‹ La Dalmatie de 1797 à 1815Chapitre 55 sur 156 · SIEGE DE RAGUSE I · texte numérisé non relu

SIEGE DE RAGUSE I

il.ms Icuis inoiitagiK'S et recevoir la soiimi>sion Jes lÎDcquais. Cette partie lin prograniiiie ne fut pas exécutée, et au lieu de continuer sa marche en avant, Lauriston va se trouver arrêté, rejeté dans Raguse, où il soutiendra un siège de vingt jours.

Le siège de Raguse est une des périodes de cette histoire sur lesquelles ;vi. Siège il y a le plus de documents, mais il s'en faut de beaucoup que ces docu- *■ '"°"^'^' nienis soient d'accord, car ils n'ont pas tous la même origine. Ainsi l'etîectif dont disposait Lauriston dans Raguse a été calculé d'une manière toute ditférente selon ce que l'auteur avait l'intention de démontrer. De l'e.xamen attentif des sources, il paraît résulter que les forces françaises ne s'élevaient pas à 2.000 hommes '.

Il en est de même du nombre de soldats qu'amènera Molitor pour débloquer la place. Cattalinich , pour augmenter le mérite de ses amis, compte i.ooo hommes; les Monténégrins, pour le diminuer, vont jusqu'à 5 et 4.000.

Entin, les forces des assiégeants sont estimées de i.ooo à 3.000 pour les Russes, de 3.500 à 20.000 pour les Monténégrins, et ce sont naturellement cette fois les auteurs russes et monténégrins qui donnent les évaluations les plus fliibles.

Si nous trouvons de tels écarts sur une question de chiffres, les appréciations sont encore plus divergentes, et, si Lauriston a voulu masquer ses tautes, si Marmont a voulu les souligner, si les Monténégrins ont voulu s'attribuer toute la gloire de la campagne, il est cependant un témoin impartial , dont le récit nous guidera au milieu de ce dédale d'appréciations contradictoires, c'est le consul d'Autriche, J. Timoni, qui, nous l'avons vu, était un homme calme et loyal, et qui, dans cette circonstance, était absolument désintéressé, puisque son gouvernement semblait n'avoir aucune raison de favoriser l'un des partis belligérants-.

I. L'historien monténégrin Milakovic évalue les forces françaises à 7.000 hommes, dont 2.000 auraient été tués pendant le siège {op. cit., p. 196) ; le traducteur de Milakovic, r.\utrichien G. -A. Kasnacic, réduit l'effectif des troupes françaises à 800 honmies {ihi<!., p. 196, note 2), plus une ou deux compagnies de garde nationale. Marmont, qui voulait démontrer l'incapacité de Lauriston, lui attribue 4 ou 5.000 hommes (Mémoires L. LK) , parmi les autres historiens, Cattalinich, dalmate, admirateur des Français, dit i.ooo {op. lit., c. IV, p. 78); Skurla, ragusain {Rcignsa. Ccinii storici. Zagabria, 1878, p. 28), et Chiudina, dalmate {Stoiia ili'l Moiitciivro, Spalato, 18S2, p. 79), impartiaux tous deux, disent 1.200. Le journal anonyme, conservé à la Bibliothèque des Franciscains de Raguse et publié par Makuchev (op. cit., p. 141), donne 1.500, nombre adopté par M. Erber; le consul Timoni i .600 (\V S. Corr. Tim. 9 juillet et 27 sept.). .-\ux Archives de la guerre Paris se trouve une dépêche de Molitor du 23 mai qui donne le chiffre de 1. 100 d'abord, puis de 1.730; enfin Lauriston lui-même, dans son rapport du 14 juillet, dit 1.900 hommes. I 2. C'est une précieuse source d'informations pour l'histoire des dernières années de Raguse que la correspondance de Jean Timoni, consul autrichien. Très mesuré dans ses apprécia-

t74 LA DALMATIE DE 1806 A 1809

A peine arrivé à Raguse, Lauriston avait occupé les positions voisines de la ville, et, quelques jours après, son avant-garde s'établissait à Ragusa- Vecchia, qui semblait indiquée comme point d'appui delà résistance; cette ville était située sur un promontoire sous lequel deux îlots formaient un petit port ; à I k. à l'est, le petit village d'Obod, adossé à la frontière turque, forme àvcc Ragusa-\^eccliia' une ligne de défense qui, du promontoire aux montagnes, mesure 2 k. et demi'. En arrière de cette ligne, trois autres points sont d'une défense facile; à 3 k. de Ragusa-Vecchia, la hauteur que couronne le village de Smokomenac ' : en cet endroit, la distance entre la frontière et la mer n'est pas d'un kilomètre; 1.500 mètres plus loin , la position de Breno où étaient les moulins qui alimentaient la ville ■*, et enfin à 5 k. de Breno, et à moins de ^ k. de Raguse, le plateau Gornji-Bergat (haut Bergatto) qui se développait sur une largeur de 2 kilomètres entre la frontière et la montagne à pic qui domine la mer ; le plateau était coupé longitudinalement par une arête rocheuse, qui laissait à droite et à gauche deux passages tout indiqués pour la création d'une ligne de défense ' .

