I. L. C, F. XLVIII
ménagements, que « l'âge l'avait affaibli » et qu'aux effets de l'âge se joignaient souvent ceux de l'ivresse, en sorte qu'il n'était « ni aimé, ni considéré ». Circonvenu par un secrétaire « arrogant, grossier, sans égard pour personne », il laissait tout aux mains de cet individu, et au grand préjudice du bien des provinces.
Lors de sa nomination, il avait cru que la Dalmatie et Raguse n'étaient pas comprises dans son intendance, et jamais il ne voulut traiter ces deux provinces sur le même pied que les autres ; jamais les instructions n'étaient envoyées, jamais les crédits n'étaient ouverts en temps utile. Ce fut l'époque la plus malheureuse pour la Dalmatie '.
Enfin, Daucliy était, comme tant d'autres fonctionnaires civils, l'ennemi naturel des militaires, et Marmont crut un moment qu'il allait avoir un nouveau Dandolo à ses côtés. Dauchy lui déclara brutalement la guerre, menaça de destitution un intendant qui avait été trois fois dans une semaine chez le gouverneur général^; mais il n'était ni aussi adroit, ni aussi honorable que Dandolo, et, le lo juin, il recevait un successeur, le conseiller d'État baron de Belleville ?.
Succédant à un homme grossier et violent, Belleville fit d'abord la meilleure impression ; autant son prédécesseur était irascible, autant il était onctueux et prévenant ; c'était de plus un homme d'esprit, instruit et distingué. Mais il tomba dans les excès opposés à ceux qui avaient perdu son prédécesseur ; « doué d'une médiocre prudence, dit l'impitoyable Pel- « lenc, il promettait tout par faiblesse et ne tenait rien par indécision. » Ne voulant indisposer personne, il accordait sur toute requête des remises d'impôts, des délais de payement indéterminés, et les caisses étaient vides; « on ne pouvait payer personne, ni les fonctionnaires, ni les magistrats, « ni les professeurs, ni même les modestes pensions des invalides. « Enfin, disait-on, il était très mal entouré ; les subalternes indignes qui « le dominaient le rendirent rapidement impopulaire : à la fin de son « administration, il était haï généralement. »
Il rentra en France en août i8i i et remplit avec distinction la charge de directeur des postes.
Son successeur, le comte de Chabrol, n'était que maître des requêtes au Conseil d'État^; la malignité de Pellenc voit en lui « un esprit plus sage « et plus juste que profond et élevé »; mais ce jugement, quoique mal
I. A. N., AFIv., 171 3. Dossier Dauchy. | 2. Ibidem. Rapport du ministre de la guerre, duc de Feltre, à l'Empereur, 14 février. | 5. Décret de Saint-Cloud, n" 5551. Biilh'liii des Lois, t. 292, p. 467. | 4. André-Jean, comte de Chabrol de Crouzol, né à Riom en 1771, destiné à l'état ecclésiastique, fut emprisonné avec sa famille pendant la Terreur. Auditeur au Conseil d'État en l'an XI, puis maître des requêtes, il présida la Commission de liquidation des finances de Toscane. Nommé, en mars 181 1, 3^ président de chambre
tionnaircs.
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fonde, n'est pas aussi défavonible qu'on pourrait le penser d'abord. Chabrol n'était pas un esprit A grandes tliéories; la phraséologie, l'idéologie odieuse à Napoléon, lui étaient inconnues; c'était un homme peut-être un peu terre A terre; mais admirablement propre aux fonctions qu'on lui avait confiées; Pellenc loue sa sagesse, son calme, sa modération; que fallait-il de plus pour surveiller attentivement les détails d'une administration en voie de formation, pour prendre chaque jour des décisions destinées A créer des précédents, à prévenir ou à trancher des conflits ? Ajoutons que Chabrol avait quarante ans à peine et qu'il tut toujours modeste; jamais, même quand il eut A porter seul l'administration des sept provinces, nous ne le verrons se prévaloir de son titre d'intendant général pour obtenir l'obéissance ; son bon sens, sa droiture suffisaient poLir le taire respecter.
