‹ La dame à la plume noire (volume 2)Chapitre 5 sur 24 · L'HUMANITE SE RÉJOUIT · texte numérisé non relu

L'HUMANITE SE RÉJOUIT

Robert Karnix resta silencieux; un monde de pensées s'agitait dans son esprit. Ces mots : il a tué la mort, prononcés par le guide des amoureux lui avaient rappelé la nuit du moulin. Les événements se retraçaient clairs et nets dans son esprit, et il demeurait convaincu que ce qu'il avait pris pour un rêve était bien une réalité. Il se souvenait avec exactitude des paroles de la dame à la plume noire; ses récits, ses admirations, l'expression de son amour, rien ne lui échappait. 11 frissonna de tout son corps lorsqu'il

vint à penser à l'affreuse vision qui avait fait faillir son courage.

Le doux visage d'Hélène passa dans son cœur et lui fit oublier les terreurs passées.

Le jeune guide regardait Robert sans oser l'interroger ; il comprenait le combat qui se livrait dans son esprit, et il attendait, anxieux, l'éclair qui allait jaillir des deux idées qui s'entre-choquaient dans le cerveau de son maître.

— Partons, dit celui-ci.

— Où?

— Chez ce docteur qui prétend avoir tué la Mort. Lançant au loin le bambou qui lui servait d'appui et

sans lequel il ne pouvait marcher un instant auparavant, Robert gagna la grille des Pyramides avec tant de rapidité que l'enfant avait peine à le suivre en courant. Il s'élança dans une voiture de place, en criant au cocher :

— Chez le docteur Garassus ! Allez vite, ou je vous étrangle.

La voiture, traînée par deux superbes normand?, partit comme une flèche; Zidore n'eut que le temps de se cramponner à l'attache des ressorts et de grim-

per derrière, ce qu'il fit du reste avec une légèreté et

une grâce qui prouvaient qu'il n'était plus à son coup d'essai dans ce genre d'exercice si cher aux gamins de Paris.

Le docteur gascon habitait, place de la Madeleine, le troisième étage d'une maison de sixième ordre. Lorsque Rarnix arriva, une foule compacte stationnait devant la porte de l'illustre inconnu. D'un revers de main, le chasseur de tigres s'ouvrit un passage et franchit cette mer hvmiaine, remorquant Zidore dans son sillage.

— Où allez-vous ? cria le portier d'une voix féroce.

— Chez le docteur.

— Il n'est pas chez lui, et quand même qu'il y serait, il ne reçoit pas.

Karnix et son guide montèrent l'escalier sans répondre.

Au second étage, ils furent rejoints par le concierge essoufflé qui, s'accrochant avec fureur aux vêtements du visiteur obstiné, s'écria :

— Mais puisque je vous dis que le docteur n'est

pas chez lui ; c'est français, je pense. Voulez-vous bien descendre, et plus vite que ça!

Karnix montait toujours, traînant le cerbère cramponné à ses chausses.

• — A la fin, voulez-vous bien descendre ! cria le portier, ou j'appelle la garde. Qu'est-ce qui m'a donné un insolent de votre espèce ! Croyez- vous qu'on monte ainsi chez l'illustre médecin qui a rendu les hommes immortels? Vous vous trompez bien, par exemple! C'est moi qui vous le dis, vous n'irez pas plus loin.

Robert saisit le portier par le col de sa veste, l'enleva au-dessus de la rampe avec une merveilleuse facilité et le balança dans l'espace.

— Puisque l'homme est immortel, dit-il, je vais avoir le plaisir de t'envoyer à ta niche par le chemin le plus court.

Le portier, tremblant de tous ses membres, restait immobile ; Karnix le replaça doucement sur les degrés de l'escalier et continua sa route.

— Faut croire, mon brave homme, dit Zidore, que vous n'avez pas confiance dans la médecine de votre locataire? Ce n'est pas bien d'être méfiant.

— Monsieur est absent, dit un domestique en

ouvrant la porte et sans daigner regarder Les visiteurs.

— Je le sais, répondit Karnix en pénétrant dans l'antichambre, je l'attendrai.

— Mais...

La scène de l'escalier allait sans doute se renouveler, lorsque Zidore, prenant son air plein de dignité, dit à demi-voix au valet de chambre :

— Mon maître est envoyé par le roi d'Egypte pour rouvrir votre bourgeois de présents très-superbes.

