LES PRIVILÈGES
Tous les rapports adressés par Thurn à Vienne sont remplis de récriminations contre le général Rukavina, accusé tour à tour de violence et de faiblesse, de nullité complète et de profond machiavélisme".
Rukavina laissait dire : ce n'est qu'en 1798 que, dans un rapport à Tluigut-, il résume un :\ un les t;riefs des Dalmates contre le gouvernement de Thurn et expose à ce sujet des vues sages, mais qui avaient le tort d'être celles d'un honuue qui avait perdu tout crédit. Confiné dans le gouvernement militaire de Zara, il attendra longtemps la tin de son exil ; le titre de maréchal-lieutenant qu'il espérait recevoir en revenant de sa première campagne de Dalmatie, en août 1797, il ne l'obtiendra qu'en 1801, grâce ;\ l'archiduc Charles qui ne méconnaissait pas ses services militaires, et il restera en Dalmatie, sans faire parler de lui, jusqu'en 1802, époque où il reçoit le commandement du corps d'armée concentré à Padoue.
Thurn poursuivit les vaincus avec acharnement; un certain nombre de soi-disants agents du parti hongrois étaient sous l'œil d'une police active que de curieux rapports nous montrent ;\ l'œuvre'.
Le chef du parti des nobles dévoués à la Hongrie, ou du moins le plus L» police
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remuant d entre eux, était le comte Micislas Zanovich. Signale par V lenne, ne.
en juin, il est le mois suivant l'objet d'un long rapport. Son père, le comte Antoine, avait vécu à \"enise d'où il avait été expulsé pour le scandale qu'il donnait; il avait quatre fils : Premislas, Etienne, Annibal et Micislas, qui avaient mené comme leur père une existence agitée; ils avaient parcouru l'Europe, se faisant remarquer par l'assiduité avec laquelle ils fréquentaient les maisons de jeu, et la régularité avec laquelle ils y gagnaient. L'aîné dut à cette circonstance d'être longtemps emprisonné en Finlande; le second mourut en prison à Amsterdam, après des aventures increvables ; il avait notamment essayé de soulever le Monténégro et les Bouches de Cattaro, en se faisant passer pour le tsar Pierre III. Annibal et Micislas étaient venus à Budua, en 1797 ; ils étaient alors jacobins, et avaient distribué les proclamations du gouvernement démocratique de Venise; puis ils avaient renoncé à introduire la République dans leur pays et faisaient, pour le moment, de la propagande hongroise-*.
Un autre émissaire était parti de Fiume déguisé en capucin ; on le disait tantôt agent hongrois, tantôt espion français, et même général français; son signalement fut répandu de tous côtés et amena l'arrestation d'un vrai capucin, le P. Crescentino, qui venait prêcher en Dalmatie; pour plus de sûreté, on le renvoya en Italie.
I. \V, S. Thurn à Tliugut. 1798. 50 mars, leravril, 10 mai, 10 juin, 17 août. — Tliugut à Tliurn. 2 août. | 2. \V. S. Sept. 1798. | 3. Z. L. 1798. I. 5632 à 5655. | 4. V. ire partie, cli. III, p. 45. — Nous retrouverons au ch. I de la 3'-' partie le comte M. Zanovich, membre de la députation illyrienne qui fut envoyée à Paris en iSiOi
Un abbé Bujanovich était plus suspect; ce n'était cependant qu'un savant naïf et imprudent, venu de Hongrie avec des papiers en règle ; il était descendu à Spalato chez le comte Tartaglia; on le voyait en conférences avec les comtes Draganich, Cindri, Alberti, Milesi et le P. Doroticli, tous partisans de la Hongrie; ce prétendu conspirateur se contentait d'étudier, dans les archives de famille, l'histoire de la Dalmatie pendant le moyen âge. Au moment où on allait l'arrêter, il passa à Raguse; deux agents l'y suivirent, et leur rapport le présenta comme un homme dangereux.
Un médecin de Livourne, qui allait s'établir en Bosnie, fut aussi signalé comme agent français ou hongrois.
Enfin les frères Garagnin, que nous avons vus l'un membre, l'autre délégué de la municipalité provisoire de Venise, eurent l'honneur d'attirer l'attention de la police autrichienne. En 1798, les Autrichiens firent entendre à tous les anciens membres du gouvernement démocratique qu'ils eussent à s'éloigner de Venise. J.-D et J.-L. Garagnin avaient leur vieux père à Traù, de grandes propriétés à gérer, une demande d'indemnité à présenter et à suivre pour le pillage de leur maison en juin 1797 ; ils demandèrent donc à retourner dans leur patrie. Un rapport fut présenté à leur sujet en juillet 1798', et comme ils ne semblaient pas dangereux, on leur accorda des passeports. Leur passage à Zara, le 17 septembre, fut annoncé par une lettre du général Wallis, gouverneur de Venise, au général Rukavina'; l'autorité, toujours vigilante, les recommanda à la Supériorité de Traù, et ordonna qu'on surveillât leur conduite. Rentrés chez eux, ils s'occupèrent de leur famille, de leurs terres, de leur procès, et surent rester en dehors de toute intrigue. C'étaient deux hommes de grande valeur, qui auraient marqué même dans un pays où les hommes de mérite eussent été moins clairsemés qu'en Dalmatie. Napoléon, qui se connaissait en hommes, fera appel à leur dévouement, en 1806, et n'aura pas à le regretter.
Dcf-iitedu On voit, par les quelques exernples qui précèdent, combien était vigi- ''rois ''""' '-i^^s I^ police autrichienne et avec quel soin on surveillait les actions de quiconque était suspect; les mécontents furent discrètement avisés d'avoir à mesurer leurs paroles et se le tinrent pour dit ; quant aux tenants du parti hongrois, leur levée de boucliers resta sans résultat. Thugut, en août 1798', invitait Thurn à empêcher l'agitation de renaître. Mais, en ce moment, les événements extérieurs vinrent en aide aux Autrichiens : la guerre se rallumait en Europe; les îles Ioniennes étaient attaquées par les Russes; un corps turc se massait à la frontière, et ces préoccupations firent oublier le serment prêté au roi de Hongrie.
I. Z. L. 1798. V. 5953. I 2. Z. L. 1798. V. 5517. I 5. W. S. 1798. I et 17 août.