‹ La Dalmatie de 1797 à 1815Chapitre 81 sur 156 · I. R. D., 16 juin. 1 2. A. G., Dépêche de Marmont, du 4 mai · texte numérisé non relu

I. R. D., 16 juin. 1 2. A. G., Dépêche de Marmont, du 4 mai

(' Les Croates ottomans, écrit David, ennemis de leurs voisins et tou- « jours armés contre eux, ont envahi la Croatie autrichienne... Ils ont « pris par escalade la forteresse de Czcttin, et par surprise celle de Dres- « nick, xM. de Mittheiser (consul autrichien), ayant remarque qu'un des « principaux begs de la Croatie ottomane me venait voir souvent, me « témoignait de l'amitié et recevait de moi de petits présents, en a conclu « que les Français avaient payé les chefs de ce pays pour faire cette diver- « sion ; mais les Croates ottomans n'avaient pas besoin de notre argent « pour haïr tes Autrichiens'. »

Les représentations que fit le consul d'Autriche au pacha de Travnik n'eurent aucun succès; le pacha, dévoué à la France, répondit qu'il n'avait aucun moyen d'action, et pendant ce temps, il écrivait au consul que 16.000 hommes s'étaient réunis près de Raguse sous le commandement de l'aga de Mostar, ennemi des Français, et que c'était lui qui les avait empêchés d'entrer sur le territoire français-.

Il est probable, en effet, qu'Ibrahim-Pacha avait désavoué l'aga, mais ce qui avait agi plus efficacement encore, c'était la nouvelle des victoires de Marmont et surtout celle des succès remportés par Napoléon sur le Danube, succès qui ouvraient aux Français la route de Vienne et déterminaient la retraite de l'archiduc Jean. La défaite de Sacile était réparée, le prince Eugène marchait sur \'ienne et Marmont pouvait aller le rejoindre.

jiv.Tra- Depuis le I" mai, le général Stoissevich n'avait pas quitté ses positions; Crc»t1e%.l"r SCS forces s'étaient vues diminuées de deux bataillons qu'il avait fallu Marmont gnvover en Croatie pour défendre la frontière; de plus, beaucoup de sol-

(14-28 m.ii)- ■' j ■ TT

dats, sachant leurs loyers et leurs familles menacés, avaient déserté. Il est vrai que, d'autre part, deux nouveaux bataillons étaient venus se joindre à la petite armée; cependant Stoissevich s'obstina à rester sur la défensive. Une fois, cependant, le Samai, il s'était aventuré au delà de la Zermanja pour surprendre le camp d'Ostrovica; mais, après avoir marché toute la nuit, il fut découragé par les rapports de son avant-garde et regagna ses positions.

Le II mai, Marmont ayant appris que l'armée d'Italie se remettait en marche, se décida à taire un nouvel effort pour s'ouvrir un passage. Le i^, il reprenait contact avec l'ennemi '.

I. A. E., Turquie, 218. 6 m.ai. | 2. A. E., ibid., 8. 16, 17 mai. | 5. Pour le récit de la campagne qui va commencer, nous avons puisé dans les rapports de Marmont et du chef d'état-major Delort, qui sont à P.iris, aux Archives de la Guerre.

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L.i division Cl.iLizel était à droite, s'appuyant sur Knin, la division Montricliard .\ gauche, en face de la position de Kravni-Brod. Les Autrichiens se tbrmèrent également en deux colonnes : une, établie dans les fortes positions situées au dessus de Kravni-i5rod, .soutiendrait le choc des assaillants; l'autre, dispersée le long du cours inférieur de la Zermanja, attendrait la retraite des Français pour passer le lleuve, vers Ervenik, couper la ligne de communication avec Zara et repousser l'armée de Marmont vers la Dalmatie continentale où, avec l'aide des paysans insurgés, elle serait détruite ou obligée d'entrer sur le territoire ottoman.

