I. R. D., 2 mai 1807. j 2. IhuL, 17 juin
« ;i en Dalmatic ii.ooo.ooo de moutons, qui ne rapportent que » 600.000 livres, c'est-à-dire 20 fois moins. Il ne serait pas difficile « d'introduire de grandes améliorations en croisant la race et en soignant i> niieu.K les animaux. » Et, pour passer de la théorie .ï la pratique, il profita de l'accalmie qui précéda la guerre de 1809 pour taire venir de \'arese cent béliers qu'il distribua gratuitement aux éleveurs. Beaucoup de ces précieux animaux lurent abattus pendant la guerre, et, cependant, l'espèce ovine fut sensiblement améliorée, ainsi qu'il résulte des rapports des années suivantes.
Il y avait en Dalmatie 2 millions d'animaux (les nombres donnés au chapitre précédent ne se rapportent qu'aux animaux adultes et soumis à la taxe de pacage). Le tableau publié à la suite du rapport de Dandolo ' porte : 1. 105. 078 moutons, 747.526 chèvres, 13 3. 05 4 boeufs, 3 0.488 porcs, 31.286 chevaux et mulets, soit une augmentation de '150.000 têtes sur l'année 1807, mais ni la valeur ni la qualité ne se modifiaient et, ne trouvant pas la nourriture suffisante, ces animaux dépérissaient sans donner aucun profit à leurs propriétaires.
S'il est un point sur lequel les exhortations de Dandolo aient amené un résultat, ce fut au sujet des pommes de terre. Il organisa, pour répandre ce tubercule, une véritable croisade; fonctionnaires, curés, pandours furent invités à faire une active propagande ; le Regio Dalmata est rempli d'articles qui vantent les bienfaits de la pomme de terre, et couvrent de louanges ceux qui ont travaillé à sa diffusion-. On institua, en 1808, des prix de 500, 300 et 200 livres pour les cultivateurs qui auraient obtenu les meilleures récoltes et, grâce à ces industries, on finit par vaincre les résistances de la routine.
Enfin Dandolo s'efforce de donner aux Dalmates quelques préceptes d'économie rurale, en répandant des opuscules composés par demandes et réponses à leur usage, en offrant ses œuvres ' à tous ceux qu'il croyait capables de les lire avec fruit, en encourageant la création d'académies agricoles, et en publiant, dans le Regio Dalmata, une quantité d'articles fort curieux ■». Dans trois de ces articles, parus en septembre et octobre 1S07, il résume tous les obstacles qu'il voit au progrès de l'agriculture et, en indiquant les remèdes, il dit aux Dalmates bon nombre de
I. R. D., 8 juillet 1808. | 2. Z. L., 1807, agric. rub. 8. — R. D., 4 septembre et 20 novembre 1807, 15 janvier, 25 mars, 4 et 25 mai 1808. 1 3. Les huit volumes publiés par Dandolo avaient pour sujet : I-III Amélioration de la race ovine, IV Pommes de terre^ V Engrais, VI Dangers du morcellement, VII Dangers des biens communaux, VIII Nécessité de créer des industries nouvelles dans le royaume d'Italie. \ 4. R. D., 30 août, 18 et 23 octobre 1806 ; 17 janvier, 21 mars, 11 avril 1807; 26 janvier, 17 et 24 juin, 8 et 22 juillet, 9, 25, 30 septembre, 7, 14, 28 octobre, 11 novembre 1S08.
ff^'^.
vérités enveloppées dans des phrases habiles, où il leur démontre qu'ils sont imprévoyants, paresseux, superstitieux, gourmands et ivrognes ; mais rien ne prouve qu'il les ait convertis.
