‹ La Dalmatie de 1797 à 1815Chapitre 75 sur 156 · I. A. N., AFiv. 171 5. Le dossier du procès · texte numérisé non relu

I. A. N., AFiv. 171 5. Le dossier du procès

L'acte de clémence de Marmont, suspendant l'eflet d'une condamnation capitale, motivée par des taits aussi graves qu'indiscutés, fit une grande impression dans les masses et augmenta le prestige du général en chef.

Ce qui fut moins honorable pour l'armée, ce fut la conduite du gêné- Le générai

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rai (juillet charge de reprendre possession tles îles orientales, après le iies. départ des Russes. Le 20 août à Solta, le 24 à Brazza, il y eut des individus fusillés sans jugement, et ces exécutions sommaires n'étaient pas seulement des actes de répression barbares; c'étaient surtout des moyens d'intimidation qui permettaient au général d'appeler ensuite devant lui les notables et de les rançonner. Nous avons sur ce point des données positives dans le journal du chanoine Doimi ' de Lissa :

En août entrèrent dans le port (de Lissa) quatre grosses canonnières qui débarquèrent le délégué de Spalato, G. D. Garagnin, avec son chancelier; le général Guillet l'accompagnait avec son aide de camp, son médecin et 200 soldats commandés par un capitaine. Ils venaient prendre officiellement possession de l'île et y établir une administration régulière.

Le médecin était un singulier personnage ; un carnet à la main, il allait chez les principaux habitants et les intimidait en leur disant que beaucoup de partisans des austro-russes avaient été dénoncés. 11 leur donnait à entendre qu'il était l'agent officieux du général Guillet, que le général était collectionneur d'antiquités, et qu'en lui offrant quelque pièce rare, on le ramènerait certainement à des dispositions plus indulgentes. Pendant ce temps, quatre ou cinq individus étaient arrêtés et mis aux fers à bord de la canonnière Ccmacchksc : et alors les cadeaux de pleuvoir entre les mains de l'officieux médecin; entre autres objets, il reçut une collection de médailles, un petit cerf en or, un autre en argent, une chèvre en argent, des camées, des monnaies, des bagues antiques ; tout ce qui avait quelque valeur dans ce pays passa en sa possession.

Le général Guillet entendit dire qu'il y avait dans la maison Doimi quatre tableaux anciens : il s'}' rendit avec son médecin et se fit donner d'abord une cornaline montée en brillants et deux des tableaux ; il aurait emporté les autres, qui étaient des portraits de famille, si deux vieilles dames (les soeurs du chanoine) ne s'étaient jetées à ses genoux pour le supplier de les leur laisser.

Un des prisonniers conduits à bord de la canonnière paya sa liberté au prix de 1 5 sequins ; on relâcha de même les quatre autres dépouillés de leur argent et de leurs objets précieux; ils reçurent en échange du médecin une paternelle mercuriale et le conseil de se mieux comporter à l'avenir.

A Comisa, l'autre localité de l'ile, le capitaine alla arrêter deux individus qui durent payer une rançon de 100 sequins chacun.

Guillet retourna à Spalato, n'emmenant qu'un prêtre, D. G. Bakotich, de Castel Badessa, qui comparut devant la cour martiale et fut déclaré innocent à l'unanimité, dans le jugement du 4 octobre.

I. Ce journal, dont le manuscrit original est à la Bibliothèque du gymnase de Zara, a été publié d.ms le « Dalmata » de Zara, en septembre et octobre i8!i6.

Garagnin, aussitôt rentré à Spalato, dénonça à Marmont la conduite de Guillet : au premier bruit d'enquête, le médecin disparut; quant à Guillet, Marmont l'obligea à restituer en sa présence les sommes et objets extorqués, puis le renvoya en France. Napoléon, sur le rapport du général en chef, priva de son grade l'officier prévaricateur, qui dut solliciter pour vivre un emploi infime dans les douanes '.

^vii.Pro- L'année 1808 fut une année de paix profonde en Dalmatie, et cepen-

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léon suri'o- dant 1 armée la passa toute entière a se préparer a la guerre.

"^"'' En communiquant à Marmont la nouvelle de la paix de Tilsit, par sa

dépèche du 8 juillet 1807, expédiée le jour même où le traité fut signé, Berthier donnait au commandant de l'armée de Dalmatie des instructions qui faisaient prévoir une prochaine entrée en campagne. Des ordres étaient envoyés pour qu'au mois de septembre, les huit régiments de Marmont fussent portés au complet de 1.260 hommes par bataillon, ce qui devait donner pour 18 bataillons plus de 22.000 hommes^.

