‹ La Dalmatie de 1797 à 1815Chapitre 51 sur 156 · I. A. G., mars 1806. | 2. A. G., Il'ùl · texte numérisé non relu

I. A. G., mars 1806. | 2. A. G., Il'ùl

La Dcihnalie de lygy à iSi^. ir

l62 LA DALMATIE DE 1806 A 1809

des cas de force majeure, l'impraticabilité des routes sur terre, les croisières ennemies sur mer; on dira que 2.500 hommes de troupes, commandées par des officiers ayant fait leurs preuves, n'évacuent pas trois places fortes en se contentant d'une protestation platonique; qu'enfin les Russes n'auraient jamais ouvert les hostilités, et qu'on avait assisté à une comédie arrangée par Ghislieri et Siniavin.

C'est ce que Molitor déclara en termes indignés à Ghislieri dans une dépèche du 8 mars à laquelle Ghislieri fit, le 17, une réponse fort entortillée ' .

Molitor rompit toute relation avec les Autrichiens. Brady, resté à Zara pour l'échange du matériel, reçut son passeport le 21 ', et l'ambassade de France à Vienne reproduisit les réclamations de Molitor avec une grande énergie'. Enfin Napoléon déclara que les Autrichiens, s'étant engagés à lui livrer les bouches de Cattaro, auraient à exécuter leur engagement, dussent-ils envoyer une armée pour les reprendre aux Russes; qu'en attendant, il n'évacuerait pas le cercle de Braunau que ses troupes réoccupèrent. La cour de Vienne céda devant l'orage; nous verrons qu'elle enverra un corps de troupes devant Cattaro ; Ghislieri, à son arrivée à Vienne, fut fort mal reçu, arrêté, dit une dépêche de La Rochefoucault, ambassadeur à Vienne'', interné, suivant l'historien Botta, dans une forteresse de Transylvanie ' .

Le lendemain de la capitulation de Castelnuovo, le Vladika, accompagné des agents russes Radonich, Sankovski et Ivelich, se rendit à bord du vaisseau amiral russe pour rendre visite à l'amiral Siniavin et au capitaine BaiHe.

LeViadika Hs revinrent à terre en ramenant une compagnie de marins qui prit possession de Castelnuovo; une compagnie de grenadiers alla occuper Budua' et un fort détachement se rendit à Cattaro. LeViadika célébra, à Castelnuovo, un office solennel pendant lequel il bénit les étendards blancs à croix bleues qui devaient être arborés sur les forteresses; puis, prenant la parole, il prononça une longue harangue qui se terminait ainsi : « Voilà donc accompli, valeureux Slaves, le plus cher de vos désirs. Les « voilà donc arrivés, après une longue attente, ceux qui sont nos frères « par le sang, la foi, la bravoure et la gloire. Le très puissant monarque

I. A. G., mars. | 2. Z. L., Arch. secr., 1806, 679. | 3. A. E., Autriche, 379. | 4. A. E., ibiiL; R. P. Dépêche de Puthon, chargé d'aff. à Vienne, 2 mai 1806. | 5. En 1808, Napoléon ayant menacé de confiscation les Italiens qui ne résidaient pas en Italie, Ghislieri se hasarda à rentrer à Bologne ; il fut aussitôt arrêté et enfermé à la citadelle de .\Iantoue. Il en sortit pour jouer un rôle important dans la révolution de 1814 et les scènes qui ensanglantèrent Milan pendant les derniers jours de la domination napoléonienne. I 6. Kovacic, Mémoires historiques, Raguse, 1878 (en slave).

aux Bo u cbes.

LES RUSSES A CATTARO l6^

« des Russes vous .uliiKt au nomlMc de ses enfants. Béni soit le « Seigneur ' ! »

Le peuple prêta serment, les drapeaux russes furent arborés sur les forts et salués par loi coups de canon.

Le \'ladika retourna au Monténégro, laissant les Bocquais un peu surpris de ce qui s'était passé; on leur avait promis de les délivrer des Français, de les arracher ;\ la domination autrichienne, et c'était pour faire d'eux des Russes ! Que restait-il des belles paroles d'indépendance qu'on avait fait sonner ;\ leurs oreilles?

