I. Tullio Dandolo. RicorJi
200 LA DALMATIE DE 1 8o6 A 1 809
de grandes ressources morales et physiques. J'ajoute librement. Sire, que si du Provéditeur général vous faites un ou plusieurs préfets, l'on perdra beaucoup de cette influence efficace sur l'esprit des habitants qu'un Provéditeur général peut employer utilement.
Cette lettre et les précédentes montrent la vanité profonde, mais naïve et peut-être inconsciente, de Dandolo, qui voulait faire placer Marmont sous sa dépendance. L'Empereur ne l'entendait pas ainsi, et dans une lettre écrite le 9 août de Schœnhrunn au prince Eugène, il avait rendu un arrêt qui ne donnait à Dandolo qu'une demi-satisfaction :
Dandolo a. eu tort de ne pas rendre visite à Marmont ; je ne sais où il va chercher ses prétentions... je loue Dandolo des mesures qu'il a prises en faveur de la population. \'ous écrirez à Marmont qu'au fond les réclamations de Dandolo viennent d'un bon principe ; dites-lui d'avoir des égards pour le Provéditeur et de soutenir son autorité, car c'est un homme sur le dévouement et la probité duquel je puis compter, lin même temps, recommandez à Marmont de ménager le pays '.
Cette sentence, on le verra, n'amènera pas une réconciliation. En décembre 1806, Dandolo dut quitter Zara exprès pour aller rendre ujie visite à Marmont, qui était à Spalato ' ; mais d'autres sujets de discorde avaient surgi entre eux, et en première ligne i'aflaire de la conscription. La Con- On n'a pas oublié Combien de difficultés avait rencontrées le gouvcrnescriptioii. ]iiei-,t autrichien quand il avait voulu lever des soldats en Dalmatien. En 1805, on avait formé à grand'peine un régiment qui fit la campagne d'Italie et qui, réduit par les désertions à moins d'un millier d'hommes, fut incorporé en 1806 dans l'armée italienne. Le vice-roi, qui l'avait inspecté à Bergame, écrivait que c'était un corps composé de beaux hommes absolument dépourvus d'instruction militaire-*.
Le 31 mai. Napoléon signa à Saint-Cloud un décret portant création d'une légion dalmate; le recrutement de 2.700 hommes, qui devaient la compléter, devait être assuré par les sjins du Provéditeur au moyen d'engagements volontaires, et si les volontaires manquaient, par voie de tirage au sort entre les hommes de 18 à 50 ans. Le décret fixait la durée du service à cinq ans; il réglait jusqu'aux menus détails de l'uniforme >. Une commission centrale à Zara, vingt commissions de district, devaient assister le Provéditeur; le général Milossevich était envoyé en Dalmatie pour présider à la formation du nouveau corps qui devait être placé sous les ordres du colonel italien Orlengo ''.
I. A. N., AFiv. 1715. I 2. K. D., 6 et 20 déc. 1806. | 5. Voir p. I, c. V. ] 4. A. G. Le vice-roi à l'Empereur, 8 mai 1806. | 5. Z. L., Imprimés, 1806: .Militari, rub. 6, n'^ 627. I 6. Z. L., 1806; Militari, rub. 6, n" 674.
I.c décret rov.il ilii ^o juin, promu li;,int le décret impéiial, lut einoyé le ) juillet à D.iikIoIo, qui le puMi.i 'e 27 ', en annonçant que les opérations du recrutement commenceraient le 15 septembre; au lieu d'ime commission centrale, il en institua deux, à Zara et .1 Spalato.
