RECRIMINATIONS
t' —Hélène! ma fille, est-ce bien toi? dit Garassus
/ en revenant à lui ; si c'est toi, ma douce enfant, ne
pleure pas ainsi, et parle-moi, car, en vérité, je ne sais
si je rêve ou si je suis réveillé; je crois que je deviens
fou.
— Mon bon père I
— Ah! j'ai entendu ta voix ; je ne rêve pas, laissemoi me remettre; j'ai tant de chose à te dire.
— Si ça vous était égal de venir à la maison, ça ' vaudrait peut-être mieux que de raconter vos affaiies
en plein vent, dit Zidore, en prenant Garassus par le i3ras.
— Hélas I reprit le docteur, ne savez-vous pas quo je n'ai plus de maison? à la place de celle que j'habitais, je n'ai trouvé que des décombres. Le peuple a passé par là.
— Ne vous tourmentez pas de ça, ce ne sont pas les maisons qui manquent à Paris; on démolit tant.
Le docteur appuyé sur sa fille et sur le guide, traversa l'avenue pour gagner la rue des Vignes.
En voyant ce vieillard triste et délait conduit par une belle jeune fille, on s'écartait avec respect sur son passage.
Jean-Baptiste examinait attentivement les impression de la foule. La bienveillance peinte 'sur tous les visages lui fit peur. Au lieu de supposer que la commisération des gens était pour sa fille, il préféra se l'attribuer. Vaniteux à l'excès, il ne mettait pas en doute que les promeneurs ne le connussent parfaitement, et il ne savait comment se rendre compte do ce qu'il appelait le revirement du public.
— Quoi! pensait-il, tout à l'heure j'étais hué, con-
spué, et voici que maintenant on s'incline sur mon passage. Aurait-on enfin reconnu mon mérite?
La complainte de la Mort de la Mort , chantée par un joueur d'orgues, vint le rappeler à la réalité de sa triste position.
— Ma fille, mon enfant, dit-îl avec tristesse, je icrois que je deviens fou.
Hélène ne répondit pas, et baissa sa tète pour cacher ses larmes.
— Ça ne sera rien que ça, dit Zidore, faut pas faire attention. Bien souvent, on croit comme ça qu'on est fou, et on Test pas. On a une araignée dans le plafond, on est un peu toqué, et voilà tout.
Lorsqu'on arriva à la maison où Karnix avait installé sa fiancée, le docteur se laissa tomber sur un fauteuil et perdit connaissance.
Hélène pleurait à chaudes larmes. Zidore qui retrouvait toujours son sang-froid dans les grands moments, enleva l'habit et le gilet du docteur, puis il glissa le fauteuil contre le lit, afin d'y hisser le malade. Malheureusement, ses forces trahirent son courage, il ne put parvenir à soulever le savant. Alors, i:hangeant de tactique, il prit l'un des matelas du lit,
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le posa à terre, et, au lieu de procéder de bas en haut, il procéda du liaut en bas, en poussant le docteur, qui tomba sur le matelas.
Hélène sanglotait; malgré tout son désir de soigner son père, elle ne savait qu'imaginer. Elle jetait sur le guide de longs regards qui pour l'enfant étaient autant de remerciments.
Lorsque Zidore eut mis un oreiller sous la tête du docteur; qu'il eut étendu une couverture sur ses pieds, il se prit à réfléchir. Paraissant avoir trouvé une idée, il se précipita sur les vêtements de Garassus, dont il fouilla toutes les poches.
— Ahl mamselle, s'écria-t-il, je m'en étais douté; pas un sou ! le pauvre homme meurt de faim. Je connais ça.
Hélène regarda le guide ; ses yeux s'ouvrirent démesurément; une poignante douleur se peignit sur son visage ; elle resta un moment immobile comme une statue, puis elle versa un torrent de larmes.
— Ah I mamzelle, dit Zidore, iaut pas vous désoler comme ça; ça ne sera rien du tout; ça me connaît; moi qui vous parle, j'ai eji faim plus d'une fois on n'en meurt pas.
Abandonnant le docteur, il s'élança vers la cuisine, en criant de toutes ses forces:
— Un consommé bien chaud... uni
Deux minutes après, il revenait portant une tasse pleine de bouillon froid.
— Tenez, mademoiselle, faites boire votre papa. Vous allez voir Teffet de la drogue ; ça ne fera pas un pli.