Le domestique avança des sièges et se retira.

Un bruit confus de paroles heurtées partant de la pièce à côté empêcha Karnix de se replonger dans ses réflexions.

Une porte s'ouvrit et Hélène apparut.

— Je vous attends depuis trois jours, dit-elle en tendant la main au jeune voyageur. Je commençais à désespérer. Entrez, continua-t-elle en désignant le salon, mon père ne sera ici que dans une heure, nous aurons le temps de causer.

— Que vous êtes belle ! dit Robert en s'asseyant près de la jeune fdle, je ne vous avais pas encore vue de si près. Oh! que vous êtes belle!

— Je le sais, répondit la fille du docteur, vos yeux

me L'ont dit bien souvent depuis trois semaines; du reste, ajouta-t-elle en souriant, je ne vous cacherai pas que je le savais avant.

— Mes yeux vous ont-ils dit combien je vous aime?

— Ils me l'ont crié.

— Qu'avez- vous répondu?

— Que j'étais heureuse.

— Cela était-il bien vrai ?

— Qu'avais-je besoin de mentir, puisque je répondais tout bas?

Malgré l'opinion do quelques écrivains qui ont publié d'intéressants travaux sur le vingtième siècle, il est certain qu'à l'époque dont nous parlons la bonne éducation et le bon sens avaient déjà pénétré dans la classe bourgeoise et en avaient chassé cette bégueulerie affectée, préciosité minaudière et de mauvais goût qui, bien avant Mi ilière, j usqu'à la fin du dix-neuvième siècle, avait été la lèpre de la conversation.

On n'avait mis que deux mille ans pour s'apercevoir qu'il était fort inutile d'embarrasser de broussailles les choses les plus simples et qu'il était temps de secouer la crasse prétentieuse et mijaurée importée autrefois par les gens du bel air. élèves en simagrées

de madame Scarron et de mademoiselle de Scudéry.

Les jeunes filles à marier avaient été les premières à bannir les airs penchés et à affirmer que les collets montés n'étaient plus de mode.

Parmi ces adorables apôtres du vrai bon goût, la blonde Hélène faisait école. Aussi, ce fut sans trouble et sans embarras qu'elle écouta Robert lui parler d'amour et qu'à son tour elle lui exprima les doux sentiments qu'il avait fait naître dans son cœur.

Comme tous les amoureux sincères, Karnix ne savait dire qu'une seule phrase :

« Je vous aime. »

Ceux qui font des variations sur ce doux thème qui s'appelle le verbe aimer, sont des adorateurs et non des amoureux.

Ceux qui écrivent des variations sur la barcarole de Guidaume Tell de l'immortel Rossini sont des instrumentistes et non des musiciens.

Ce qui n'est point la même ebose.

Ce jour viendra, qui n'est pas loin, où les adorateurs et les instrumentistes seront envoyés à Cayenne.

Comme le progrès ne peut s'accomplir sans secousse, on punirait prendre une mesure mixte et conciliante,

et les déporter tout simplement à Nouka-Hiva, où le climat est plus sain.

— Je vous aime et je suis heureux, dit Robert.

— Je vous aime d'être heureux, répondit Hélène, mais parlons raison : vous savez ou vous ne savez pas que mon père, le docteur Garassus, est un grand savant?

— Je sais cela.

— Qu'il a accompli un miracle en trouvant le moyen d'empêcher de mourir, et que depuis quinze jours le monde entier répète son nom avec vénération ?

— Oui, je sais cela.

— Avant sa sublime découverte, mon père était fort pauvre. Il me disait souvent : « Chère Hélène î tu as plus d'esprit que moi. » Son affection l'aveuglait. « Aussi te laisserai-je le soin de choisir un mari à ton gré : prends-le roux, blond ou brun, petit ou grand, sot ou spirituel, doux ou emporté, cela te regarde ; je m'en lave les mains, parce que je suis sûr que ton choix sera bon, et que tu sauras mettre le doigt sur le bonheur. » Voilà ce qu'il me disait.

— Excellent père !

