XIV PRÉFACE
et on charge de l'administration civile un homme pacifique et bienfaisant, Vincent Dandolo, revêtu du titre de provéditeur général. Pour des considérations stratégiques, on trace et l'on exécute un réseau de routes qui faisait absolument défaut; Marmont attache son nom à une œuvre gigantesque, dont le pays retire sans retard un incontestable profit.
Malheureusement les Dalmates ne savent pas reconnaître ce qu'on fait en leur faveur, et ils se laissent détourner de leurs devoirs envers leur souverain par des excitations étrangères; la mésintelligence qui s'élève entre le général Marmont et le provéditeur Dandolo paralyse les tentatives les plus généreuses, auxquelles répondent les insurrections de 1806, de 1807 et de 1809.
Aussi, après 1809, la situation change : la Dalmatie, qui a perdu toute importance stratégique, n'est plus qu'un appendice encombrant des Provinces Illyriennes; et c'est sur Laybach, Trieste et Fiume que se reporte l'attention du gouvernement; soumise assez brutalement au droit commun, ruinée par les Anglais qui bloquent tous ses ports, la Dalmatie subit le nouvel ordre de choses en attendant le jour où elle pourra s'en affranchir : il suffira de l'apparition de quelques compagnies autrichiennes pour que le pays tout entier se soulève; à partir de l'automne de 181 3, les Français ne sont plus maîtres que du pays que dominent leurs canons, et, grâce à la défection des troupes croates, toutes les places fortes sont promptement amenées à capituler. L'empereur d'Autriche est salué comme un libérateur et son autorité acclamée partout sans la moindre résistance.
Ici se pose un problème : les Autrichiens n'occupaient la Dalmatie que depuis huit ans et demi quand le traité de Presbourg les obligea à la céder à Napoléon. Comment, en un temps aussi court, les Dalmates avaient-ils pu s'attacher aussi profondément à la dynastie de Habsbourg?
PUl-FACE XV
C'est pour rcpoiuiic à cette question que j'ai dû faire remonter le début de cette histoire, non à iSo6, mais à 1797, au moment où la Dalmaiie échappe à la domination vénitienne : il m'a semblé qu'il n'v a\ait une période historique complète qu'entre les préliminaires de Leoben et les traités de \'ienne, et que parler du traité de Presbourg, ce serait représenter un drame en supprimant le premier acte qui contient l'exposition de la pièce.
J'ai, au contraire, cru devoir laisser de côté tout ce qui se rapporte aux îles Ioniennes d'une part, à l'istrie de l'autre. Les îles Ioniennes, acquises par la France en 1797, perdues en 1799, recouvrées en 1807 par le traité de Tilsitt, ont toujours eu des destinées distinctes de celles du littoral voisin. Qiiant à ristrie, bien qu'elle ait partagé le sort de la Dalmatie, qu'elle soit devenue autrichienne en 1797, italienne en 1805, illyrienne en 1809, elle fut toujours dotée d'une administration propre, et Zara n'eut pas de relations plus étroites avec l'istrie qu'avec la Fouille ou les Marches.
Quand j'en viendrai à parler de la constitution des Provinces Illyriennes, je serai amené à consacrer quelques pages aux diverses unités qui formeront avec la Dalmatie un tout assez hétérogène; mais je m'en tiendrai là, au moins pour aujourd'hui, et n'entrerai dans aucun détail sur l'histoire intérieure de ces provinces pendant la durée du régime français.
Il me reste à terminer cette introduction par une déclaration que je considère comme essentielle.
Le peuple dalmate est aujourd'hui divisé en deux fractions rivales qui se disputent la prépondérance : pour les uns, la Dalmatie est toujours une terre italienne, iîère de la civilisation que les Vénitiens y ont apportée; pour les autres, c'est