‹ La Dalmatie de 1797 à 1815Chapitre 70 sur 156 · I. A. X. AFiv · texte numérisé non relu

I. A. X. AFiv

ADMINISTRATION 1)1-: DAXDOl.O Dl- lSo6 A 1809 25 I

Il p.ir.iît qu'on pensa au contraire que l'Autriche trouverait plus naliircl un mouvement commercial qui amènerait dans un port autrichien des marchandises autrichiennes, et, s'il a été engagé des négociations pour ohtenir de l'Autriche et de la Turquie la cession des localités indiquées par Dandolo, on n'en trouve de trace nulle part.

Il fallut se contenter, pour stimuler le commerce, d'établir des foires franches à Zara et dans quelques autres villes, car chacune voulut avoir la sienne", mais l'impulsion donnée aux transactions ne fut pas très sensible.

Enfin, il tant le dire, D.uidolo avait slu' le commerce des préjugés inexplicables chez un homme qui avait fait sa fortune en vendant aux étrangers ses produits pharmaceutiques. Dans son rapport sur l'an 1808 {V" P. § X), il énonce de bien singulières théories : après avoir constaté la ruine ;\ peu près totale de la marine dalmate, il déclare qu'il s'en réjouit, et voici pourquoi : « La navigation, dit-il, est la ruine de l'agriculture; « elle exporte les capitaux. A quoi bon construire et armer des navires, « taire même quelque profit, si c'est pour trouver sa patrie ruinée, obligée (' de demander à l'étranger toutes les choses qui lui sont indispensables, (I jusqu'à du pain? Et pendant ce temps de beaux champs restent incultes « taute de bras, et aussi faute de capitaux, parce qu'on a été dépenser au « dehors les sommes qui auraient pu enrichir le pavs... Aujourd'hui la « Dalmatie reconnaît qu'elle a eu trop de navires, et que par là elle a « laissé échapper le suc vital de sa véritable prospérité'. Les marins « mangent du pain sans savoir en produire... » et cette théorie quelque peu paradoxale est appuyée sur des exemples tirés de l'histoire : « Les « Danois seraient autrement riches, s'ils utilisaient chez eux les capitaux « qu'ils envoient aux Indes... » « Les Chinois n'envoient pas de navires « en Europe, et les Européens vont cependant chercher chez eux, « chaque année, pour trente millions de 1' « Herbe de Thé » (Erba di « Tè) dont on ignorait même l'existence au milieu du xvii' siècle. »

On voit que Dandolo en était resté au « Labourage et Pâturage » de Sully; en effet, il était surtout agronome, et c'est du coté de l'agriculture qu'il va tourner ses efforts les plus persévérants. Le rapport que lui remit Ismaëlli, le 7 juillet 1806, lui avait fait connaître les ressources du pays, et lui avait permis de mesurer l'étendue de la tâche qu'il aurait à accomplir.

La Dalmatie, pour une superficie de plus de 1.200.000 hectares, n'en comptait pas même 200.000 qui fussent mis en culture, soit moins d'un

I. Z. L., 1807. Comm. rub. 4 et 12. — R. D., 10 janvier 1808. Arr. du 4 déc. 1806 ; 7 octobre 1807; 12 août, 9 octobre 1808. | 2. S'accorge chè lia levato il succo vitale délia vera sua prosperità.

sixième, et les procédés agricoles étaient tellement primitifs que la récolte ne suffisait pas à nourrir les habitants. Telles étaient les conclusions d'Ismaëlli : à ces renseignements donnés par les indigènes, Dandolo voulut en joindre d'autres, fournis par des agriculteurs italiens ; il fit donc venir de Milan, pour se livrer à une contre-enquête, trois spécialistes : le docteur Cariboni, botaniste; un pépiniériste, Longone, et un jardinier, Orio. Ces trois commissaires parcoururent le pays pendant un mois, et remirent trois rapports que publie le Regio Dahuata ' .