— Oh ! attendez, tout est bien changé. Depuis qu'il a triomphé du grand fléau, — comme il dit, — il o'est pins le même, oh ! mais du tout. 11 se voit comblé d'honneurs, il va devenir riche ; ses idées sur le mariage sont tout à fait changées. Il lui est venu une manie, il vent que j'épouse un prince. Un duc se présenterait qu'il le refuserait : il faut que je sois prince- '

— C'est absurde.

— Je n'osais le dire. Seriez-vous prince, par hasard ?

— Par hasard, je ne le suis point : mon père est un modeste savant nommé Pierre Rarnix.

— Un prince de la science, petite noblesse !

— Hélas !

— Ne soupirez pas, je vous en prie, dit Hélène, vous auriez l'air d'être malheureux, ce qui ne serait pas poli.

— C'est vrai, reprit Robert, mais je ne vous cacherai pas qu'au milieu de mon bonheur, je suis inquiet. Cette manie de monsieur votre père de vouloir vous faire épouser un prince est un serpent qui siffle dans ma joie. Que faire? Si, comme moi, vous étiez née

dans le pays de toutes les libertés, je vous dirais : Venez, traversons le Nil, nous trouverons dans le désert une oasis ou nous dresserons notre tente à l'ombre du tamaris. Nous no verrons que le ciel, et nous n'aimerons que Dieu el vous.

— Ce serait charmant, mais peut-être un peu ridicule.

— Que faire alors ?

— Attendre. Ami, continua Hélène, croyez-moi, les jeunes filles qui - - à l'ombre dû tilleul, sur les bords de la Seine, en savent bien plus long que les hommes qui sont nés sous les palmiers des bords du Nil. Méditez bien ce mot «attendre, » c'est le fond de la - des femmes : ce mot, qui serait une honte pour les hommes, est une religion pour nous. Mon père est entêté comme un médecin, il ne se rétracte jamais, surtout lorsqu'il se trompe. Il dit, pour s'excuser, qu'il a une volonté de fer. Moi, ma volonté est en satin, mais elle passe si souvent, si souvent sur la sienne qu'elle finit par l'user. Dune, je vous le répète, attendez.

Robert regarda la fille du docteur; il se sentait dominé, l'homme fort, par cette frêle e1 douce créature

qu'il aimait. Pareil à un enfant grondé qui n'ose lever les yeux, il murmura :

— Attendre ! je ne pourrai jamais.

— Que vous êtes bon de m'ai mer ainsi ! dit la jeune tille: mais, à mon tour, je vous dirai : Que faire ?

— Ecoutez, chère enfant bien-aimée, reprit Robert en se redressant avec fierté, je verrai votre père ; je lui dirai que je vous aime: je lui dirai que vous partagez mon amour : je lui dirai que nous ne pouvons vivre l'un sans l'autre : c'est vrai, allez ! Il n'a que vous d'enfant, il ne voudrait pas vous voir malheureuse. Non, il ne voudrait pas cela, certainement. Un père, voyez-vous, c'est bon, quoi qu'on en dise. Le mien est mauvais ; mais je vais vous dire, c'est qu'il n'a pas de fdle. Les garçons vont courir par les bois, on s'y attache moins. Tenez, lorsque je traversai le désert de Kocéir, un homme de Rénéh, qui revenait de Pjeddah. me demanda la permission de se joindre aux gens de la caravane. Il avait deux enfants, un fils et une fdle. J'y consentis pour l'amour d'eux. 11 y avait sept heures que nous étions en route, la nuit venait ; des tourbillons de sable rouge et brûlant nous enveloppaient; le vent mugissait avec fureur. Pen-

chéa sur le cou de nos dromadaires, nous marchions comme des fantômes voilés. Un horrible rugissemenl

se fit entendre, suivi d'un cri déchirant, et tout rentra dans le silence de l'immensité. Nous arrivâmes au campement ; je comptai mon monde, personne ne manquait ; cependant l'homme de Rénéh pleurait. — Pourquoi tes yeux versent-ils des larmes, mon frère? lui demandai-je. — Seigneur, me répondit-il, n'as-tu rien entendu? Le plus indigne d'entre vous, je m'étais placé au dernier rang; un peu au delà du puits des Pigeons, j'ai été attaqué par la panthère, qui a dévoré ïsmaël, mon fils hien-aimé. — Tu mens ! lui dis-je, la panthère n'a pu te prendre par 'devant, et ton iils était assis sur le cou de ton chameau ; tu mens! — Seigneur, me reprit-il, Dieu me jugera. Il fallait à la bête cruelle l'un de mes deux enfants pour victime; je lui ai jeté mon fds. Mon fils était mon orgueil ; ma fille, c'est ma joie. — Et se séparant de nous, il nous dit : Dieu vous guide !