Dans ses grands rapports annuels, le provéditeur développe ses projets de réforme et ses vues d'avenir : « Vous n'ignorez pas, Sire, que le sol « cultivable de la Dalmatie suffirait non à nourrir, mais à enrichir un « million d'hommes, tandis qu'elle n'a que le quart de cette population, « et qu'elle ne peut les nourrir. Il faut prendre des mesures pour rendre « à la culture les terres abandonnées, et notamment les biens communaux, « qui sont presque tous improductifs. Pour cela, il faut faire appel aux « colons et aux capitalistes des pays voisins et, pour attirer les travailleurs « et l'or étrangers, il faut abolir la dîme pour 30 ans. C'est ainsi qu'on a « colonisé les États-Unis. »
Mais Napoléon ne pouvait alors en venir à ces moyens héroïques : on ne pouvait songer à l'avenir quand le présent n'était pas assuré, et les appels du provéditeur ne furent pas écoutés.
Telle fut l'œuvre de Dandolo comme administrateur ; en la parcourant, nous avons oublié les faiblesses de cet esprit généreux; nous ne tenons plus compte de ses prétentions, de ses jalousies et de ses rancunes; nous n'avons plus devant nous qu'un homme intègre, bienftisant et fidèle, d'une ardeur infatigable, et d'une constance qui méritait un meilleur succès. Si quelques-unes de ses théories reposent sur de faux principes, si des illusions chimériques se rencontrent à côté de vues larges et élevées, nous devons nous incliner devant cet homme qui dépensa généreusement une partie de sa vie et de son patrimoine au service de la cause qu'il s'était promis de faire triompher. Trop rares ont été, dans tous les temps, les hommes de cette trempe pour que nous leur refusions le tribut de notre respectueuse estime. Supposons un moment qu'on ait mis à sa place un administrateur imprévovaut, dépensier, ou simplement un fonctionnaire disposé à faire honnêtement son devoir, mais rien que son devoir, il est impossible de mesurer la profondeur du gouflre financier qui se serait ouvert sous les pieds des Français.
Ce sera le principal titre de Dandolo à notre admiration.
ciiAi'irivi-: VI
^' 1. Mamiont et les Russes; traite d'Oubril; bataille de Castelnuovo; travaux à Raguse; perte de Curzola. — §11. Marmoiit et lesTurcs; Kosrew-Pacha; Ali-Pacha. — jnÎLes routes. — C IV. Campagne de 1807; les Russes attaquent les iles ; insurrections de la Poglizza et du Primorje. — 5 V. Traité de Tilsitt; les Russes évacuent Cattaro; occupation et organisation des Bouches. — 5^1. Cour martiale de Spalato ; le général Guillet aux ■ îles. — § \'II. Projets de Xapoléon sur l'Orient ; travaux de défense en Dalmatie ; la légion d.ilmate. — § VIII. Relations avec le Monténégro, l'.Mbanie et la Bosnie. — § IX. .\nnexion de Raguse; Marmont créé duc; organisation de Raguse.
Parti en toute h;\te de \'iennc, à F.innonce des graves événements qui S i- Arri-
, , . ] ■ . n m ■ . '7 1 . . , vée de Mar-
s étaient produits a Kaguse, Marmont apprit en arrivant a Zara, le 21 juu- mont. let, que la situation s'était modifiée, grâce à l'intervention opportune de Molitor; il n'en continua pas moins sa route vers Raguse, d'où il écrit à l'Empereur, le 30 juillet ', pour lui soumettre ses vues quant à l'attitude à prendre vis à vis des Russes et des Monténégrins qui, retranchés entre Ragusa-Vecchia et Castelnuovo, n'entendaient pas laisser le passage libre à l'armée française. La flotte russe continuait h. croiser dans les environs : le 5 juillet, trois petits b;\timents de la marine italienne, VHeuvici, le Marengo et la Trcinaida, avaient été surpris dans la baie de Saint-Georges par une frégate et deux bricks russes : les équipages avaient gagné la terre, et les navires avaient été pris par l'ennemi^. Depuis, une frégate et quelques petits bâtiments s'étaient établis à Ragosnica, le seul point du littoral dalmate devant lequel il n'y ait pas d'île, et, s'abritant dans un excellent mouillage, montaient la garde de manière à rendre absolument impossibles les communications entre le nord et le sud de la Dalmatie.