Hélène s'approcha de son père, auquel elle présenta la tasse.
A peine le docteur eut-il conscience de ce que sa fille lui offrait, qu'il s'empara convulsivement du contenant et vida le contenu d'un seul trait.
— Ah! fit-il, j'ai faiml Ça se voit, dit Zidore.
— Encore, encore, s'écria le docteur, encore; j'ai faiml
— Un peu de patience, mon brave homme, dit Zidore. Faut pas s'encombrer l'estomac ni fatiguer les voies digestives. C'est connu, vous savez ça aussi bien que moi.
— J'ai faim !
— Naturellement, mais ça ne fait rien. Un peu de
patience, et dans dix minutes nous allons passer à la seconde représentation.
Le breuvage faisait son eflTet; le docteur commençait à respirer à son aise ; à la seconde tasse, des couleurs reparurent sur ses joues, et il commença à se reconnaitre. Il récapitula dans son esprit les bizarres événements dont il était le héros depuis quelques jours. Les émotions les plus étranges se peignaient sur son visage à mesure que ses souvenirs lui rappelaient un incident lugubre ou cocasse. Quand le docteur eut bien pensé à lui, il se prit à songer à sa fille qu'il embrassa tendrement.
— Et toi, ma chère enfant, lui dit-il, qu*es-tu devenue? Tu as dû bien souffrir.
— Hélas l oui, dit Hélène, ignorant votre destinée, noué avons été bien inquiets. Sans cesse à votie recherche, nous avons vingt fois perdu vos traces, et nous commencions tout à fait à désespérer quand le
hasard nous a fait vous rencontrer.
— Vous qui vous? demanda le docteur.
— Nous et... lui, répondit Hélène en baissant les yeux.
— Oui, lui?
•^ Mon bourgeois, parbleu, dit Zidore, M. Karnix. Vous lui devez une fière chandelle; sans lui, vous n'auriez plus de fille.
Au nom de Karnix, le docteur s'était levé sombre et menaçant.
— Qu'on ne me parle plus de cet homme! s'écriat-il; c'est lui qui est Tauteuf de tous nos maux. Malheur à lui qui a fait le malheur de l'humanité. S'il se présente devant mes yeux, je le livrerai vivant à toutes les fureurs de ceux qui soufifrent; par où j'ai passé, il passera.
— Qu'esi-Ce que vous dites là, demanda Zidore, et quel mal mon bourgeois vous a-t-il fait?
— Mon père, demanda à son tour Hélène, qui vous égare? Ne comprenez-voud point que, séparée de vous je n'ai eu que Robert pour me protéger au milieu des plus grands dangers? Avez-vous oublié que vous m'avez fiancée à lui et que je l'aime?
— Tu Taimes l s'écria Garassus, tu aimes cet aventurier l ce n'est pas possible I Comment, toi, si belle, si douce, si charmante, tu aimerais cet intrigant, qui vient on ne sait d'où ; ce serait absurde I Tu ne sais
donc pas que c'est à lui que nous devons tous nos malheurs ?
— Je sais qu'il m*a protégée et que le Taime.
— Mamselle, dit Zidore, vous êtes une brave fille, et mon bourgeois est bien heureux.
— Tu l'aimes ! continua Garassus, tu l'aimes I En vérité, tu me fais pitié ; tu ne le connais seulement pas ; on n'aime pas les gens qu'on ne connaît pas. Puis je vais te dire, tu ne sais pas tout. Cet homme est la source de tous nos maux.
— Vous l'avez déjà dit, fit Zidore.
— S'il ne s'agissait que de nous, ce ne serait rien, mais il a fait le malheur de l'humanité.
— Vous l'avez déjà dit, fit encore le guide.
— Te tairas-tu, misérable brigand, s'écria le docteur en se précipitant sur le jeune homme ; te tairastu, digne valet d'un tel maître ! tu auras ta part dans ma vengeance I
Hélène s'était élancée vers son père, afin de protéger le jeune homme. A ce moment, la porte s'ouvrit, et Karnix parut.
A sa vue, le docteur s'arrêta ému et haletant do colère.
LA. DAME A LA PLUUE NOIRB ^3
— Sortez, cria-t-il en regardant sa fille et le guide, portez, vous dis-je ; je veux parler à cet homme.
Hélène et Zidore ne bougeaient pas.
