I. Z. L., 5 juin
ADMINISTRATION AUTRK'.lIlKNNli DK I797 A 180I 83
soupçonnèrent ses projets et lui opposèrent une résistance passive dont il ne put avoir raison , parce qu'il avait reçu l'ordre de n'user que des moyens de persuasion , sans recourir jamais à la contrainte. Faute de ressources pour l'amélioration des hôpitaux et asiles d'enfants trouvés, on dut se contenter de faire des règlements fort sages, qui, bien que fréquemment renouvelés, demeureront lettre morte jusqu'à la venue des Français.
Il était difficile de faire quelque bien au pavs sans argent; on le vit poLU' Instruction
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1 instruction publique. Des le 17 décembre 1797, Ihurn prescrivit 1 ouverture dans chaque localité d'une école publique (scuola triviale'), et le 23 mars suivant il publie le règlement de ces écoles; il ne sera peut-être pas sans intérêt d'en fiiire l'analyse :
La fréquentation de l'école est obligatoire pour les enfants de 6 à 12 ans; les supériorités locales doivent veiller à ce que les parents se conforment à la loi; des dispenses d'assiduité pourront être accordées dans un certain nombre de cas limitativement énumérés.
L'enseignement est donné pendant deux heures le matin et deux heures le soir ; il comprend, le matin, une heure consacrée à la lecture et une autre à l'étude de la religion ; le soir, on enseignera aux plus avancés l'écriture et l'arithmétique.
Il y aura des examens semestriels, des distributions de récompenses.
Les devoirs des élèves sont ainsi résumés : ordre, silence, obéissance, attention et décence; ceux du maître : vigilance, patience et douceur; jamais il ne doit frapper les écoliers, mais les avertir paternellement de leurs manquements et les amener à s'en repentir.
Ce beau règlement ne put malheureusement pas être mis en pratique : on n'avait pas d'argent, pas de locaux, pas de maîtres, et aurait-on eu de tout cela, il n'est pas sûr qu'on aurait eu des élèves. Dans quelques presbytères et couvents, il continua d'exister de petites écoles relevant de la juridiction épiscopale; il s'en ouvrit même de nouvelles, mais le gouverneur ne l'apprit que par la commune renommée, et les évêques se réservèrent avec un soin jaloux la charge de pourvoir à l'instruction de la jeunesse, sauf à ne pas taire tout ce qui était nécessaire pour obtenir des résultats satisfaisants.
Le clergé redoutait, en effet, le contrôle d'une administration dont les Affaires tendances lui avaient paru suspectes, et notamment à l'occasion des qucs."'""' relations de Thurn avec les Grecs orientaux et avec les Israélites. Spalato était avec Raguse la seule ville de Dalmatie possédant une communauté Israélite. C'étaient, comme partout, des marchands, des courtiers, infatigables manieurs d'argent , riches , disait-on , et certainement Les tsr.icjalousés par une population à laquelle ne manquait aucun préjugé. En
février 1798', ils introduisirent une demande à l'effet d'être admis à participer aux avantages accordés à leurs coreligionnaires des états héréditaires; cette requête était sur le point d'aboutir quand un violent mouvement d'opinion publique se déclara : Thurn répondit donc aux Israélites de Spalato en confirmant les privilèges qu'ils tenaient des Vénitiens, mais sans leur accorder rien de plus.
Les Grecs. Les Grecs orientaux demandaient, eux aussi, une extension de privilèges. Aussi longtemps qu'avait duré le régime vénitien, ils avaient vainement réclamé la reconnaissance légale de leur Eglise ; plusieurs fois ils avaient été sur le point d'obtenir la nomination d'un évèque de leur confession, mais chaque lois les représentations des évèques catholiques avaient empêché le Sénat de sanctionner le choix fait par les S3-nodes. En 1797, les chrétiens de rit grec-oriental étaient encore sous la juridiction effective de l'Eglise romaine ; un modiis viveiidi s'était seulement établi , avec l'assentiment du Sénat, et peut-être aussi celui de Rome ^ : les Grecs étaient libres de professer leur religion, mais le Sénat devait ignorer leur séparation d'avec l'Eglise romaine ; en conséquence, leurs curés devaient demander leurs pouvoirs à l'évêque catholique, et renonçaient, en faveur des curés latins, à la perception de certaines taxes. Il y avait cependant 50.000 Grecs en Dalmatie ; ils formaient la moitié de la population dans les diocèses de Scardona et Sebenico, les deux tiers aux Bouches de Cattaro , mais aux yeux de l'Etat, ils ne formaient qu'une confession séparée des latins par une simple différence de rits extérieurs.