Au moment où Marmont prenait ses dispositions d'attaque, un officier Le tmité arriva, le 3 août, porteur d'une dépèche qui annonçait la conclusion de " " ' la paix. Un traité avait été signé à Paris, le 20 juillet, par le Conseiller d'Oubril, et l'évacuation de Cattaro par les Russes allait s'opérer pacifiquement. L'amiral russe et le Conseiller Sankovski, à qui Marmont communiqua cette nouvelle, prétendirent n'en être pas informés; ce ne fut qu'au bout de cinq jours qu'ils en reconnurent l'exactitude, tout en taisant remarquer que le traité n'était pas exécutoire parce qu'il n'était pas encore
I. A. G., juillet 1806. — Marmont, dans ses Mémoires, dit être arrivé seulement le 2 août à Raguse; nous relèverons souvent de tels manques de mémoire, et de plus graves. | 2. A. G., juillet 1806.
La Dalmalicdc Tjgi à iSr;. ly
LA DALMATIE DE 1 8o6 A 1809
Pourparlers avec les Russes.
Réorganisation de l'armée.
ratifié'; néanmoins les hostilités furent suspendues, et les Russes, évacuant le comté de Canali, rentrèrent à Castelnuovo^.
Lauriston se rendit dans cette place pour entamer avec l'amiral les pourparlers préparatoires à l'évacuation et à la remise entre ses mains du territoire des Bouches ; au bout de quelques jours, il crut constater que les Russes cherchaient à gagner du temps : « J'ai reçu du général Beilegarde, « lui disait Siniavin, sommation de remettre Cattaro aux troupes autri- « chiennes, le traité signé à Paris porte que je dois remettre les Bouches « aux troupes françaises; il }■ a là une difficulté dont j'ai demandé la « solution à Pétersbourg, et je ne puis agir avant d'avoir reçu de nou- « velles instructions. . . D'ailleurs, les habitants ne veulent pas se soumettre, « et il faut du temps pour les convaincre et les disposer à vous recevoir. » Marmont soupçonnait, au contraire, que les Russes voulaient livrer les Bouches aux Anglais, comme les Autrichiens les avaient livrées aux Russes, et que, les Anglais n'étant pas prêts, on amusait les Français pour donner à la flotte de Malte le temps d'arriver. Pour éviter ce malheur, il fallait se mettre en mesure d'entrer à Cattaro le jour même où les Russes en sortiraient. Marmont réunit donc à Ragusa-Vecchia et à Molonta des vivres, des munitions, de la grosse artillerie; et comme il était maître de la Punta d'Ostro, qui commande l'entrée des Bouches, il se mit en devoir d'y construire une batterie avec laquelle il saurait bien empêcher les Anglais de franchir le détroit. Comme les hostilités étaient suspendues, il transporta par mer le matériel nécessaire, et, en cinq jours, on construisit une batterie qui balayait la passe'; on eut soin de faire savoir à l'amiral Siniavin que ce n'était pas contre lui que ces armements étaient dirigés, que cette batterie était défensive et non offensive; d'assez mauvais gré, les Russes laissèrent terminer le travail.
Pendant ce temps, Marmont s'occupait d'organiser son armée qu'il avait trouvée en un fâcheux état : les hôpitaux encombrés, 200 à 250 décès par mois-t, des services d'approvisionnements insuffisants, des vivres de mauvaise qualité', les employés en lutte les uns contre les autres, en venant même aux voies de fait**. En quelques semaines, la main de cet admirable organisateur eut donné à tous les ser\'ices une tout autre tournure.
Marmont s'occupa aussi d'établir une meilleure répartition de ses effectifs et de combler les vides que l'épidémie }' avait faits. Il renvoya en Italie presque tous les dépôts (celui du 79'' resta à Traù), il versa dans les I" et 2' bataillons les hommes du 3" bataillon des 5% 23% -<)" et 81" dont il renvoya les cadres en Italie et, gardant les compagnies de voltigeurs et de
I. A. G., 1806, août. I 2. A. G., 1806, aoùl. — \V. S., Corr. Timoni, 5,6, 11 août. | 3. W. S., Corr. Tim., 24 août. | 4. A. G., 11 juin. | 5. Ihid., 30 juillet | 6. IhuL, 10 août.