Le 15 mai se passa en escarmouches : les adversaires se rataient : le Combat

, 1 • y^i 1 ■ 11 . . du mont Ki-

16, de grand matm, Clauzel se mu en marche, et le mouvement qui avait ,j (,& mai), manqué le 30 avril réussit complètement; après six heures de combat, la division Clauzel était maîtresse de toutes les hauteurs et la position de Kravni-Brod tombait; ses défen.seurs se retirèrent vers le haut de la vallée en laissant le passage de la rivière au général Montrichard.

Le général Stoissevich, retenu du côté d'Ervenik par une attaque simulée, était revenu vers Kravni-Brod en entendant le canon ; il tomba au milieu de la division entière de Montrichard et fut pris par l'escadron du 24'' régiment de chasseurs qui constituait à lui seul toute la cavalerie de l'armée de Dalmatie. Le 11^ régiment de ligne, qui avait dressé une embuscade, prit d'un coup près de 500 Croates.

Rebrovich, colonel du régiment de la Lika, prit le commandement des forces autrichiennes et rétrograda par Pribudic sur Popina ; les détachements à qui la retraite était coupée se répandirent dans la vallée de la Zermanja pour profiter des passages du Vellebit et regagner la Croatie ; ceux de l'aile gauche traversèrent le territoire ottoman et rejoignirent le colonel Rebrovich à Gospic. Celui-ci, après avoir évacué Popina dans la nuit du 16 au 17, se retira sur Gracac, où il pensait pouvoir plus facilement se ravitailler; l'avant-garde française le suivit à courte distance en enlevant tous les traînards. Rebrovich commettait une faute irréparable : on passe de la vallée de Zermanja dans celle de Gracac par un défilé dont la traversée ne dure pas moins de deux heures ; un ennemi moins démoralisé n'aurait pa; hésité à défendre ce passage.

Le 17, l'armée française était devant Gracac : la route était barrée, à une Combat heure de la ville, par une redoute appuvée sur un coude de la rivière. Marmont passa avec la division Clauzel par des sentiers de montagne qui l'amenèrent en arrière de la redoute, que ses défenseurs durent évacuer; ils se retirèrent en bon ordre, faisant de fréquents retours offensifs sur la division Montrichard qui les suivait; l'action, commencée à 4 heures, dura jusqu'.\ 1 1 heures du soir, grâce au clair de lune, et alors, vaincus par la fatigue et la faim, les Croates entrèrent dans la ville après avoir mis sept heures à

de Gracac (17 m.ii).

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reculer de trois kilomètres. Dans ce combat, Marmont reçut une balle dans la poitrine, mais sa blessure était légère, et avant la fin de la lutte cet homme de fer remontait à cheval. Le colonel Minai, du 23% reçut sept blessures, dont aucune n'était mortelle.

Le 18 au matin, Gracac, évacué pendant la nuit, fut occupé, et Marmont donna 48 heures de repos à ses troupes qui avaient marché et combattu pendant trois jours consécutifs; il fallait attendre le convoi et l'artillerie qui n'étaient encore qu'à Popina. De Gracac, Marmont renvoya en Dalmatie un bataillon du 60" qui l'avait suivi, et mit sous sa garde un long convoi de blessés et de prisonniers qui devait être conduit à Zara '.

Le 20 mai, on se remit en route et, sans rencontrer d'autre résistance que celle des éclaireurs ennemis, on arriva à Medak, à moitié chemin entre Gracac et Gospic.

Ici, Monseigneur, dit le colonel Delort dans son rapport au ministre de la guerre, je dois entrer dans quelques détails sur la nature du pays, sur le terrain que nous avions à parcourir et sur les obstacles qui se présentaient à nous pour entrer à Gospich.

