‹ La Dalmatie de 1797 à 1815Chapitre 92 sur 156 · I. Marinont. .Mémoires, 1. XIV, p. 43 j · texte numérisé non relu

I. Marinont. .Mémoires, 1. XIV, p. 43 j

naux.

LES PROVINCl-S ILLYRIENNES 345

sieurs jours l'arriviîc du courrier ordinaire, par l'heureuse circonstance que cet éuiblissemciit luuivc.ui, jouissant des auspices favorables de S. E. M. le Maréchal d'iùnpire, duc de R.iguse, gouverneur général des provinces illyriennes, recevra directement de son illustre Mécène les nouvelles de France qui lui parviennent tous les jours par une estafette, à huit jours de date de Paris, et c'est précisément cette rapidité qui autorise l'éditeur à nommer cette feuille un Télégraphe.

Le Télégraphe commença à paraître régulièrement le 5 octobre rSio; il ne sembile pas que rédition slave ait jamais existé". La rédaction de la partie française fut confiée successivement à MM. Beaumes et Paris, employés de l'Intendance ; ce fut une simple feuille de nouvelles qui partagea l'honneur des communications officielles avec VOsservalorc Triestiiio; il ne faut pas essayer d'y trouver autre chose.

En 18 13, le Tel égraplk' commence une vie nouvelle; un jeijne écrivain français, Charles Nodier, avait été envoyé en 1812 à Laybach -, où il fut nommé bibliothécaire de la ville, malgré une très vive opposition de la municipalité ; ;\ ces fonctions se joignirent celles de directeur du Télégraphe ; dès lors, tous les articles, même les nouvelles les plus impudemment fausses, prennent ce caractère aimable que donne une plume élégante, et au milieu des arrêtés, des articles : « On nous écrit de Malte », ou « de Copenhague », on trouve de charmantes variétés sur rillyrie, qui promettent à la France un écrivain célèbre.

Le général Bertrand avait voulu, aussitôt après son entrée en fonctions. Tournée visiter les provinces de son Couvernement, et telles étaient les distances, dans les proqu'il lui fltllut six mois pour achever sa tournée. Il commença par la Carinthie et la Carniole, puis, après la fête de l'Empereur, partit pour ristrie où sévissait encore le brigandage ; un arrêté du 24 mars avait établi une juridiction spéciale : une commission militaire, qui siégeait en permanence; les individus pris les armes à la main par les colonnes de troupe de ligne qui parcouraient le pays, étaient jugés sommairement et exécutés sans délai ; les cadavres des suppliciés devaient rester sur le lieu de l'exécution, sans qu'il fût permis de leur donner la sépulture; les villages où les crimes avaient été commis étaient responsables pécuniairement. Il fallut deux ans de ce régime pour rendre quelque sécurité à cette malheureuse province.

I. Il n'existe nulle part, croyons-nous, de collection complète du Téli'grtiphe ; le Musée « Rudolphinum », de Laybach, n'en a que des numéros dépareillés ; à la Bibliothèque du Gymnase de la même ville, il manque trois numéros, et plusieurs fois le numéro français qui manquait a été remplacé par le numéro de l'édition allemande. Voir sur ce journal l'étude que nous avons publiée dans le Bulletin critique du 15 novembre 1888. | 2. L. C, 6 juin 181 2 : sa nomination; 6 janvier 181 3 : son installation et tous les pourparlers qui cm eu lieu entre ces deux dates, F. LXXIV.

De ristrie, Bertrand passa en Croatie et inspecta minutieusement les six régiments; les officiers supérieurs ayant tous émigré en Autriche, un seul colonel, Slivarich (fait général en 1812), était indigène; les autres étaient des officiers français ; français aussi ou dalmates, les adjudantsmajors et quelques officiers subalternes; d'où était né un certain mécontentement qu'il fallait calmer. Bertrand promit aux Croates que, dès qu'ils connaîtraient bien le nouveau service, dès que, suivant l'expression pittoresque de Marmont, ils auraient pris une « peau française », on les replacerait sous la conduite de leurs compatriotes.

Ce qui avait aussi mécontenté, c'est que chaque régiment avait dû mobiliser un bataillon, et que ces six bataillons avaient été envoyés fort loin : à Raguse, à Cattaro, à Goritz, à Palmanova. Bertrand leur fit comprendre qu'ainsi le voulait le métier de soldat".

En septembre, le Gouverneur entra en Dalmatie ; il visita chaque ville ; il arriva ainsi, le 28 octobre, à Raguse, d'où il alla passer quelques jours à Cattaro-. Il était accompagné de sa femme, qui fit bravement ce long voyage à cheval, les voitures ne pouvant encore circuler sur les routes au delà de Spalato'. Partout Bertrand fut fêté par les fonctionnaires et la fraction de la société qui s'était ralliée à la France, mais ses devoirs et ses goûts d'officier du génie le portaient surtout à aller inspecter en grand détail les travaux de défense qui se faisaient sur le littoral, et à passer en revue les compagnies de canonniers garde-côtes sur lesquels on comptait pour tenir à distance les croiseurs anglais.

La tournée de Bertrand prit fin avec l'automne de 18 12; le 2 décembre, il rentrait à Trieste pour célébrer l'anniversaire d'Austerlitz qui était aussi celui du couronnement. Dès lors, il se consacra aux devoirs de son commandement; mais, en 1813, une nouvelle charge lui tut imposée : l'organisation en Frioul d'une division de réserve qui, à la nouvelle des premiers désastres de Russie, devint une armée dans laquelle on incorpora tout ce qu'il y avait d'éléments disponibles en Italie et en Illyrie. Quand cette armée dut se mettre en campagne. Napoléon choisit Bertrand lui-

I . Les Croates eurent, par la suite, .i aller beaucoup plus loin encore; en 18 12, chaque régiment dut fournir un bataillon, et les trois régiments de marche ainsi formés furent envoyés à Paris, où, pendant quelques jours, ils e.xcitèrent la curiosité des badauds; puis ils partirent pour la grande armée. Un des régiments resta en Prusse ; les deux autres arrivèrent à Moscou et prirent une part très honorable à plusieurs batailles : à la Moskova, un carré croate soutint très solidement plusieurs charges de cavalerie ; à Maloiaroslavetzk, ils se battirent héroïquement sous les ordres du général Delzons, qui fut tué à à leur tête. | 2. R. P., 1811, octobre 5 553. | 3. C'est en i8;o qu'on vit la première voiture à Raguse ; elle appartenait à un colonel, arrivé par mer ; à la première inspection des routes, il fit remiser sa calèche dans un hangar, où elle dormit pendant tout le séjour de son maître à Raguse.

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