MAUMONT (1806-1809) 259
grenadiers de ces quatre bataillons, il s'en fit un bataillon d'élite de 900 hommes.
Le général Jalras, suppléant Molitor, commandait ;\ Zani; il avait sous ses ordres le 8"-' léger, dont deux bataillons étaient à Zara et le troisième à Sebenico, Demis et Knin. A Spalato, le général Guillet, avec le dépôt du 79*^; l\ Makarska, le général CJilly, avec un bataillon du 8i"'; l'autre bataillon du Si*-' aux îles, un bataillon du éo" à Stagno, pour garder les communications avec Raguse. La légion dalmate s'organisait à Zara, sous la direction du général Milossevich et du chef de bataillon italien Orfengo '.
Le reste des troupes était concentré à Raguse, où Marmont était avec Lauriston, commissaire chargé de la prise de possession, et les généraux \'ignolle, chef d'état-major, Aubrée, commandant de l'artillerie, de Maureillan, commandant du génie. Teste, Launay, Soyer et Delzons. Il disposait de 11.000 hommes, sans compter l'artillerie^ :
2 B™' du 5" de ligne 1.200
2 — du 11= — 1.800
2 — du 23^ — 1.200
1 — du Go' — 700
2 — du 79= — 1.500
2 — du 18' léger i .800
I — d'élite 900
Il fallait de plus compter sur 1.800 hommes de troupes italiennes : un bataillon de carabiniers et un bataillon de vélites de la garde royale qui étaient attendus, ainsi que les chasseurs de Brescia ; le dernier corps arriva réduit à 300 hommes; il avait eu 200 déserteurs entre Trieste et Fiutne, et il fallait peu compter sur ce qui restait.
Marmont se proposait de laisser 600 hommes à Raguse, autant à Castelnuovo, et, avec les 10.000 qui lui resteraient, attaquer les Monténégrins aussitôt après le départ des Russes'; mais les Russes ne partaient pas et, le 9 septembre, on apprit que, le traité n'étant pas ratifié par l'empereur Alexandre, les hostilités reprenaient.
Quand la flotte russe recommença à croiser autour des îles, Marmont Reprise reconnut l'importance particulière de Curzola, qui commande un détroit (sep'tembre de quelques centaines de mètres , par où l'on entre dans le canal de '^°^-) Brazza : il plaça donc dans cette ville une garnison de 400 hommes du
I. A. G., II juillet. I 2. .\. G., 14 juillet. | 3. A. G., Marmont à l'Empereur, 15 juillet.
2éO LA DALMATIE de 1806 A 1S09
81°; on garnit l'enceinte, qui était en bon état, de quelques bonnes pièces d'artillerie, on arma le fort Saint-Biaise, qui venait d'être réparé, et on chargea du commandement le chef de bataillon Orfengo, à qui l'organisation de la légion dalmate, provisoirement suspendue, avait tait des loisirs. On pouvait compter que cette position tiendrait en échec toute la flotte russe.
Evacuation L^ situation de kl batterie de Punta d'Ostro était moins bonne : faite
d'Ostro. pour détendre 1 entrée du détroit, elle était enfilée par les navires embossés à l'intérieur du golfe. Marmont fit donc avertir l'amiral Siniavin que, l'éventualité en vue de laquelle cette batterie était construite ne s'étant pas produite, il allait la désarmer, et qu'il comptait bien qu'on lui laisserait enlever son matériel; les Russes y consentirent d'abord, puis refusèrent; il lallut emporter par terre tout ce qui pouvait passer à dos d'homme, et on jeta à la mer les canons qu'il ne fallait pas songer à traîner jusqu'à Raguse. La flottille qui était bloquée à Ragusa-Vecchia réussit à rentrer à Raguse, grâce à une manœuvre adroite, favorisée par un caprice du vent '.
A mesure que les Français reculaient, leurs ennemis se montraient plus entreprenants; les Monténégrins et Bocquais avaient de nouveau occupé le comté de Canali, les bandes de pillards turcs reparaissaient aux environs de Breno : il semblait que Raguse allât subir un nouveau siège, et que les Russes se disposassent à envahir la Dalmatie.
