I. Z. L.. 1798, mars, XIII
comte Strassoldo, obtint, par l'intermédiaire du cardinal Caraffa, un bref pontifical qui autorisait l'occupation des couvents toutes les fois que le nombre des religieux serait descendu au dessous de huit'. C'est grâce à cette décision qu'on put vaincre les scrupules des évêques: en mars 1798, les trois clarisses de Zara furent réunies à la bénédictine du couvent de Sainte-Marie et une partie de la garnison s'installa au couvent de Sainte- Claire; il en fut de même dans plusieurs autres villes.
Les évêques avaient cédé, mais devant la force; les Franciscains ne cachèrent pas leurs dispositions malveillantes et l'on voit le remuant Père André Dorotich toujours en correspondance avec le gouverneur, soit pour réclamer quand on méconnaissait les privilèges de son ordre, soit pour se plaindre quand on ne lui en accordait pas de nouveaux.
En résumé, le comte de Thurn n'obtint aucun résultat, ni pour les affaires religieuses, ni sur les autres questions concernant l'administration; il semble bien probable qu'il avait apporté en Dalmatie un vaste plan de réformes de tous genres, mais il se heurta à tant de difficultés que, de quelque côté qu'il se tournât, il trouvait des obstacles insurmontables.
L'expérience parut concluante au gouvernement de Vienne : il en viendra, pour quelques années, à la méthode du « laissez faire » et, à part la période brillante du gouvernement du comte de Goëss , on renoncera provisoirement à introduire des améliorations qui ne seraient pas appréciées. Les Français, se trouvant en face des mêmes résistances, voudront en avoir raison, ils n'arriveront qu'à déchaîner contre eux les rancunes populaires et à jeter les Dalmates dans les bras de l'Autriche.
Retraitede La chute de Thugut devait avoir pour conséquence la retraite du comte Thurn. j^ Thurn : celui-ci obtint, en juillet 1799, d'être déchargé de ses fonc-
tions. Il invoquait la raison de santé, et ce n'était pas un vain prétexte : il avait été réellement éprouvé par un climat énervant et par les fatigues extraordinaires qu'il avait dû s'imposer pour bien remplir son mandat. L'absence de routes faisait du moindre déplacement un voyage long et pénible, et l'absence de tout confort augmentait encore pour ce grand seigneur les inconvénients d'un séjour prolongé en Dalmatie. Déjà, en 1798, après une tournée de deux mois à travers la province, il avait dû aller passer un long congé sur ses terres patrimoniales; au commencement de l'été 1799, il ne se sentit pas la force d'affronter la saison des chaleurs et obtint la permission de se retirer définitivement.
A la fatigue physique se joignait, il est vrai, une certaine lassitude morale; depuis deux ans, il luttait pour mettre un peu d'ordre dans
I. Bref en date du 9 décembre 1797. Z. L., 1797-98, VII, 3058, VI, 2407.
r.ulininistratioii ; il si.' luiirt.iit soit aux résistances do ses administrés, soit au mauvais vouloir de ses collaborateurs, soit ;\ des ordres venus de la chancellerie viennoise, qui redoutait de soulever les populations en mécontentant les classes privilégiées par des réformes imprudentes. Le comte de Thurn avait vu avorter toutes ses entreprises réformatrices : dans CCS conditions, il n'avait plus quW se retirer, et c'est ce qu'il fit.
Les événements politiques avaient marché d'ailleurs depuis le traité de j "i- l-a
f I- -i^-ii-i II- • • io .deuxième
Lampo-rormio. Des la tin de 1797, les hrançais avaient occupé Konie : la co.ilition. proclamation de la république roumaine et l'enlèvement du Pape, en février 1799, avaient ré"élé aux puissances les plans du Directoire; l'intervention en Suisse, à Naples, la surprise de Malte et la descente en Egypte avaient rendu la guerre inévitable sur toute l'étendue du continent. L'incident Bernadotte avait interrompu les relations diplomatiques entre Vienne et Paris, et le guet-apens de Rastadt avait précipité le dénouement. En mai 1799, les armées autrichiennes, victorieuses à Stokasch et à Magnano , avaient été rejointes par les Russes; Suvarov avait gagné les batailles de Cassano et de la Trébie, et les alliés étaient maîtres de presque toute la Haute-Italie.