Milossevicli arriva le i"' août : il s'imaginait trouverdéjà réuni ;\ Zara un novaii de volontaires, mais il n'en était rien ; les Dalmates se refusaient énergiquement à repondre à l'appel, et, phitén que de se laisser enrôler, commençaient à se mettre en instirrection-. Dans les ilesdu Quaniero et dans les communes voisines de la Bosnie, tous les jeunes gens passaient en Autriche ou en Turquie ' ; dans les villes, on invoquait les anciens privilèges et l'on demandait des dispenses générales 1 ; les pandours se réclamaient de l'usage vénitien qui exemptait de toute charge et corvée tous les membres de leur famille. Enfin, tous protestaient, parce que les juifs étaient soumis comme les autres au service, dont jusque là ils avaient été exclus >.
Déjà, en avril, une dizaine de villages de la vallée de la Kerka s'étaient Premiers soulevés pour ne pas paver de dîmes '\; pendant le siège de Raguse, les niems. pavsans du comté de Spalato s'étaient révoltés à l'instigation des agents russes". En août, ce fut d'abord dans le district d'Almissa que l'annonce de la conscription détermina du désordre : deux chefs de villages, rendus responsables des troubles, furent arrêtés et conduits à Almissa"; mais une bande armée pénétra dans la ville qui n'avait que dix hommes de garnison, et mit les prisonniers en liberté : il fallut envoyer une compagnie de ligne et éo pandours commandés par le colonel Danese pour rétablir l'ordre?.
A la fin d'août, l'agitation gagna le comté de Spalato et les Castella ; les soldats français avaient commis quelques excès ; un prêtre brutalisé à Castel Stafileo avait tué son aggresseur et s'était enfui à Brazza '" ; et ce fait n'était pas isolé : partout, à la tète de l'opposition, on commençait à voir les prêtres, et les religieux surtout ne pardonnaient pas aux Français l'occupation de leurs couvents et la protanation de leurs églises.
L'agitation prenait de telles proportions que Dandolo ne crut pas pouvoir Sii.Voy.iditterer plus longtemps son départ pour la tournée qu u avait annoncée. Le joio. 6 septembre, il quittait Zara par mer, et arrivait le 7 à Sebenico". Il Sebcnico.
I. R. D., g août 1806. | 2. Z. L., 1806. Police, R. 30. | 5. '/.. L., Voyage de Dandolo. — Scupoli à Dandolo, 4 sept. | 4. Z. L., 1806. Milit., rub. 6. | 5, Z. L., Vovage de Dandolr, 17 sept. | 6. Z. L., 1806. Police, rub. 2 et 3. — R. D., 30 août 1806. | 7. .-X. G. 1806. Molitor au vice-roi, 19 mai. | 8. A. G., id., 3 1 juillet. | 9. Z. L., 1806. Police, r. 2. I 10. Z. L., Voyage de Dandolo ; 97, 118. ] 1 1. R. D., 1 1 octobre. Les papiers du voyage de Dandolo forment un dossier à part avec protocole spécial. .\u retour, Dandolo adressa à Milan un rapport général d'où sont tirés la plupart des renseignements qui suivent.