Bien que ses instructions lui prescrivissent de se tenir sur la défensive, et d'attendre que l'affaire de Cattaro fût réglée par la voie diplomatique, Marmont crut pouvoir, avant d'envoyer ses troupes dans leurs quartiers d'hiver, faire un retour offensif qui montrerait à ses adversaires qu'il fallait compter avec lui. Ce n'était pas tant aux paysans que Marmont en avait qu'aux Russes qui l'avaient joué, sans qu'il pût se rencontrer avec eux sur un champ de bataille.
D.n.iiiicde Le 29 septembre^, le général apprit que les Russes, avant reçu un nou-
Castelnuovo ,. ■ . \ r^ r ■ ■ r ./^'i tii-
veau regmient arrive de Lortou, étaient en forces a Lastelnuovo. 11 laissa à RagusaA'ecchia les hommes écloppés et les bagages, et partit avec 5.000 hommes qui n'avaient avec eux que des vivres et des cartouches. Après une marche de nuit retardée par la pluie, on se trouva au lever du jour à Gruda, à peu de distance du pont de Debelibrieg, où l'on savait trouver les Russes». Là, Marmont fit faire à sa colonne un mouvement à gauche et, tout en poursuivant des bandes de paysans qui avaient commencé le feu dès l'aube, il suivit le flanc des coteaux, de manière à tourner la position des Russes qu'il supposait retranchés dans le col, à la
1. .\. G., Marmont à l'Empereur, 15 juillet. | 2. \ G., Rapport du général VignoUe ; tout ce qui suit en est tiré presque textuellement. | 3. Voir la carte VI et le carton.
MAKMONT (1S06-1809) 261
sortie duquel est le pont de Debelibrieg. S.i conjecture était fondée, cl, quand il eut dépassé le col, il vit les Russes qui se retiraient pour reporter leurs positions plus en arrière. Cette niana-uvre ayant réussi, Marmont la renouvela le lendemain, et, au lieu de suivre la vallée de la Sutorina pour déboucher sur la baie de Topla et attaquer Castelnuovo par l'ouest, il se dirigea, par Prjevor, Mojdez et Mokrine, vers le plateau de Kanuno, qui domine Castelnuovo du côté du nord; il courait ainsi la chance de couper les Russes et de les refouler dans la presqu'île qui se termine à la Punta d'Ostro. Ce plan ne réussit qu'à demi : pendant que la gauche, formée par le 11^ et le bataillon d'élite, avançait péniblement, au milieu d'une nuée de pavsans, la droite, composée du 79"= et des Italiens, ne rencontra aucun obstacle et, se heurtant aux Russes seulement vers le débouché de la vallée, les poursuivit jusqu'aux portes de Castelnuovo, avant que le 1 1= eût eu le temps de leur couper la retraite.
Le résultat désiré était néanmoins obtenu, et Marmont avait appris aux ennemis qu'il ftllait le respecter. Les pertes des Russes furent assez considérables : 350 tués, 6 à 700 blessés, 211 prisonniers; les pa5'sans eurent 400 tués, le double de blessés; on ne leur fit pas de prisonniers, comme de leur côté ils n'en taisaient pas. Le capitaine Gayet, officier d'ordonnance de Marmont, tombé au milieu d'un parti de Monténégrins, eut la tête coupée; en outre, les Français eurent 25 morts et 130 blessés. « La fai- « blesse de cette perte, dit Marmont", est due à la vigueur de l'attaque, « et à la célérité des mouvements. »
Le rapport du général VignoUe est d'accord avec le récit de Marmont, et l'historien ragusain Chiudina fournit à peu près les mêmes indications; quant à Milakovic, il donne une version qui lui est particulière, et où il introduit une foule de détails nouveaux; il raconte comment les Monténégrins tournent les Français et enclouent leurs canons : or, Marmont n'avait pas d'artillerie; les Monténégrins prennent un général et tout son état-major : c'est un fort grossissement de l'affaire du malheureux capitaine Gayet; les Français ont eu 53 officiers tués, 38 et un général blessés^, 48 officiers prisonniers (en tout 139), plus 3.000 soldats hors de combat. Les Russes sont aussi fort mal traités par l'auteur monténégrin; pendant
I. Marmont, Mémoires, L. X, p. 19. | 2. Depuis, U marche des légendes a fait mourir ce général, et des gens instruits montrent au voyageur qui arrive à Castelnuovo par mer un petit mausolée qui est « la tombe du général français ». Renseignements pris, il se trouve que cette sépulture est celle d'un Turc de marque, décédé dans l.i possession turque de Sutorina. Il n'y eut qu'un seul général tué en Dalmatie, c'est Delgorgue. Pour les pertes en officiers tués et blessés, il existe un travail, chef-d'œuvre de patience et d'érudition, où M. Martinien, archiviste-adjoint au ministère de la guerre, a relevé les pertes en officiers faites pendant toute la durée des guerres de la République et de l'Empire : nous y avons eu souvent recours.
