‹ La Dalmatie de 1797 à 1815Chapitre 66 sur 156 · V. DANDOLO. DALM. PROC · texte numérisé non relu

V. DANDOLO. DALM. PROC

A. D. MDCCCVII -

Malheureusement, en 1807, quand Dandolo arriva à cet heureux résultat, ses relations avec le clergé s'étaient déjà bien refroidies.

La première occasion de mécontentement qui se présenta fut fournie par l'Empereur lui-même. Un des quatre décrets rendus à Saint-Cloud, le 4 septembre 1806, portait que le Concordat deviendrait loi d'État en Dal-

I. R. D., 12 et 19 juillet 1806. | 2. Z.L., 1806, Culti., rub. 8 ; 1807, Culti., rub. 24.

m.itic. Il y avait l'i une ukmi.icl- pour les libertés relit:;ieuses, et Dandolo sentit qu'on allait déterminer ainsi une agitation dont on ne pouvait mesurer toutes les conséquences ; il prit donc sur lui de ne pas publier le décret : la législation vénitienne armait déjà suffisamment l'Etat ;\ l'égard de l'Église; les Autrichiens s'y étaient tenus, et il les imita d'abord '.

Le principal point était d'avoir le droit d'agréer, et pratiquement de Les i\ùesigner les candidats aux sièges episcopaux, et ce droit appartenait au gouvernement, qui en avait même déjà usé en faveur d'un évèquc, celui-là même dont l'attitude avait été la plus démonstrative en flxveur des Français. L'évèque de Nona, Scotti, était un vieillard de 75 ans, qui gouvernait depuis 18 ans le diocèse le plus pauvre et le moins peuplé de Dalmatie ; il avait tait au général Molitor, lors de son entrée à Zara, une soumission qui avait attiré sur lui l'attention du gouvernement, et Dandolo lui apportait sa nomination au siège métropolitain de Zara. Scotti passera dans ce siège tout le temps de l'occupation française et restera le dernier partisan de la France dans les rangs du clergé ; il fut sans doute servile, et traité comme tel, mais il le fut jusqu'au bout, ce qui est un mérite peu commun.

La conduite de Dandolo ne tarda pas à paraître suspecte à ceux-là même qui l'avaient le mieux accueilli : il avait tait procéder, dès son arrivée, à une enquête sur la situation de l'Église - ; puis, par deux circulaires des 2 et 7 octobre 1806 >, il avait posé aux évèques des questions qu'ils avaient jugées indiscrètes; on avait d'abord essayé de n'y pas répondre, comme on faisait au temps des Autrichiens, mais Dandolo n'était pas homme à laisser ses questionnaires s'endormir dans les cartons des chancelleries ; il voulait des réponses : il les obtint et constata, ce que les Autrichiens n'avaient pas été sans entrevoir, que des réformes profondes étaient nécessaires.

Le clergé était nombreux et riche, et le nombre des évèques, comme Le clergé, celui des prêtres, lui semblait hors de proportion avec celui des fidèles. Pour 200.000 âmes, il y avait 2 archevêques et 10 évèques (Zara et Spalato; Arbe, Veglia, Cherso, Ossero Nona, Sebenico, Traù Makarska, Lésina et Curzola), 1.200 églises ou chapelles, 462 paroisses et 1.500 prêtres séculiers, 54 couvents, dont quel-ques-uns réduits à un très petit nombre de religieux. Or, les couvents les moins nombreux n'étaient ni les plus fervents, ni les moins riches, et, au contraire, les religieux pauvres étaient les plus zélés; 16 maisons de Franciscains n'avaient pas de biens, et ces religieux desservaient cent paroisses, les plus misérables du pa}s; les

I. Z. L., 1806, Culti., Rapport du conseiller Pasquali. | 2. Z. L., Rapport du conseiller Pasquali. | 3. Z. L., 1806, Culti., rub. 2,

30 autres couvents d'hommes et de femmes avaient 174.000 livres de revenu.

Les mêmes disproportions se manifestaient dans le clergé séculier : 139 chanoines avaient 60.000 livres de rente, soit chacun plus de 400 livres, tandis qu'un grand nombre de curés devaient vivre avec 40, 50 et 60 livres par an, ce qui les obligeait à cultiver la terre, comme les autres Morlaques, en dehors des offices, au grand détriment de la dignité de leur ministère.

Les con- Enfin, à côté du clergé, et sous sa dépendance, les confréries populaires {scuole laiche), en nombre prodigieux : le diocèse de Zara en comptait 197 : 22 dans la ville, 83 dans le comté, 92 aux îles; et dans les îles du Quarnero la proportion était plus considérable encore. Les confréries avaient été créées sous l'inspiration des Vénitiens sur le modèle des institutions analogues que nous voyons florissantes en Italie, même à l'heure actuelle. C'étaient, dans le principe, ou des associations pieuses {confraternité), ou des corporations ouvrières Çscuole) ; les unes et les autres avaient des saints patrons et une chapelle pour leurs exercices religieux. Les contributions versées par les membres, les dons et legs recueillis, avaient constitué ;\ chacune un patrimoine qui permettait de secourir les membres nécessiteux et d'organiser ainsi de véritables sociétés de secours mutuels. Beaucoup de confréries se vouaient aux œuvres de miséricorde, visitaient les pauvres, les malades, les prisonniers, pourvoyaient aux funérailles des indigents, le tout sous le contrôle de l'autorité ecclésiastique. Mais toutes ces belles institutions avaient fini par déchoir et par sortir de leur destination première. Les administrateurs des biens des confréries gardaient trop souvent pour eux la meilleure part du revenu, quand ils ne dilapidaient pas aussi le capital, et ce qui restait servait à payer les frais du banquet donné aux confrères le jour de la fête patronale. Il était certain qu'une réforme était nécessaire pour ces institutions dégénérées, et qu'on eût mieux répondu aux intentions des fondateurs en réunissant tous ces revenus, même écornés, pour construire et doter des hôpitaux, des hospices, des asiles de vieillards et d'enfants. Le comte de Goëss avait, pendant deux ans, poursuivi la réalisation d'un tel projet : Dandolo reprendra ces tentatives, nous verrons avec quel insuccès. Le projet Tous les faits qu'avalcut révélés les enquêtes servaient à la préparation 1807'. '^'''"" '^'"" grand plan de réformes ecclésiastiques que Dandolo soumit à l'Empereur avec un rapport en date du 11 février 1807 '. On trouve dans ce . projet, à côté de quelques idées justes et pratiques, des dispositions inspirées par le plus pur joséphisme; Dandolo, ignorant l'histoire de l'Église,

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