La Dalmatie s'était donc trouvée province frontière : du côté de la terre ferme, elle était exposée dans le cas d'un retour offensif des armées françaises; du côté de la mer, elle était menacée à toute heure par les corsaires sortis de tous les ports du littoral italien ; peut-être même un débarquement était-il à redouter.
Aussi, pendant presque toute la durée des guerres de la deuxième coali- Gouvernetion, la Dalmatie fut-elle sous l'autorité immédiate de l'archiduc Charles, lequel correspondait directement avec les autorités locales, le général Charles Rukavina pour les affaires militaires , et le conseiller de gouvernement Rinna pour les aff"aires civiles.
La Dalmatie avait été occupée, en 1797, par un peu plus de 7.000 hommes et, à la fin de l'année, quand la tranquillité eut été rétablie, on y laissa environ 6.000 hommes d'infonterie et 500 cavaliers'. Dans ce nombre figuraient, il est vrai, les soldats vénitiens qu'on avait trouvés dans le pays et qui, pour la plupart, étaient passés au service de l'Autriche; on avait de plus incorporé pendant les premiers mois de 1798 environ 600 hommes provenant de la garnison vénitienne de Corfou et que le général Gentili avait congédiés en prenant définitivement possession des Sept-Iles-.
I. Z. L., 1797, VI, 55. Diihkatioii der K. K. Triippen in Dalmatien. \ 2. Z. L., 1798, II, 2860, 3017, 5164, 5259, 3706, 3828. — Voir aussi l'article que nous avons publié dans la Revue d'histoire diplomatique (1888) sur l'occupation des îles Ioniennes en 1797.
ment d t l'.irch iduc
Comme armée de mer, les Autrichiens avaient l'ancienne flottille vénitienne de Dalmatie, soit une quarantaine de bâtiments grands et petits, portant 264 canons et tous en fort mauvais état '. On les avait réparés et ils pouvaient, à la rigueur, concourir A la défense des ports et des côtes, mais à part quelques chebeks, chargés du service des dépêches, pas un n'était capable d'aller en haute mer et surtout de soutenir un combat même contre un corsaire bien armé '.
Le régi- Au moment où la guerre éclata en Italie, le gouvernement autrichien maîe '''"'" 'l*^''^!''^'^'! ^■^ formation d'un régiment dalmate, mais la levée des recrues rencontra des obstacles imprévus.
Il est permis de s'étonner en constatant la résistance que trouvèrent les officiers autrichiens quand ils durent lever 3.000 hommes pour ce régiment. Les Dalmates avaient passé pour un peuple belliqueux ; en 1796, ils avaient envoyé 12.000 volontaires à Venise, et les Autrichiens se figuraient qu'ils n'auraient aucune peine à en trouver 3.000. Il n'en fut rien et cette répugnance du Dalmate pour le ser\'ice militaire deviendra un des traits distinctifs de son caractère. Quelle fut la cause de ce revirement? Est-ce parce que la paie était moins forte? Est-ce parce que le nouveau corps ne devait avoir qu'un petit nombre d'officiers indigènes ? Est-ce parce que l'ardeur guerrière des Dalmates s'était épuisée dans la malheureuse campagne de 1797?
Toujours est-il qu'en 1799 les hpmmes qui devaient être incorporés passèrent en grand nombre en Turquie; ceux qui furent amenés au lieu de rassemblement se mirent à déserter, et il foUut user de tous les movens inscrits dans le code militaire, depuis l'amende jusqu'au bâton, pour les conserver au corps'. On finit cependant par former un régiment qui s'achemina vers le théâtre de la guerre : c'était au commencement de 1800, alors que Bonaparte, premier consul, allait venger les insuccès de 1799. Les contingents dalmates ne rendirent pas de grands services ; ils ne firent parler d'eux qu'une seule fois : le 13 juin 1800, veille de Marengo, ils étaient à Venise et se mutinèrent contre leurs officiers; ils turent sur le point de s'emparer de l'arsenal par surprise, et ce fut seulement la présence d'esprit d'un sous-officier qui fit échouer cette tentative. La répression fut extrêmement douce : sur une centaine d'hommes déférés à un conseil de guerre, douze seulement furent condamnés à une peine
I. W. K., 1797, F. YIII. I 2. Z. L., 1798, II, 3705, 4044, 4061. Voir aussi: Rechberger von Keclikron ; Gcschkhic ih-r K. K. Krhvsmarive p. 283 sq. | 3. Z. L., 1799, IV, pass.
saires.
d'emprisonnement variant de huit mois ;\ trois ans; quarante-huit, reconnus fautifs, furent cependant absous; les autres furent déclarés innocents '.