toute la bataille, c'est toujours eux qui ont le mauvais rôle : ils sont à chaque phase du combat en retraite, surpris, coupés et finalement sauvés par les Monténégrins. L'auteur leur attribue libéralement 600 tués et blessés; quant aux prisonniers, les Monténégrins les délivrent. Après tant d'exploits, les Monténégrins devaient avoir subi aussi quelques pertes : Milakovic, d'ordinaire si bien renseigné, avoue ingénuement ne pouvoir en établir exactement le chiffre, mais l'évalue à 200 tués ou blessés. Voilà de l'histoire de fantaisie, et il suffit de lire cette page pour être fixé sur le degré de confiance que mérite cet auteur '.
Marmont ne pouvait pousser au delà de Castelnuovo sans manquer aux instructions qu'il avait reçues; il voulut, avant de se retirer, donner un dernier avertissement aux Bocquais, et, à titre de représailles, il fit brûler toute la partie de Castelnuovo qui était en dehors de l'enceinte. Les Bocquais, pour arrêter les progrès de l'incendie, firent une vigoureuse sortie pendant laquelle l'escadre russe tirait de toutes ses pièces sur les régiments français : les premiers pelotons furent assez vivement ramenés en arrière, mais Marmont fit avancer la garde italienne, mécontente de ne pas avoir donné dans le combat de la veille, et, après une brillante charge, la sortie fut repoussée. Le lendemain, 3 septembre, la colonne rentrait à Ragusa-Vecchia, après cinq jours d'absence; les Russo-Monténégrins avaient subi un échec incontestable, et les Bocquais avaient perdu leurs dispositions belliqueuses; pas un ennemi ne se montra pendant la retraite des Français, et Raguse se vit à l'abri des incursions des pillards^. Attitud; Il est pemiis de se demander quel rôle jouaient, au milieu de ces évè- Bdkiirae" ucments, le maréchal Bellegarde et son corps expéditionnaire. Ce rôle fut absolument nul au point de vue militaire : les troupes autrichiennes stationnèrent d'abord à Lagosta, puis dans l'île de Giuppana; leur chef, et M. de Lépine, commissaire impérial, étaient en relations suivies avec les Russes et n'eurent à traiter avec les Français que pour leur demander l'évacuation préalable de Raguse ; un moment, Lauriston avait été sur le point d'y consentir, mo}'ennant la cession immédiate des Bouches. Lorsqu'on apprit qu'un traité avait été signé (c'est le traité d'Oubril, qui ne fut pas ratifié), les Autrichiens voulurent s'entremettre pour recevoir les Bouches des mains des Russes, et Raguse de celles des Français; on leur fit comprendre que le traité ayant été signé sans le concours de leur maître, ils n'avaient pas à participer à son exécution. Quand on apprit la non ratification du traité et que les hostilités reprirent, les Autrichiens rentrèrent
I . Nous ne reprochons pas à Milakovic d'avoir inventé ce qu'il raconte, mais d'avoir recueilli et publié sans aucun contrôle des légendes et traditions populaires, où la mémoire avait moins de part que l'imagination. | 2. \V. S., Corr. Tim., octobre 1806.
dans leur attitude de neutralité malveillante. Enfin, par suite d'arrangements pris :\ \'arsovie, entre Talleyrand et le baron Vincent, ils s'embarquèrent, le 30 mars 1809, après un séjour de dix mois aux environs de Raguse et rentrèrent à Trieste'.
