LES PROVINCES ILLYRIENNES
uH^me pour la conduire en Saxe, et désigna un autre général pour lui succéder dans les provinces illyricnnes.
Ce général était Juiiot, duc d'AbraïUcs, qui, à la suite d'une grave S^ijimot
Il . I i.. M -i' ' • > • 1 gouverneur
blessure, se trouvait dans 1 niipossibilite, momentanée, espcrait-on, de gcnérai. reprendre un service actif A la tète des armées. Junot arriva A Trieste le 2) mai et voulut, comme ses prédécesseurs, inaugurer son gouvernement par une inspection générale de toutes les provinces. Après avoir visité les régiments croates, il se rendit à Zara, mais là ses forces le trahirent, et, au lieu de pousser jusqu'à Cattaro, il rentra à Trieste. Atteint d'une maladie étrange, il prend en horreur le séjour de cette ville et harcelle l'Empereur de lettres pour lui demander la permission de quitter une résidence dont le climat lui est nuisible : c'est seulement à Goritz, dit-il, qu'il pourra se bien porter '. Puis les fâcheux symptômes s'accentuent : M. Séguier, consul de France à Trieste, écrit le 27 juin au vice-roi - : « M. le Duc, à la « suite d'une attaque d'apoplexie dont il a éprouvé le coup à Trieste, « n'est malheureusement plus reconnaissable. Il entre d'un moment à « l'autre dans des accès de violence des plus alarmants, sa tête n'est plus « ;\ lui ; les accès passés, il tombe dans un abattement où il est incapable « de rien faire, même de signer... » En juillet, Junot eut une dernière crise; il se promenait en voiture avec quelques officiers : tout à coup il monte sur le siège, et, quittant la route, il lance l'attelage sur les pentes escarpées qui mettent Trieste au fond d'un entonnoir. Heureusement la voiture se brisa avant d'arriver au fond de quelque précipice '. Dès lors, le délire du pauvre général fut continuel; on dut le garotter, et dès les premiers jours de juillet on le renvoya en France sous l'escorte de la gendarmerie. Conduit dans sa famille, à Montbard, il mourut, le 29 juillet 1813, ^^s suites d'une chute qu'il fit, en voulant s'échapper de la chambre où on le gardait enfermé-*.
Le général Danthouars prit, par intérim, les fonctions de gouverneur, en attendant l'arrivée du successeur de l'infortuné Junot.
I. A. G., Juin 1813. I 2. Ibid. \ i. Czœmig(Fr. von), Gcschichte der Triest Stâts-Kirchm iind Germeitu steuern, Trieste, 1872. Kaiidlcr (P.), 5tor/a del Concilio de'Patrix;^i di Trieste, Trieste, 1858. — Mainati , Croimche istoriche sacro-profane di Trieste, 7 vol. , Venise, 1 8 1 7- 1 822 . I 4. Andoche Junot, ne en 1771, partit comme volontaire en 1792 et se fit remarquer par sa valeur au siège de Toulon par Bonaparte, qui le prit comme aide de camp quand il partit pour l'Egypte Général de division en 1801, gouverneur de Paris en 1804, ambassadeur à Lisbonne en 1805, il fut chargé, en 1807, du commandement de l'armée du Portugal, et après l'occupation de ce pays en devint gouverneur avec le titre de duc d'.\brantès. L'année suivante, il se laissa battre par Wellington à Vimeiro et dut signer la capitulation de Cintra, ce qui lui attira la disgrâce de l'Empereur. Il prit part cependant aux guerres d'Espagne et de Russie, et fut ensuite envoyé comme gouverneur général en Illyrie.
5 VII. Fou- Napoléon n'avait pas alors de militaire à immobiliser dans des fonctions
ni;u/''"Iné- administratives, mais, ayant sous la main le duc d'Otrante, il le nomma
"'■ gouverneur de l'Illyrie, par décret donné à Dresde le 17 juillet 1813 '.
Fouché quitta Dresde le surlendemain, 19, et, passant par Prague et
Vienne, arriva le 29 juillet A Laybach.
La situation était critique ; les négociations de Prague étaient à la veille d'échouer; une invasion était imminente; cependant Fouché affecta de ne pas avoir l'air de s'en douter et entreprit de remettre un peu d'ordre dans l'administration désorganisée par la maladie de Junot. Assisté de M. Chassenon, ancien intendant à Goritz, comme secrétaire, et du général Fresia, commandant militaire, il se lance dans une correspondance fiévreuse avec tous les intendants qui jamais n'avaient reçu une pareille quantité de lettres, d'arrêtés, de circulaires et de questionnaires ^. L'ancien ministre de la police ne pouvait pas négliger cette branche de l'administration, et pendant quelques semaines, la Carniolc connut le régime de la loi des suspects. Enfin Fouché constata qu'en dépit de la mise en vigueur du Code pénal français, la cour de Laybach n'avait pas ftit construire de guillotine, et il y avait à la prison un condamné à mort. On fit un marché avec un entrepreneur de transports pour faire venir de Capo d'Istria la funèbre machine qui avait sen'i lors de la répression du brigandage; un volumineux dossier des archives de Laybach renferme toutes les pièces relatives à cette affliire'. La guillotine arriva enfin, mais les amis du condamné lui firent parvenir du poison, et, quand on vint le chercher pour l'exécution, il était mort. Invasion Pendant ce temps, les Autrichiens avaient passé la frontière; le 19 août, cesiUwIèn- '^^ entrent à Villach et le prince Eugène se retire sur Adelsberg; le 22, Neustadt est occupé. Dans une lettre adressée au maire de Laybach et insérée dans le Télégraphe, Fouché déclare que, si l'ennemi ose avancer, il sera repoussé-*; mais le 26, il quitte Laybach pendant la nuit pour se retirer à Trieste. Cependant les troupes françaises opèrent un retour offensif : Villach est réoccupé ; les Autrichiens, qui étaient entrés à Laybach, en sont chassés par le général Pino. Mais on apprend alors que toute la Croatie est au pouvoir de l'ennemi : la population s'est soulevée, Contades, intendant de Karlstadt, a été arrêté par les paysans et livré pieds et poings liés au général Knesevich ; Fiume est menacé, la Dalmatie va s'insurger. Pour ne pas être coupé, le prince Eugène évacue Laybach et Villach le 30 août et se retire en Frioul pour garder les passages des Alpes Juliennes '.
I. N" 9432. B. des Lois, t. 314, p. 73. | 2. A. N. AFiv. 1713. Rapports Chassenon, octobre 1813. | 3. L. C, F. V. | 4. T. O., 22 août 1813. | 5. Deniihr campagne de l'ainiee d'Italie sous les ordres d'Eugène Beauharnais, par le chevalier S., témoin oculaire,
nés.