‹ La Dalmatie de 1797 à 1815Chapitre 68 sur 156 · I. Z. L , 1808 Culti., rub. i. Circulaire du s février · texte numérisé non relu

I. Z. L , 1808 Culti., rub. i. Circulaire du s février

qu'une décision souveraine ait ratifié ces propositions. Quelques-unes, du reste, étaient irréalisables : la réduction du nombre de sièges épiscopaux ne pouvait se faire que par voie d'extinction, et c'est ainsi qu'elle se fit en 1828, lorsque le gouvernement autrichien obtint du Saint-Siège la bulle Locum Sandi Pitri. La suppression de rinamovibilité était une mesure tellement contraire au droit ecclésiastique, que pas un évèque n'eût osé se prêter à la mettre en pratique et que Rome n'eût jamais consenti à ce qu'une pareille révolution fût opérée au moyen d'un simple règlement administratif. L'enseignement donné dans les séminaires demeura ce qu'il avait été, parce qu'il ne se trouva pas dans le clergé un seul individu disposé .\ donner aux élèves l'éducation qui ferait d'eux des « curés philosophes ». Les immunités des religieux ne dérivaient pas, comme Dandolo semblait le croire, de concessions du sénat de Venise, mais d'actes pontificaux qu'on ne peut pas biffer d'un trait de plume. Les seules mesures qui reçurent un commencement d'exécution furent la main mise du Gouvernement sur l'administration des biens ecclésiastiques, ceux des menses exceptés, et la nomination des inspecteurs du culte.

L'administration dt-s biens des fabriques et séminaires fut réellement avantageuse à l'Église et permit d'améliorer le sort des curés de campagne; la dotation des séminaires fur accrue, mais ce fut l'instruction publique qui en bénéficia, comme nous le verrons tout à l'heure.

Quant aux inspecteurs du culte, on eut d'abord quelque peine à les recruter : tous devaient être ecclésiastiques, sauf l'inspecteur général qui était Rossi, beau-frère du provéditeur ' ; or, un ecclésiastique honorable avait quelque répugnance à accepter une charge de commissaire de police ecclésiastique devant surveiller et dénoncer ses confrères; de plus, une semblable mission mettait l'inspecteur dans le cas d'entrer avec l'évèque dans des conflits où le droit ecclésiastique lui eût invariablement donné tort. Pour obtenir l'acceptation de ceux qu'il désirait nommer, Dandolo dut faire rédiger des instructions qui ramenaient les fonctions des inspecteurs à celles d'économe des biens de l'Église -. Il ne subsiste dans ces instructions, datées du 31 décembre 1807, aucun article pouvant constituer une source de conflits avec l'autorité épiscopale, et il semble p:obable que les inspecteurs nommés n'acceptèrent leur titre qu'après avoir pris l'agrément des évèques, en recevant d'eux une délégation pour certaines de leurs attributions qui étaient en réalité un démembrement de la juridiction des ordinaires.

Le principal résultat de la publication du plan de Dandolo fut de découvrir

I. Z. L., 1807, Magistr., rub., 2. | 2. Z. L., 1807, Culti., rub. 7. — R. D. 18 janvier 1808.

ses arrière-pensées, et le clergé, revenant sur les dispositions manifestées au début lui retire sa confiance. Les évêques, tenus à des ménagements, se renferment dans une abstention systématique d'où ils ne sortiront que lorsqu'une impérieuse nécessité leur imposera quelque acte de déférence. I es curés, moins surveillés, seront des agents infatigables du parti antifrançais. Paysans par l'origine, par l'éducation, par le genre de vie, ils exerceront sur les paysans une influence absolue et ce sera toujours pour leur prêcher la révolte '.

Les Franciscains, menacés dans leurs immunités et dans leur recrutement, se mirent aussi sur un pied d'hostilité à peine dissimulée. Le P. A. Dorotich, dont on n"a pas oublié la conduite en 1797, avait rempli depuis cette époque les fonctions de provincial et allait terminer sa période de supériorité quand les Français arrivèrent^. Son successeur, le P. Glumcevich, fit d'abord quelques avances au provéditeur, mais bien vite il se montra extrêmement réservé. Quelques religieux, ayant Dorotich à leur tète, se lancèrent dans une opposition violente ; plusieurs d'entre eux furent poursuivis devant les cours martiales et furent condamnés, mais tous par contumace.