Mais ils n'eurent pas le loisir de revendiquer leurs libertés; le 25 mars, des bâtiments russes débarquaient ;\ Castelnuovo deux bataillons d'infanterie avec quatre canons, sous les ordres du général-major Puschkin \ Le !""■ mai, Siniavin arriva à son tour avec d'autres troupes destinées à mettre les Bouches à l'abri de toute tentative que feraient les Français pour s'en emparer '. D'ailleurs, l'amiral russe, prenant l'offensive, était allé déjà plusieurs fois chercher un ennemi qui ne venait pas à lui.

Molitor, en apprenant, dans les premiers jours de mars, l'entrée des § m. Les

n . r^ • , • 5 • » 1 » 1 Russes alta-

Kusses a Lattaro, avait prpteste, mais n avait pas essaye de s emparer de quent les vive force d'une position qu'il savait dangereuse à attaquer. En attendant '^^^ Ji'""de nouvelles instructions, il avait éparpillé ses troupes dans les cantonnements où elles allaient prendre un repos de quelques semaines qui leur était bien nécessaire ; la fatigue, la mauvaise nourriture, les nuits de février passées sans abri, avaient développé des épidémies dans ces braves régiments. A la tin de mars, il y avait déjà un grand nombre de malades ; dans certains régiments, on en comptait 35 par compagnie 4.

Pendant que les Français se reposaient, les Russes commençaient à Occupaparaître devant les iles dalmates. Le 30 mars, un bâtiment russe entra s™' dans le port de Lissa et somma les autorités de reconnaître comme souverain l'Empereur de Russie; sur le refus des magistrats, la ville sans défense fut bombardée, et, le lendemain, deux détachements allèrent enlever les vieux canons vénitiens qui garnissaient la tour; ils firent de même dans le port de Coniisa, à l'ouest de l'île ^

Le 10 avril, trois navires bombardèrent la ville de Curzola, où se trou- Prise de vait une garnison française composée de 250 hommes du 81" de ligne; le lendemain, treize navires russes se joignirent aux trois premiers et débarquèrent quelques centaines de soldats de marine qui investirent la place et l'obligèrent à se rendre". Cinquante Français et un officier avaient pu

I. R. P., Rapport, 4 mars. | 2. Z. L., 1806, Cattaro, XII, 827. | 3. Z. L., Rapp. de Porto Rose, 12-14 mars, XII, 1020. | 4. A. G., mars; Z. L., XX, 1689. | 5. Journal du chanoine Doimi (Bibl. du gymnase de Zar.i). | 6. A. G., Molitor i l'empereur, 19 avril.

Curzola.

s'éloigner à temps et avaient gagné l'intérieur de l'île; les autres furent pris par les Russes. Si la garnison n'avait pas fait une défense sérieuse, c'est que les boulets manquaient et que la poudre laissée par les Autrichiens était avariée". La position de Curzola était fort importante, car cette ville garde un détroit de quelques centaines de mètres, par où doivent passer tous les bâtiments qui se rendent de Spalato à Raguse. Siniavin occupait ainsi la route que les Français devaient prendre pour aller vers Cattaro.

Démons- En prévision d'une attaque sur Lésina, Molitor y envoya le général Lcsîua. ' Guillet avec des renforts : les Russes se présentèrent, en effet, le 20 avril, et furent repoussés ^^ ; le 29, Guillet, profitant de l'éloignement de la flotte russe, prit avec lui 1 5 0 hommes du 5 " de ligne, passa de Lésina à Curzola, rentra dans la ville et fit prisonnière la petite garnison que les Russes y avaient laissée > ; mais cette réoccupation ne fut que momentanée : peu de jours après, les Russes reparurent en forces, et les Français n'eurent que le temps de franchir le détroit pour se retirer dans la péninsule de Sabioncello ; ce n'est qu'en août, après l'arrivée de Marmont, que la ville de Curzola fut définitivement occupée par les troupes françaises; alors seulement on y établit une garnison permanente et l'on travailla à y remettre en état les fortifications, de manière à conserver cette position qui avait une grande valeur stratégique.