— Ma bien-aimée, et toi, mon enfant, dit Rarnix d'une voix douce, retirez-vous, puisque le docteur vous en prie. Et d'un geste il rassura les jeunes gens,
qui sortirent.
Jean-Baptiste Garassus écumait de rage en regardant Rarnix ; en vain il essayait de parler, les paroles ne pouvaient s'échapper de son gosier serré par la colère.
— Eh bien I maître, demanda Rarnix avec tranquilhté, que me voulez-vous?
— Misérable I grommelait Garassus.
— Si vous prétendez me remercier des soins quo j'ai eus pour votre enfant, ce n'est pas la peine, n'estelle pas ma fiancée? je n'ai fait que ce que je devais faire.
Garassus rugissait
— Si, continua Rarnix. votre intention est de m'exprimer votre reconnaissance pour toute la peine que j'ai prise à vous chercher, je vous tiens pour quitte, puisque je n'ai point réussi.
SOI Lk DAME A LA PLDMS MOI HE
— Écoute, ignoble bohémien, dit Garassue, tu me railles, tu fais bien ; mon tour viendra ; pèse bien ce que je vais te dire : Tu n'auras jamais ma fille.
— Si je n'avais pas été sûr de l'avoir, je l'aurais prise, dit Karnix ; continue.
— Tu n'auras pas ma fille, et si d'ici i ce soir tu n'as pas trouvé la Mort, je te livre à l'exécration de tes semblables. Tu ris? Ah I si tu savais ce que c'est que d'être maudit par tout un peuple 1 tu verras cela lorsque, comme moi, tu auras passé par là.
— Pourquoi serais-je maudit?
— Pour avoir tué la Mort.
— Qui le sait?
— ' Moi, et je le dirai.
— On ne te croira pas. Voyons, vieillard, soyons raisonnable, si c'est possible, et ne perdons pas notre temps en paroles inutiles et oiseuses. Tu as déclaré solennellement à la face de tout un peuple — le pre* mier peuple du monde — que tu avais vaincu la Mort. Tu as savouré à longs traits toutes les louanges que t'ont adressées les esprits frivoles, qui croyaient voir en toi un bienfaiteur de Thumanité. Puis les choses ont changé, ce que tu avais pris pour un bon-
tk DAME à. LA PLUME NOIUE ^^9
licur universel est maintenaint un deuil général. Ton nom, béni d'abord, est devenu exécré, et tu crois ^qu'il te suffira de venir dire à rhumanité consternée : « Ce n'est pas moi qui ai fait le mal, c'est Robert Karnix, » pour que l'humanité te croie? cela serait trop facile.
— C'est vrai, murmura le docteur, on ne me croirait pas.
— Voilà que tu deviens raisonnable.
— Je ne puis cependant pas rester ctcrncUemcnt courbé sous l'exécration publique.
— C'est ta faute.
— Jeune homme, fit Garassus, en tombant aux genoux de Karnix, me voilà à tes pieds, moi, un vieillard, le père de celle que tu aimes, pour l'amour d'elle, sauve-moi.
— Impossible.
— Quoi I
-r- Impossible, te dis-je! Dabord je te hais, je te liais de toutes les larmes que ta fille a versées, de tous les chagrins qu'elle a endurés par toi et pour toi, comprends-tu? Ma haine s'est grossie de tout le mal que tu lui as fait.
— I\ioi, s'écria Garassus, j'ai fait du mal à ma '211e I vous ne pensez pas cela?
— Puis, je vais te dire, ce que tu me demandes est impossible. Si je délivrais la Mort, elle me tuerait.
— Eh bien?
— Eh bien I je ne veux pas mourir.
Garassus resta stupéfait devant cette déclaration, du reste assez naturelle dans un temps ordinaire.
— Tu ne veux pas? mourir c'est impossible I
— Non, je ne veux pas mourir, je suis heureux. Au milieu de la désolation universelle, ta fille et moi nous vivons heureux, nous nous aimons. Et pendant que tout ce qui nous entoure appelle la Mort à grands cris, elle et moi nous ne donnerions pas une minute de notre bonheur pour tous les trésors de la terre.
— Oui, je comprends cela, murmura Garassus; cependant, considérez les maux incalculables qui vont fondre sur le genre humain.
— Que m'importe à moi le genre humain I J'emmènerai Hélène. Tous deux dans ma cange, sur le
Nil — le fleuve béni — nous vivrons de notre amour entre l'eau verte et le ciel bleu.