Dorotich, en particulier, compromis dans le soulèvement de 1807, fut recherché partout, mais demeura introuvable : on signale sa présence en Albanie, en Bosnie, en Croatie, parfois même en Dalmatie où il vient déguisé, mais jamais on ne peut le prendre. En 1809, il suit l'armée autrichienne, puis de 1809 à 1813, il reprend sa vie errante : il sera à Lissa, à Curzola, à Lagosta à mesure que les Anglais gagneront du terrain et il reviendra en triomphateur après le départ des Français 5. C'est une figure bien pittoresque, sinon édifiante, que celle du P. Dorotich ! On serait tenté de dire qu'elle n'est pas de notre temps, si l'on ne savait que dans certaines parties de la péninsule des Balkans le moyen âge dure encore.

Pendant qu'une partie des religieux de Saint-François se mettaient à la tête des mécontents, le plus grand nombre des membres de l'Ordre se tenait sur la réserve : Marmont essaya de les en faire sortir.

Dandolo avait ruiné son crédit : c'était .'i lui de rattacher à la cause française ces puissants auxiliaires.

I. Z. L., 1807, Arch. secr.. Rapport du dOlcgué Kreglianovich. | 2. Pour gagner les bonnes grâces de Dorotich, Dandolo s'adressa à lui en juillet 1806 pour lui olTrir de rédiger lui-même eu de taire rédiger par un de ses religieux la partie slave du Ri'^io Dahiiata. Dorotich désigna le P. Pascal Juchich , mais, outre qu'il était fort ignorant, ce Père ne se contentait pas de l'honoraire de 30 florins par mois. En octobre, Dandolo le remplaça par un religieux dominicain. Inde inc! (Z. L., 1806, Instr. publ., rub. 18.) | 3. La Sloiia dei Frati minori in Dahiia-iii, du P. D. Fabianich (Zara, 1865), donne de longs renseignements sur le P. Dorotich, mais est systématiquement muette sur sa carrière de patriote.

l'avais été ;\ même, nous dit Marmont dans ses mémoires', de remarquer Marmont

. . . • r 1 • t ■ r ■ I • et les Fnin-

1 inluience des rraiiciscains : ces moines =, fort éclairés et infiniment supérieurs ciscains. sous tous les rapports au reste du clerj^é de la province, habitent onze couvents. Charitables, zélés dans l'exercice de leurs devoirs, ils desservent un grand nombre de cures. Rien n'était plus utile que de les gagner, car les avoir pour amis, c'est donner au Gouvernement toute la force morale qui leur est propre. Découvrir dans un pays où est la force et la séduire, voilà, pour des conquérants, ce qui constitue l'art de gouverner sans tvrannie... Je fis donc ma cour aux Franciscains : je ne voyageais pas sans aller loger de préférence chez eux, quand un de leurs couvents était à portée... Du temps du Gouvernement vénitien, les moines étaient dans l'usage de choisir un protecteur qu'ils prenaient toujours parmi les nobles \'énitiens. Devenu leur patron, c'était lui qui iaisait valoir leurs réclamations, et, pour prix de cette protection, ils priaient pour lui. Me trouvant si bienveillant pour eux, ils m'offrirent cette dignité. Je l'acceptai avec empressement, je donnai à chacun de leurs couvents un portrait de l'Empereur; mon nom fut prononcé chaque jour dans leurs prières et ils me délivrèrent une pancarte qui, en consacrant cette dignité en ma personne, me donna le droit de mourir dans l'habit de l'Ordre de Saint-François. Je ne crois pas que j'userai de ce privilège, mais un autre avantage plus réel et plus actuel en résulta pour moi : du jour que je fus protecteur des Franciscains, j'eus par cela même plus d'autorité sur l'esprit des paysans dalmates que par le commandement dont j'étais investi et par le nombre de mes soldats.

Pour reconnaître l'honneur que lui fliisaient les Franciscains, Marmont leur donna un calice d'argent, qui est encore conservé à Sebenico, et sur le pied duquel on lit une inscription portant le nom du donateur. Au Père Provincial, il offrit un bréviaire magnifiquement relié avec cette inscription : « Le duc de Raguse, commandant en chef de Dalmatie, pro- « tecteur des Franciscains en Dalmatie, au R. P. Jean Glumcevich, pro- « vincial de l'Ordre. Zara, 4 novembre 1808. »

Dandolo dut laisser annoncer, dans le Régie Dahnata du 9 décembre 1808, le succès de son rival, mais il s'empressa de le dénoncer à Milan : il représenta cet acte au vice-roi comme une usurpation de pouvoir.