De Medak à Gospich, en suivant la grande route, il faut passer la Lika sur le pont de Bilaj, puis une autre rivière sans nom^ qui passe au bas de la ville et va se jeter dans la Lika, puis une deuxième fois la Lika, à une lieue plus loin que Gospich pour arriver à Ottochatz. En laissant la Lika à gauche, et en évitant Gospich, on abandonne la grande route et on se jette dans un pays plat, traversé par la Plocze>, rivière profonde, encaissée, sinueuse, qui tombe dans la Lika par la droite et qui a un pont au village de Barletta*. Votre Excellence a déjà pressenti que M. le Duc ne se hasarderait pas avec six pièces de campagne et trois de montagne à effectuer trois passages de rivière contre un ennemi renforcé la veille de deux bataillons du Banat et de toute la population armée du pays que nous avions parcouru, et disposant de dix-huit pièces de canons >.

aiuiiiedc Le 21 mai, les Français quittèrent Medak et s'avancèrent vers le pont

Gospic (21 1 * r ' ■ J '(* J

ni.ii). de Bilaj, feignant d en voulou' forcer le passage; ce pont était détendu

par deux batteries de quatre pièces; de plus, il était miné et derrière on voyait de fortes colonnes prêtes à charger. Quant au pont de Barlete, sur la Jadova, il était coupé. Le général Montrichard déploya ses troupes devant le pont de Bilaj, pendant que Clauzel envoyait des éclaireurs sur sa droite à la recherche d'un gué de la Jadova; ce gué fut trouvé, et Clauzel allait le franchir, quand, passant la Lika sur trois points à la lois, les Autrichiens se jetèrent sur la division Montrichard et l'attaquèrent ave fureur. Il fal-

Z. L., Arch. secr., 244, 276. | 2. Cette rivière s'appelle la .WriVi'i?. ] 3. Plocze, ou plutôt Poljice, est le nom de la plaine; la rivière est hjadm'ii. | 4. Barlete. | 5. Voir la cane (pi. vni).

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lut que Cl.iuzel «.Ict.icli.u d'une de ses brigades le 1 1'^ de ligne ])i)ur soutenir la droite de Montrichard qui faiblissait; les Autrichiens furent enfui rejetés sur la rivière, mais seulement .\ 6 heures du soir; le et)mbat avait été des plus acharnés; les deux généraux de brigade de la division Montrichard, Launay et Soyez étaient grièvement blessés, Soyez pour la deuxième fois depuis le commencement de la campagne. Pendant la nuit, Clauzel fit rétablir le pont de Barlete.

Ici, Monseigneur, dit Delort, j'oserai faire remarquer à \'otre l^Acellencc la position critique de M. le Duc; l'ennemi avait été battu dans trois grandes affaires, mais son obstination à défendre chaque position rendait croyable ou plutôt vraisemblable l'arrivée prochaine du général Kncsevich avec lo.ooo hommes de renfort. L'ennemi perdait beaucoup de monde, mais chaque jour de retraite lui donnait tous les hommes du pays qu'il parcourait en se retirant. Il consommait tous les vivres ou les emmenait avec lui ; l'armée de M. le Duc vivait sur les huit jours de vivres portés dans le sac des soldats.

L'armée autrichienne évacuait ses blessés avec les transports du pays; l'armée française avait à sa suite, ou plutôt au milieu d'elle, près de 800 blessés (?) portés en brancard. Si l'ennemi était résolu à tenir dans les positions qui lui restaient encore, nul doute que nous eussions été arrêtés dans notre marche et complètement détruits.

ALtrmont couronna la première partie de sa campagne par une Prise de manœuvre men-eilleuse. Le 22 au matin, toute son armée passa la m°i>"^ Jadova à Barlete, et semblant dédaigner Gospic, Marmont se dirigea dans la direction d'Ottocac; les Autrichiens laissaient ainsi leur ennemi prendre les devants, se ravitailler à Ottocac, et à Ottocac s'ouvrait la route de Karlstadt où étaient les magasins de toute la région ; de plus, de Karlstadt, Marmont pouvait fltire sa jonction avec les Turcs. Il fallait donc à tout prix empêcher Marmont d'arriver le premier à Ottocac, et sur la rive opposée de la Llka, on vit de longues colonnes sortir de la ville en cherchant à gagner les Français de vitesse. C'est ce que Marmont attendait : par un rapide mouvement de flanc, il se retourna sur Gospic, où il entra en faisant prisonniers un millier de Croates restés pour la garde de la ville. On trouva à Gospic des magasins abondamment pourvus, et le général français fut délivré du souci que donne la pensée d'avoir sous ses ordres 10.000 braves gens qui demain n'auront plus un morceau de pain à manger. On compléta les vivres pour huit jours, et on installa dans la ville les blessés les plus grièvement atteints, en les recommandant à l'humanité des autorités et de la population.

