DIVISION' LAURISTON A RAGUSE
23"= de ligne, 2 bataillons, Raguse i . 584 ofl". et sold.
60" de ligne, 2 bataillons, Raguse, Stagno, Mezzo
Calamotta i . 890 —
79^ de ligne, 2 bataillons, Raguse 1.836 —
Chasseurs d'Orient, Raguse 77 —
Chasseurs de Brescia, Breno 250 —
Artilleurs et ouvriers français, Raguse et Curzola. . . . 264 —
Artilleurs et sapeurs italiens, Stagno et Daxa 344 —
DIVISION MOLiTOR (Molitor était parti et non remplacé) a zaka
Garde italienne, 2 bataillons, Spalato 823 off. et sold.
5'= de ligne, 2 bataillons, Zara et Quarnero 1-336 —
II'' de ligne, 2 bataillons, Spalato et Traù i . 507 —
Si'' de ligne, 2 bataillons, Makarska et îles i .430 —
8'' léger, 2 bataillons, Zara et Demis i . 622 —
18^ léger, 2 bataillons, Sebenico et Sinj i . 268 — ■
24*^ chasseurs à cheval, 2 escadrons, Zara > 231 —
I . A. G., Mannont à l'Empereur, 5 1 octobre 1806. | 2. Voir la carte IV. Les sept autres batteries ont été construites en 181 1 ; toutes sont abandonnées, et c'est à peine si, la carte à la main, on en retrouve les vestiges. | 5. A. G., Marmont à l'Empereur, 51 oct. 1806. I 4. A. G., novembre 1806. | 5. Marmont (Mém. T. X., p. 24) donne cette situation avec les variantes suivantes : 81= à Zara, 5= à Traù, ii^ à Spalato, S': léger à Makarska, chasseurs à cheval à Sinj. Sa méinoire a dû le tromper ; nous verrons bientôt que le Si'; n'était pas à Zara, mais partie à Makarska, partie aux iles. Au printemps, le 81; léger devait aller tenir garnison .i Traù.
Artilleurs français, Zara 23 r off. et sold.
Artilleurs italiens, Traù 211 —
En y joii^nant l'état-major, la gendarmerie et la réserve d'artillerie, on arrive au total de 15.000 hommes.
Marmont s'occupa avec une grande activité du bien-être de ses hommes : il talonne l'intendance, se fliit envoyer un nouvel ordonnateur, Aubernon, ;\ la place d'un tort honnête homme, qui n'avait pas su empêcher les malversations de ses subordonnés. Le service des vivres, celui du casernement, celui des hôpitaux sont réformés, et, grâce à sa sollicitude, le général peut bientôt dire avec orgueil que ses régiments sont redevenus aussi beaux que jamais'.
L'hiver devait se passer sans incidents; la croisière russe était contrariée P'-'"<: <i«
1 /-iT-n -,,, -, Curzola (12
par le gros temps, Curzola, Lesma, Brazza avaient ete armées et mises a déc. 1806). l'abri de coups de main ; on comptait sur quelques mois de trêve : ces prévisions furent trompées.
Le 9 décembre, Siniavin parut devant Curzola avec trois vaisseaux, trois frégates et deux bricks. Orfengo, que Marmont avait nommé, en septembre, commandant de ce poste, écrit : <; Il me paraît que les Russes « vont tenter un débarquement; je les attends de pied ferme; toutes mes « dispositions sont prises. \'. Exe. peut être assurée de tout notre zèle et « de tout notre dévouement. Ce jour-ci est le plus beau de ma vie, « puisqu'il me met à même de justifier la confiance dont vous m'avez « honoré. » Après cet air de bravoure, le ton baisse un peu : » P. S. On « m'annonce que i.ooo Monténégrins ont débarqué à Blata, que 3.000 « Russes ont pris terre à six milles d'ici, que, en outre des onze batail- « Ions qui ont passé dans le canal, cinq autres viennent de Lagosta. « J'attends les sommations et ferai une réponse énergique'. » Il est clair que le courage d'Orfengo est ébranlé; des rapports exagérés qu'on lui a faits avec intention l'ont inquiété : il se voit déjà avec 400 hommes obligé de tenir tête à 10.000, peut-être plus... Le 10, il répond à une sommation, comme c'était son devoir de le faire ; le lendemain, un assaut donné à la redoute avancée est repoussé; mais Orfengo, ne jugeant pas cet ouvrage défendable, le fait évacuer : les ennemis s'y établissent, menacent l'enceinte, et, le 12, Orfengo rend la place, en obtenant que la garnison sera transportée en Italie 5.
