T-ï* rT-Mur 1 de Marmont
devait être la première a entrer en Bosnie par 1 ravnik et Mostar, pendant que l'armée de Corfou, venue du royaume deNaples, marcherait soit sur Salonique, soit sur la Grèce.
C'est en vue de ce rôle important que Marmont va se préparer lui-même et préparer ses soldats.
Il commença par faire continuer les routes dont l'insurrection de juin Travaux 1807 et la marche sur Cattaro avaient arrêté les travaux; il s'occupa ensuite de mettre en état de défense toutes les places fortes de Dalmatie et
de défense.
I. Berthier à Marmont. Mémoires, 1. X. Correspond.ince, page io8. | 2. A. N'.mdal, Tilsit et Erfurt, p. 76.
d'Albanie. A Zara, il fit construire une batterie rasante pour défendre l'entrée du port et le ravelin qui complète l'ouvrage à cornes ' du côté de la terre. Klissa, Knin, le fort de San-Nicolo, Raguse, Castelnuovo et Cattaro furent armés et approvisionnés de fiiçon à pouvoir soutenir un siège; au contraire, on déclassa Budua, le fort de la Trinité près de Cattaro, et Stagno qui avait beaucoup perdu de son importance depuis le jour où l'achèvement des routes avait permis d'aller par terre de Raguse à Spalato^. L'enceinte de Traù et celle de Spalato furent démolies. « Je ne « puis garder ces places faute de monde, disait Marmont, et si l'ennemi y « entre, il me faudra trois mois de siège pour l'en déloger?. « Pour ménager les susceptibilités des habitants, on déclara que le démantellement était fait pour des raisons d'hygiène et d'embellissement; sur les anciens glacis on créa des promenades ■*.
L'armée, grossie au printemps 1808 de nouvelles recrues, atteignait l'effectif de 20.000 hommes; il est vrai que les deux bataillons de la garde italienne allaient quitter la Dalmatie ; la bonne intelligence n'avait jamais régné Difficultés entre eux et les Français. Les Italiens se plaignaient d'avoir été traités avec
de Marmont , .,,.* j ,, ^i-- jr^ i
aveckstrou- peu de Considération, tant pendant 1 expédition de Lastelnuovo que penpes Italien- ^^^^ l'insurrcction de Poglizza; ils accusaient les généraux français de leur avoir assigné des postes de seconde ligne où ils n'avaient jamais eu à se signaler, à quoi les Français répUquaient que les Italiens n'avaient jamais montré le désir d'aller là où il y a des coups à recevoir; pour manifester leur mécontentement, les othciers, généraux en tète, avaient refusé de taire partie du tribunal militaire de Spalato. De plus, ils prétendaient, comme troupe d'élite, au privilège de tenir la droite chaque fois qu'ils étaient réunis avec les régiments français qui n'étaient que de la troupe de ligne.
Enfin, ils déclaraient que la garde royale devait ser\-ir sous les ordres du vice-roi; quand on les avait envoyés en Dalmatie, c'est qu'il était question que le prince y vînt lui-même pour se mettre à leur tête; mais il n'était pas venu, il ne devait vraisemblablement pas y venir; leur place était donc autre part. Toutes ces querelles étaient envenimées par Dandolo qui prenait en toute occasion le parti de ses compatriotes. Les Italiens furent donc renvoyés en Italie au commencement de 1809 ; on garda les chasseurs de
I. Voir les ouvrages indiqués en rouge sur la carte II. | 2. Z. L., 1808, X, 2.250, 6.089, I2-933- I 3- Z. L., 1808, XII, 5.285. I 4. Celle de Spalato a disparu quand on a commencé la construction des Procuraties, et il est question de la restaurer ; la rue qui passe en cet endroit vient de recevoir le nom de rue Marmont. Celle de Traù existe encore, quoique assez négligée; elle est ornée d'un petit temple circulaire en marbre, « hommage de la reconnaissance des Traurins envers le général Marmont, » dans lequel dev.iit être placé un buste de l'Empereur ; ce petit édifice, d'un stjle assez imparfait, men.ice ruine.