rciinit les notables et « leur parla, dit-il, avec autant de douceur que de fermeté » : il calma ainsi les plus agités. Sc:irdon.i. Le 8, il visita Scardona qu'on lui représentait comme un foyer de rébellion ; il avait eu la précaution de s'y taire précéder par une compagnie d'infanterie envoyée deZara ; il parla aux mécontents de Scardona et revint à Sebenico. Il faut dire que, si son succès avait été complet, c'était qu'il avait annoncé l'ajournement du tirage au sort; on comprend donc qu'il eût été le bienvenu. Mais, dans sa candeur, Dandolo trouva une autre cause au succès de son expédition; il écrit à l'Empereur, de Spalato : « Sire, la « haute dignité que les Vénitiens attachaient à la charge de Frovéditeur « est encore en vénération auprès de ces peuples. J'en avais prévu les bons <' effets et j'en ai tiré parti. Une renommée avantageuse me précédait : celle « de mon dévouement à V. M. J'ai parlé et agi d'après ces dispositions, « et quoique dénué du prestige d'une pompeuse représentation, j'ai eu le « bonheur de réussir... ^'otre auguste nom à la bouche, votre portrait, « que je répandais, à la main, j'ai conjuré l'orage, je l'ai dissipé. Sans « force, sans faste, je n'étais escorté que de l'affection du peuple...; » il oublie la compagnie d'inianterie qu'il avait cru prudent d'envover l'attendre à Scardona. Puis, ne perdant pas une occasion de lancer un trait à Marmont, il ajoute : « Ma correspondance avec le général en chef atteste « la parfaite résignation avec laquelle je me prête à le senàr, là même où « mon cœur et ma raison répugnent. »
Dandolo avait hâte d'arriver à Spalato : « Aussi, après avoir distribué de « beaux portraits très animés et ressemblants de Sa Majesté et de son (' auguste épouse en médaillon gravé, ouvrage exquis de Rosaspina, je « partis assez content et me transportai à Traù où je débarquai le matin « du 20 septembre. »
Traù. A Traù, le mécontentement était beaucoup plus prononcé qu'à Sebe-
nico; les sardars et officiers de pandours n'osaient pas se risquer dans la campagne; les curés fiiisaient dire que, s'ils venaient visiter le Frovéditeur, on brûlerait leur maison pendant leur absence. Dandolo annonça l'ajournement de la conscription et promit aux pandours la dispense qu'ils réclamaient pour tous les membres de leur fiimille atteints par la loi. Ayant ainsi désarmé à force de concessions une partie des mécontents, il obtint des renseignements précis : on lui apprit qu'un soulèvement général était préparé pour le 12 septembre; tous les Dalmates de religion grecque étaient en relations avec les Russes et les Grecs de Cattaro, qui pensaient que Marmont, ayant une insurrection derrière lui, ajournerait son projet d'expédition sur les Bouches et y renoncerait peut-être définitivement.
Sp.iiato. Dandolo en savait assez; il se rendit, le 12, à Spalato et fit assembler
tous les pandours du comté; signalons en passant cette tendance de Dandolo ;\ s'appuyer sur le corps indigène qui, selon lui, devait suffire à assurer la tranquillité, pendant qu'il atVectait de traiter les soldats français comme des intrus. Dans la nuit du 13 au 14 septembre, 400 hommes du Borgo-Grande, tauhourg de Spalato, allèrent trouver les pandours au couvent de Paludi et les désarmèrent sans rencontrer aucune résistance'. \.\iramhassà Viscovich ayant reproché à ses hommes leur conduite, la foule se mit à sa poursuite en criant qu'il fallait lui couper la tète. En ce moment, une patrouille française, qui accourait au bruit, tomba à la baïonnette sur les mutins qui se débandèrent et disparurent en laissant quelques-uns des leurs aux mains de la garde.
Dandolo eut un accès d'indignation, et, renonçant ce jour-là à ses principes de mansuétude, il lança une proclamation véhémente, où il rappelait aux Spalatins les scènes sanglantes de juin 1797 et le meurtre du colonel Matutinovich; suivaient les noms de vingt et un individus qu'il condamnait, sans autre forme de procès, à huit ans de travaux forcés. Sur les vingt et un condamnés, neuf purent démontrer leur innocence et furent relâchés, mais une commission militaire, nommée par Marmont, reprit l'enquête, et neuf autres inculpés, dont un religieux franciscain, furent condamnés à dix et seize ans de fers -.
La conscription ajournée d'abord au 30 septembre, fut renvoyée ensuite à une date indéterminée 3 ; ce ne fut pas sans de longs pourparlers et de vifs tiraillements ; au cours des discussions, Ismaélli, président de la commission du recrutement de Zara, donna sa démission de toutes ses fonctions officielles et se retira dans l'île de Lésina, sa patrie; le gouvernement perdit en lui le plus distingué peut-être de ses auxiliaires.