Le vice-roi, continue Marmont '•, prit le nom de l'Empereur pour m'exprimer son mécontentement. La Gabelle de Milan publia un article assez désagréable pour moi, où il était dit que l'Empereur seul, restaurateur du culte, était protec-

I. L. X, p. 120 sqq. | 2. Nous ne reproduisons pas cette expression sans faire remarquer qu'elle est improprement appliquée aux Franciscains. Le titre de moines n'appartient qu'aux religieux qui suivent une règle monastique, celle, par exemple, de saint Benoit, de saint .\ntoine, de saint Basile ou de saint Théodose. En Occident, il n'y a de moines que les Bénédictins, dont l'Ordre se trouve d'ailleurs divisé en un grand nombre de branches (Camaldules, Cisterciens, Trappistes, etc.). Les Franciscains, les Dominicains, les Jésuites ne sont pas des moines et n'ont aucun droit à cette qualification. I 3. Mémoires, 1. XI, p. 122.

teur de la religion... Je laissai passer l'orage, je conservai ma dignité, si singulièrement jalousée, et je continuai à profiter du bien qui en résultait pour le Gouvernement et pour le pays.

Dans le Regio Dalmata, du 3 janvier 1809, on lit un communiqué officiel, où il est dit que l'article publié dans le numéro du 9 décembre, au sujet du général Marmont, doit être considéré comme nul et non avenu, (corne se in questo fogVw non fosse mai stato stanipato'). Et Dandolo crut avoir ainsi enlevé à Marmont une partie de son prestige.

i.esGrecs. Les affaires des chrétiens de rite grec-oriental firent, pendant la magistrature de Dandolo, un pas décisif : ils obtinrent enfin l'évèque que leur diplomatie s'épuisait depuis deux siècles à faire nommer '. Ils n'eurent pas même besoin de grands efforts pour gagner à leur cause le provéditeur qui, dès son arrivée, était disposé ù leur donner satisfaction^. Dandolo, dans ses réceptions de prise de possession, s'était empressé de comprendre l'Archimandrite Gérasime Zellich, chef de la communauté grecque 5, et quand, au mois d'octobre, les évèques reçurent les questionnaires, Zellich, assimilé pour la première fois aux évèques catholiques, exprima sa gratitude en répondant avec un empressement qui contrastait avec le mauvais vouloir témoigné par les membres du haut clergé latin. Nous apprenons, par la lettre de l'Archimandrite, que sa communion comptait 40.000 fidèles et 1 12 prêtres ; de plus, dans les couvents de Kerka et de Krupa, il y avait 61 moines théodosiens. Les revenus déclarés par l'église grecque ne s'élevaient qu'à 12.000 livres-*.

Dandolo promit formellement à l'Archimandrite de lui donner satisfaction sur la question de l'évèque; en attendant, il lui montra sa bienveillance en résolvant en faveur des Grecs certains litiges : les curés catholiques furent notamment privés des droits que Venise leur avait donnés sur les Grecs, par exemple en ce qui concernait l'élection des curés, les sépultures, et en général partout où l'on tenait compte de la fiction en vertu de laquelle les Grecs étaient réputés appartenir à l'Église romaine >.

L'établissement d'un évêque ne pouvait se faire que par un décret, et, pendant deux ans, Dandolo représente à l'Empereur tout l'intérêt que devait avoir cette création ''. Selon lui, les Dalmates de religion grecque sont soustraits à l'influence française : que le métropolite auxquels ils vont demander les ordinations et la juridiction réside à Carlovitz, à Ipek ou à

I. Z. L., Culti., i8o6, rub. 4. 1807, rub. 4. 1808, rub. 11. | 2. Z. L., 1806, Culti., rub. 2 et 4. I 3. Z. L., Lettre de Dandolo au vice-roi du 12 juillet 1806, déjà citie p. 197. I 4. Z., 1806, Culti., rub. 4. | 5. Z, L., 1807, Culti., rub. 5. | 6. Z. C, Rapports géniï' raux sur 1806 et 1807.

ADMINISTRATION' Dli DANDOI.O DV. 1806 A 1809 237

Cetinje, c'est l'action de l'Autriche, de Constantinople ou du Monténégro qui se substitue à celle de la France ; pour la même raison, il faut créer un séminaire pour eux, sans quoi les clercs iront étudier en Autriche ou en Russie, au risque d'y recevoir une formation qui les rendra hostiles \ la politique de l'Hmpereur.

