettre obstacle à l'exécution de ce projet.
Négocia- L'Autriche ne se contentait pas de la ligne de la Brenta, ou même de tionsdcPas- jjg jg l'Adige ; elle voulait pour frontière le Mincio, ce qui lui assurait la possession du quadrilatère, c'est-à-dire une forte position défensive du côté où pouvait venir le danger. Dans un projet de traité du 6 vendémiaire an V (25 septembre 1797)^, les Autrichiens émettaient des prétentions qui allaient plus loin encore; l'article 8 accordait à l'Empereur le pays compris entre la Valtelline, l'Adda, le Pô et l'Adriatique, et de plus les légations de Ferrare, Ancône et Bologne et le duché de Modène.
Le projet adopté le 26 vendémiaire (17 octobre) ramena les prétentions autrichiennes au lac de Garde et au Mincio ', mais, pour en venir là, il fidlut à Bonaparte toute son habileté et toute son énergie. Nous n'avons pas à raconter ici les négociations qui ont préparé la signature du traité de Campo-Formio, les ruses et les accès de colère par lesquels Bonaparte cherchait à duper ou à intimider ses adversaires; nous ne rapporterons ici qu'un incident, le seul qui ait une relation directe avec l'histoire que nous avons à écrire.
Pour mettre un terme aux réclamations toujours renaissantes des plénipotentiaires autrichiens qui s'efforçaient de regagner quelques-uns des avantages abandonnés par les préliminaires, Bonaparte résolut de riposter en prenant l'offensive et en contestant l'interprétation de celles des clauses de Leoben qui favorisaient ses adversaires.
Le bruit s'était répandu que les Autrichiens, au lieu de respecter la neutralité de Raguse, avaient occupé le terriroire de cette petite Répu-
I. Z. L., I, 1181. I 2. A. E., Leoben et Campo-Formio, 3(57. | 3. A. E. Corr. de Napoléon, 1769.