CHAPITRE V ADMINIS'I'RATION Dl- DAXDOLO
(Suite)
I. Affaires ecclésiastiques. Les cvcqucs; le clergé séculier et régulier; les confréries. Plan de réformes. Rupture de D.indolo avec le clergé ; Marmom et les Franciscains. Les Grecs; le synode de Zara. — §11. L'instruction publique. — § III. La liienfaisancc. — § IV. Les travaux publics. — ■ § V. L'industrie, le commerce et l'agriculture.
Nous avons étudié l'administration de Dandolo en Dalmatie dans ses grandes lignes ; nous avons montré les efforts qu'il a faits pour doter la province qui lui était confiée d'une organisation judiciaire et financière. Il nous reste à passer en revue les autres services dont il aura à assurer le tonctionnement : affaires ecclésiastiques, instruction, bienfaisance, travaux publics, industrie, commerce et agriculture.
Pendant l'occupation autrichienne, les affaires ecclésiastiques avaient §i. Afiai bien souvent attiré l'attention du gouvernement et l'avaient menacé de bien des déboires ; l'église de Dalmatie était, en effet, une puissance avec laquelle il fallait compter, et si son organisation avait des défauts, il était plus facile de les constater que d'y porter remède.
L'influence de l'Église en Dalmatie était immense : le clergé était nombreux; bien qu'ils tussent loin d'être riches, les curés se trouvaient dans une situation fort supérieure à celle des paysans; bien qu'ils fussent loin d'être savants, ils dépassaient de beaucoup le niveau moyen d'instruction de leurs ouailles, étant habituellement les seuls habitants de la paroisse sachant lire et écrire. La foi des Dalmates, pour ne pas être très éclairée, n'en était pas moins vive; ils obéissaient à leurs prêtres avec une confiance aveugle, d'où il suit que si le gouvernement voulait pouvoir compter sur la fidélité des peuples, il devait s'assurer du dévouement des pasteurs.
Dandolo s'efforça donc de gagner les bonnes grâces du clergé. Tout incrédule qu'il tût, il sentait que si les évèques et les prêtres donnaient l'exemple de la soumission ou de la révolte, ils seraient suivis dans l'un et l'autre cas. Aussi voyons-nous d'abord le provéditeur témoigner au clergé les plus grands égards; dans sa proclamation du 12 juillet, un paragraphe très flatteur concerne les évèques ; puis il adresse une circulaire fort adroite aux curés, et les réponses qu'il reçoit lui donnent lieu d'espérer
res ecclésiastiques.
qu'il va trouver des auxiliaires dévoués et soumis dans les rangs du clergé. L'archevêque de Spalato et les douze évêques ou vicaires capitulaires (deux sièges étant vacants) adressèrent aux fidèles des lettres pastorales, dont quelques-unes méritèrent d'être insérées dans le Regio Dalmala' : ce sont celles des évêques d'Arbe, Sebenico, Traù, Lésina et Makarska, et il ne faut pas voir dans ces actes une manœuvre courtisanesque inspirée par quelque ambition mesquine; ces cinq évêques, et en particulier Galzigna d'Arbe, Stratico de Lésina et Blaskovicli de Makarska, étaient des esprits élevés et indépendants qui, pour cela même, avaient été traités par les Autrichiens sinon avec hostilité au moins avec méfiance ; ils entendaient Dandolo leur adresser des paroles de respect et de confiance, et ils allaient à lui dans la conviction que les actes du nouveau gouvernement seraient conformes à ses paroles.
Pour répondre aux avances du clergé, Dandolo crut devoir se constituer son protecteur contre les exigences des militaires.
Dans une lettre au commandant de place de Zara, datée du 29 juillet, il protesta contre la « désaffectation » de certaines églises transformées en dépôts de munitions. « Les autorités militaires, écrit-il, n'ont pas le droit « de toucher aux choses les plus augustes et les plus sacrées, sans même « jeter un regard sur les conséquences politiques de leurs actes. » Il réclama aussi l'église de Saint-Michel des Illyriens transformée en hôpital ; avec sa ténacité ordinaire, Dandolo suivit cette atî;iire pendant six mois, et le 29 janvier 1807, le général VignoUe, chef d'état-major, dut restituer l'église après l'avoir fait restaurer, en mémoire de quoi on y plaça une inscription gravée sur une plaque de marbre et conçue en ces termes :