Marmont, qui avait rais à Curzola une bonne garnison approvisionnée pour six semaines, préparait une expédition de secours A Spalato, quand
I. Marmont, Mémoires, L. X, p. 5, sq. ] 2. .\. G., déc. 1806. | 5. A. G., Marmont, ig déc. ; Vignolle, 18 et 21 déc.
vint le surprendre la nouvelle de cet inexplicable capitulation'. La perte de Curzola ouvrait aux Russes le canal de Brazza, entre cette île et la côte de terre ferme ; les navires ennemis y passaient déjà ; il fallut évacuer en toute hâte les positions de Brazza, et deux navires qui ramenaient une partie de la garnison de Milnà furent capturés en vue de Spalato=.
Orfengo, arrêté à son débarquement en Italie, fut amené à Zara, où il comparut devant un conseil de guerre. Etait-ce un traître? Etait-ce un incapable, doublé d'un flmfaron et d'un lâche? Le conseil pencha vers cette dernière opinion, et ne lui infligea que quatre ans de prison ; mais en passant à Trieste, pendant qu'on le reconduisait en Italie, Orfengo échappa aux gendarmes; il alla prendre du ser\ùce dans l'armée russe qui ne fit pas, ce jour-là, une précieuse acquisitions .
§11. M.ir- Pendant l'hiver de 1806-1807, la flotte de Siniavin fut rejointe par une Tur'cs.'^ ^^ escadre qui arrivait de la Baltique : l'amiral eut dès lors sous ses ordres onze vaisseaux et onze frégates; mais il convient de remarquer que la Dalmatie n'était pas son unique objectif. Le 30 décembre 1806, le sultan Sélim avait déclaré la guerre à la Russie, et le général Séhastiani se mettait en relations avec Marmont, en vue de concerter une action év-entuelle de l'armée de Dalmatie et des forces ottomanes ; en attendant, l'ambassadeur demanda des officiers et sous-officiers d'artillerie et de génie pour élever des travaux de défense à l'entrée des Dardanelles et pour instruire les « armes savantes » de l'armée turque. C'est à la présence de ces officiers que le sultan devra le salut de sa capitale, quand, en février 1807, l'amiral Duckworth, ayant forcé le passage des Dardanelles, se présentera devant Constantinople.
Il se créa un mouvement actif de va-et-vient entre le Bosphore et l'Adriatique; la France avait, depuis 1806, un agent, revêtu du titre de consul général, à Travnik, résidence du pacha de Bosnie ; ce consul, nommé David, avait très vite acquis une grande influence sur le pacha qui
Le pacha se ttouvaît être un homme capable de le comprendre t ; Marmont, de son côté, fit des avances à son voisin, lui fit cadeau de quelques pièces d'artillerie de montagne, et lui envoya des officiers pour instruire ses artilleurs. La paix était donc assurée du côté de la Bosnie, et si, comme on l'annonçait, l'armée russe de Michelson voulait passer de Valachie en Dalmatie pour
I. Marmont, Mémoires, L. X., p. 30. | 2. Z. L., 1806, XV, 6280, XVIII, 6275. — A. G., Marmont, 28 déc. — W. S. Corr. Tim., 14 et 28 déc. | 3. Z. L., 1806, XVII, 6140, 1807, XII, 251. Police VI, 1183. — Marmont, Mémoires, L. X, p. 31, sq. | 4. A. E., Turquie, 214 à 219, 224 et cartons du consulat de Travnik, correspondance de David, malheureusement interrompue par une lacune qui va de janvier 1810 à juillet 181 1.
combiner son action avec celle de Siniavin, Marmont était assuré que le pacha lui barrerait le passage.
Les bonnes dispositions du pacha étaient malheureusement loin d'être partagées par les begs bosniaques, parmi lesquels le pacha devait choisir ses officiers, et par les populations de Bosnie et d'Herzégovine : chrétiens ou musulmans, mais avant tout Slaves, les paysans faisaient cause commune avec leurs frères de Dalmatie, s'associaient à eux quand il y avait du butin i foire, nous l'avons vu déjà à Raguse, et donnaient un asile inviolable aux vaincus lorsque la révolte était domptée. A Travnik même, quand le pacha s'éloignait, la situation du consul de France devenait périlleuse, et, plusieurs fois, sa vie et sa famille turent en danger'.
Marmont était également en relations amicales avec le pacha de Le paciu Trebinje, et lui envoya, en avril 1807, une colonne commandée par le ^ '" '"''^' général Launay, pour ramener dans le devoir les begs insurgés. Nous verrons par la suite plusieurs expéditions analogues.