Le régiment dalmate restera en Italie, ;\ Vérone et à Padouc, jusqu'en 1805, et, malgré un essai de réorganisation fait par le général Brady, ne sera jamais qu'un corps assez mal noté. Hn 1806, il fournira le noyau du régiment dalmate créé par Napoléon.
La défense de la Dalmatie pendant la guerre était confiée aux généraux Rukavina et Brady dont les troupes avaient été réduites A 4.000 hommes, ce qui était bien peu pour garder plus de- cent lieues de côtes et une trontière terrestre de même développement. Mais les Français ne cherchèrent pas à débarquer, les Turcs qui étaient toujours aux prises avec Karageorges, respectèrent la frontière; les Autrichiens étaient, du reste, les alliés du sultan, mais, étant données les habitudes des begs bosniaques, cette raison n'était pas suffisante pour assurer la paix aux confins.
Si la Dalmatie souffrit, et cruellement, de la guerre, c'est par les Le corsaires d'Ancone et de Fouille qui capturèrent un grand nombre de bâtiments et paralysèrent complètement le commerce avec l'Italie, réduisant une partie des habitants à la misère. Les premiers pourparlers de Lunéville, qui remontent au commencement de l'hiver 1800-1801, rendirent pour un moment quelque liberté au cabotage , mais quand ces négociations échouèrent au printemps 1801 (campagne de Moreau jusqu'à l'armistice de Steyr), les corsaires recommencèrent à désoler le littoral jusqu'à la conclusion de la paix. Et alors un nouveau danger fut à craindre : l'Autriche avait promis, à Lunéviile, de fermer ses ports aux navires et aux marchandises de l'Angleterre; n'était-il pas à redouter que les corsaires anglais traitassent en ennemis les bâtiments dalmates ? Le gouvernement autrichien sortit adroitement de cette impasse. Par une circulaire du
24 juin-, destinée à être communiquée aux agents français, il prescrit la fermeture rigoureuse de tous les ports aux couleurs anglaises; puis, le
25 juillet suivant ', une circulaire interprétative, communiquée aux agents anglais, vint expliquer et considérablement atténuer la rigueur de la précédente.
L'administration civile avait été remise, par le comte de Thurn, à l'un Adminis^ des membres du Conseil supérieur de Zara, le conseiller Rinna. Il semble que la consigne donnée à ce fonctionnaire se résumait en ces mots : Nihil innovetiir. En fait, les conseillers de Zara travaillèrent avec une grande régularité à tenir à jour les affiiires courantes, mais aucune des réformes ou améliorations nécessaires ne fut même discutée.
I. Z. L., 1801, 5722, 6055. I 2. W. S. (Fil.), 1801. F. 90. I 3. IhiJ.
tration civile
Le commerce continua à languir tant à cause de la guerre que grâce au maintien des tarifs de douane et à la prohibition absolue d'exporter aucun produit alimentaire; les bestiaux continuèrent à pulluler, et malgré les mesures prises, avec timidité d'ailleurs, par le comte de Thurn, le déboisement total des montagnes continua sa marche.
Les seules entreprises industrielles introduites depuis l'arrivée des Autrichiens étaient une imprimerie, une brasserie et une fabrique de drap. En 1798, un spéculateur offrit de construire des moulins à vent; s'il est un pays où les moulins à vent pouvaient réussir, c'est la Dalmatie, car assurément le vent n'y fait pas défaut, et la force motrice fournie par les cours d'eau manque à la fois de puissance et de régularité. Le conseil décida qu'une autorisation ne saurait être donnée sans l'assentiment préalable des supériorités locales auxquelles une circulaire fut adressée à ce sujet. Les réponses furent presque partout défavorables; n'avait-on pas les moulins à eau qui avaient suffi jusque-là ? Quel besoin donc de changer?... Et le solliciteur fut éconduit.