Marmont tira de là un grief de plus contre Dandolo, qu'il accusera plus tard d'avoir entravé le recrutement de la légion , alors qu'il n'avait fait que constater les obstacles alors insurmontables qui s'y opposaient.
Dandolo passa dix jours encore à Spalato, s'occupant avec activité à réorganiser les hôpitaux, les prisons, les écoles qu'il trouvait dans un état déplorable. Nous reviendrons tout à l'heure sur les mesures qu'il prit et qui font l'éloge de ses talents et de son cœur.
Il est temps de revenir avec Dandolo au siège du gouvernement et d'étudier à fond les réformes qu'il tentera d'introduire dans l'administration centrale, ainsi que dans les diftérents services de la Justice, des Finances, des Cultes, de l'Listruction publique, de l'Industrie, du Commerce, de l'Agriculture.
I. Z. L., Voyage de Dandolo, 88, 27g. | 2. Z. L., //'/;/., 279. — .-V. G , 1806, nov. | 3.Z. L., //;/</. /i 78, 281.
204 LA DALMATIE DE 1806 A l8oq
5111. L'ad- L'administration de Dandolo en Dalmatic a laissé d'excellents souvenirs
niinistrjtion -i ^ • ' J 1 1 t ■ 1 .■ - m -t 1
de Dandolo. ^^ '^ ^^^ 'i'^*-" ^c Je Comprendre. Laissons de cote 1 homme susceptible, vaniteux et jaloux, et ne voyons en lui que la probité, l'activité et l'amour du bien. Peut-être le souvenir de ses vantardises nous fera-t-il placer des points d'interrogation auprès de quelques-uns des résultats qu'il publie, mais il est impossible de nier ses précieux talents administratifs, financiers et agronomiques, et si quelques-unes de ses idées sont démodées, ne cessons pas pour cela d'admirer l'habileté avec laquelle il les développe. Sources. Tous les papiers de l'administration de Dandolo sont conservés à Zara dans un ordre parfait; les dossiers sont classés chaque année sous une vingtaine de titres : AcqueeStrade (Travaux publics), Arti, Culti, Fiiiaii:;^e, Magistrati. Chaque titre occupe un certain nombre de cartons où les pièces sont classées sous des rubriques méthodiques. En v ajoutant les cartons des rapports de police, les archives secrètes et quelques autres objets particuliers, on trouve pour quatre années 250 cartons contenant 15.000 dossiers et peut-être 50.000 pièces sans parler d'une volumineuse série de documents imprimés.
Nous avons de plus, à Zara, les manuscrits originaux des rapports adressés chaque année à l'Empereur et au vice-roi : ils sont à la Bibliothèque Paravia et forment quatre grands cahiers de 300 pages chacun.
Les quatre premières années du Rcgio DaJinata fournissent en outre une foule de documents, arrêtés, rapports, mémoires relatifs à l'administration provinciale '.
Avec l'aide de tous ces documents, il nous sera facile de tracer un tableau de l'organisation administrative, judiciaire et financière de la Dalmatic entre 1806 et 1809. Nous y ajouterons un aperçu des questions relatives aux cultes, à l'instruction, au commerce, à l'agriculture.
Il y a là une œuvre qui mérite d'appeler l'attention et qui honore son auteur.
Les déié- L'administration provinciale ne put être organisée avant la fin de Tangues, j^jig 1806. Le pays fut divisé en quatre districts; à la tête de chacun desquels était placé un Délégué ayant des attributions analogues à celles des sous-préfets^. Par arrêté du 4 décembre 1806, G. Kreglianovich-Albinoni fut nommé délégué à Zara; c'était un homme instruit, auteur d'un
I. Tullio Dandolo, dans ses Ricordi (5 v. 8". Assisi 1867-8), a publié un grand nombre de lettres de son père et ces lettres, choisies avec l'intention de faire voir que Dandolo lut odieusement persécuté par Marmont, nous fournissent des passages tellement écrasants pour la réputation d'homme de bon sens qu'avait V. Dandolo, qu'un autre éditeur que son fils eut pu être traité de faussaire ou de m\stificateur. — Tullio fut un écrivain fécond en qui s'éteignit la famille; son fils unique, Henri, avait été tué, à 20 ans, à la porte Saint-Pancrace, en combattant les Français, en 1849. | 2. Z. L., 1806. Magistrati, rub. 2, 1807, 1808, !*/</.
vicedélcguûs.