Ali-Pacha, dejanina, entra aussi en relations avec Marmont, par Tinter- i-e pacha médiaire du consul Pouqueville. Pour le moment, All-Pacha se donnait comme ami de la France, et, prétextant que ses sentiments lui avaient valu l'inimitié des Russes, il taisait demander des secours en hommes, en armes, en munitions et en argent. Ces réclamations ne furent pas prises eu grande considération : le 6 mars 1807, Berthier écrivait à Marmont : « L'Empereur ne comprend rien au verbiage de M. de Pouqueville : « Ali-Pacha n'a besoin d'aucun secours ; 3 .000 Russes à Corfou ne peuvent « l'attaquer dans ses montagnes. Veut-il quelques barils de poudre? « quelques boulets? Vous pouvez les lui donner. Le roi de Naples lui a « envoyé 8 pièces de canon et des munitions; vous pouvez lui envoyer « un officier d'artillerie et quelques canonniers, mais il faut qu'il vous « en fasse directement la demande et sans intermédiaire. »
Les choses en demeurèrent là, et, par la suite, Marmont eut à se féliciter de n'avoir accordé qu'une confiance très limitée à toutes les protestations d'amitié du pacha de Janina. Il y avait, d'ailleurs, à l'armée de Dalmatie, des officiers qui avaient pris part, en 1798-99, aux opérations de l'armée des îles Ioniennes, et qui pouvaient dire ce que valait la parole d'Ali-Pacha.
routes.
L'hiver et le printemps de 1807 se passèrent sans que la paix fût trou- 5 m. Les blée en Dalmatie. Russes et Français conservèrent leurs positions; on put
I . C'est une lecture attrayatite que celle des correspondances de D.ivid ; on y voit un homme énergique, adroit, dévoué à son pays, qui, vivant au milieu d'une population fanatiquement hostile, défend son existence tout en servant efficacement les intérêts dont le soin lui est confié.
cependant réoccuper aux îles quelques points que les Russes ne gardaient pas'; la raison en était que Siniavin avait conduit presque toutes ses forces dans l'Archipel, en ne laissant dans l'Adriatique d'autres bâtiments que ceux qui étaient incapables de faire campagne; les corsaires Bocquais suffisaient pour entretenir le blocus, et quelques navires anglais venaient de loin en loin promener leur pavillon en vue des côtes dalmates.
Les communications maritimes n'en étaient pas moins fort difficiles et devaient l'être aussi longtemps qu'une flotte française ne viendrait pas foire la police de l'Adriatique. Marmont résolut donc de profiter du calme relatif dont il jouissait pour créer des voies de communications terrestres.
La Dalmatie n'avait pas eu de routes sous les Vénitiens, qui faisaient tous les transports par mer; pour les relations avec la Bosnie, il y avait comme voies de pénétration des sentiers praticables pour les bêtes de charge, de Zara à Knin, de Spalato à Klissa et Sinj. Les Autrichiens construisirent, comme nous l'avons vu, la route d'Ostrovica à Scardona et Traù, et celle de Sebenico à Knin par Demis; il ne manquait qu'un tronçon de quelques milles pour, faire communiquer Sebenico avec Scardona, Knin et Zara; enfin les Autrichiens avaient réuni Knin à Gospic par une route qui traversait le territoire du régiment de la Lika, et ils se proposaient d'en construire une autre, beaucoup plus directe, mais d'une exécution plus difficile, qui, en franchissant la chaîne du Vellebit, eût mis Zara à trois jours de Zengg-.
En résumé, au sud de la Kerka, les routes parallèles au littoral n'existaient pas, et les routes venant en Bosnie n'étaient que des pistes sur lesquelles les bêtes de somme elles-mêmes ne passaient qu'au prix de beaucoup de temps et de peine >.
Marmont s'attribue, dans ses Mémoires (L. X), tout le mérite du tracé des routes entreprises en 1S07; il ne nomme même pas celui dont les longues et patientes études avaient préparé l'exécution du travail. Depuis plus de dix ans, ce tracé était fait sur le papier par l'ingénieur Zavoreo, et c'est sous sa direction que s'étaient exécutés les tronçons construits par les Autrichiens, ainsi que nous avons eu déjà l'occasion de le dire. Le mérite de Marmont, et il est immense, est d'avoir fait passer ces projets dans l'ordre des réalités, d'avoir exécuté ces routes avec ordre, avec économie, et surtout avec une incroyable rapidité.
