LES AUTRICHIENS EN DALMATIE
bliqiic. Cette nouvelle errunée judcliim X Bun.ip.ifte une occasiDn de contester l'extension des concessions faites aux Autrichiens en Dalniatie. Dans un projet de note du 5" jour complémentaire de l'an V (21 septembre)', il s'exprime ainsi : « Le Directoire n'a aucun engagement de céxler à (> l'Enipereiu- les ilcs de l'Adriatique qui bordent l'Istrie et la Dalmatie jus- « qu'.\ Raguse ; il n'est question dans l'article I des préliminaires secrets que « de l'Istrie et de la Dalmatie ; ces îles sont un objet qui devrait être « compris nominativement dans l'article; elles ne le sont pas, donc le « Directoire ne les remettra point .\ l'Empereur. »
Cette réclamation paraît bien illogique à qui sait à quel point les îles dalmates forment partie intégrante et même essentielle de la province, aussi cette note ne fut-elle même pas présentée, et nous ne la citons ici que pour faire juger des dispositions d'esprit où était Bonaparte.
Un autre point touché dans la même note avait un peu plus l'air d'être tonde. Par une habile confusion, la division de l'Albanie en deux régions distinctes était oubliée : les ports situés en f;rce des îles Ioniennes : Prevesa, Parga, Butrinto, Vonizza étaient expressément cédés à la France, sous le nom d'Albanie vénitienne; or Cattaro et son district étaient aussi en Albanie, donc Cattaro revenait aussi à la France, et ce qui donnait quelque apparence de vraisemblance à cette équivoque, c'est que dans les préliminaires, où l'Istrie et la Dalmatie vénitiennes étaient formellement indiquées, il n'était pas parlé de Cattaro. Bonaparte se crut donc en droit de revendiquer les Bouches comme dépendances de Parga et de Prevesa, bien qu'il fût singulier que, dans le cas, l'accessoire eût une valeur infiniment supérieure au principal.
Une note fut adressée dans ce sens aux négociateurs autrichiens le 2 vendémiaire, et les Autrichiens y répondirent de leur mieux le 4^.
Les plénipotentiaires do S. M. l'Empereur et Roi ont l'honneur de répondre au citoyen général en chef, plénipotentiaire de la République Française, relativement à la note concernant les Bouches de Cattaro qu'il leur a fait celui de leur adresser :
Que les Bouches de Cattaro ont dans tous les temps de la République de Venise fait partie du gouvernement de la Dalmatie ; les habitants du pays parlent la même langue, et si, dans les préliminaires de Leoben, il n'a pas été feit mention des Bouches de Cattaro, c'est qu'il n'a pas été possible d'y exprimer séparément et nominativement chacune des parties constituantes, appartenances et dépendances qui v ont été stipulées. Au total, les réclamations contre les droits de S. M. sur les Bouches de Cattaro doivent causer d'autant plus de surprise que, de la part de la cour de Vienne, l'on a passé même jusqu'ici sous silence l'occupation par les troupes françaises des îles Vénitiennes du Levant, bien autrc-
La Dahiiitie île i^^J à iSi^. 4
ment importantes, et qui parait n'être justifiée par aucun rapport même éloigné avec les préliminaires".
Bonaparte, désireux de frapper un grand coup, agissait pendant ce
temps auprès du Directoire et se faisait donner de pleins pouvoirs pour
Démons- disposcr dc l'cscadre que Brueys venait d'amener i Venise ^ Les dépêches
Brueys sur ^^^ ^t ^ ^^ 19 Vendémiaire lui donnent les autorisations qu'il réclame et,
Cattaro. présumant ce consentement, le général en chef avait fait venir l'amiral à
Passeriano les l'^'et 2 vendémiaire, pour lui donner des ordres dont Brueys
rend compte au ministre de la marine dans sa dépêche du 12 vendémiaire,
datée de Venise '.
... Je dois m'arrêter à Raguse pour foire connaître à cette République l'intérêt que prend à elle le Directoire exécutif de la République française, et la volonté qu'il a de la protéger contre quel ennemi que ce fût qui voudrait se l'approprier et garantir son indépendance +.
Je prendrai des renseignements sur la situation des -Bouches de Cattaro, et, s'il est vrai que les Autrichiens s'en soient emparés, je dois déclarer à l'officier qui les commande qu'il n'a pu les occuper sans violer un des articles principaux des préliminaires. Je le sommerai dès lors d'évacuer sur le champ les Bouches de Cattaro, le menaçant, s'il s'y refusait, d'occuper toutes les îles de Dalmatie et d'agir hostilement contre les troupes de S. M. 1., de m'emparer des bâtiments qui servent au transport de leurs vivres, ainsi que de leur convoi. Je conduirai ces bâtiments à Corfou où ils resteront sous séquestre jusqu'à ce que le commandant autrichien ait évacué un territoire qu'il n'aurait pas dû occuper.
Le départ de Brueys fut retardé jusqu'au 20 vendémiaire (11 octobre), mais sa traversée fut rapide. Cependant les Autrichiens avaient été mis sur leurs gardes; c'est peut-être là une des raisons qui avaient porté Rukavina à partir avec tant de hâte. Quand les Français arrivèrent ù Raguse le 29 vendémiaire (20 octobre), l'occupation de Cattaro par Rukavina était terminée, et depuis quinze jours ce général avait regagné la Dalmatie en laissant à Cattaro le gouverneur civil, comte de Thurn, et le général Brady, nommé commandant de l'Albanie.
Le 23 octobre, l'abbé Milissich, consul impérial à Raguse, annonçait au comte de Thurn qu'une escadre de neuf navires français était à Calamotta '. Quel était le but de cette démonstration navale?
Thurn et Brady l'apprirent le lendemain en recevant la sommation suivante^ :
I . Ces îles du Levant ne peuvent être que les îles Ioniennes, mais alors on ne comprend pas la réclamation, puisque les îles Ioniennes figurent expressément à l'art, secret no 2 des préliminaires. | 2. A. E., Venise. 367. j 3. A. M. Campagnes. 1797, BB«, n" 115. | 4. Voir ch. VII, la réponse donnée par le Sénat aux offres de Brucvs. | 5. Z. L., 1797-98, VI, iiii, 1290. I 6. Z, L., 1797-98, VI, 1290. — R. P., 1797. — A. M., 1797, BB-t, no 115.