La situation de Marmont était meilleure que les jours précédents; il était sorti du défilé qu'il avait suivi pendant huit jours, et devant lui s'ouvraient plusieurs routes; pour les défendre toutes, les Autrichiens devaient

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Combatde diviser leurs forces, et il suffisait qu'ils en laissassent une libre pour que

Lesic (24 , T-, . ^

mai). les rrançais en prontassent.

Le 24, l'armée française se dirigea sur Lesic qu'elle occupa après une

Prised'Ot- heure de combat; le jour suivant, elle entrait dans Ottocac; sans la len-

mai). ' teur inexcusable de Montrichard, tout le corps autrichien que Marmont

avait devant lui devait mettre bas les armes ; l'ennemi put s'échapper et

Entrée à s'établit sur la route de Karlstadt, qu'il fallait protéger contre les Français ;

Zengg (27 ^ 1^7 y , • • 3 I r i 1 '-

mai). la route de Zengg n était, au contraire, détendue que par quelques parti-

sans; ce fut celle que prit Marmont : le 27, après deux jours de marche, il Arrivée à était dans cette ville, et le 28 à Fiume.

Fiume (^8 T ' L 1 . ■ ■ ■ - L

mai). L obstacle était surmonte, et en quatorze jours, après sept combats,

Marmont trouvait ouverte devant lui la route qui lui permettait de foire sa jonction avec l'armée d'Italie. Il laissa à Fiume ses blessés, parmi lesquels les généraux Launay et Soyez, et se dirigea sur Laybach.

Marmont a réduit, les Autrichiens ont exagéré les pertes que l'armée de Dalmatie subit entre le 14 et le 28 mai. Les situations fournies au Ministère par chaque colonel' permettent de déterminer exactement le nombre des hommes mis hors de combat pendant ces quatorze jours.

Pertes des L'etfectif des sept régiments d'infanterie et de l'escadron de chasseurs, ainsi que des détachements de l'artillerie et du génie, était, au i*" mai, de 1 1.5 17 hommes. De Gracac, 500 blessés furent envoyés à Zara, avec le bataillon du 60"=. Il restait donc 11.000 hommes. — Le i^' juin, à Fiume, les effectifs donnent 9.664 présents sous les armes. L'armée de Dalmatie avait donc perdu 1.953 hommes : 163 tués, 311 prisonniers et 1.479 blessés, dont plus d'un mourut sans doute, qui restaient dans les hôpitaux de Zara, de Gospic et de Fiume.

C'est une perte de près du sixième de l'effectif; sur les sept généraux, cinq furent atteints, dont trois légèrement, par le feu de l'ennemi.

Marmont A Laybach, l'armée de Dalmatie reçut des renforts importants, notamgr,i'nde" ar- nient de la cavalerie, dont elle était à peu près dépourvue; elle eut à livrer deux combats, l'un sur la Drave, l'autre à Graz, avant d'arriver à Vienne pour prendre une part, assez effacée il est vrai, à la bataille de Wagram ; puis, mise en tète de l'armée, elle poursuivit les Autrichiens et contribua efficacement au succès des combats de Znaïm.

L'Empereur ne se montra avare ni d'éloges ni de récompenses envers les chefs de cette vaillante petite armée. Bertrand, Bachelu et Plauzonne furent faits généraux, et Marmont obtiendra enfin ce bâton de maréchal qu'il s'était promis de gagner à la pointe de son épée. De plus, l'Empereur

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