ADMINISTKATION Dli DANDOLO DF-; 1806 A 1809 205
liistiMTc di.- 1.1 D.ilni.uic : il ct.iit .sinccrL-mciit dcvouc .1 la brance. A Spal.ito tut ciuoyc d. D. Garagnin que IViitrco des I-rançais avait amciic aux honneurs, ainsi ciuc son trèrc, en ce moment en mission ;\ Paris. A Sebenico tut nommé le D'' Pinelli, homme de bien qui avait servi lidèlement r.Vutriche et ét.iit le grand promoteur de la \'aeeiiie en Dalmatie. Le délégué de Makarska, Georges Beros, était rempli de talents, mais c'était un traître : en 1807, il fut l'un des chefs de l'insurrection, il réussit d'abord, par son adresse, à écarter de lui jusqu'aii plus léger soupi;on; mais dans la suite il fut convaincu d'avoir trempé dans la révolte, et fut condamné ;\ mort. Lorsqu'en 1808, Marmont appellera G. D. Garagnin à la charge d'administrateur de Raguse, Kreglianovich lui succédera .1 Spalato et le D' Pinelli viendra à Zara. A Makarska, Beros sera remplacé par G. Gavallà, qui aura l'honneur d'être le dernier défenseur du drapeau français à la tour de Norin, en février 18 14.
Au dessous des délégués étaient les vice-délégués', au nombre de ,,,':"=* treize d'abord : cinq aux îles du Quarnero, trois aux îles Orientales, cinq en terre ferme à Traù, Scardona, Knin, Sinj et Imoski. Le nombre des vice-délégués fut graduellement élevé à dix-huit, moins pour répondre à des nécessités réelles que pour donner satisfaction aux réclamations de villes déchues, comme Nona et Almissa, dont il fallait ménager les susceptibilités.
Dans les communes rurales, il ne fallait pas songer .\ établir des muni- ^^.l«--'"v'"cipalités ni à nommer des maires, comme dans les villes; on se borna à donner le nom d\vi:^iano (maire) à un individu choisi parmi les pères de tamille qu'on savait attachés au régime nouveau - ; les an:^iaiii furent chargés, en principe, de la tenue des registres de l'état civil, mais en pratique ce tut le curé, seul habitant de la commune qui ne fût pas totalement illettré, qui eut à tenir ces registres, et nous verrons que, soit par défaut d'instruction, soit par mauvaise volonté, les curés ne feront pas ce travail.
Pour qui connaît Dandolo, il est facile de comprendre que l'administration, en dépit de l'institution des délégués et vice-délégués, était complètement centralisée à Zara dans les bureaux de la Provédîture.
Le rapport annuel de 1807 nous en tait conn.aitre la savante organi- Adminis-
'^ tration cen-
sation ''. traie.
i'" division. Intérieur, divisé en cinq bureaux :
I" Tutelle administrative des communes; 2° biens ecclésiastiques; 3° assistance publique; 4'' travaux; 5° ressources publiques comprenant :
I. Z. L., 1806-7-8. M.igistr., rub. 3. | 2. Z. L., 1807. Magistr., rub. n. | 3. Z. C, R.ipport de Dandolo pour 1807.
l'agriculture, le commerce, la navigation, les ports, l'industrie, les arts et métiers, les foires et les subsistances.
2' division. Justice.