— Crois-tu, misérable I s'écria Garassus, que je te laisserai me voler ma fille ?
— Hélène me suivra. Je suis son fiancé, et bientôt je serai son mari.
— Jamais I
— J*ai ta parole.
— Je la reprends.
— Vieillard, je t'ai vu faire toutes Tes ignominies, je t'ai vu mentir, voler et tuer, et cependant, comme tu es son père, ma haine pour toi avait ses scrupules. Maintenant, elle n'en a plus, tu as manqué à ta parole, tu as fait ce que ne font point les brigands qui pillent les caravanes dans le désert, les forçats en leur bagne, les juifs trafiquants du vieux Caire, tu as manqué à la parole donnée ; sois maudit par moi comme tu Tes par tous I Je ne te demande plus ta fille, je vais la prendre I
— Elle ne te suivra pas.
— Tu vas voir.
Les deux hommes s'élancèrent ensemble à la porte.
— Hélène ! criait Garassus. Ma fille I... Viens I...
— Hélène 1 ma bien-aimée 1 disait Robert, venez à moi, qui vous aime I
Mais aucune voix ne répondit, et les deux hommes trouvèrent la maison vide, à l'exception d'une jeune iille qui pleurait sur le seuil.
Cette fille avait été prise par Karnix pour servir Hélène.
— Maguelonnel lui cria-t-il d'aussi loin qu'il la vit, n'avez- vous pas aperçu mademoiselle ?
— Si, dit la jeune fille eu pleurant, elle vient do partir.
— Sans rien dire, seule?
— Non, avec le guide. Il paraît que la pauvre demoiselle a eu l'indiscrétion d'écouter à la porte. Vous vous fâchiez avec son père, elle est partie en pleurant. Avant de sortir, elle m'a dit : Embrasse-moi, ma pauvre Maguelonne, nous ne nous reverrons plus; et moi je l'ai embrassée, et je pleure sans pouvoir m'arrêter.
Pareil à un tigre, Karnix s'élança dans la rue et s'en fut courant comme un insensé.
Jean-Baptiste Garassus sentait sa tète s'alourdir, et portait la main à son front.
f— Je deviens fou, se disait-il. Voici mes maux qui vont recommencer.
Et il se mit à errer dans le chemins, sans savoir où îl dirigeait ses pas.
Arrivé à la Chaussée-d'Antin, son regard se porta machinalement sur un bouton de sonnette sur la plaque duquel était gravé un nom.
*^ Grenuchot I s'écria Garassus. Je suis sauvé.
Et il se mit à enjamber Tescalier qui conduisait à l'appartement de son plus cruel antagoniste.
— Vous aile? me recevoir bien mal, dit-il en
entrant.
Grenuchot étonné se leva et, se découvrant avec respect, il lui dit :
— Sovez le bienvenu, car vous êtes le savant des savants. En quoi puis-je vous être agréable.
— Je veux mourir à tout prix, dit Garassus, la vie m'est un lourd fardeau, la malédiction de mes semblables me poursuit. J'ai souffert, je n'ai plus de fille. Je veux mourir; dissoquez-moi.
— Hélas I monsieur et honoré confrère, fit Grenuchot humilié, que me demandez-vous? voulez-vous vous moquer, vous savez aussi bien que moi que la
mort n'existe plus, puisque vous l'avez tuée , et vous ne sauriez ignorer que le sujet que j*ai disséqué se porte comme vous et moi.
— Ainsi, fit Garassus découragé, vous ne voulez
pas?
— Je voudrais bien, reprit Grenuchot avec un regard et un sourire de convoitise. Mais, ajouta-t-il tristement, cela ne servirait à rien et ce n'est pas vous que je voudrais tromper.
Jean-Baptiste, sans rien dire, sortit et marcha droit devant, lui le long des boulevards, en réfléchissant à rhorreur de sa position.
Parfois la fameuse complainte venait frapper ses oreilles et il pressait le pas.
D'autres fois, en levant la tête, il apercevait les affiches des spectacles, alors il fermait les yeux. Tous les théâtres jouaient des pièces d'actualité, où la Mort et Garassus avaient les principaux rôles.