Quant au candidat à désigner, c'est Gérasime Zellich, qui semblait tout indiqué, mais par la suite il £.tllut en chercher un autre. Zellich était actif, adroit, relativement instruit, mais ses mœurs étaient déplorables : c'est ainsi que dans la nuit du 27 au 28 avril 1808, il se taisait arrêter par une patrouille pour tapage et rixe dans un cabaret '.

Mais ces mésaventures ne lui firent perdre ni son activité, ni son influence : le 3 septembre de la même année, il est à Milan pour hâter la signature du décret relatif aux Grecs ^.

Ce décret parut enfin ; il est daté de Saint-Cloud, 8 septembre 1808 : il porte création d'un évèché grec, avec chanoines, grande innovation pour l'Eglise orientale, et d'un séminaire. Une dotation de 45.000 livres était affectée à ces fondations. Les détails d'organisation étaient confiés à un synode qui devait se réunir à Zara en novembre 1808, sous la présidence de Dandolo '.

Les Grecs montrèrent une joie sans bornes en apprenant l'émancipation de leur Église, et Zellich publia, le 2-14 novembre, une pastorale où le nom de Napoléon revenait à toutes les lignes, accompagné de protestations Synode de d'éternel dévouement +. ^'"^'

Zellich donnait connaissance du décret impérial et de l'arrêté rendu le 12 novembre par Dandolo pour fixer l'ouverture du synode au 30 du même mois.

Quarante membres, choisis par le provéditeur sur une liste de quatrevingts noms dressée par l'Archimandrite, s'assemblèrent au jour indiqué dans l'église grecque de Saint-Élie, à Zara.

Dandolo, momentanément chef d'église, ouvrit le synode par un discours qui remplit la première séance. Le soir, il y eut un banquet de 60 couverts et une réception >.

Les séances ne reprirent, on ne sait pourquoi, que le 10 décembre; on nomma alors le bureau et on vota des adresses à l'Empereur et au viceroi ; le 12, on discuta le règlement; dans les trois réunions tenues le 19, le 21 et le 22, on prit toutes les décisions qui concernaient l'organisation du nouveau diocèse. Puis on nomma une députation qui irait présenter les

I. Z. L., 1808. Police, rub. 23. | 2. R. D., 30 septembre 1808. | 3. R. D., 21 octobre 1808. I 4. R. D., 18 novembre 1808. [ 5. R. D., 2, 9, 16 décembre 1808.

actes du synode au vice-roi, et l'on se sépara en criant : Vive l'Empereur'.

La saison avancée empêcha la dépuration de partir immédiatement pour l'Italie ; ce ne fut qu'au printemps qu'elle se mit en route, mais la guerre avait éclaté : les malheureux députés, pris dans le mouvement de retraite qui suivit la bataille de Sacile, faillirent être capturés par les Autrichiens. Quand ils rejoignirent le prince, celui-ci avait d'autres sujets de préoccupations que le synode grec de Zara : ce n'est qu'en iSio que fut nommé et installé l'évêque Kraglievich, que nous retrouverons dans la suite de cette histoire-. Mais les Grecs, qui avaient su attendre deux siècles sans réussir, se résignèrent volontiers à patienter encore deux ans alors qu'ils avaient gagné leur procès.

La France recueillit-elle quelques fruits des faveurs accordées aux Grecs ? Il est permis d'en douter. En ce qui concerne les Grecs eux-mêmes, la reconnaissance resta quelques mois sur leurs lèvres et beaucoup moins longtemps dans leurs cœurs, ainsi que le prouve leur attitude pendant la guerre de 1809. duant aux catholiques, ils regardèrent l'acte de Dandolo comme une apostasie, et chaque jour se creusa un peu plus l'abîme qui séparait la Dalmatie du provéditeur.

^ II. ins- L'instruction publique était une des branches de l'administration dont bUquc." ^"' Dandolo pouvait le moins se désintéresser. Très instruit, très persuadé de l'importance de l'instruction et de son rôle social, il s'était promis, en venant en Dalmatie, d'essayer de développer par tous les moyens les éléments qu'il y trouverait ; aussi, un des premiers rapports qu'il demanda au conseiller Ismaëlli fut-il celui qui concernait les écoles de tout ordre.

La réponse d'Ismaëlli ', remise dès le 6 juillet, est affligeante : il n'y a rien ou presque rien ; quelques fondations en ruines, quelques écoles élémentaires dans les couvents, un gymnase à Zara, fermé faute d'élèves, à Traù un collège indépendant de l'administration qui a seul quelque apparence de vitalité. Les familles qui veulent assurer l'éducation de leurs enfmts doivent les envoyer en Italie ou en Hongrie; les plus intelligents ne se décident pas à rentrer dans leur patrie. Les hommes de loi et surtout les médecins ont presque tous fait à Padoue des études tronquées, couronnées par un diplôme spécial qui n'a pas de valeur hors de la Dalmatie, pour laquelle les universités semblent trouver que tout est assez bon, même les fruits secs de leur enseignement.

