LES PROVINCES II.I.VKIKNNES
La première organisation des Provinces illyriennes fut toute provisoire, i.t Jcnieura cependant en vigueur pendant plus d'un an ; c'est une période de tâtonnements. De temps :\ autre, un arrêté du gouverneur général donnait une forme détuiitive à quelqu'iui des services publics, mais tout restait sous l'autorité directe et absolue du maréchal, qui ne manquait pas d'inscrire, en tète de ses arrêtés, la toniuile : « Hn vertu des pouvoirs qui nous ont été concédés par le décret du 25 décembre 1809. »
Pendant une partie de l'année qu'il passa en IlU'rie, Marmont entreprit S iv. Vode Visiter tous les pays qu u avait a gouverner; il eut désiré parcourir la mont. Dalmatie, visiter Raguse, où il était certain de recevoir un accueil particulièrement enthousiaste, mais, retenu par la préparation de, ses arrêtés organiques, il dut rester dans le Nord ; il se contenta de recevoir à Trieste les députés que les provinces du Sud envoyaient à Paris. La députation LiJcput.iavait pour président le préfet de 1 Istne, Calalati, et comme vice-presi- ne i Paris, dent, Ms"" Ricci, coadjuteur de l'évèque de Laybach; chacun des régiments croates envoyait un délégué; Zara était représentée par Michel Spalatin, qui avait déjà une fois été envoyé à Paris, et qui venait de passer quatre ans dans les fonctions effacées de résident dalmate à Milan; Spalato envoyait l'avocat Bajamonti, qui, pendant l'invasion de 1809, avait montré une fidélité que les fonctionnaires eux-mêmes n'avaient pas su tous imiter : il était destiné à devenir président de la cour d'appel de Raguse, pendant que Spalatin irait comme premier président à Laybach'. Cattaro avait pour député un certain comte Zanovich, dont le nom a déjà été prononcé au cours de cette histoire-. La députation de Raguse se composait d'un noble et d'un, bourgeois : le comte Giorgi, qui devait prendre les fonctions de recteur de la République le jour où l'ancienne constitution fut supprimée, et Androvich, partisan convaincu de la France, appelé par l'arrêté de Marmont, du 31 janvier 1808, aux fonctions de membre du tribunal suprême composé jusque-là exclusivement de sénateurs.
Les députés illyriens passèrent six mois à Paris (juin-décembre 1810); ils assistèrent aux fêtes du mariage de l'Empereur, et Caflilati eut la douleur de perdre sa femme et sa fille, victimes de l'incendie qui éclata pendant le bal du prince de Schwarzenberg; lui-même eut les deux pieds brûlés et demeura impotent toute sa vie. Les autres députés eurent la vie sauve, et rentrèrent en 18 ri, décorés qui de la Légion d'honneur, qui de la Couronne de Fer.
Mais ce ne fut pas uniquement en réceptions et en fêtes que les Illyriens
I. Décret imp. de Compiègne du 14 sept. 181 1. | 2. Voy. i'<' Partie, pages 45 et 69. La Didniiitie de i^çy à iSi^, 22
employèrent le temps de leur séjour à Paris. A diverses reprises, ils furent reçus par l'Empereur et par ses ministres, et ils curent à donner leur sentiment sur l'organisation qu'on se préparait à imposer à leur pays.
Les officiers croates eurent de longues conférences avec les ministres de la guerre et de la justice. Le cadre de cette étude ne nous permet pas d'entrer dans quelques détails sur l'historique des régiments-frontière; il nous suffira de dire que plusieurs conseillers de l'Empereur opinaient pour la suppression de cette institution, et nous avons vu que Garagnin, dans le mémoire analysé plus haut, demandait qu'on fît disparaître ce qu'il appelait un legs du moyen âge, bien que l'organisation fût, à proprement parler, l'œuvre du prince Eugène de Savoie.
Marmont défendit au contraire ce qu'il appelait une pépinière de soldats. Dans ses lettres des 13 janvier, 6 février, 9 et 15 mai, 26 juin', il plaide sa cause avec autant d'énergie que d'adresse; il montre à l'Empereur combien peu de ressources lui donneront les autres provinces au point de vue du recrutement, et lui fait voir que les six régiments croates compenseront largement le déficit en mettant sur pied 20.000 hommes exercés le jour où éclatera une guerre. Mais, pour cela, il faudra laisser aux Croates toutes leurs institutions, la co-propriété fimiliale (^:^aiin<ga) sur laquelle repose tout le S3'stème, les tribunaux militaires fonctionnant dans chaque compagnie, et l'exemption de tout impôt autre que les douze francs payés chaque année par le soldat pour l'entretien de son uniforme. L'Empereur entra si bien dans les vues du maréchal que non seulement il maintint intégralement l'organisation des Croates, mais songea même à créer deux régiments de plus en Dalmatie, avec Demis et Imoski comme chefs-lieux ; seulement les conditions n'étaient plus les mêmes qu'en Croatie : depuis le décret du 4 septembre 1806, les paysans étaient propriétaires de leurs terres; d'après le Code civil, ils devaient les partager à leurs héritiers par portions égales; ils pouvaient les vendre et quitter le pays s'ils trouvaient trop pesante l'obligation militaire : on dut donc s'en tenir pour la Dalmatie aux pandours et à la garde nationale.
§ V. Dé- Le décret d'organisation des Provinces illyriennes fut signé à Trianon, mont'^rem" 1^ ^5 ^^'•''1 i8ii. Nous consacrerons tout un chapitre à l'examen de cet place par le iniportaut document; nous n'en signalerons ici que certaines consé-
general Ber- ' .
trand. quences, dont la plus grave est la retraite de Marmont.
Parti de Trieste le 25 janvier^, pour passer en France un congé d'un mois, Marmont fut appelé à prendre part aux dernières discussions rela-
1. Marmont, Mémoires, L. XII, Correspondances. | 2. T. O., 26 janvier 1811.