‹ La Dalmatie de 1797 à 1815Chapitre 47 sur 156 · LES FRANÇAIS EN DALMATIE I5I · texte numérisé non relu

LES FRANÇAIS EN DALMATIE I5I

Mariiiovich, Verigo, Ismaelli et le procureur fiscal Tr. Pasquali. Ces trois derniers étaient iiotainnieiu des lioniines de grande valeur, pleins d'activité et bien disposés en faveur du nouveau gouvernement.

Molitor se fit remettre par les conseillers des rapports sommaires sur l'organisation des services; la collection de ces rapports, rapprochés de ceux qui turent demandés par Dandolo, quatre mois plus tard, constitue une excellente source d'informations sur l'administration autrichienne; c'est de là que sont tirés beaucoup de détails donnés dans la première partie de cette étude.

Le conseil, rédiiit \ sept membres, continua à expédier les afîiiires courantes; l'avocat Michel Spalatin succéda au secrétaire Keclikron. En mai, nous voyons siéger, pendant huit jours, un Français ayant le titre de commissaire royal ; mais il ne tarde pas à disparaître, sans être remplacé'.

L'objet le plus urgent qui devait attirer l'attention du conseil était la '-es Fiquestion financière. Les troupes n'avaient apporté que peu d'argent comptant; les Autrichiens avaient consommé, vendu ou exporté tout ce qu'il y avait de munitions de bouche et de guerre ; le règlement de comptes, dressé le i6 février, entre les agents français et autrichiens, se soldait par une différence de 200.000 francs, au préjudice des Français; les caisses publiques étaient vides, et Brady avait résilié tous les baux passés avec les fermiers d'impôts-. Telle est la situation dont il est f;tit part à Molitor dans le rapport où sont énumérées les ressources financières de la Dalmatie. Il fallait trouver des recettes immédiates, et cela ne se fit pas sans compromettre les intérêts du Trésor. Nous connaissons déjà le spéculateur Demetrius Mircovich, le fermier d'impôts de l'administration autrichienne; disposant de gros capitaux, il avait peu à peu réussi à éliminer ses concurrents et avait fini par demeurer maître de la position; aussi arrivait-il, à chaque renouvellement de bail, à diminuer le prix qu'il versait au Trésor. Le comte de Goëss avait voulu entamer la lutte et, pour plusieurs impôts, avait substitué la régie à la ferme; mais l'absence d'un personnel expérimenté et sûr avait tait que les résultats avaient été médiocres. Bradv s'était empressé, en succédant à Goëss, de revenir au système de l'adjudication. En 1806, Mircovich était adjudicataire de tous les impôts, sauf les tabacs, affermés au marquis Mantrin, de Venise.

De plus, Mircovich était soumissionnaire des subsistances militaires et, quand Molitor arriva, il trouva des marchés provisoires passés par Brady avec Mîrcovîch pour l'entretien des soldats français. Mircovich se montra d'abord rempli de prévenance et de bonne volonté ; mais, peu après, il

I . Z. L. Molitor, avril. | 2. Z. L. Molitor. Rapport P.wqiiali.

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sollicita un fort à-compte, et, comme on ne pouvait le lui donner, il annonça que, le 1 5 mars, il suspendrait le service des vivres ; puis, profitant Ij ferme de l'impression produite, il se radoucit, et suggé-ra qu'au lieu de réclamer Lcs impots, jg l'argent, il pourrait bien avoir à en donner si on l'autorisait à conser\'er la ferme des dîmes. C'était la carte forcée : il posa des conditions léonines qu'il fallut bien accepter, il v eut un semblant d'adjudication et Mircovich eut en sa possession un contrat qui lui assurait un bénéfice de beaucoup supérieur à ce qu'il avait jamais gagné sur les Autrichiens".