La commission des mines de Styrie envoya un délégué pour étudier les ressources du pays; son attention avait été attirée par un mémoire d'un individu qui signalait l'existence de mines d'or. L'ingénieur visita le prétendu gisement et reconnut que le précieux minerai n'était autre chose que du talc, commun dans les schistes, dont les menus fragments ont, en effet, un chatoiement qui rappelle celui des paillettes d'or '. L'inventeur de la mine d'or ne se rendit pas à l'évidence et revint plusieurs fois à la charge : il mystifiera également le gouvernement français en 1808. L'ingénieur autrichien fut donc réduit à visiter le banc de charbon de terre qui affleure à Siveric, près Demis, et les gisements d'asphalte de Vergorac qui furent affermés en 1800 pour la somme de 600 florins^. Travaux Lcs travaux publics furent un peu moins négligés et cela grâce à la pub ics. présence dans le pays d'un ingénieur de grand mérite, qui sut, en dépit de tous les obstacles, imprimer à son service une courageuse impulsion. François Zavoreo, d'une famille de Spalato, avait été capitaine du génie sous les Vénitiens, et avait été chargé en cette qualité de lever une carte de Dalmatie dont la première édition est de 1787 '.
Zavoreo passa, en 1797, au service de l'Autriche, et l'on ne tarda pas à l'apprécier hautement : suffisamment pourvu de connaissances techniques,
I. Z. L., 1798, II, 2296. I 2. Z. L., 1800, XXIII, 350. I 3. \V. K. Cette carte est dédiée au provéditeur Angelo Enio. La 2' édition, dédiée au prince Eugène Napoléon est relativement assez commune; la 3= édition, dont un exemplaire est conservé à Vienne aux archives géographiques de la guerre, est datée de septembre 1814 ; elle est dédiée au général-major baron Tomassich ; un mémoire géographique fort important y est annexé.
homme d'une probité scrupuleuse, il se distinguait surtout par une activité qui contrastait avec la nonclialance de beaucoup de ses compatriotes; il devint bien vite sous les Autrichiens ce qu'il avait été sous les Vénitiens : le directeur général des travaux publics. Pendant les quatre premières années, nous le trouvons chargé : comme architecte, de réparer les bâtiments du pal.iis Je Zara, le Lazaret de Spalato, le pont de Traii ; comme ingénieur, de protéger les poudrières en y installant des paratonnerres, et d'étudier un plan de dessèchement des marais insalubres des vallées de la Kerka et de la Cetina.
Zavoreo avait surtout à cœur la question des routes, et il élabora un vaste projet, envoyé à Vienne', où nous trouvons toutes les routes qui ont été exécutées depuis par Marmont. Ce qui fait la gloire de Marmont, c'est d'avoir fait passer dans l'ordre des réalités les plans élaborés depuis de longues années par Zavoreo; mais, sous le régime autrichien, de telles entreprises étaient impossibles; les Autrichiens avaient le préjugé de croire que la justice les obligeait à payer les ouvriers et ;\ indemniser les propriétaires à qui l'on prenait du terrain ; par suite l'exécution rapide des routes exigeait de grosses dépenses, supérieures de beaucoup à celles qui étaient permises avec les finances obérées de la Dalmatie. On chicanait l'infortuné Zavoreo pour les moindres dépenses, et on eut même l'air à un moment de mettre son intégrité en doute ; le malheureux ingénieur, qui était la probité même, n'eut pas de peine à se défendre, et au lieu de se tenir désormais sur la réserve, il écrivit des lettres suppliantes qui lui valurent quelques maigres subsides. Avec ces ressources insuffisantes, il arriva à faire, en 1797, le tronçon qui va de Zvonigrad en Croatie, à Knin; en 1798,1e tronçon Knin, Ostrovica, Benkovac et Demonico, où commençait la route vénitienne allant à Zara; en 1799, le tronçon Ostrovica-Scardona ^. Après la guerre, il recevra quelque argent et pourra, de 1800 à 1803, terminer les routes de Sebenico à Scardona, de Knin à Demis et de Sebenico à Traù , en jonction avec la route existant de Traù à Spalato '.
L'amélioration des communications rendit possible l'organisation des postes. On put mettre toute la partie septentrionale de la province en relations régulières avec l'Empire; pour le reste, on établit des courriers à cheval qui portaient les dépêches de Knin à Sinj, Vergorac et Imoski. Cette organisation, créée en 1799, tut placée sous la haute surveillance du directeurdes finances de Venise, qui était l'ancien provéditeur André Querini*.
I. \V. K., 1802. F. 2. I 2. Z. L., 1797, XI pass. ; 1798, XI pass. ; 1800, XX, 6008. 3. Voir la carte n" VII. | 4. W. S., 1799, nov.