Pour mettre de son côté toutes les chances de succès, le général avait besoin du concours, ou au moins de la neutralité de l'autorité civile : il y aurait des expropriations, des réquisitions de travailleurs et de pandours
I. A. G., I. 4, 18. I 2. Voir l'e P. Ch. V. | 5. Voir la Carte VII.
qui pourraient amener des conflits et paralyser la marche du travail. Marmont résolut donc de faire des avances au provéditeur; les relations étaient d'ailleurs beaucoup moins tendues alors que six mois auparavant : en décembre i8o6, Dandolo était venu, par ordre supérieur, à Spalato, pour taire une visite au général en chef, et la glace s'était un peu rompue. Marmont annonça qu'il irait à Zara pour rendre sa visite au provéditeur et prendre part aux fêtes données pour l'anniversaire de l'entrée des troupes françaises, le 17 février 1807. Il fit, en effet, à Zara, un voyage de dix jours, prit part, aux côtés du provéditeur, aux solennités religieuses et mondaines, aux concerts, diners, bals donnés en son honneur; le 15 février, il v eut jusqu'à une chasse à courre ' et, dans toutes ces circonstances, .Marmont se montra gracieu.x avec tous, et galant avec Madame Dandolo, à qui il promit l'épaulette de sous-lieutenant pour son jeune frère; il fut surtout plein d'attentions pour le provéditeur à qui il confia ses projets de travaux; il mena la chose avec tant d'entrain que, lorsque le 20 février le général Delort fit la demande officielle pour obtenir 900 terrassiers, 30 maçons et les pandours, Dandolo accorda tout sans difficulté, et, le 22 février, publia une proclamation^ pour engager les populations à donner leur concours à une entreprise qui serait pour elles un bienfltit d'une valeur incalculable.
Assuré de la coopération du provéditeur, Marmont pouvait se mettre à l'œuvre. Il a raconté longuement, dans ses Mémoires, comment il organisa ses ateliers; nous retenons seulement ici quelques fragments du rapport qu'il adressa, le lé juin 1807, à l'Empereur' :
Sire, privé du bonheur de faire la guerre pendant le printemps, j'ai cherché à rendre utile mon séjour en Dalmatie. L'impossibilité de communiquer par mer depuis que l'ennemi infeste les canaux intérieurs, la nature des communications par terre, qui rendent la défense de la Dalmatie presque impossible, m'a fait former le projet d'exécuter les routes que V. M. a ordonnées. Les troupes de V. M. sont animées du meilleur esprit, prêtes à entreprendre tout ce qui est utile, dans l'espoir de plaire à X. M.; elles ont accueilli avec empressement ce projet; pour en rendre l'exécution plus prompte et plus facile, j'v ai joint un certain nombre de paysans ; indépendamment que cette saison morte pour la campagne les rendait disponibles, les employer, en leur donnant du pain et une légère somme, a été dans cette circonstance une chose d'humanité. Les Morlaques sont, comme tous les barbares, sans prévoj'ance ; après avoir bu et mangé sans mesure pendant six mois de l'année, depuis la fin de l'hiver jusqu'à la récolte, ils éprouvent une disette et des besoins dont on ne peut se iaire une idée sans l'avoir vu, et c'est une chose rigoureuse de dire que la moitié de la population vit, pendant quatre ou cinq mois, avec des herbes et du lait de
1. R. D., 28 février 1807. | 2. R. D., 7 mars 1807. | 5. .\. G., juin 1807.
chèvre. Une nnion de pain est alors d'un grand prix pour eux, c'est donc ce que j'ai accordé aux Morlaqucs avec 5 sols; j'ai donné à chaque soldat 10 sols, c'està-dire ce qu'il lui hut pour vivre un peu mieux et remplacer les cft'ets qu'il consomme.
La première route commencée fut celle de Knin à Spalato; les divers régiments tournissaient des compagnies de travailleurs, et trois ateliers de 300 paysans furent établis sous la surveillance des pandours. Marmont sut mettre de l'émulation parmi ses soldats, en annonçant que chaque régiment aurait son nom gravé sur une plaque de marbre dans la partie de la route qu'il aurait exécutée ' ; cela suffit pour donner aux hommes une ardeur prodigieuse, et, en six semaines, la route était achevée. Ce premier succès engagea Marmont à continuer : cette fois, c'est lui-même qui écrit directement à Dandolo, de Spalato, le 26 jnars^ :
Mon cher provéditeur, l'empressement que montrent les troupes pour faire tout ce que je désire et tout ce qui est honorable m'a décidé à donner plus d'extension au projet que j'avais formé; en conséquence, je vais faire exécuter non seulement la route de Spalato à Sign, mais celle de Traù à Sebenicos. Les troupes feront de 10 à 15 milles, en partant de Traù et de Sebenico ; le milieu de la route devra être fait par les paysans, attendu qu'il exigerait des déplacements de troupes qui seraient embarrassants. On est dans ce moment occupé à faire le projet; vers le 15 avril, les travaux commenceront; je voudrais donc que, pour cette époque, vous ordonnassiez la réunion de 600 pavsans, à Boraïa et à Verpolje, à la disposition du général Tirlet... Je désire également qu'immédiatement après le travail qui s'exécute depuis la Cetina jusqu'aux frontières de Bosnie, et qui va se terminer, vu qu'il offre peu de difficulté, il soit fait une réunion de paysans dont le nombre et le lieu de rassemblement seront déterminés quand je serai sur les lieux pour exécuter la route depuis la frontière de Bosnie jusqu'à \'ergoratz; par le moven de cette route, on aura une communication carrossable jusqu'à la Xarenta.