I. Z. L., 1809, Culti., rub. 28. | 2. Z. L., 1810, XXVIII. n" 2807. | 5. Z. L., 1806, Inst. publ., rapports.

ADMINISTRATION Dli DANDOLO 1)1- 1806 A 1809

Tout était donc à faire, et cette tâche ne fit pas reculer le provéditeur; il lui fallut trouver et adapter les locaux, recruter les maîtres et les élèves. L'année scolaire 1806 commentait : on se contenta des ressources dont on dispt)sait, en remettant à l'automne 1807 une réorganisation complète.

Dandolo avait rêvé l'ouverture à Zara d'un Institut national dalniate, établi sur le plan de ceux qui avaient été créés en Italie et qui n'étaient, au nom près, que la résurrection des universités abolies, avec les trois tacultés de sciences, de droit et de médecine". Il en parlait encore dans une lettre du mois d'octobre et dans son rapport annuel de 1806, mais ce n'était déjà plus qu'à titre de regrets.

Hn 1807, Dandolo essaya de mettre en vigueur le programme encyclopédique des écoles centrales, conception bizarre d'un des plus grands utopistes de la Révolution ; ce programme parcourait en huit semestres l'étude successive et incohérente de toutes les sciences : algèbre, analyse des idées et philosophie morale, principes du dessin, belles-lettres, histoire ancienne et moderne, physique, chimie, histoire naturelle, agronomie et droit civil. Les écoles centrales avaient déjà disparu en France, toutefois Dandolo, esprit cultivé, mais un peu faux, s'etforça d'en transporter les méthodes, qu'il regrettait, dans le règlement du Lycée de Zara.

L'Université de France était alors en voie de création, les programmes étaient vagues encore et aucune frontière n'était tracée entre les trois degrés de l'enseignement ; aussi ne fiuit-il pas s'étonner de voir donner le nom de lycée à ce qui avait la prétention de remplacer une université, et, d'autre part, de voir enseigner dans ce lycée la grammaire et les humanités ; de même, nous trouverons des professeurs de philosophie et belleslettres dans les écoles dites élémentaires.

Pour cette raison, il nous est impossible de suivre ici la seule méthode qui semblerait rationnelle et qui consisterait à étudier successivement les développements de l'enseignement élémentaire, de l'enseignement moyen et de l'enseignement supérieur.

Nous devrons nous borner à l'examen des mesures générales prises par Dandolo, et nous suivrons ensuite l'ordre géographique pour nous rendre compte de ce qui a été tenté ou exécuté dans chaque localité.

Les règlements élaborés par Dandolo sont nombreux, ils descendent dans les détails les plus minutieux, et, ce qui est plus grave, ils se succèdent avec rapidité, en se contredisant.

Nous laissons donc de côté les règlements provisoires d'octobre 1806-, des i^"" janvier et 6 mai 1807 3 pour arriver au règlement organique du

I. Z. L., 1806, Instr. Pub., r. i, juillet. | 2. R. D., 4, 25 octobre, 8 et 22 novembre 1806. I 3. Z. L., 1807, I. P., rub. I.

Règle- 22 juin 1807 ' qui permettait de profiter, dès la rentrée d'octobre 1807, nique du^22 ^cs résultats d'une année de tâtonnements et d'insuccès, juin 1807. Lg projet comportait dans son ensemble : I ° Le lycée de Zara ;

2° Sept gymnases dans les villes de Zara, Sebenico, Traù, Spaiato,

Makarska, Veglia et Lésina, c'est-à-dire partout où les tentatives faites

pendant la première année n'avaient pas été complètement infructueuses;

2° Vingt écoles élémentaires de garçons, une à chaque résidence de

juge de paix;

4° Douze écoles élémentaires de filles, une dans chaque ville où résidait un évêque;

5° Huit écoles d'arts et métiers, qui restèrent sur le papier.

Le programme du lycée était le programme des écoles centrales augmenté de quelques cours juridiques (droit naturel, procédure et droit criminel) et médicaux (anatomie et chirurgie, pathologie et clinique, pharmaceutique).