Brcscia, devenus i" bataillon du 3' léger italien, et on le plaça :\ Cattaro, c'est-à-dire aussi loin que possible de Zara et du provéditeur.
L'administration militaire italienne faillit faire payer cher à Marniont ses prétendus dédains. Le ministère de la guerre français ayant réclamé au Trésor italien les dépenses taites pour l'entretien des troupes italiennes et une quote-part dans les dépenses faites pour travaux, le ministère italien refusa de verser ces sommes en alléguant des irrégularités de comptabilité et en insinuant des accusations plus graves. Le 7 mars 1808, le ministre de la guerre Clarke adressa à Marmont une remontrance sévère et l'invita à justifier de l'emploi d'une somme de 473.282 francs. Napoléon lui écrivit de Bavonne, les 8 et 16 mai, deux lettres brèves et cruelles où il lui exprimait tout son mécontentement. Marmont atterré, mais fort de son bon droit, tint tète à l'orage : dans un lumineux rapport du 30 mars au Ministre, dans une longue lettre du 15 juin à l'Empereur, il montra que toutes les dépenses en cause avaient été fiiites suivant les ordres de l'Empereur ou du vice-roi, ou qu'elles avaient été imposées par une nécessité impérieuse. Dans une dépêche du 26 septembre, le Ministre se fit un devoir de reconnaître que les explications étaient satisfaisantes et le Trésor italien fut mis en demeure de verser les sommes dont il était redevable '.
L'insurrection de juin 1807 avait encore une fois empêché de procé- La légion der aux opérations du recrutement; un décret du 9 décembre 1807 ordonna la levée de 1.750 conscrits, ce qui permettrait de former le second bataillon de la légion dalmate. Des mesures sévères furent prises pour prévenir tout désordre et Dandolo crut de son devoir d'élever la voix pour réveiller chez ses administrés l'esprit militaire un peu endormi - :
Jeunes Dalmates, tous les peuples sujets du Grand lui ont fourni à l'envi des soldats. — Le Grand les a menés à la victoire, la guerre a été terminée et la paix est assurée pour longtemps. — Vous n'avez pas été appelés à temps pour rivaliser de valeur avec vos frères de France et d'Italie, mais, si vous n'avez pas pu vous signaler sur les champs de bataille, vous vous montrerez digne du Grand en courant avec ardeur vous enrôler sous ses étendards immortels. Au bout de quatre ans, vous maudirez la loi qui vous renverra dans vos foyers, mais votre chagrin sera tempéré par le légitime orgueil que vous éprouverez en vous sentant plus dignes de la bienveillance souveraine, de l'estime de vos compatriotes et de l'amour de vos iamilles.
Ces paroles entraînantes, l'action de la gendarmerie et le souvenir tout récent des exécutions sommaires produisirent leur cflet, et, pour la première fois depuis trois ans, les opérations du recrutement marchèrent à
I. Ces six pièces sont reproduites par Marmont à la suite du livre X de ses mémoires. I 2. R. D., I) janvier 1808.
La Dahnatic de 7797 à iSij. 19
peu près régulièrement. Le 12 janvier, on put expédier 300 conscrits à Venise pour le i" bataillon, qui était alors à Mantoue ; i . 100 autres, destinés à former le 2" bataillon, furent assez rapidement réunis à Demonico '.
Dandolo, assiégé par les personnes influentes qui sollicitaient des dispenses, écrivait à Milan sans relâche, présentant, selon son habitude, un seul côté de la question, celui qui était favorable à sa cause. Le Gouvernement finit par se préoccuper de ces plaintes : il ordonna une enquête et prescrivit la suspension des opérations du recrutement ; étourdi de ce demisuccès, Dandolo annonça avec éclat le licenciement de la légion^ ; les militaires protestèrent > et le provéditeur dut faire insérer dans le Regio Daliiiata-^ une note reconnaissant que le licenciement d'une troupe constituée ne pouvait être prescrit que par les autorités militaires, lesquelles n'avaient reçu aucun ordre à ce sujet.