— Pauvre homme ! murmura Hélène en fermant ses yeux pour empêcher une larme d'en sortir.

— Vraiment, je vous le dis, continua Robert, votre père ne saurait vous voir pleurer sans être touché.

Pourquoi, d'ailleurs, û'accéderait-il pas à ma prière?

— Le voilà, dit Hélène un peu troublée. C'est lui, je reconnais sou pas. Je ne puis rester, mais je ne vous abandonne pas. Il vient. A bientôt. Soyez fort, je vous aime !

Et, légère comme une gazelle, elle disparut par la porte opposée.

Le docteur Jean-Baptiste Garassus avait cinquante ans. C'était un petit homme jaune, sec et ridé. Sa démarche était vive et saccadée. Tout, de noir habille, comme il sied à un homme qui prépare les enterrements, il cachait ses petits yeux vifs sous des lunettes d'or garnies de verres concaves bleus. Il faisait sa parole brusque, afin de dissimuler son accent gascon et naturellement traînard .

— Qui êtes- vous et que voulez-vous? dit-il en entrant, sans paraître trop surpris de rencontrer un étranger sous son toit.

— Illustre docteur, répondit Karnix, mon but, en entrant dans votre demeure, était noble et louable; Cependant, bien que j'aie affronté de grands dangers, je ne laisse pas de trembler pour exprimer le motif de ma présenc

— Allons au but.

— Soit, je...

— Mon temps est précieux.

— Je le sais, et croyez...

— Voyons, parlez.

— Illustre et docte savant...

— Procédons par ordre. Encore une fois, qui êtesvous?

— Je me nomme Robert Karnix.

— Robert Karnix? Connais pas.

— Cela ne saurait m'étonner, j'arrive des contrées bénies où l'on boit l'eau du Nil.

— Ali, ah! Eh bien, après?

— J'ai traversé les plaines, les déserts, les monts et les mers...

— Pardon, mon ami, interrompit le docteur, je pense que vous n'allez pas me raconter vos impres* sions de voyage?

— On gagne toujours quelque chose à écouter les récits des voyageurs. Mais je ne suis point venu pour cela.

— Ètes-vous malade ?

— Je l'étais, mais je ne le suis plus.

— Alors, encore une t'ois, mon ami, que voulezvous? Parlez, de grâce, mes moments sont précieux.

— Je veux...

— Enfin !

— Je veux l'ange que Dieu vous a donné pour fille ; je l'aime, et elle partage les sentiments de mon àme. Donnez-la-moi pour épouse, et je jure sur sa tête bien-aimée, illustre docteur, qu'elle sera la plus heureuse et la plus adorée parmi les femmes de l'Occident.

Le docteur Garassus s'avança lentement, saisit Le liras de Robert et lui tâta le pouls en le regardant fixement.

— Mon ami, dit-il, je guéris la mort, mais je no traite pas les autres maladies. Allez trouver le docteur Le Méric, directeur de l'hospice de Bicètre, qui aura soin de vous. Ça ne sera rien.

— Je vois bien, maître, reprit Karnix, que vous me prenez pour un fou, mais vous vous trompez grossièrement, je vous l'assure. Je suis le sage, puisque je veux le bonheur d'Hélène ; vous êtes le fou, puisque \<ju> ne voulez pas m'entendre.

— Voyons, voyons, dit en gasconnant horriblement le docteur Garassus, si vous n'êtes pas fou, parlons raison. Savez-vous qui je suis ?

— Je le sais.

— Savez-vous que ma gloire s'étend aussi loin que les confins du monde ?

— Je le sais.

— Savez-vous que, par ma science, je suis arrivé à vaincre la Mort ?

— Je le sais.

— Savez-vous que, pendant que mes confrères se creusaient la cervelle pour chercher des remèdes contre les fléaux les plus vulgaires, la peste, le choléra, la gale, que sais-je, moi? j'ai compris qu'il n'y avait qu'un seul fléau, la Mort, et que je l'ai vaincue ?

— Vous venez de le dire.