A la fin des études se passaient des examens ouvrant les carrières de :

Chirurgien mineur et accoucheur, après deux ans d'études;

Pharmacien, après un an d'études et deux ans de stage professionnel;

Avocat, après trois ans d'études;

Notaire, après deux ans d'études ;

Architecte-arpenteur après un an d'études et deux ans de stage.

Au lycée devait être annexé un convitto (internat) dont la pension serait de 400 livres; l'arrêté prévoyait la fondation de dix bourses et de dix demi-bourses.

Le programme du gymnase comporte l'étude des langues italienne et latine, l'éloquence, la géographie, les éléments de l'histoire et les premiers éléments des mathématiques.

Les écoles élémentaires sont de deux degrés : dans les unes, on enseigne les grammaires latine et italienne, les quatre opérations et la civilité puérile et honnête d'après le « Galateo » de Monsignor délia Casa^; dans les autres, on se restreint à la lecture, à l'écriture et à la numération. L'enseignement religieux ne figure dans aucun de ces programmes.

Telle est l'organisation théorique; voyons dans quelle mesure la réalité coïncide avec ce plan vaste et original pour le temps où il a été élaboré.

I. Z. L., 1807, I. P., rub. I. — R. D., 17 juin 1807. | 2. Cet ouvrage, composé au XVI' siècle dans le plus pur dialecte florentin, est encore inscrit aujourd'hui dans les programmes officiels de l'enseignement secondaire en Italie.

Le lycée kit très solennellement inauguré le 5 novembre 1807', mais Le lycée

on dut se borner à une cérémonie officielle qui eut lieu dans une salle prêtée par les Bénédictins de Saint-Chrysogone : il n'y avait encore ni local, ni élèves. Le recteur était Dom Alleardi, bénédictin; les professeurs étaient au nombre de sept : Dom R. Zelli, bénédictin, l'abbé Roncevich, Ms' Giuriceo, ancien vicaire capitulaire, l'avocat Mich. Spalatin, les D" Tomassini, Pinelli et Cariboni-; mais il n'y eut que trois cours pour commencer : Dom Zelli, physicien distingué, commença le cours de philosophie; M""' Giuriceo celui des belles-lettres, histoire et géographie; le D' Tomassini celui Je médecine; le local était le couvent de Saint- Chrvsogone, dont les Bénédictins Elisaient cession en se sécularisant.

Pendant l'année, .Michel Spalatin ouvrit un cours de Code Napoléon, et le D' Cariboni un cours d'histoire naturelle; mais, quelques mois après, Spalatin prit du service comme officier dans le régiment dalmate et Ms' Giuriceo partit pour Sebenico. L'année se termina donc avec trois cours, comme elle avait commencé.

Pour la rentrée 1808, Dandolo recruta des professeurs de physique, de mathématiques, d'agronomie, d'analyse des idées, de dessin et de pathologie; le plus grand nombre venaient d'Italie, et il existe à ce sujet une volumineuse correspondance de Dandolo avec ses amis de Milan; chaque fois qu'un nouveau professeur est acquis, sa nomination figure avec commentaires dans le Regio Dahnata ; il faut noter surtout l'article qui annonce l'arrivée du professeur de dessin, « jeune artiste, élève de Canova, le Phidias moderne. »

Malgré tout, le corps enseignant était bien médiocre : parmi les indigènes, il y avait des hommes de vrai mérite, mais les uns, comme le D^ Pinelli, délégué politique à Zara, président des commissions de santé, de vaccine, de bienfaisance, étaient trop absorbés; d'autres, avec un réel savoir, n'avaient aucune pratique de l'enseignement ; quant aux Italiens, ils avaient comme traitement 400 livres et le logement, et il est à supposer que des hommes de talents supérieurs ne se seraient pas expatriés pour des appointements aussi modestes'.

Cependant, grâce aux bourses, on avait trouvé quelques élèves : en 1807, ils sont 38, 20 boursiers et 18 demi-boursiers; en 1808, le nombre des élèves ne figure pas dans le rapport annuel; il est donné avec celui des élèves du gymnase, et les deux établissements réunis en comptent 88 ; il est permis d'en conclure que le lycée ne compta jamais plus de 40 élèves nvec une dizaine de professeurs.

I. R. D., 13 octobre, 10 novembre 1807. | 2. R. D., 6 décembre 1807. | 3. Z. L , I. P., 1808-1809. — R. D., 21 juillet, 4 décembre 1807 ; 26 août, 4 et 25 novembre i8o8. Lu D<ilinalie de 1797 n rSi;. 16

lie Ziira.

