‹ La Dalmatie de 1797 à 1815Chapitre 73 sur 156 · I. R. D., 13 juin · texte numérisé non relu

I. R. D., 13 juin

Morlaques, un peu surpris de voir sortir de terre, sous leurs mains, ces routes dont on parlait depuis si longtemps. Le héros de toute cette entreprise fut sans contredit Marniont, à l'initiative duquel le pays était redevable de cet immense bienfait; partout il fut l'objet d'ovations : la ville de Spalato décida de taire frapper une médaille en son honneur", et, depuis ce moment, il est pour les Dalmates l'objet d'une admiration presque superstitieuse ; il devient un personnage légendaire : César, dans les Gaules, Trajan, en Pannonie, n'ont pas laissé un souvenir plus profond ; toute œuvre gigantesque qu'on voit de l'Hémus aux Carpathes est nécessairement le pont, l'arc ou le palais de Trajan : de même, aujourd'hui, en Dalmatie, Marmont est réputé, dans l'esprit des simples, l'auteur d'une foule de monuments dont il n'a peut-être pas même connu l'existence; la route qui va de la Narenta à Raguse porte officiellement le nom de Marmont. Enfin, il circule parmi les Morlaques une sorte d'apologue : Maniioiit est monté à cheval et a dit : Qu'on fasse les routes; et, cjiiand il en est deseendii, les routes étaient faites.

<)iv.Cani- Les hostilités suspendues pendant l'hiver reprirent au printemps 1807, \lo-^.^ '' dès que la flotte russe fut revenue de l'Archipel, augmentée d'un vaisseau turc, le Sad-el-Bahr, pris à Ténédos. Un accord fut fait entre les Russes et les Anglais pour la répartition des croisières; ces derniers se réservèrent la surveillance du Quarnero et des lies qui en ferment l'entrée; ils occupèrent de nouveau, et sans trouver de résistance, San-Pietro de'Nembi et Lussin Piccolo^. San-Pietro était une importante position maritime, Lussin était un port de commerce très riche ; les armateurs qui avaient eu beaucoup de navires capturés pendant la campagne précédente, et pour qui le blocus était la ruine, reçurent très volontiers les Anglais qui leur promettaient la libre navigation, et ils acceptèrent de taire entrer, nonobstant toute prohibition, les marchandises anglaises dans les ports du littoral autrichien.

Les Russes reprirent leurs opérations sur les iles dites orientales, c'està-dire sur le groupe formé par Solta, Brazza, Lésina, Curzola, Lagosta et Lissa'. Ils étaient déjà en possession de Curzola et y avaient une forte garnison ; au printemps, les Français évacuèrent Brazza, qu'ils avaient réoccupée pendant l'hiver, et Solta, qu'ils ne pouvaient défendre. Lissa reçut seulement la visite de deux bâtiments russes qui se contentèrent d'emporter quelques vieux canons, et se retirèrent sans paraître se douter de l'importance stratégique de cette lie. Lésina était encore aux mains des

I. Z. L., XII, 4772. I 2. Z. L., 1807., XV, 6601, XVI, 6250. — Arch. Secr. 254, 293, 312. 486. I 3.Z. L., 1807. Arch. sec. 474. A. G., 5 juin.

MARMONT (l 806-1 809) 273

l-rançais tjui avaient mis les ouvrages en état de défense; le général Aiuqucdc Giiillet y était établi avec une assez forte garnison du 8r' de ligne. Le 29 avril, parut devant Lésina le vaisseau russe ÏÂsie, dont le commandant adressa une sommation au général Guillct, pendant que des trahacoli amenaient des troupes venant de Curzola. Pour ne pas diviser ses forces, en vue d'un assaut, Guillet évacua la batterie de Sauta-N'eneranda, qui pouvait défendre l'entrée du port contre un corsaire, mais qui, dépourvue de grosse artillerie, ne pouvait tenir tète à un vaisseau à trois ponts; il concentra donc ses troupes au 1-ort Espagnol qui domine la ville. Le vaisseau russe prit position à peu de distance de terre et envoya quatre pièces sur l'ilot qui ferme l'entrée du port', à quelques centaines de mètres du quai; dès que cette batterie fut armée, commença un bombardement impitoyable, qui mit la désolation parmi les habitants; la ville subit des dégâts considérables, et la Loggia, œuvre du fameux Sammicheli, fut gravement endommagée; la garnison, retirée dans le fort, n'eut aucun mal, car ce fort, construit sur une hauteur, n'avait rien à craindre de cette canonnade; mais les Russes souffrirent peu, car pour les inquiéter il eût flillu de la grosse artillerie, et Guillet n'en avait pas; c'est même ce qui avait enhardi les Russes tenus au courant, grâce à la complicité des habitants, de tous les détails de la défense.

Le lendemain, 7 à 800 hommes débarquèrent pour donner l'assaut au fort. Guillet avait reçu pendant la nuit quelques renforts, et une pièce de 24 débarquée à Sokolica, sur la côte nord, arrivait aussi vite que le permettait l'absence de chemins. La colonne russe se mit à gravir la pente abrupte de la colline Sainte-Catherine, mais, quand elle fut aux deux tiers de la hauteur, les Français sortirent et se mirent à descendre, la baïonnette en avant, avec tant d'impétuosité, qu'au bout d'un instant Français et Russes arrivaient péle-mèle sur la plage. Les Russes voulaient s'embarquer, les Français les suivaient dans les chaloupes; ils en prirent plusieurs. Beaucoup de Russes furent tués ou se noyèrent, et les autres regagnèrent le vaisseau poursuivis par la fusillade. En ce moment, un boulet de 24 venait atteindre VAsie : c'était le gros canon qu'on avait hissé jusqu'au fort et qui annonçait sa présence. L'Asie, se trouvant à son tour, comme l'année précédente, dans un état d'infériorité, dut lever l'ancre et disparut-.

Les Russes se consolèrent de cet échec en pensant qu'ils ne tarderaient Les conspas à prendre leur revanche : dans quelques jours allait éclater une insur- P'"*'°"*rection préparée de longue main dans de nombreux conciliabules tenus à l'insu des autorités françaises. A la tète du mouvement étaient Zovich, Comte-Grand de Poglizza, Beros, délégué de Makarska, Danese, quelques

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