Au mois d'avril, Mircovicli revint à la charge pour obtenir le bail de la taxe sur les bestiaux : c'était le 23 avril, jour de saint Georges, que se faisait le recensement des animaux, recensement qui servait à établir l'impôt pour l'année entière; si on laissait passer la saint Georges, on perdait une année de revenus, et Mircovich était seul à disposer du personnel nécessaire pour ce travail : il demanda donc une concession pour trois ans, et ofl'rit 12.000 florins; il en payait 17.000 aux Autrichiens. Ismaelli et Pasquali représentèrent au spéculateur que ses offres étaient dérisoires, et que le général n'avait pas de pouvoirs lui permettant d'engager les finances pour plusieurs années; ils traitèrent donc pour un an sur le pied de 14.000 florins'. En juin, on mit en adjudication les revenus du domaine public et les douanes de Spalato, mais, cette fois, Ismaelli avait eu le temps de susciter à Mircovich des concurrents qui l'obligèrent à paver une somme supérieure à celle qu'il avait donnée les années précédentes. Enfin le bail des dîmes fut cassé pour irrégularités, et renouvelé dans des conditions moins onéreuses pour l'administration. Restait la question des sels; il y avait à Pago de belles salines si mal exploitées qu'elles ne fournissaient que le tiers du sel nécessaire à la consommation et au trafic; pendant huit mois, il fallait faire venir le sel d'Istrie ; or, l'année précédente, la guerre avait empêché la récolte du sel en Istrie; cette province n'avait aucun excédent de production à exporter, et Pago n'avait pas de quoi satisfaire aux demandes pour plus de deux mois'. Il fallut traiter avec des saulniers italiens, à des conditions très désavantageuses. Nous verrons comment Dandolo reprendra cette affaire et fera des salines une des principales branches de revenus de la Dalmatie. Le sel n'était d'ailleurs pas la seule denrée qu'il fallut taire venir d'Italie : on dut v acheter pour les troupes une toule d'objets de première nécessité et jusqu'à la toile nécessaire pour confectionner des paillasses sur lesquelles coucheraient les malades des hôpitaux militaires. Quant au coucher des soldats valides, on ne pouvait encore }• songer.

Enfin, même pour le vin et la viande qu'on trouvait dans le pays en

I. Z. L. Molitor, mars. | 2. Z. L. Molitor. F. Erbatico. | 5. Z, L. Molitor. F. Sels.

LlvS 1-RANÇAIS m DALMATIE 1)3

aboiulancc, l'ariiKc faillit cii iiiaiu]iicr subitement, par suite d'une mesure relative au change des monnaies.

Nous exposerons plus loin la situation monétaire de la Dalmatie ' ; qu'il i,a crise suffise de dire ici qu'il n'y circulait que des billets autrichiens et des i""'"^'-" ''•••■ monnaies de bas aK)i, dont le cours était réj;lé par les agioteurs, lui attendant qu'on put taire disparaître ce numéraire déprécié, on en réduisit la valeur; mais les fournisseurs, se disant lésés, refusèrent d'accepter l'or au nouveau taux du change : on dut en passer par des transactions ruineuses, et la rétorme monétaire ne s'accomplit pas-.

On ajourna aussi la suite à donner à un grand nombre de jiétitions i.cs pétidemandant la réforme de prétendus abus; de toutes les parties de la pro- "°"^' vince arrivaient des demandes, fondées ou ntjn, portant sur des réformes utiles, des réclamations abusives et des requêtes oiseuses : tout détenteur d'un privilège en demandait la confirmation, toute victime du privilège d'autrui en demandait l'abolition. Quatre liasses énormes ne contiennent que des offres de services et des demandes d'emplois'. Les communautés et les villes se mettaient au rang des solliciteurs en faisant entendre que leur fidélité serait le prix des complaisances du gouvernement. Les Grecs reprirent la campagne qui avait failli leur réussir neuf ans auparavant, pour obtenir un évèque de leur rite. Le clergé catholique fit aussi des avances; saut l'évèque de Makarska, qui n'était pas un courtisan et l'avait bien fait voir aux Autrichiens, tous les évèques firent leur soumission; quelquesuns, comme l'évèque de Nona, allèrent un peu plus loin. Il convient de dire que, les Autrichiens étant partis au moment où ils allaient confisquer les biens des couvents et confréries, il fallait essayer d'empêcher les Français de s'engager dans la même voici.