Ce qui rendait h tàciic difficile, c'était l'âge des lycéens, les aînés ayant à peine dix-huit ans, et leur défaut d'instruction qui obligeait le professeur à remettre au rudiment des auditeurs qu'il devait guider dans les hautes sphères de l'analyse des idées et de l'éloquence. Le lycée tendait à Situation se Confondre avec le gvmnase, et c'est ce que nous verrons arriver

des gymna- , • i "j

ses et écoles quelques années plus tard.

en 1809. Outre le h^cée et le gymnase, il y avait à Zara des écoles de garçons et de

filles avec 66 élèves, mais pas une hors de la ville'; Dandolo se proposait d'en créer quatre dans le comté et deux aux îles, quand la guerre éclata.

A Nona, il y avait une école dotée d'une rente immobilière qui rendait i6 sequins, mais le maître n'enseignait plus depuis plusieurs années « parce qu'il était fort âgé ».

Dans le canton d'Obrovac, qui comprenait 34 \illages et comptait 16.000 habitants, il n'y avait, en 1809, aucune école.

A Pago, une école de 40 élèves, sans revenus. A Arbe, une école privée, fréquentée par 30 élèves. A Lussin, deux bonnes écoles privées, fondées, l'une 6011784, l'autre en 1803, et entretenues par les habitants. A Cherso, rien. A Veglia, un gymnase qui comptait 31 élèves en 1809 et deux écoles élémentaires avec 67 élèves. Ainsi, dans le groupe des îles du Quarnero, qui formait quatre diocèses et comptait 30.000 habitants, on arrive, au bout de trois ans d'efforts, à réunir 300 élèves dans sept écoles.

Sebenico avait été dotée d'un gymnase qui fut ouvert en novembre 1806, sous la direction et avec les subsides de l'évèque ^ Ce prélat étant mort le 23 mars 1808, M^'' Giuriceo fut envoyé de Zara pour mettre l'établissement sur un nouveau pied'. En 1809, il y avait 106 élèves au gymnase, mais les deux tiers n'y suivaient que les cours élémentaires.

A Traù* existait avant l'arrivée des Français, et même avant celle des Autrichiens, le petit collège ecclésiastique de Saint-Lazare; le directeur, l'abbé Scacoz, était un homme éminent, destiné, comme Giuriceo, à gouverner un jour un des principaux diocèses de Dalmatie. Dandolo trouva dans cet établissement le noyau d'un bon gymnase; avec des concessions, de part et d'autre, on s'entendit tacllement : le collège, qui n'avait que 800 livres de revenu, vit sa dotation enrichie et fut transféré dans les vastes bâtiments d'un ancien couvent. Un essai d'enseignement supérieur y fut fait en 1807; on y donna pendant quelques mois un cours de médecine et un cours de Code Napoléon '•, mais on ne tarda pas à y renoncer.

I. Z. L,, Arcli. secr.. 1808. Rapport Nani, du 19 avril. | 2. R. D., 20 mars 1S06. I 3. R. D., 18 avril 1808. | 4. Z. L., 1806; I. P., r. 8, 1807; I. P., r. 9. | 5. Z. L., 1807; I. P., rub. 4. — R. D., 31 juillet 1807.

ADMINMSTRATION DK DANDOLO Oli 1 8o6 A 1 809 243

On réussit mieux en crcaiu lui r(»Hi77/c; ; cependant le gymnase de Tiaù ne compta jamais beaucoup d'élèves; il se contenta d'avoir Li réputation d'être la maison la plus sérieusement dirigée de la Dalmatie. Hn 1809, nous y voyons 85 élèves, mais 37 seulement suivent les classes du gymnase.

A Lésina, l'initiative de l'évèque Stratico avait créé, au temps des Autrichiens, un séminaire qui, transformé en gymnase le i"'' janvier i8o8, eut jusqu'à 45 élèves'.

A Spalato, Dandolo avait trouvé, en 1806, deux écoles fondées et reniées de longue date, mais pas de local : les maîtres étaient censés enseigner dans leur propre maison, mais l'un était un vieux prêtre aveugle à qui on avait donné comme retraite ce poste regardé comme une sinécure honorable ; l'autre était notaire et n'avait pas de loisirs à consacrer à l'éducation de la jeunesse -.

Il fallut tout organiser, et au bout de trois ans il }' avait 53 élèves dans les écoles élémentaires et 68 au gymnase, parce qu'on y recevait pour les classes les élèves du séminaire.