Les Grecs étaient nombreux, ils étaient riches, et surtout ils étaient habiles : aussi, lors de l'entrée des Autrichiens, se présentèrent-ils à Thurn avec l'espoir d'exploiter l'ignorance où ils le croyaient des choses du pays. Ils lui envoyèrent une députation pour lui représenter que le siège épiscopal de Dalmatie s'étant trouvé vacant, leur communauté avait élu comme évêque l'archimandrite Siméon Ivcovich, personnage prudent et instruit, estimé de tous, grecs et latins; ils demandaient au gouverneur de daigner confirmer leur choix'. Ils avaient trouvé là un moyen de brusquer le dénouement : une fois le résultat obtenu , on se retranchait derrière le foit accompli , on invoquait les précédents et l'autonomie de leur communauté était assurée pour l'avenir.
Il se trouva que Thurn avait été mis au courant de la situation des Grecs ; il ne le laissa pas ignorer aux délégués, mais, d'autre part, pénétré qu'il était des idées de tolérance qui s'étaient répandues à la fin du xvin" siècle , il trouvait bien fondée la demande des Grecs et se déclara
I. Z. L., 1798, IV, 13 14. I 2. Comm. B. Cecchetti. Li Rcpuhlica di Vcnciia c la Cortc di Koma, Ven., 1874, t. I, pp. 463 sqq. 5. Z. L., 1797, octobre.
prêt A la SDiitcniv devant i.i Lh.iiKL'llciic de Vienne. Hn effet, il rédigea un long rapport sur la question '. D'après lui, le principe ne paraissait pas même avoir besoin d'être inis en délibération; il n'y avait à régler que les questions d'ordre secondaire : dans quelle ville fixer la résidence de l'évcque, quel traitement lui allouer, quelles limites fixer à sa juridiction? Fallait-il le laisser dépendre du métropolite d'Ipek, en Bosnie? le mettrait-on sous la juridiction de celui de Carlovitz, ou enfin, si l'on redoutait l'action des Turcs ou celle des Hongrois, ne pourrait-on pas établir ;\ Venise un métropolitain de qui dépendrait la Dalmatie?
Quand on connut les dispositions de Thurn à l'égard des Grecs, il se produisit un vif mécontentement ; non seulement les évèques catholiques protestèrent contre ce qu'ils appelaient une entreprise schismatique, mais dans le Conseil de gouvernement lui-même, la majorité des conseillers repoussa le principe même de la reconnaissance de l'autonomie des Grecs. L'affaire traîna donc en longueur et finalement fut enterrée.
L'Eglise catholique eut d'ailleurs à se demander quelles étaient les Lescathointentions du gouvernement autrichien à son égard; un conseiller '^""' aulique , le marquis Ghislieri , poursuivait une enquête sur la situation morale et économique du clergé tant séculier que régulier. Ce que l'enquête fit savoir, nous l'avons déjà dit, nous aurons à le redire encore; la conclusion était que certaines réformes étaient nécessaires : réduction du nombre des diocèses, suppression de couvents réduits à deux ou trois religieux ou religieuses, remaniement de l'organisation des confréries dégénérées ; il en résulterait qu'après avoir pour\'u à tous les besoins du clergé, il resterait disponible le capital nécessaire pour doter des fondations d'utilité publique, par exemple des séminaires où le clergé recevrait l'instruction indispensable qui trop souvent lui foisait défaut.
Mais, pour accomplir ces réformes, il fallait l'assentiment des évêques, si on ne voulait pas provoquer un conflit, et les évêques n'en vo\'aient pas la possibilité, peut-être même pas la nécessité, et surtout ils redoutaient l'immixtion du pouvoir civil dans les affaires ecclésiastiques ; la crise du joséphisme était encore bien récente, et il n'était même pas bien certain qu'elle fût complètement terminée ; aussi, au lieu de se prêter à des accommodements dans lesquels leurs droits eussent été respectés, ils préférèrent se retrancher dans une abstention voisine de l'hostilité, refusant toute concession, même la plus légitime. L'autorité militaire avait par exemple demandé à occuper, pour loger les troupes, certains couvents abandonnés ou réduits à deux ou trois religieux : les évêques s'y opposèrent. Le gouvernement porta alors la question à Rome et l'ambassadeur,