‹ La Dalmatie de 1797 à 1815Chapitre 78 sur 156 · LA CAMPAGNE DE · texte numérisé non relu

LA CAMPAGNE DE

mais ils pouvaient compter sur le concours de la population de la Dalmatie; ils avaient formé un corps franc de 1.400 lionimes avec tous les déserteurs passés en Croatie ' ; on y avait joint quelques bandes de brigands qui, sous l'œil tolérant des autorités autrichiennes, attaquaient, dépouillaient et égorgeaient les voyageurs, courriers et soldats isolés qui se rendaient d'Italie en Dalmatie par la voie de terre ' ; un des chefs de bande était le fameux Barzillo qui, après des exploits devenus légendaires, avait été pris, jugé, condamné ;\ mort, gracié par Lauriston, et qui avait repris son métier avec plus d'audace que jamais.

Dans le pays même, les Autrichiens avaient une foule d'agents dévoués qui préparaient un soulèvement général ' ; d'un rapport du 29 janvier, adressé au Ministère de la guerre à Vienne, il suit que, déjà à cette époque, une vingtaine de Dalmates, capoi'illas, curés ou pandours, promettaient de réunir chacun cent volontaires, et dès lors ils recevaient un subside mensuel de 10 à 50 florins ; on verra que tous s'efforcèrent de gagner honnêtement cet argent-*.

Entîn, dans les iles de Quarnero, les habitants n'attendirent pas la déclaration de guerre pour marquer leur hostilité envers la France; pendant la deuxième moitié du mois de mars, on enleva le gouvernail à tout navire chargé de provisions à destination de Zara'.

C'est le 1 1 avril qu'on reçut la nouvelle des premières hostilités. Dan- 5 11. nédolo et Marmont lancèrent chacun une proclamation, le provéditeur dès !iu'errè"" le 1 5 , le général le 23 ^.

Soldats, disiiit Marmont, voici trois ans que nous gémissons dans loisiveté; depuis trois ans, malgré nos ardents désirs, nous n'avons pu prendre part aux prodigieux faits d'armes qui ont émerveillé l'Europe.

Enfin, nos désirs sont exaucés : un vaste champ s'ouvre devant nous.

Une puissance que vous avez tant de fois vaincue ose reprendre les armes : de nouvelles victoires répondront à cette folle audace.

Soldats, nous endurerons de grandes fatigues et de grandes privations, mais vous les supporterez avec courage, parce que la constance avec laquelle vous les surmonterez n'est pas moins nécessaire que la valeur qui se déploie sur le champ de bataille. \'olis serez dignes de vous-mêmes, dignes soldats du plus grand des empereurs.

Soldats, le grand Napoléon vous regarde : vous aurez part aux récompenses dont il aime à combler ses armées, parce qu'elles le méritent.

Soldats, nous nous mettrons bientôt en marche, et si nous nous élevons à la

I. W. K., 1809, F. 12, n°s 46 et 47. | 2. R. D.. 19 août, 7, 14 octobre 180S. I 3. Z. L., Arch. secr., 51 octobre 1808. | 4.\V. K. F. 7, no n. ] 5. W. K., F. 2., n"5 I, 5, 4, 7; F. 3, no 19. I 6. Z. C, Imprimés. — R. D., 21 avril (Proclam.ition de Dandolo). — 28 avril (Proclamation de Marmont).

hauteur de notre destin, nous formerons bientôt l'aile droite de la Grande Armée. Préparez-vous à combattre.

De mon quartier général d'Ostrovizza, le 23 avril 1809.

LesAutri- Ce furent les Autrichiens qui prirent l'offensive dans les derniers jours

nèm l'offen- d'avril. Le général Stoissevich, parti de Gracac le 20, passa la frontière et

"™" s'établit le 26 à Privée, point où la Zermanja foit un coude brusque, et,

cessant de couler du nord au sud, prend la direction de l'est"; il y avait

là un pont, Kravni-Brod, qui était la clef de la position et qui fut mis en

état de défense.

Pendant ce mouvement du centre de l'armée autrichienne, les ailes avançaient rapidement; la gauche, sous le capitaine Gerstorf, partait de Drenovac, et par Golubic tournait la position de Knin pour se répandre dans la vallée de la Cetina; le 28 avril, Verllka fut surprise ; la garnison se composait de pandours qui s'enfuirent en laissant leurs officiers aux mains de l'ennemi-. A droite, les Autrichiens sortirent par toutes les passes de la chaîne du Vellebit, le capitaine Novich sur Ervenik et Xegar, le major Slivarich sur Obrovac, le capitaine Bersich sur Starigrad ' ; et les trois attaques furent couronnées de succès; les deux rives de la Zermanja, de Kravni-Brod à la mer furent bientôt au pouvoir des Autrichiens; de Starigrad, ils passèrent à Castel Venier et poussèrent jusqu'à Islam un poste avancé qui menaçait les communications de Marmont avec Zara.

Le général en chef envoya la brigade Soyez pour dégager sa gauche, mais Soyez fut repoussé; le commandant Jardet, du 18' léger, s'étant engagé avec trois compagnies dans Obrovac, fut fait prisonnier avec plus de 200 hommes et le reste de la brigade se retira sur Ervenik. Le récit que Marmont donne de ce fiit d'armes -t se trouve contredit par l'examen des lieux et par le rapport adressé le 5 mai au ministre de la guerre par le chef d'état-major Delort >.

Le mouvement fait par le général Soyez n'était d'ailleurs destiné qu'à détourner l'attention de l'ennemi ; devant s'engager à travers la Croatie, Marmont devait s'attendre tôt ou tard à perdre ses communications avec Zara ; il voulait, comme il nous l'apprend lui-même, diviser ses ennemis avant de frapper un grand coup sur la position de Kravni-Brod : la brigade Soyez fut donc ramenée en arrière après s'être montrée sur la Zermanja et alla occuper la droite de la ligne française.

I. Voir les cartes du théâtre de cette campagne, pi. VIII. | 2. Z. L., Arch. secr., 162- I 3. Z. L., ihici, 723. — W. K., F. 5, n. 69. | 4. Marmont, Mémoires, 1. XI, p. 138. | 5. A. G., Rapport Delort, mai 1809. Nous allons faire de nombreux emprunts à ce rapport dans les pages qui vont suivre; nous avons aussi consulté avec profit les lettres adressées à sa famille par le lieutenant Sallantin, du 11= de ligne, qui prit part à tous ces combats. Nous devons communication de ces lettres au fils du lieutenant Sallantin. conseiller à la Cour de cassation.

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