La guerre ayant recommencé, il fallait mettre Raguse ;\ l'abri des Travaux Anglais et des Russes. Du côté de la terre ferme, Marmont fit commencer, lu^uâ""'^ sur la montagne de Saint-Serge, liante de 412 mètres, la construction d'un fort, le Fort Impérial, à l'endroit même où les Russes avaient installé leurs batteries pendant le siège ; le corps de place fut réparé et armé d'une puissante artillerie et, enfin, près du point où se croisent aujourd'hui les routes de Trebinje et de Breno, on construisit une petite redoute qu'on appela fort Delgorgue, en souvenir du général tué en ce même point quelques mois auparavant^. Du côté de la mer, Marmont fit commencer des travaux considérables qui devaient doter la marine française d'un port au moins aussi sûr que les Bouches de Cattaro.
Prés de Raguse, dit Marmont dans ses Mémoires', et parallèlement à la côte, commence une suite d'iles très rapprochées entre elles, qui forment, avec la terre ferme, un canal de huit lieues de longueur, et d'une largeur de i.ooo à 1.500 toises 4. Mer intérieure et rade fermée, toutes les flottes imaginables pourraient y être en sûreté contre le gros temps et l'ennemi, et y manœuvrer sans gêne. Au moyen des diverses passes entre les îles, d'une navigation facile mais d'une défense aisée, à cause de leur peu de largeur, on peut entrer et sortir par tous les vents. En face de Calamata (Calamotta), la première de ces îles, est le golfe d'Ombla; il est perpendiculaire à la côte, et forme comme une rivière (c'en est réellement une); sa largeur est de 3 à 400 toises, l'eau y est d'une grande profondeur, et son entrée est défendue par l'île de Daxa, que je fis armer et fortifier avec soin. Le val d'Ombla forme donc une rade intérieure dans laquelle aucune force maritime ne peut pénétrer de vive force; au fond, coule une rivière sortant d'un rocher dont l'eau est si abondante que son action se flut sentir au loin et fort avant dans la mer. Enfin, en se rapprochant de Raguse, et perpendiculairement au val d'Ombla, est le port de Gravosa ; la nature l'a creusé, et on peut, comme dans la meilleure darse, y armer et désarmer une grande escadre.
Les Bouches de Cattaro étaient sans doute un emplacement autrement propre à une station maritime; les inconvénients signalés par Marmont étaient cependant réels : il n'y avait à Cattaro qu'une seule passe très difficile à franchir avec un vent de sirocco, et très facile à bloquer par un ennemi peu nombreux; à Raguse, il y avait quatre passes, espacées sur
I. W. S. Corr. Tim.. 27 mars et s ^vril 1807. ] 2. A. G., Rapport \'ignolle, 22 octobre 1806. | 3. L. X, p. 20 ] 4. Voir l.i carte IV.
une longueur de 9 à 10 milles marins; ce n'était qu'avec une flotte nombreuse qu'on en pouvait bloquer toutes les issues'.
Le plan adopté par Marmont comportait un S3-stèmc de onze batteries qui, en croisant leurs feux, devaient rendre l'entrée infranchissable; sur ces onze batteries, on en construisit seulement quatre, une sur l'île de Daxa, une à la pointe sud-est de Calamotta, une dans l'ile de Mezzo, tournée vers la passe de Calamotta, et la dernière dans l'ilot de Rudda, gardant la passe de Mezzo, entre l'île de ce nom et celle de Giuppana^ Stagno, sur l'isthme de Sabioncello, était un point important qui protégeait la navigation intérieure et assurait la communication entre Raguse et Spalato; on y construisit un fort et des batteries'. Répartition Les troupcs furent réparties pour l'hiver dans tout le littoral, ainsi pour "hiver qu'il résultc du tableau d'emplacements adressé au ministère le .806-. 807. 20 novembre 1S06+.