A la hauteur du boulevard du Temple, comme le malheureux Gascon se demandait sérieusement ce qu'il allait devenir, un gamin qui avait assisté à la fôte de la Vie se mit à crier :
— Ohé! vous autres, ohé! voici le Garassus, voici
le brigand qui a tué la Mort, cette pauvre dame qui ne lui avait rien fait.
Aussitôt, une centaine de polissons se mirent aux trousses de l'infortuné Garassus, hurlant, criant, lançant des pierres et toute sorte d'immondices à la figure de leur victime.
Un instant, le médecin eut envie de se défendre, mais, pris de vertige, il se mit à courir, entraînant après lui la meute furieuse.
Cette course effrénée dura jusqu'à la Bastille, où une trop grande affluence de populaire rendit la circulation impossible.
A la faveur de la foule, Garassus parvint à se sauver et alla se réfugier dans la colonne de Juillet.
— L'hospitalité, s'écria-t-il ; au nom du ciel, l'hospitalité I
— Volontiers, répondit le gardien, d'autant mieux que je ne vois plus personne. Autrefois, on venait se tuer ici, ça me faisait quelques pourboires; mais depuis qu'on ne meurt plus, bonsoir, j'ai de la peine à vivre.
— Quoi 1 dit Garassus, on se tuait en tombant do la colonne?
«— Raide comme balle.
Le Gascon n%n entendit pas davantage. Escaladant le tube de bronze, il arriva haletant à la plateforme et il s'élança dans l'espace.
zvrii
HADAME LX MORT
Le docteur Garassus, pareil à un oiseau qui fond sur sa proie, vint en culbutant cent fois, tomber sur I3. grille de fer qui protège le bronze des braves do roriginalité des chiens errants.
L'infortuné praticien eût été transpercé d'outre en outre par les lances acérées qui arment la grille, sans une particularité assez singulière.
En Tan 1960, le peuple français, qui est bien le plus singulier peuple du monde, se permit d'avoir quelques velléités de rébellion. Il y avait alor^ des
citoyens qu'on appelait gardes nationaux, parce qu'ils revêtaient de temps à autre une tunique militaire confectionnée en drap bourgeois.
Or, ces citoyens mâtinés se mirent à crier contre le despotisme et à acclamer la liberté.
Suivant un usage antique et solennel, ils furent en corps déposer des couronnes sur la tombe ou plutôt sur la grille des martyrs; ils nommaient ce pèlerinage une manifestation libérale.
Ces gardes nationaux seront une éternelle singularité de l'histoire française ; on les y retrouve ligueurs, Irondeurs, jacobins, libéraux et bien autre chose.
Et cependant jamais hommes ne furent mieux traités par les gouvernants, qui ne leur demandaient qu'un bien léger sacrifice, à savoir : s'habiller en militaires quatre fois par an, pour garder, pendant deux heures, des mairies que personne n'attaquait jamais. Voilà ce qu'ils appelaient du despotisme.
Les gouvernements d'alors prenaient peu ou point de souci de ces manifestations, qui aboutissaient point ou peu. Ils avaient, d'ailleurs, en cas de succès, un moyen aussi simple qu'ingénieux d'en finir avec les criards. Le peuple se mettait-t-il de la partie, on bat-
tait le rappel, et les mêmes gardes nationaux, qui les premiers avaient fait du bruit, arrivaient bravement dissiper l'émeute, et tout finissait par des chansons.
La bonne étoile, ou pour mieux dire la mauvaise étoile du docteur voulut qu'une manifestation de ce genre eût été faite le matin même. Les gardes nationaux étaient venus en foule déposer maintes couronnes, qui jouèrent dans la chute du docteur le rôle de ces affreux ronds en cuir vert dont se servent les employés des ministères qui sont près de finir leur temps.
Le Gascon, étourdi par son horrible dégringolade, resta quelques instants complètement évanoui. Le sang envahissait sa tête et sortait par les yeux et la bouche. Il était afireux à voir, le docteur Garassus.
Cependant il revint à lui, et lorsque, toujours assis, du haut de son rond de couronnes, il jeta autour de lui un regard égaré, il vit un polisson qui, à genoux devant lui, s'escrimait à cirer ses bottes.
Pâle et muet de désespoir, le vaniteux Gascon sauta plutôt qu'il ne descendit du singulier piédestal ou le hasard l'avait placé, et il se remit en route, marchant au hasard. ^
Comme il allait traverser le boulevard Sébastopol, un homme lui saisit le bras en criant :
— L*avez-vous vue, Tavez-vous trouvée?