Occupez-vous essentiellement, ajoutait le major général, d'obtenir des renseignements que vous enverrez directement à l'Empereur par des officiers sûrs.

1° Géographiquement et administrativement ce que vous pourrez obtenir sur la Bosnie, la Macédoine, la Thrace, l'.^lbanie et la Grèce.

2" Quelle population turque, quelle population grecque? Quelles ressources ce pays offrirait en habillements, vivres, argent, pour une puissance européenne qui posséderait ce pays ?

Un second mémoire sera un mémoire militaire. Si deux armées entraient à la fois, une par Cattaro et la Dalmatie dans la Bosnie, l'autre par Corfou dans la Grèce, quelle devrait être la force de toute arme pour la réussite ? Quelle espèce d'arme est la plus avantageuse ? Comment passerait-on l'artillerie? Comment pourrait-on se remonter? Conuuent se recruterait-on? Quel serait le meilleur moment pour agir ?

Puis, comme regrettant d'avoir confié un grand secret, Berthier ajoute : « Tout ceci, général, ne doit être regardé que comme un calcul hypothétique... » Mais Marmont ne pouvait s'y tromper : les révolutions de Constantinople, faisant d'un jour à l'autre passer l'influence des amis de la France aux partisans des Anglais, avaient refroidi l'ancienne bienveillance de Napoléon pour les Turcs. La chute récente du sultan Sélim n'avait eu d'autre cause que l'amitié que ce prince avait montrée pour les Français et la fltveur avec laquelle étaient reçus leurs conseils; si ceux qui gouvernaient au nom de son successeur ne s'étaient pas déclarés

I. R. E., AFiv. 1715. — Z. L. , Arch. sec, 1807, 1158, 1292. — Marmont, Mémoires, 1. X, p. 60 sq. | 2. Les situations au i" j.invier 1808 donnent seulement 14.959 hommes d'infanterie française. (A. G.).

ouvertement contre la France et avaient continué la guerre contre les Russes, c'est .\ l'énergie de Sébastiani qu'il fallait l'attribuer, et une autre révolution pouvait précipiter la politique ottomane dans le sens des intérêts anglais. Le rapprochement intime qui s'était produit entre l'empereur Alexandre et Napoléon, sur le radeau du Niémen, avait déterminé dans l'esprit de ce dernier un revirement complet au sujet de la Turquie, et Marmont avait reçu l'ordre de se tenir sur la réserve : « Tenez-vous tou- « jours, lui écrivait Berthier, dans la meilleure amitié avec le pacha de « Bosnie, mais néanmoins vous resterez dans une situation plus troide et « plus circonspecte que devant '. »

L'idée d'un partage des Etats ottomans commençait à prendre corps, et parfois les deux empereurs se laissaient aller à taire de grands partages de provinces, dans les entretiens intimes si bien racontés par M. Vandal :

Napoléon les montrait du doigt sur la carte ut taillait le domaine respectif des deux puissances dans les possessions diminuées de la Turquie ! La Russie ambitionnait depuis un siècle les principautés moldo-valaques et les occupait militairement aujourd'hui ; elles constitueraient son lot. Au besoin, si l'on franchissait le Danube, une portion de la Bulgarie pouvait partager le sort des principautés. Q.uant à la France, elle trouvait hors de ses possessions d'Illyrie matière à s'étendre, et Napoléon indiquait tantôt l'Albanie et la Bosnie, qui donneraient plus d'épaisseur et de consistance à la Dalmatie, cette mince province allongée sur la côte adriatique, tantôt l'Albanie, l'Epire, la Grèce qui la prolongeaient au sud. Toutefois, si les deux souverains prévovaient d'idéales conquêtes, ils n'en déterminaient pas rigoureusement la valeur et l'étendue ; ils ne traçaient point de frontières-.

Si l'intégrité de l'Empire ottoman pouvait échapper au danger qui la menaçait, c'était par une coopération effective de la Turquie à la gigantesque expédition que les empereurs se proposaient quelquefois de diriger vers l'Inde, pour y atteindre au cœur les intérêts du commerce anglais, en reprenant l'itinéraire d'Alexandre le Grand.

Dans l'un et l'autre cas, l'armée de Dalmatie était aux avant-postes et Préparatifs

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