L'évèque de Makarska était le seul qui eût montré de l'activité et obtenu des résultats. Il continuait la construction de son séminaire ; il avait dans sa petite ville épiscopale deux écoles et 86 élèves, et, ce qui est plus notable, il avait fondé quatre écoles rurales à Podgorje, Igrane, Imoski et Fort Opus, écoles ayant chacune une moyenne de 15 élèves. Enfin, il avait encore créé à Makarska une école secondaire avec des cours de grammaire et de mathématiques faits spécialement en vue des futurs marins, nombreux parmi ses diocésains >.

Dandolo voulut prendre, comme à Traù, la fondation épiscopale pour la transformer en gymnase. Mais Blaskovich était un homme tout d'une pièce, auquel il n'était pas £icile de faire faire ce qu'il ne voulait pas. On lui députa G. D. Garagnin, qui était son ami particulier, et il fut fait un accord par lequel l'évèque cédait son collège ; le bâtiment commencé pour foire un séininaire servirait de local et serait achevé aux frais du Gouvernement. Mais entre le mois d'octobre, où cet arrangement fut tait, et le mois de novembre, où arrivèrent les maîtres, l'évèque changea d'idée. Les professeurs nommés par Dandolo durent enseigner à leur domicile pendant un mois ; enfin, le malentendu prit fin et la convention s'exécuta. Au bout d'un an, il y avait 31 élèves, et en 1809, 87, dont )3, il est vrai, dans les classes primaires.

I. Z. L., 1807; I. P., rub. 4. — R. D., 19 février 1808. | 2. Z. L., Voy. de Dandolo. 18 septembre. — 1807, I. P., rub. 4. | 5. Z. L., 1807; I. P., rub. 4. — R. D., 4 mai

244 LA DALMATIE DE i8o6'a 1 809

Ces résultats sont bien modestes, dira-t-on. Sans doute, il ne s'agit pas de les comparer avec ceux qu'on obtenait alors en France et en Italie, mais il faut penser que rien n'avait jamais été fait pour l'instruction en Dalmatie sous la domination vénitienne, que les Autrichiens, rencontrant une résistance obstinée, n'avaient pas voulu violenter les populations et avaient laissé l'ignorance maîtresse du terrain. II y avait donc une organisation à créer de toutes pièces, en face d'un clergé habituellement hostile ou tout au moins indifférent. Les ressources dont on pouvait disposer étaient modiques : le budget allouait 33.000 livres en 1807, les revenus de quelques confréries ou couvents supprimés permirent de tripler la somme. Mais pouvait-on faire beaucoup plus avec 100.000 livres? Il est même surprenant qu'avec des ressources aussi restreintes on ait pu subvenir à l'entretien d'une trentaine d'écoles primaires, de 7 g3'mnases avec 300 élèves, de 2 convitti avec 40 boursiers et du lycée. Dandolo mérite d'être admiré en cette occasion pour son activité et sa persévérance, et il ne s'est pas refusé à lui-même les éloges que chacun était prêt à lui donner.

Rien n'est plus plaisant que les discours qu'il prononçait dans les solennités scolaires : un jour, emporté par son éloquence, il montra la Dalmatie, devenue la patrie des lettres et des sciences, le séjour de prédilection des muses. Zara devenait une nouvelle Athènes dont le Périclès était Dandolo lui-même, et dont la Minerve tutélaire était le grand Napoléon.

III. La Rempli de sentiments humanitaires, Dandolo ne pouvait demeurer indifterent aux misères de ses semblables, et la vertu qui s'appelle philanthropie chez les uns, charité chez les autres, est une de celles qui caractérisent sa physionomie.

La sensibilité du provédireur fut grandement impressionnée quand il visita les hôpitaux et asiles de la province. Voici comment, il peint la situation des établissements de bienfiisance de Spalato, dans une lettre privée qu'il fait insérer dans le Regio Daliuala^ après son voyage dans cette ville, en septembre 1806; le style en est un peu ampoulé, mais on pardonnera aux élans d'indignation de cet honnête homme.

Dans tous les temps, et sous tous les gouvernements, Spalato fut une ville importante où résidèrent de savants magistrats, d'éminents prélats, et où ne cessa pas d'affluer un nombreux concours d'étrangers; de tout temps elle s'est honorée aussi de posséder de nombreux établissements de bienfaisance. Aujourd'hui, on en sait encore les noms, on en fait voir les emplacements, on ose vous dire que c'est là qu'ils existent... Je les ai vus! L'horreur, le dégoût, l'angoisse m'ont d'abord rendu stupide, et je me suis écrié: « Quel nom dois-je donner à cette

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