3" division. Finances, avec les trois bureaux des impôts directs, des impôts indirects et des domaines.
4'= division. Instruction publique.
5"^ division. Affaires militaires.
6' division. Comptabilité, divisée en six sections'.
Ces bureaux occupèrent un nombre croissant d'employés : un rapport de 1809, fait au moment de la retraite de Dandolo, relève 14 employés supérieurs et 34 adjoints, rédacteurs, copistes, comptables, archivistes, protocolistes et drogmans. II f;iut ajouter que tout ce personnel qui faisait la besogne d'une dizaine d'emplovés autrichiens, était maigrement payé. Les dépenses de la Provéditure s'élèvent, pour l'année 1808, à 304.000 livres, et sont évaluées, pour 1809, .à 314.000. Comme Dandolo prenait pour sa part éo.ooo livres, il reste pour 48 employés 234.000 livres, soit une moyenne de 800 livres pour les employés supérieurs et de 400 pour les employés inférieurs. Dandolo était peu aimé de ce personnel mal payé pour travailler beaucoup, mais c'est avec ses secrétaires généraux qu'il eut les difficultés les plus graves. Scupoli, qu'il avait amené avec lui, partit en 1807 à la suite de désaccords, ce qui ne l'empêcha pas d'être nommé préfet à Bologne. Son successeur, Angiolini, ne cessa de contrecarrer le provéditeur : en 1808, comme Dandolo avait rédigé un long mémoire contre Marmont, Angiolini s'empressa d'en faire une copie qu'il envoya au général. Instruit de cette coupable indiscrétion, Dandolo dénonça son secrétaire au vice-roi, dans une lettre du 13 décembre 1808, et le 26 février suivant, Angiolini était avisé de sa révocation -. Il eut pour remplaçant Villata qui, nommé le i" avril, n'arriva que le 20 mai, à la veille des événements qui devaient désorganiser les services civils. Les Pan- Comme auxiliaires des administrations locales, Dandolo disposait du corps des pandours, ou Fw;;fl territoriale. L'organisation en était, en 1806, à peu près celle que nous avons décrite au chapitre V de la première partie. Dandolo entreprit de transformer les pandours et d'en faire une milice qui serait à la fois gendarmerie et garde nationale. Dans un rapport spécial, qui n'a pas moins de 298 pages ', le provéditeur développa tout un plan de réorganisation : « il fout relever le prestige des sardars tombés en discrédit pendant la période d'occupation autrichienne ; pour cela, il faut accroître leur autorité et en diminuer le nombre : au lieu
I. Z. C., Rapport de 1807. 1 2. Z. L., 1809, Magistr., rub. 1. | 5. Z. L., 1807, Magistr. rub. 12. Lettre de Dandolo à Marmont, i" janvier 1807.
iluurs.
ADMINISTRATION DE DANDOLO DE 1806 A 1809 lOf
de 60, n'en <;.ii(.li.i" que ;;2, mais lioiincr aux saniars et aux colonels des lieutenants. Il faudra augmenter la paie des officiers et des pandours, et leur donner des chevaux pour qu'ils fassent aussi bonne figure que les pandours bosniaques et les sere:;aiis croates. Aux îles, où la force territoriale n'existe pas, il faut la créer, nommer deux colonels; les pandours auront, au lieu de chevaux, des barques et des rameurs, pour le bien du sen'ice. On aurait ainsi partout une milice choisie, fidèle au gouvernement. « Et Uandolo n'ajoutait pas que le provéditeur aurait une milice nationale, capable de tenir en respect les soldats du général Marmont : c'était son arrière-pensée, et il la laisse deviner lorsqu'il insinue malhabilement « que la Dalmatie, gardée par les pandours, n'aurait plus à entretenir une coûteuse armée d'occupation ; que désormais l'efî'ectif de l'armée « dite régulière » pouvait se trouver réduit à 200 hommes ». C'était une botte portée à Marmont, mais le coup était trop direct pour ne pas être immédiatement paré.