Les opérations reprirent et les conscrits, après cette fausse joie, durent s'acheminer tristement vers Cattaro au mois de mai >. Malgré les précautions prises pour empêcher les désertions, notamment en transportant les conscrits par mer jusqu'à Stagno, 180 légionnaires disparurent chemin fiisnnt après avoir fait usage de leurs armes contre leurs officiers qui cherchaient à les retenir^.
Dandolo ne supporta pas sans ressentiment l'aifront qu'il s'était attiré, il faut bien le dire, par sa précipitation. Pour la dixième fois, il offrit sa démission, on la refusa et il la reprit, non sans donner libre cours à ses rancunes contre Marmont : le 5 avril 1808, il écrit à l'Empereur :
La paix avec la Russie, en faisant cesser la guerre sur le continent, me consolait et j'espérais m'en ressentir... Que vous dirais-je. Sire? la guerre a cessé pour tout le monde, excepté pour moi. Le général Marmont se plaît à la continuer contre le gouverneur civil de la Dalmatie. J'ai demandé cent fois au général pourquoi il contrariait de la sorte un homme qui, se bornant à l'exercice des devoirs qui lui étaient imposés par ses attributions, n'avait garde de toucher à celles d'autrui (ici Dandolo se foit quelque peu illusion). Cent fois je lui ai fait sentir que j'aurais préféré d'être en prison sous la sauvegarde des lois que provéditeur général exposé à voir entraver, renverser ce dont il était à moi de juger et de répondre. Je n'en ai reçu que la seule réponse tranchante : que j'avais à me
plier aux circonstances Marmont sait que ni à Campo-Formio, nia Milan,
je n'ai donné preuve de la souplesse qu'il me conseille vis-à-vis de plus fort que lui.., et c'est même là ce qui a valu au prisonnier Dandolo la bienveillance du général Bonaparte?.
Ces lettres restèrent sans réponse : on connaissait Dandolo et on le pre-
I. R. D., 22 janvier. ] 2. R. D., 29 janvier. | 5. A. G., Vignolle, 7 février. Marmont, 16 lévrier. | 4. R. D , 12 février. | 5. A. G., Marmont, mai. | 6. .\. G., Marmont, 22 mai 1808. 1 7. TuUio Dandolo. Ricordi.
MAUMûxr (1806-1809) 291
nait tel qu'il ct.iit, avec ses incomparables qualités comme avec ses insupportables détauts.
Quant à Marniont, il vi\aic heureux au milieu de ses soldats, assurant leur instruction d'abord, puis leur bien-être et leurs distractions. Il donnait des fêtes de toute sorte : concerts, bals, spectacles ' ; il avait pour principe que, pour gagner la Dalmatie, il suffisait de savoir se taire bien venir des dames. Les officiers lui venaient en aide; on sait que les soldats de Xapoléon avaient de grandes prétentions sur ce chapitre, et le brave colonel du H'-" n'était pas sans raison connu dans l'armée sous le surnom du beau Bacbelu. Marmont, qui avait aussi la prétention d'être un « bel officier », ne demeurait pas en arrière; il nous raconte lui-même -que, pendant son séjour ;\ Zara, il faisait à M""= Dandolo une cour tellement assidue que le proN'éditeur en prit ombrage : ce fut un grief de plus, alors qu'il n'en manquait déjà pas.
Terminons ce que nous avons dit de l'organisation militaire en signalant la création de trois bataillons de garde nationale sur lesquels on comptait pour défendre le pays dans le cas où l'armée régulière serait appelée à entrer en campagne. Les événements montrèrent ce qu'il tallait attendre des « soldats-citoyens » de Dalmatie.
Pour préparer la marche en avant de son armée et pour repondre aux §viii.Re-
... ,, 11. j 1- l.itions avec
mstructions reçues de Berthier, Marmont chercha a nouer des relations lesMonténé-
étroites avec ses voisins de Monténégro, de Bosnie et d'Albanie.