Au momentoù le général Guillet réoccupait pour la première fois Curzola, les Russes revenaient à la charge sur Lésina ^ ; la garnison se composait de torts détachements des 2 3 '■■ et 8 p' de ligne, sous les ordres du capitaine Guyard du ly. Dès le 30 avril, les ennemis débarquèrent de l'artillerie et commencèrent à tirer sur l'enceinte ; dans la nuit du i" au 2 mai, ils établirent une batterie sur un îlot qui ferme en partie l'entrée du port, et qui n'est pas à plus de 300 mètres du quai; pendant que cette batterie bombardait la ville, 400 hommes tentèrent un débarquement et donnèrent l'assaut à l'enceinte; mais ils furent repoussés en perdant 30 tués et 106 prisonniers, sans compter les blessés; les Français n'eurent que 5 tués et 10 blessés.

Le 3, le bombardement recommença pour durer quatre jours en causant de gros dégâts aux édifices et des pertes cruelles aux assiégés : un seul projectile tua 3 hommes et en blessa 12. Le 6, un convoi de secours, venant de Spalato, prit terre à Sokolica, au nord de l'île, â un endroit qui échappait à la surveillance des Russes, et les Français purent introduire pendant la nuit à Lésina des vivres, des munitions et six pièces de 18 qui furent aussitôt

I. Z. L., Molitor. A. G., Lauriston à l'Empereur, 20 avril. | 2. A. G., Guillet à Molitor, Molitor au vice-roi, 20 avril. | 3. W. S. Corr. Timoni, 11 et 14 mai; Z. L., Molitor, .ivril. | 4. A. G., Guillet à Molitor, mai ; Molitor au vice-roi, 7 mai. R. D.

LUS RL'SSliS A CATTARO l6$

mises en batterie et ouvrirent le feu le 7 ; les bâtiments russes ne pouvaient lutter avec Jes pièces aussi puissantes ; au deuxième coup, le vaisseau amiral VJsii' ' leva l'ancre et disparut suivi de tous les autres bâtiments russes'.

Le 16 avril, les Russes reparurent devant Lésina; la garnison opposa une résistance énergique, si bien que, le 18, quand le général Teste arriva pour la secourir avec 800 hommes, les assaillants s'étaient retirés >.

Malgré ces succès, le général Molitor était fort inquiet; il ne recevait Moiitor

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aucun ordre de 1 l'.mpereur et le bruit courait que les Russes se disposaient dcbar<iueà débarquer en D.ilmatie, pendant qu'une armée, venant de Valachie, "'*'"• passerait par l.i Bosnie et la Croatie pour lui couper la retraite. Dans une dépêche au vice-roi, Molitor coninuinique ses plans de défense établis en vue des cinq hypothèses qui pouvaient se produire : attaque par la rive gauche de la Cetina, par la rive droite de cette rivière, par la vallée de la Kerka, par la mer au nord et au sud; il avait, dans chacun de ces cas, un plan de rassemblement de ses forces ; il indique l'endroit où, quel que soit le parti que prennent les Russes, se livrera l'action décisive '.

Mais Molitor n'eut pas à expérimenter la valeur de ses combinaisons stratégiques; aucune armée russe ne passa le Danube et Siniavin se borna à intercepter les communications maritimes entre la Dalmatie et le reste de l'Europe.

Les ordres attendus arrivèrent enfin : on annonçait l'arrivée du 60" régiment de ligne, ce qui permettrait de dégarnir pour un moment le nord de la province et de confier les ^^ et 23'' régiments au général Lauriston, qui devait se rendre aux Bouches de Cattaro en traversant l'État de Raguse.