Tel fut le sort de la Dalmatie pendant les guerres de la deuxième coalition : province pauvre, elle avait paru ne devoir être autre chose qu'une pépinière de soldats; les événements firent s'oirque cette espérance n'était pas fondée, et ce fut une grande désillusion pour l'Autriche. Va-t-elle négliger cette province déshéritée et l'abandonner à son malheureux sort? L'administration du comte de Goëss nous fera voir le contraire en nous montrant ce qui fut tait pour donner quelque prospérité à la Dalmatie.
CHAi'ITlŒ \I
L'ADMINISTRATION AUTRICHIHNNIi (1801-1805)
§ 1. Le comte de Curnea Stefaneo (avril 1801-niai 1802); missions temporaires de conseillers auliques — 5 'î- ^■'^ comte de Goêss (juillet 1802-juin 1804). Les enquêtes; l'enquête agraire; rapport Rinna. rapport Carnea Stefaneo, rapport Goëss ; Efforts de G.ëss pour améliorer la situation de la Dalniatie, sa disgrâce. — § III. Le général Bradv (juin i Soi-l'évrier 1806). Organisation militaire. Troubles de Cattaro ; le .Monténégro et les Russes. — § IV. Le plan d'organisation définitive. — § V. La guerre; La Paix de Presbourg ; Adieux de Brady aux Dalmates.
L'aniice 1801 vie le rctablissement Je la paix en Europe; le traité de Lunéville réconcilia l'empereur et le premier consul, et, après di.x années de guerres, l'Autriche put songer à panser ses blessures. La sollicitude du gouvernement pouvait se porter du côté de la Dalmatie.
La chancellerie d'Italie tut réorganisée en 1 801 (avril) sous le comte de 'j i. Le Colloredo, et quand celui-ci devint premier ministre, en décembre de la carnea Stemème année, le département d'Italie fut le lot du comte de Carnea ^''g™ ^^"j' Stetaneo. Sous cette direction, la section du conseil aulique chargée de la i^o^). Dalmatie élabora divers projets relatifs à l'organisation définitive de cette province, et on travailla en même temps à exécuter les réformes dont une expérience de quatre années avait montré l'urgence.
Le comte de Carnea Stefaneo connaissait la Dalmatie ; il l'avait visitée en 1798 quand il procédait à la première enquête sur les aff:;ires ecclésiastiques; il était donc à même de donner, en connaissance de cause, une direction générale aux affaires de la province.
Le conseil du gouvernement de Zara continua à fonctionner, sous la direction du conseiller Riima, en réunissant, comme par le passé, la compétence financière et judiciaire aux attributions administratives; on lui adjoignit seulement quelques membres nouveaux pour lui permettre de suffire à la multiplicité des attires. On ne crut pas devoir augmenter le personnel des tribunaux de première instance : on voulait attendre l'organisation définitive, et la bonne administration de la justice en souffrit beaucoup; les juges n'arrivaient pas à épuiser les causes civiles et, ce qui est plus grave, les causes criminelles s'accumulaient sans qu'on pût songer à en hâter la solution ; d'où les plaintes de inalheureux qui restaient des
94 ' LA dalmatie oé 1797 A 1S05
mois entiers en prison sans même être interrogés, et aussi, l'absence d'une prompte répression ressemblant à l'impunité, la multiplication excessive des crimes.
Missions Des conseillers auliques furent expédiés en mission temporaire pour fers'Tuu'- étudier sur place les projets de réformes'. Le marquis Ghislieri, qui était qu". (Jéjà venu en Dalmatie en 1798, y fit un assez long séjour, de septembre
à décembre 1802; le comte de Maylath y passa l'hiver 1802; le Conseiller Valeri y remplit une mission qui dura près d'un an en 1804-1805. Le comte de Carnea Stefaneo vint lui-même, en octobre 1801, et resta jusqu'en mai 1802.
§ II. Le En mai 1802, le comte de Goëss vint remplacer Carnea Stefaneo à Zara,
GoÈss"^(iuii- ^^' quelques mois après, un décret aulique du i'-'' juillet^ lui conféra le
ieti8o2-juin tj{]-e de souvemeur. L'installation du comte de Goëss fut l'occasion d'un 1804). . ï' , j 1. j • •
remaniement complet de 1 admmistration provisoire.