C'est en s'appuyant sur ces diverses positions défensives que Lauriston se prépara à tenir tête aux Russes, en attendant l'arrivée du reste de ses troupes ; il avait, en effet, dû laisser en arrière la moitié de son effectif, et ce n'est pas avec 800 hommes qu'il pouvait songer à se porter en avant. Un bataillon du ly était encore à Spalato, les artilleurs ne paraissaient pas, et dès le 29 mai, Lauriston écrit à Molitor : « Mes troupes! mes canonniersl mes canons! mes sapeurs! mes outils!^ »

Molitor expédia le 30 mai le 23=, conduit par le général Launay, et 2.000 paires de souliers; le 31, il lui annonce le départ du général Ledèe

lions, quand il s.iit que ses lettres risquent d'être ouvertes par la poste, Timoni n'en est pas moins très clairvoyant, et le montre toutes les fois qu'il trouve une occasion sûre d'envoyer directement ses correspondances en Autriche ; alors, tout en conservant une forme académique et cérémonieuse , il communique à Vienne de curieuses révélations : c'est ainsi que, le 27 sept. 1806, il donne sur le siège de Raguse un rapport extraordinaire, devant compléter le journal du siège expédié le 9 juillet , et dans lequel il énumcre les fautes commises par Lauriston et met son gouvernement au courant de la manière dont Molitor appréciait la stratégie de son collègue. Rien dans les archives de la guerre de Paris ne fait soupçonner la querelle terrible qu'eurent les deu!t généraux au lendemain du déblocus, et si Marmont en dit quelques mots, c'est en termes voiles et inintelligibles pour qui n'a pas la clef du mystère.

I. En slave Cavtat {Civiltis Epidauriensis). \ 2. Voir carte V, la position marquée A. I 3. Position marquée B. | 4. Position marquée C. | 5. Position marquée D. Voir aussi la carte n" V W.« qui reproduit cette position d'après un levé fait sur place. | 6. Pour ne pas multiplier indéfiniment les renvois, nous indiquerons ici tous les documents des archives de la guerre qui sont relatifs aux opérations du siège de Raguse : rapport de Lauriston à l'empereur, 14 juillet; Lauriston à Molitor, 29, 30 mai, 3, 6, 9, 17, 20 juin; Molitor au vice-roi, 5, 14, 16, 23,26 juin ; Molitor à Lauriston, 5,7,9, 14 juin; MolitoràGuillet, 9, 18,30 juin.

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avec trois compagnies d'artillerie, du <;cncial Dclgorgiic, chargé d'organiser la garde nationale de Raguse; mais il ne peut lui envoyer d'argent et l'engage ;\ vivre aux trais de la République.

I.auriston travaillait avec ardeur :\ mettre Raguse en état de défense; il avait trouvé de vieux canons, et, en attendant qu'on eût fait des affûts, on les avais mis en batterie sur rouleaux ; il y avait des boulets qui étaient à peu près de calibre ; mais la poudre manquait : il n'y en avait en tout que sept barils. Par bonheur on découvrit qu'un navire turc, à l'ancre .'i Gravosa, était précisément chargé de poudre à destination de la Biisnie. Lauriston s'empara de cette précieuse cargaison, après avoir écrit an pacha qu'il lui restituerait tout ce qu'il aurait brûlé, aussitôt que son convoi serait arrivé.

Molitor, accablé de demandes par Lauriston, lui répond qu'il tait son possible, mais lui reproche amicalement ses récriminations :

J'ai f.iit preuve, écrit-il le 9 juillet, d'une grande bonne volonté : le 23'^ avait quitté Spalato avant l'arrivée de votre lettre; je vais encore vous envoyer les compagnies de ce régiment qui sont à Lésina ; vous demandez douze milliers de poudre, je vous en envoie soixante; vous voulez une troisième compagnie de canonniers, je dégarnirai Knin pour vous envoyer la compagnie qui s'y trouve. J'apprends à l'instant qu'il va m'arriver une espèce de bataillon grec (les chasseurs d'Orient), fort de cent hommes; je vais l'envoyer à Spalato; si vous le voulez, écrivez au général Guillet qui vous l'enverra de suite. Je voudrais donner des ailes à tout ce que je vous envoie; je ne puis y donner que mes soins, et vous pouvez croire que je ne les épargne point.

Molitor donnait de plus à Lauriston une bonne nouvelle : les négociations poursuivies à Vienne avaient amené le gouvernement autrichien à reconnaître qu'en remettant Cattaro aux Russes, Ghislieri avait agi contrairement aux articles du traité de Presbourg; le maréchal Bellegarde était envoyé avec 3.000 hommes pour reprendre, au besoin par la force, possession de l'Albanie et la remettre aux Français. Bellegarde avait écrit lui-même à Molitor pour le lui annoncer' et se préparait à quitter Trieste sur une escadre commandée par M. de l'Epine; ainsi, suivant Molitor, les craintes de Lauriston étaient vaines : les Russes, attaqués par les Autrichiens, abandonneraient l'Albanie ou la défendraient; mais, dans aucun des deux cas, ils ne s'aventureraient du côté de Raguse. En communiquant cette nouvelle à Lauriston, dans une dépèche du 14, Molitor y joignait quelques paroles assez dures sur le mal fondé de ses plaintes ; il n'y avait aucun danger à redouter, et il suftîsait de rester sur la défensive.

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