L'impression première des trois Italiens est favorable, en ce qui concerne l'avenir, mais confirme les dires d'Ismaëlli pour ce qui est du présent. Ils ont trouvé, dans le voisinage des villes et de la mer, quelques bonnes cultures potagères, de belles vignes, des oliviers en abondance; mais, dans l'intérieur, agriculture et sylviculture sont dans l'enfance. Là où le sol est bon, le travail de l'homme est insuffisant : de bonnes terres à céréales ne donnent à peu près rien parce qu'elles sont travaillées avec des instruments grossiers, et qu'on néglige complètement de les fumer. Sur les montagnes il y a des bois, mais on les laisse pousser au hasard, on ne nettoie pas les dessous, ce qui empêche les plantes de monter; fiiute d'air, les arbres restent rabougris : là où il pourrait y avoir des futaies, il n'y a que des buissons. L'exploitation est imprévoyante; quand on veut faire une coupe, on taille à blanc le flanc d'une colline, sans réserver de baliveaux ; dénudé et soumis à l'action des eaux pluviales, le sol se ravine, la terre végétale est entraînée dans la plaine, et, si quelque pousse reparait au printemps, elle est dévorée par les chèvres qu'on laisse vaguer à l'aventure. La conséquence de ces pratiques irrationnelles, c'est que nombre de montagnes sont déboisées, et que les terres entraînées par le ruissellement ont été encombrer le lit des fleuves, lesquels, en débordant chaque année, submergent les meilleures terres et les enlèvent à la culture.

Parmi les moyens à employer, le plus urgent était donc de travailler au reboisement, pour arrêter une cause continue de dommages, et ce fut là une des grandes entreprises de Dandolo.

Le vaste domaine du marquis Manfrin , situé entre Nona et Demonico (V. 1'^ P. Ch. VI), était à vendre : on l'acheta. Il y avait une grande prairie de i.ooo perches milanaises qui se prêtait d'autant mieux à l'établissement de pépinières qu'on y avait creusé, au temps des Turcs, des canaux d'irrigation qu'on pourrait remettre en état avec assez peu de temps et d'argent. Un arrêté du 20 août 1806 décida qu'il y serait créé une pépinière royale, aménagée de façon à fournir chaque année 50.000 arbres

I. Z. L., 1806. Arti e Prof., ruh. 5. R. D., 25 août, n, 18,25 octobre, ler novembre

ADMIMSlKArUA' DE DANDOLO DH I SO(i A l809 2)3

pour le reboisement, et 20.000 arbres fruitiers destines ;\ renouveler les espèces sauvages ou abâtardies '.

Pendant qu'on remettrait du plant dans les parties déboisées, il fallait empêcher les bois cjui existaient encore de disparaître, et, avec les habitudes de paresse et d'imprévo\'ancc des Morlaques, ce danger était imminent. Un arrêté du id novembre 1806- établit des règlements forestiers : il était détendu d'incendier les bois, sous peine d'amende et de prison; c'était le mode de défrichement le plus usité, parce qu'il était le plus simple, le plus rapide et le plus économique, mais on en voit les dangers. Sous les mêmes peines, il était défendu de couper ou d'arracher des arbres dans les bois de l'État et des communes.

L'exportation des bois de chauffage et de construction était sévèrement interdite , sauf autorisation accordée pour toute demande justement motivée.

Un inspecteur général des forêts et de l'agriculture fut chargé de surveiller tout spécialement le reboisement ', et Dandolo chargea de ce service G.-L. Garagnin, que sa compétence et son dévouement désignaient pour de telles tonctions-». En 1807, Garagnin proposa de remettre en vigueur une des dispositions de la loi Grimani oubliée comme tant d'autres sages mesures inscrites dans cette loi : chaque commune devait réserver dans ses bois un lot proportionné à l'étendue totale de son domaine forestier; on l'entourerait d'un mur pour le défendre des voleurs et des chèvres, et on y terait cliaque année, à frais communs, les façons nécessaires pour le bon développement des arbres; on créerait ainsi, dans chaque commune, un Bois sacré qui, avec le temps, serait une source de revenus. Dans un certain nombre de localités, on sembla comprendre cette institution, et les bois sacrés commençaient à grandir quand survint l'invasion de 1809; alors, un peu par insouciance, un peu par haine de l'administration française, on rasa tout. Une perte plus considérable, subie pendant la campagne, fut celle des petits arbres de la pépinière : les soldats autrichiens campés à Nona en firent des fagots, et ce fut un des grands chagrins de Dandolo