J'ai écrit au général Lauriston de prescrire au Sénat de Raguse de faire une route depuis Raguse jusqu'aux frontières de Dalmatie+; par ce moyen, il ne serait pas impossible qu'avant trois mois il v eût une communication carrossable entre Zara et Raguse ; je ferai alors un pont de bateaux sur la Xarenta.
Non seulement le provéditeur accorda tout ce qui lui était demandé, et lança une deuxième proclamation datée du i r avril», mais il écrivit, dès le I" avril, à Marmont^ :
1. Ces plaques ont été posées, mais les Autrichiens les ont détruites en 181 5 ; on en voit encore quelques-unes qui ont été seulement martelées, et la tradition seule en conserve le texte, très déformé, à ce qu'il nous a semblé. | 2. A. G., mars 1807. | 5. Il s'agissait non de construire la route à neuf, mais d'améliorer celle que les Autrichiens avaient faite quelques années auparavant. | 4. Cet ordre ne fut pas e.XL'cuté, par suite des résistances du Sénat, qui trouvait que l'État de Raguse n"était déjà que trop accessible. I 5. R. D., Il avril 1807. | 6. A. G., avril 1807.
Cher et digne général, la gloire ne résiste aux outrages du temps que lorsqu'elle est fondée sur de grandes actions et sur des établissements d'une utilité aussi générale que permanente... \'ous allez ajouter aux titres que vous avez déj.'i et vous assurer ainsi ceux dont vous jouirez devant la postérité...
Protit.int de ces bienveillantes dispositions, Marmont obtint l'entretien par ri:tat de toutes les routes nouvelles, et hi création d'un service de relais de poste, plus des indemnités, .\ la charge de la caisse civile, pour les officiers de pandours.
Les routes avaient de quinze à vingt pieds de largeur, et étaient complètement empierrées; en certains points, il avait fliUu faire des murs de soutènement de dix-huit à vingt pieds de hauteur. Quand Marmont envoya à l'Empereur le rapport cité plus haut, les travaux duraient depuis trois mois et demi ; la route de Knin à Klissa, et de Klissa à Spalato était finie; de même celles de Traù à Sebenico et de Trilj en Bosnie; la réfection totale de la route de Salone à Traù demandait encore un mois de travail, celle de Sinj à Raguse, trois mois. Mais les graves événements qui venaient de se produire avaient suspendu les travaux, qui ne furent repris que l'année suivante, et terminés qu'en 181 1.
La dépense n'avait pu être considérable, puisque le terrain n'était pas payé et que le travail était fourni par corvées ; il fut versé aux soldats et aux paysans 120.000 francs; en y joignant les rations de pain, cela tait une somme de 150.000 francs pour près de 120 kilomètres de routes; la dépense revenait à i franc 25 par mètre courant. La vente d'une cargaison de contrebande, dont le produit fut affecté aux routes, donna 44.000 francs , des souscriptions volontaires recueillies surtout à Spalato, par les frères Garagnin, s'élevèrent à 20.000 francs; pour le reste, 86.000 francs, il fallut bien faire appel à la caisse du gouvernement, ce qui mettra fin aux bons rapports du provéditeur avec le général. Mais au coinmencement du mois de juin les choses n'en étaient pas encore là; Dandolo célèbre l'achèvement prochain des routes par une troisième proclamation encore plus hyperbolique que les précédentes. On plaçait les plaques de marbre annoncées, Marmont signalait à la bienveillance de l'Empereur les généraux de Maureillan et Tirlet, le colonel Bachelu, du ii=, comme s'étant particulièrement distingués ; des récompenses sont distribuées aux officiers de pandours, et Danese, qui avait été le collaborateur infatigable de Maureillan dans la direction générale, est l'objet d'un décret du vice-roi, lui conférant une médaille d'or'. Tous étaient dans la joie : les soldats, fiers de l'œuvre utile à laquelle ils venaient d'attacher leur nom, les