— Savez-vous que demain, dès l'aube, une immense et splendide fête sera donnée, pour moi seul, par le monde entier, qui m'appelle par excellence le bienfaiteur de l'humanité ?

— Je le sais.

— Et remarquez bien que, quand je dis bienfai-

teur, je n'entends pas pur là un bienfaiteur vulgaire, un homme qui donne cent mille francs aux hôpitaux ou qui importe la pomme de terre en France. Allons donc! j'entends par bienfaiteur un homme qui est véritablement le.... bienfaiteur de l'humanité souffrante.

— Je suis de votre avis.

— Savez-vous encore que je vais être riche et remuer des montagnes d'or ?

— Je le sais.

— Savez-vous aussi que tous les rois de la terre m'ont conféré des titres et des croix, et que je vais être président de l'Institut et membre de toutes les commissions sanitaires?

— Je le ?ai-,

— Sachant tout cela, vous persévérez dans votre demande ?

— Plus que jamais.

— Eh bien ! mon ami, vous êtes plus fou que je ne pensais.

— Maître, reprit Robert, vous venez de me dire qui vous étiez, je vous ai écouté en silence; à mon tour, laissez-moi vous dire qui je suis.

— Je n'en vois pas la nécessité.

— Vous la comprendrez tout à l'heure. Je suis né

dans une ville où le plus infime habitant est plus savant et plus connu que vous ne le serez jamais si vous ne m'accordez pas Hélène ?

— Youdriez-vous m'assassiner? demanda avec effroi Jean-Baptiste Garassus.

— La Mort est morte, dit Karnix , n'ayez pas peur. Je n'avais pas vingt ans que, fuyant la ville où je suis né, j'étonnais le monde par mon audace, les rives de la mer Rouge retentissent encore du bruit de mes exploits.

— Seriez-vous le héros qui annexa File de Jaël?

— Au contraire. Vous parliez de vos richesses futures. Je vais vous dire mes biens présents. Je possède sur l'Adriatique une péotte aussi grande qu'un vaisseau; elle est conduite par vingt-quatre rameurs qui m'appartiennent et que je pourrais, au vieux Caire, vendre cinq mille piastres chacun , à quelque trafiquant. Mais je n'ai nul besoin de me séparer d'eux, car j'ai dans un coffret mille livres d'or natif que j'ai disputées aux gouffres tourbillonnants du Nil, dont les crocodiles me cachaient la surface. Ajoutez à cela,

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Ottavio***

maître, un échantillon de tontes les choses curieuses que produisent l'industrie de Dieu et celle des hommes, et vous verrez que je ne suis pas un trop mauvais parti.

— Mon Dieu! je ne dis pas, si vous étiez prince, ou seulement eue.

— J'ai assez de biens pour acheter un royaume.

— Oh ! mais permettez , je ne veux pas un prince d'occasion, moi, je veux un véritable prince, un prince pour de vrai, comme le prince de Rase-Ville.

— Un mot encore, maître : si vous entendiez votre fille vous dire que son bonheur est en moi, persisteriez-vous dans votre refus?

— Plus que jamais.

» — Ainsi, s'écria Karnix en devenant menaçant, rien ne vous touche, ni mes prières, ni la douleur de votre enfant. Eh bien! à nous deux, vieillard. Je vais te rendre le mal pour le mal, je vais d'un souffle abattre ton orgueil stupide et éparpiller tes espérances aux quatre vents du ciel. Maître, tu n'as pas tué la Mort, tu es un imposteur.

— Pardon, fît le docteur en pâlissant, je n'ai pas

dit que j'avais tué la Mort, j'ai dit que je la paralysais.

— Tu mens, la Mort est morte, et c'est moi qui l'ai tuée.

— Mensonge !

— Je te disque j'ai tué la Mort.

— Imposture !

— Ah! tu ne me crois pas, vieillard! eh bien! nous allons voir relui de nous deux qui ment. VA prenant un revolver dans sa dalmate, il l'arma et marcha vers le docteur en le visant au cœur.

— Au secours! au meurtre! cria le médecin, au secours!

— Ah! dit Karnix, tu vois bien que tu mentais : tu n'as pas vaincu la Mort, puisqu'elle te fait peur.

— C'est vrai, murmura le docteur.

— Maintenant regarde !

Karnix retournant l'arme l'appuya sur son cœur et fit feu.

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