Remanie- Les Conseillers Rinna et Stratico furent retraités; Retzer fut envoyé à sonnei.'^ ^"' Goritz ; Wrachien et Riva furent appelés au conseil aulique, à Vienne ; on fit entrer dans le conseil de Zara cinq nouveaux membres, tous indigènes : Grisogono, Marinovich, Verigo, Ismaelli et d'Alughera. Le général Rukavina, nommé maréchal l'année précédente et envoyé à Padoue, avait eu pour successeur le général Brady, gouverneur de l'Albanie. Les fonctions de Brady avaient été partagées entre un gouverneur civil, le comte Rosetti, et un gouverneur militaire, le colonel Gauss de Starnberg ; en juillet et en août 1802, ils sont remplacés tous les deux : Gauss, par le général-major Nicoletti; Rosetti, par le comte Baroni Cavalcabô.
Cette petite révolution, car c'en était réellement une, fut le point de départ d'une grande campagne pour réformer, en Dalmatie, tout ce qui demandait à l'être. Au bout de deux ans d'eflbrts, Goëss abandonnera l'entreprise : la réaction qui l'avait porté au pouvoir aura été suivie d'une réaction qui amènera la restauration d'un gouvernement militaire, dont le titulaire sera le général Brady.
L'œuvre Dans Ics deux années que dure le gouvernement du comte de Goëss, on
du comte de distingue deux périodes : délibération et exécution. Pendant la première,
on se borne aux enquêtes et aux projets de règlements; pendant la seconde.
I. Z. L., 1802, II, 416. V. 215, 1803, IX, 69. I 2. Z. L., i8o2, II, 6036.
on en vient aux expériences pratiques, aux essais d'application partielle de réformes qu'on se réserve d'étendre si on les voit réussir.
Pendant la première période, on sent encore l'action de Carnea Stefaneo, théoricien indirt'érent aux besoins urgents d'un peuple tout entier. Goëss est au contraire un homme pratique, doublé d'un homme de cœur. Vivement ému par le spectacle des misères accumulées sous ses yeux, il veut y apporter un remède A n'importe quel prix. Il ne faut donc pas s'étonner si, pendant le passage assez court d'ailleurs de Carnea Stefoneo à Zara, nous n'avons signalé aucune réforme utile. L'ancienne organisation avait été maintenue intacte dans toutes ses parties ; aucun remède n'avait été trouvé ni cherché aux difficultés de la situation, et la routine avait régné : ;\ l'industriel qui demandait i créer un établissement, au commerçant qui sollicitait des focilités pour exporter quelque produit national, on faisait invariablement la même réponse : Attendez! Quand nous serons sortis de la crise présente, ce qui ne peut tarder, nous verrons s'il convient de vous accorder le privilège que vous demandez, et si nous pouvons modifier, en votre fweur, la législation douanière actuelle, mais attendez! on ne répare pas une maison la veille du jour où on va la démolir.
Les enquêtes qui se multipliaient n'étaient cependant pas inutiles. Celle Les enque fit le marquis Ghislieri sur les affiiires ecclésiastiques ser\-it de base l"""' aux réformes que l'Autriche allait appliquer lorsque le traité de Presbourg lui fit perdre la Dalmatie, et qu'elle appliquera plus de vingt ans après, d'accord avec le Saint-Siège (Bulle Loaun Sancti Pétri) ; l'enquête du comte de Crenneville, sur la marine marchande, devait préparer des modifications notables de la législation commerciale '. Mais, de toutes les enquêtes, la plus importante de beaucoup est celle qui avait pour objet la question agraire. Le dossier que nous avons pu consulter à Vienne' est beaucoup trop considérable pour que nous en puissions donner ici même l'analyse : nons nous contenterons d'en tirer les pièces les plus importantes.
1. Les rapports du comte de Crenneville, conservés au ministère de l'intérieur, à Vienne, sont les suivants :
1° Observations générales sur la Dalmatie. Vienne, 14 octobre 1801, 23 p.;
20 Remarques sur les iles du Quarner. Zara, 25 août 1801, 20 p.;
5° Villes et ports de l'Istrie. Fiume, 3 août 1801, 26 p.
Aux mêmes archives se trouvent divers autres rapports et mémoires qui cor.-tiennenl de précieux renseignements sur le commerce de la Dalmatie.
Nous sommes heureux de remercier ici M. le prof. Aug. Fournier, de Prague, à l'obligeance duquel nous avons dû la connaissance de ces pièces.