Une autre figure svmpatique, mais plus austère, est celle du conseiller . Les fonc à la Cour de cassation Cotfinhal, trère du conventionnel qui tut vice-président du tribunal révolutionnaire. Homme de robe, étranger aux passions politiques, Coffinhal fut, en qualité de cominissain' de justice, investi de tous les pouvoirs judiciaires en lUyrie. « S'il était possible, dit Pellenc, qu'un « homme fut exempt d'erreurs et de passion, on dirait que c'est lui. » Séparé de sa femme, restée à Paris, et de son fils, capitaine de génie, Coffinhal vivait très retiré à Laybach, tout absorbé dans sa tâche d'organisateur de la justice; investi d'un pouvoir presque discrétionnaire, cet homme de bien, digne héritier des nobles traditions de la magistrature française, donna quelque uniformité aux législations disparates qu'il trouvait en Illyrie, et tant qu'il fut chargé des nominations dans la magistrature, il n'y entra que des hommes respectables et honorés. Il déplorait seulement que les nécessités budgétaires ne lui permissent pas d'attirer à lui des magistrats français dont la science eût suppléé à l'inexpérience des juges indigènes, trop souvent étrangers ;\ la loi qu'ils devaient appliquer et interpréter.
Coffinhal partit en 1812 pour Rome, chargé d'une mission analogue à celle dont il s'était si honorablement acquitté à Laybach.
Nous avons vu Pellenc rendre justice au mérite de Cofiinhal, et ce n'est pas une fois en passant que cet homme clairvoyant, mais un peu
A la Cour de Paris, il part en août suivant pour l'Illyrie. Pendant la Restauration, il fut pr^ifet du Rhône, directeur général de l'enregistrement en 1820, pair de France et ministre de la marine en 1824, ministre des finances dans le ministère Polignac en 1829. Démissionnaire en mai 1830, il se retire de la politique après la Révolution de juillet, et meurt en 1856. Son frère cadet, Chabrol de Yolvic, prit part, comme ingénieur sortant de l'Ecole polytechnique, à l'expédition d'Egypte, puis fut préfet de Napoléonville (Pontivy), préfet de Momenotte et préfet de la Seine de 1812 à 1850.
médisant, accorde des éloges. Voici quelques-unes des notes qu'il donne sur les principaux fonctionnaires :
« Le trésorier général Ferino, digne et excellent homme; tout le monde « s'en loue ». Il faut dire qu'il était chargé de payer, rôle dans lequel il est focile de se faire bien venir. Le receveur général, chargé de foire payer, était « détesté du public, mal vu des employés », d'ailleurs il s'occupait peu de son emploi ; « il est toujours à la chasse, dit Pellenc ; sa besogne « est bien faite par son secrétaire. »
« L'ordonnateur Aubernon est un homme de mérite; il n'y a que « des éloges à lui faire, ainsi qu'aux commissaires des guerres Burel et « Germain. » M. Delaville-Leroulx, directeur des tabacs, était « estimé » ; M. d'Etilly, directeur des Postes, était « honnête et actif ». M. Lionnet, intendant du Trésor, « excellent homme de qui on ne saurait dire trop « de bien. » A M. Gallois, directeur de l'enregistrement, Pellenc reconnaît « de l'ordre, de l'activité, de la probité et une science profonde » .
Plusieurs personnages de la société de Laybach ont aussi leur silhouette dans la galerie : le prince d'Auersperg, « grand seigneur, courtois et fidèle, » le baron Zoïs, « riche, savant et bienfaisant », le baron CodcUi, maire de Laybach, « le Caton de l'Illyrie ».
Enfin, nous trouvons comme commissaire de la haute police, M. Toussaint, ancien chef d'escadron autrichien. Comment ce Français arriva-t-il ;\ occuper un emploi élevé dans l'armée impériale ? Qiiels services lui valurent, après 1809, l'emploi qu'il occupait? C'est un point sur lequel il n'est permis de foire que des conjectures.
A côté des hommes à qui Pellenc ne marchande pas les louanges, il s'en trouve beaucoup d'autres auxquels il reproche leur médiocrité, leur incapacité ou leur indignité; nous n'avons rien à en dire, ou bien nous aurons seulement à foire allusion, dans le chapitre suivant, aux foutes graves qu'ils ont commises et dont l'Illyrie a subi les conséquences. Les jour- Nous devous uuc mention au journal officiel du gouvernement de Laybach. L'arrêté instituant la censure avait ordonné qu'un journal serait publié par les soins de l'Intendance' ; le 28 juillet 18 10, un prospectus fut lancé pour annoncer la prochaine apparition du Télégraphe officiel des provinces illyriennes. Ce journal devait avoir quatre éditions, française, italienne, allemande et slave; il devait paraître deux fois par semaine et contenir, outre les actes publics, « toutes nouvelles qui pourront influer « sur l'esprit des lecteurs et sur les intérêts du commerce. »
On répète au public, disait ce prospectus, que les nouvelles de France rapportées dans ce Télégraphe auront le mérite extraordinaire de précéder de plu-