Nous connaissons déjà les mœurs politiques des Ragusains et la tacilité Manœuavec laquelle ils protestaient de leur attachement inviolable pour toutes les fusains, tètes couronnées de l'Europe sans exception. La nouvelle du traité de Presbourg les avait mis en grand émoi ', car les Français étaient pour eux des voisins plus dangereux que les pacifiques Autrichiens; aussi, pour se fliire bien venir, écrivirent-ils dès le 13 janvier à Napoléon et à Talleyrand, des lettres qui font pendant à celles qui furent adressées, en 1797, à François II et à Thugut'' : ce sont les mêmes transports de joie, les mêmes

I. Vaisseau se dit en russe KOjiao.ii, (Korabl) et les Français, entendant les prisonniers donner ce nom à l'Asie, crurent que le vaisseau se nommait la Korablia ; Botta, dans son histoire, a été le premier à reproduire cette erreur, et, depuis quatre-vingts ans, il y a peu d'écrivains français, allemands ou italiens qui, en racontant ce fait d'armes, ne fassent intervenir le vaisseau la Korablia, donnant ainsi une preuve du lien de filiation médiate ou immédiate qui relie leurs travaux à ceux de Botta. | 2. \. G., mai. Z. L., Molitor, mai. I 5. A. G., mai. | 4. A. G., Molitor au vice-roi, 14 mai. | 5. \V. S., Corr. Timoni, 15 janv. I 6. R. P., 1806.

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élans de reconnaissance « pour le plus glorieux des empereurs » et « le plus vertueux des ministres » ; nous avons déjà foit remarquer que la chancellerie de Raguse ne dédaignait pas les formules clichées.

Le I" février, à l'annonce de l'entrée prochaine des troupes françaises en Dalmatie, de nouvelles protestations de dévouement et de fidélité furent adressées à l'Empereur et à son ministre ', et le général Dumas, en entrant à Zara, trouva deux sénateurs venus pour le complimenter et aussi pour savoir si on avait l'intention de faire passer par Raguse les troupes destinées à Cattaro. Le Sénat y comptait si bien que le consul Timoni rend compte à son gouvernement des mesures prises en prévision de cette éventualité ' : on devait recevoir les Français à Stagno, au fond du golfe de Sabioncello et les transporter par mer jusqu'à Ragusa-Vecchia, au besoin même jusqu'à Porto-Rose; on évitait ainsi l'entrée des Français à Raguse, et on leur rendait service en leur évitant une longue marche dans un pays complètement dépourvu de routes; une somme de 30.000 piastres était destinée à poun.'oir aux frais de transport et de nourriture des troupes pendant la traversée'.

Cette décision était à peine prise que les Russes en étaient avisés par leurs partisans. C'est à ce moment là même que la flotte se présentait à Castelnuovo ; le conseiller Sankovski fit savoir au Sénat que si telles étaient ses intentions, il se verrait dans la nécessité de faire occuper Ragusa-Vecchia, et, pour donner plus de poids à sa menace, il insinua que les occupants seraient les Monténégrins, qu'il savait ennemis mortels des Ragusains.

Négocia- L'eff"et attendu ne tarda pas à se produire; le 4 mars on écrivait à Sankovski * :

tions avec les Russes,

Votre lettre a plongé le Gouvernement dans la consternation ; il recourt à votre bonté, à votre sagesse, et vous conjure de porter attention à quelques réflexions dont la portée ne vous échappera pas.

Quand nous avons fait des offres de services aux Français, il ne s'agissait que d'occuper une province cédée par un traité de paix ; maintenant, les circonstances ont changé, et il est probable que les Français resteront dans les positions qu'ils occupent devant les énergiques représentations des deux sénateurs que nous luur avons envoyés, et à cause de l'insuflisancc des troupes dont ils disposent... Et s'ils se permettaient de passer, vous auriez facilement raison de cette poignée d'hommes, sans avoir besoin de venir au devant d'eux sur notre territoire.

Aux demandes de vivres que faisait le Coinmissaire russe, le Sénat

I. R. P. Corr. 1806 | 2. W. S. Corr. Tim., 26 février. | 3. R. P., Pregadi, février. I 4. R. P., Pregadi, mars.

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