I, Z. L., 1806, Agric. rub. i. | 2. Z.L., 1806, Agric. rub. 15 et 14. | 3. Z. L., 1806, Agric, rub. 4. Arrêté du i" décembre 1807. Ibid., rapport de Garagnin du 4 août 1808. Ihiil. , rapport du même du 5 janvier. | 4. Quant à Rados Vitturi , dont nous avons raconté l'histoire dans un précédent cliapitre, il avait cherclié à manifester son existence, et à justifier l'allocation que Molitor lui avait conservée (Z. L., Mo!., mai); il y a deux articles de lui dans le Rt'gio Dalmata (21 mars et 1 1 avril 1807) ; mais Dandolo ne le jugea pas à la hauteur de sa tùche, et quand, en 1807 (Z. L., 1807, agr. rub. 2), il réorganisa l'Académie littéraire et agronomique de Spalato, il en prolita pour supprimer le titre d'inspecteur laissé à Rados, et aussi le traitement y afférent : le titre, il l'échangea pour celui de président de l'Académie; le traitement devint la dotation de l'Académie, en laveur de laquelle cette allocation avait été établie, dans l'origine, par les Vénitiens.

que d'apprendre qu'en quelques jours on avait anéanti le résultat de trois ans d'efforts. Déjà en 1807, un corsaire lui avait enlevé une cargaison de jeunes arbres, et l'avait été vendre à Brazza, alors aux mains des Russes; Dandolo s'en était consolé en disant que ces arbres pousseraient aussi bien à Brazza qu'à Demonico ' ; mais la destruction de la pépinière ne profitait à personne, et ainsi se trouvait retardé le jour où l'on pourrait remettre en forêts quelqu'une des montagnes dénudées de la Dalmatie.

Dans un article paru dans le Regio Dalmata du 12 juillet 1808, Dandolo résume la situation passée et présente de la sylviculture dalmate, et, bien que cet article officiel soit inspiré par des tendances intentionnellement optimistes, il n'est pas difficile de voir percer entre les lignes un profond découragement.

L'agriculture ne donnait pas plus de consolations au provéditeur, qui résume dans un article du Regio Dalmata- tout ce qu'il a tenté pour introduire quelques améliorations; il est obligé de constater que les récoltes continuent à être insuffisantes chaque année, et qu'il faut taire venir du blé de Bosnie, de Croatie et de Hongrie. La culture est toujours aussi primitive : les charrues perfectionnées qu'il a fait venir à grands frais d'Italie sont dédaignées; on dit qu'elles coûtent cher et qu'elles sont fragiles; elles se brisent, en effet, entre les mains de laboureurs maladroits, et l'on ne trouve pas d'ouvriers capables de les réparer. Enfin, et surtout, il faut lutter contre la routine, commune à tous les paysans : nos pères, disent-ils, ont retourné la terre avec un morceau de bois recourbé tiré par huit boeufs, pourquoi ferions-nous autrement qu'eux ? Il en résultait que les labourages étaient superficiels, et que la terre ne rendait pas ce qu'on était en droit d'attendre d'elle: Dandolo estime que, sur une surfice égale, on récolte six fois moins qu'en Lombardic. Malgré la surabondance de bétail, il n'y a pas de fumier; les animaux, trop nombreux, sont pour cela mal nourris, on n'a pas de paille pour les litières; souvent il n'y a même pas d'étables ; les bestiaux passent la nuit dehors, enfermés dans de misérables enclos, ou vaguant dans la montagne; si l'on n'en vole pas, c'est qu'ils n'ont aucune valeur ; la viande ne coûte pas plus cher que le pain, mais aussi elle est d'une qualité détestable.

Nous lisons dans le Regio Dalmata du 8 juillet 1808 une comparaison que fait Dandolo entre le bétail de Dalmatie, et celui qu'il élevait en Lombardie : « J'ai à Varese, dit-il, un troupeau de 430 moutons de race « espagnole (mérinos) qui me donnent un revenu net de 30.000 trancs « par an, tant par la laine que par la vente de reproducteurs; or, il y

Page 1