Le Vladika avait tout d'abord manifesté les dispositions les plus pacifiques à l'adresse de la France >. Quand Marmont alla, à la fin d'août 1807, inspecter les Bouches, il eut avec le Vladika une entrevue très amicale-*.
« Je lui demandai pourquoi il nous avait fait la guerre ; il me répondit h que, placé sous la protection de la Russie, comblé de ses bienfaits, il « avait cru de son devoir de lui obéir; mais aujourd'hui le nouvel état « de choses changeait sa condition et lui imposait d'autres devoirs. Il « m'assura que le peuple du Monténégro vivrait en bon voisin, ne donne- « rait lieu à aucune plainte et qu'il ambitionnerait de posséder les bonnes « grâces de mon souverain. »
Cette entrevue fut, on le voit, très cordiale et pour deux raisons : la première, c'est que les Monténégrins, sérieusement éprouvés par les pertes faites depuis quelques mois et abandonnés par les Russes, ne se sentaient
I. Il y a, dans la correspondance du lieutenant Sallantin, d'intéressants détails sur la vie de garnison en Dalmatie de 1807 à 1809. | 2. Marmont, Mémoires, 1. IX, p. 385. | 3. Lauriston à Marmont, 10 août. Mémoires de Marmont, 1. X, Corresp., p. 109. | ■\. Marmont, Mémoires, 1. X, p. $8.
grins.
pas en mesure d'entamer seuls une guerre contre les Français; le Vladika ne connaissait pas les intentions de Marmont, il foUait le désarmer en faisant montre de dispositions pacifiques; la deuxième raison de l'accord survenu entre le Vladika et Marmont, c'est que celui-ci, bien que dans son esprit l'entente dût revenir à une main mise sur le Monténégro, s'était bien gardé d'aborder aucune question brûlante et s'en tint pour la première fois à des généralités banales.
Quand les pourparlers commencèrent sérieusement quelques mois après, Marmont était porteur des propositions de l'Empereur qui voulait à tout prix obtenir la soumission des Monténégrins et revenait fréquemment sur ce sujet dans sa correspondance. Il ne s'agissait pas d'amener les Monténégrins à se reconnaître sujets de l'Empire français : l'Empereur voulait seulement un acte où ils se placeraient sous sa protection. Le Vladika éludait toujours la réponse et se contentait d'assurer que, s'il fallait fiire la guerre aux Turcs, la France pouvait compter sur son concours; enfin, poussé à bout, il déclara ne pouvoir donner aucune réponse sans avoir reçu des instructions de Pétersbourg.
Marmont fut également battu sur un autre point : l'Empereur lui avait ordonné d'envover au Monténégro un consul qui, voyant toute chose de près, pourrait tenir le général au courant des intrigues dont Cetinje était le théâtre.
Marmont désigna pour ce poste le lieutenant dalmate Tomich, qui fut agréé, mais sous la condition formelle qu'il résiderait à Cattaro. C'est dans les mêmes termes que sera agréé, en 1810, le colonel Viala de Sommières, qui ne put visiter le Monténégro qu'en disant qu'il voulait en étudier les plantes et qui fit, comme botaniste, le voyage qu'on ne lui permettait pas de faire comme diplomate.
A partir de juin 1808, les relations avec le Monténégro deviennent de plus en plus tendues' ; de Russie venaient des excitations, sourdes encore, contre la France; l'Autriche, qui se préparait à la guerre, envoyait .ses agents à Cetinje ; on y signale à plusieurs reprises la présence de Danese et du P. Dorotich.
En août 1808, le district bocquais de Braici s'insurge, et 3 à 400 Monténégrins descendent au secours des révoltés. Le général Delzons, chargé de les réduire, est repoussé le 22 août, avec des pertes sérieuses, et doit revenir avec un millier d'hommes pour avoir raison de l'émeute.
Le Vladika, à l'instigation duquel on savait que le mouvement avait éclaté, fit dire à Marmont qu'il n'avait pu retenir .ses compatriotes et adressa ses excuses avec force protestations de dévouement; mais ni