Dandolo ajoute qu'en cas de guerre, les pandours formeront un magnifique bataillon, tout entraîné, et qu'on pourra ainsi renoncer au système souverainement impopulaire de la conscription.
Un projet qui avait pour fin dernière la suppression de la conscription et de l'arméé^régulière ne pouvait avoir l'agrément de Napoléon ; aussi Dandolo ne le demanda-t-il pas, se berçant du vain espoir que le fliit accompli serait reconnu après succès. Marmont ne tut même mis au courant que le !""■ janvier 1807, c'est-à-dire le jour où l'institution commença à fonctionner. Il y avait 6 colonels, 32 sardars ou chefs de compagnie, et 1.800 Pandours. Dandolo demandait au général de donner des ordres pour que ses colonels, sardars et autres officiers obtinssent des troupes régulières les honneurs dus à leur grade ; il appuyait cette réclamation sur les textes relatifs à la gendarmerie et à la garde nationale, et il ajoutait : « J'ai voulu habituer les Morlaques à respecter l'uniforme royal en l'unissant au costume national. » En fait, les pandours, vêtus à la mode du pays, n'avaient comme uniforme que les galons distinctifs de leurs grades.
Dandolo ajoute, en communiquant ;\ Marmont le nouveau règlement du 26 décembre 1806, que c'est intentionnellement que ce règlement ne parle pas du Code de discipline militaire; quant aux anciennes pénalités, prison et bâton, il les a supprimées, estimant que le moyen d'enseigner à ces gens la douceur, c'est de leur en témoigner.
Marmont n'avait pas à faire d'observations au sujet d'un règlement qui •lui était simplement communiqué au moment de sa mise en vigueur : il lut, haussa les épaules et défendit à ses troupes de saluer les officiers de cette milice nouvelle.
Quant à Dandolo, il triomphait : il croyait avoir sous la main une garde prétorienne, ne relevant que de lui, et avec laquelle il se flattait de maintenir l'ordre en Dalmatie sans les régiments français, malgré eux, et au besoin contre eux. Il ne tarda pas à reconnaître son erreur : en 1807, quand une partie du pays se souleva, les pandours et leurs ofliciers restèrent pour la plupart inactifs ou prirent le parti des rebelles. L'institution était condamnée : les 1200. 000 livres que Dandolo avait inscrites au budget de 1808 furent réduites en haut lieu ;\ 600.000 dont 350.000 devaient servir à payer des gendarmes français, et, pour 1809, le crédit affecté aux pandours tombe à 72.000 livres.
Le seul résultat obtenu fut de ranger parmi les mécontents tout ce qu'il v avait dans les campagnes d'hommes ayant quelque autorité sur leurs compatriotes. En les payant cher, on n'était pas sûr de leur fidélité; en ne les payant pas, on pouvait compter sur leurs rancunes. Le conseil C'est presque jouer sur les mots que de compter, parmi les rouages gênera . administratifs de la Dalmatie, le Conseil général institué par le décret du 28 avril 1806, et le résident à Milan, créé par décret du 4 septembre de la même année '.
Les membres du Conseil provincial désignés, en application des lois des 24 juillet 1802 et 5 juin 1804, par un arrêté du 3 octobre 1806, furent convoqués, par un arrêté du 10 octobre, à une session qui devait commencer le 4 novembre 1806 et qui ne s'ouvrit que le lendemain. Bien que les membres eussent été choisis un à un parmi les fidèles, on craignait cependant quelque manifestation inopportune, et l'on s'en tint à deux discours d'ouverture, l'un du Président, le procureur général Giaxich, l'autre de Dandolo, qui distribua aux députés des portraits de l'Empereur-.