On laissa sans réponse la plupart de ces pétitions et requêtes; on mit à L.i justice, part, cependant, celles qui étaient relatives à l'administration de la justice. Plusieurs personnes se plaignaient d'être détenues arbitrairement; on fit des enquêtes qui aboutirent à établir le mal fondé d'un grand nombre de plaintes. Une femme expose en termes pathétiques que, sur une dénonciation calomnieuse, elle a été arrêtée et mise en prison : depuis vingt-cinq mois, elle demande à être mise en liberté ; renseignements pris, on découvrit que, peu après son arrestation, elle avait été jugée et condamnée sur ses aveux; si elle était en prison depuis vingt-cinq mois, c'est qu'elle avait à subir un emprisonnement de trois ans. Et ainsi des autres. Nous ne rapporterions pas ces faits sans intérêt si, par la suite, Dandolo ne les avait recueillis et, croyant sur parole toutes ces réclamations de mauvaise

I. P. II, ch. IV, S V. I 2. Z. L. iMolitor. F. Monnaies. 1 3. Z. L. Molitor, FF. 12-15. I 4. Z. L. Molitor. F. Affaires ecclcsiastiqiu s.

1)4 * I-A DALMATIF, DE 1806 A 1809

foi, n'y avait pris \a matière des fougueux réquisitoires qu'il lance contre la justice autrichienne.

Là où le désordre existait réellement, c'était pour les affiiires civiles. Le conseil de gouvernement chargé de les juger, dès que l'objet du litige avait quelque importance, avait en outre à s'occuper de toutes les questions administratives et financières, et ne suffisait pas à tant de travail. Il y avait 385 procès en souff'rance, et quelques-uns remontaient à 1801. Une commission de trois conseillers fut chargée de terminer, par procédure expéditive, toutes les causes qui comportaient une semblable terminaison.

- IV. Or- Pendant que l'administration civile languissait dans le provisoire, l'auganisation [oj-jné militaire recevait ses règlements définitifs et s'installait en cherchant

militaire. ^

à tirer parti des modestes ressources du pays.

Un décret du 24 mars' avait déterminé l'organisation de la Division de Dalmatie. La province devait former trois subdivisions : Zara, avec Cher.so et Sebenico ; Spalato, avec Makarska ; Cattaro, a\ec Budua et Castelnuovo.

Le commandant en chef résiderait à Zara, ainsi que le général de division, le commissaire ordonnateur et les directions d'artillerie et du génie. Aux quatre régiments qui occupaient le pays s'en adjoindrait un autre, le 18= léger. Un camp devait être établi avec les baraquements nécessaires et quelques ouvrages qui permettraient de s'y concentrer et de s'y défendre en cas de soulèvement ou d'invasion. Trois des cinq régiments, et deux bataillons de chacun des deux autres devaient y être réunis habituellement, ce qui permettrait de réduire les garnisons et les logements militaires. L'artillerie se composerait de deux compagnies françaises et deux compagnies italiennes; le génie aurait deux compagnies de sapeurs; le 19'' régiment de chasseurs à cheval enverrait un escadron en Dalmatie, le 24'' de la même arme, deux; et ces trois escadrons se remonteraient en chevaux bosniaques^.

Le camp Molitor se mit en devoir d'exécuter le décret impérial, et fit choix, de Demis, p^^j. jg ^^^^p retranché, de la plaine de Demis, qui se trouvait au centre du pays, et au nœud des routes stratégiques, lorsqu'on en pourrait construire; le colonel Poitevin de Maureillan fut chargé des travaux; mais des difficultés sans nombre se présentèrent : on n'avait ni matériaux ni ouvriers : il fallut foire venir des planches de Croatie, et les baraquements pour un bataillon coûtèrent 24.000 francs; pendant ce temps, on avait

I. A. G. mars. | 2. Les difficultés de la remonte, l'insuffisance des fourrages, et l'impraticabilité du pays pour la cavalerie firent que, dés le mois de mai, l'escadron du 19' retourna à Vicence , et bientôt on ne garda qu'un escadron du 24=, pour les services d'estafettes.

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