Avant de se séparer, quelques membres demandèrent si le Conseil ne ferait pas bien d'envoyer une dépuration à l'Empereur, mais Dandolo fit remarquer que déjà, au mois de mai précédent, le général Molitor avait désigné trois représentants de la Dalmatie qui, partis en juillet', n'étaient pas encore de retour.
La dépu- Cette députation avait eu même un voyage semé d'incidents : au tation en- nioment OÙ le prince Eugène allait la recevoir à Monza, il apprit le soulè-
voyee a Mi- ^ ^ ^ .....
lan et à Pa- vement qui avait éclaté à l'occasion de la conscription ; il accueillit donc les Dalmates d'assez mauvaise grâce, et quand G. L. Garagnin, qui devait le haranguer, ouvrit le papier sur lequel était écrit son discours, le vice-roi le lui arracha presque des mains en lui disant : « Il n'est pas besoin de me
I. Z. L., 1806, Mag., rub. 9; 1807, rub. 8 et g. — A. X., AFiv, 1714. nov. 1806. I 2. R. D., 8 nov. 1806. I 5. R. D., 9 août 1806.
ris
ADMIN'ISTRATION DE DANDOLO Dlî 1806 A 1809 209
p;irlcF (.les scntinieiits des Daliii.iti.'s, leurs actes suffisent pour inc les faire comi.iitre. » A Paris, l'Hiiipereur les rek,Hit mieux, mais les apostropha cepeiulant avec quelque vivacité quuiul ils eurent la hardiesse de demander qu'on retirât les troupes françaises. Malgré tout, on les fêta, on les décora et on les renvo\'a avec de bonnes paroles.
Leur absence s'était prolongée bien au delà de ce qui avait été prévu, et quand ils rentrèrent, ils réclamèrent une somme de 117.000 livres pour supplément d'indenmité. Mais Dandolo leur opposa une tin de non recevoir formelle : c'était le général MolitorqLii les avait désignes et lui n'avait été pour rien dans cette aHaire.
Le Conseil général fut convoqué le 22 mai 1807 pour examiner cette question : Dandolo refit tout l'historique de l'ambassade dont l'idée première avait été donnée par le général Brady, avant même que les Français fussent entrés en Dalmatie ; des réunions présidées par Molitor s'étaient tenues les 26 et 30 avril, 5 et 8 mai, et avaient amené la désignation de G. L. Garagnin, de Bajamonti, de Stratico et d'Ismaélli ; ce dernier s'étant excusé avait été remplacé par Sanfermo, Dalmate résidant à Venise, qui avait demandé à se joindre à ses propres frais à l'ambassade. Le provéditeur était donc absolument étranger à ce qui s'était fait sous l'inspiration du général Brady et par les ordres du général Molitor.
Pour mettre fin à cette scène ridicule de marchandage, Garagnin, i. Bajamonti et Stratico, qui avaient de la dignité et quelque fortune, renoncèrent à leur réclamation, et le Conseil les récompensa en composant de leurs trois noms la liste de trois candidats qui devait être envoyée au vice-roi pour y choisir le résident de Dalmatie'. Ce fut Stratico qui fut nommé et il alla s'installer à Milan avec 8.000 livres de traitement = ; mais avec un homme aussi autoritaire que Dandolo à Zara, les fonctions du résident se bornaient à figurer dans les cérémonies, sans être jamais mis au courant des affaires qu'il était censé diriger.
Le Conseil général ne fut plus réuni à partir de 1807 ; il eut pu rendre des services si l'on avait eu le désir de l'utiliser, mais Dandolo ne daignait pas même en faire un bureau d'enregistrement. D'ailleurs la Dalmatie, qui n'était pas mûre pour le régime représentatif, ne songea pas à réclamer contre la destruction d'une institution dont elle n'avait ni senti le besoin ni peut-être connu l'existence éphémère.
La séparation des pouvoirs administratif et judiciaire était une des § iv. La réformes qui tenaient le plus au cœur de Dandolo. Aussi une de ses ■'"^'"•"'