Cet homme était Robert Rarnix,
-^ Qui? demanda Garassus.
— Elle!
— Non,
Et ils se remirent à marcher en silence.
Hélène, cette chaste et douce créature qui n'avait jamais eu une mauvaise pensée, s'était souvent demandé quel était le mystère qui liait Robert à son père. Elle avait quelquefois soupçonné une convention ténébreuse, mais la loyauté, la grandeur d'âme ■de son fiancé, avaient chassé cette idée de son esprit.
La colère du docteur lorsqu'il avait vu apparaître Karnix dans la maison des Champs-Elysées, avait fait renaître ses soupçons. La placidité de Robert l'avait rassurée et elle s'était retirée plus à sa prière qu'à l'injonction du docteur. Mais lorsqu'à peine dans l'antichambre elle entendit son père élever la voix, elle revint sur ses pas et, la rougeur au front, le cœur palpitant de crainte, elle écouta à la porte.
Pauvre et douce enfant, elle fut bien punie de son premier crime, lorsqu'elle comprit qu'elle avait été le prix d'un marché qu'elle ne connaissait pas. Son cœur frissonna de dégoût, mais il se rasséréna en écoutant Robert exprimant au docteur son amour pour elle.
— Comme il m'aime! pensait-elle.
Tout à coup, elle tressaillit; son père, agenouillé devant Eobert, le suppliait de mettre un terme à ses maux et Robert refusait au nom de son amour.
Hélène, comme si elle prenait un parti soudain, regagna sa chambre.
— Allons, dit-elle tristement, il le faut.
Et s'approchant de la lenètre , elle appela ^idore qui, seul dans la cour, s'exerçait au noble jeu de bouchon.
Le guide ramassa son bouchon et ses sous et grimpa au premier étage avec la rapidité d'un écureuil.
— V'ià le polichinelle demandé, mamselle, dit-il en tordant sa casquette entre ses doigts, faites- vous gervir.
— Isidore, demanda Hélène en jetant sur le jeune homme un regard profond, Isidore, m'aimcz-vous?
308 LA DAME A LA PLU:ilE NOIRE
Le guide rougit, puis devint d'une pâleur mortelle ; un léger tremblement agita tout son corps.
— M'aimez-Yous? reprit Hélène, en fouillant de ses yeux le cœur du pauvre garçon.
— Si je vous aime, fit le guide avec efforts; si je vous aime, ahl mamselle, si vous saviez; mais vous autres, les demoiselles du grand monde, vous ne savez jamais; qu'est-ce que ça vous fait ce qui se passe dans le cœur d'un gamin : c'est pas votre affaire, pas vrai? Et d'abord vous auriez bien tort d'y regarder, vous n'êtes pas faites pour nous; alors, c'est pas la peine.
— Vous vous trompez, dit Hélène, une vraie femme aime toutes les affections et en est touchée; aussi humble qu'elle soit, je partage la vôtre, je me souviens de nos malheurs, de nos dangers, de votre dévouement pour moi et pour Robert, et je vous aime vraiment comme un frère.
— Moi, mamselle, dit Zidore, qui étouffait ses lar-mes, je ne vous aime pas comme ça.
Hélène fronça ses sourcils bruns, et son regard de vint sévère.
— Ahl mamselle, pardon, fit Zidore. Je m'ai
mal expliqué, vous n'avez pas compris. Mamselle, au nom du bon Dieu, ne soyez pas fâchée. Moi vous faire de la peine, moi, vous manquerl ahî cré nomi vous ne me connaissez pas.
— Je ne suis pas fâchée, je suis triste, dit Hélène. Zidore ne comprit pas tout ce qu'il y avait de
délicatesse dans cette, réponse et il continua.
— A la bonne heure, voyez- vous; je ne me serais jamais pardonné ; mais aussi c'est votre faute; vous venez comme ça, sans dire ni bonjour ni bonsoir, me demander si je vous aime. Alors, moi je vous ai répondu oui. C'est pas à vous que je mentirais.
— J'ai eu tort, mon ami, de vous faire cette question; je savais que vous m'aimiez.
— Vousl fit Zidore stupéfait.
— Oui ; comment ne l'aurais-je pas remarqué? nous remarquons toujours ces choses-là, nous. Ne vous ai- ]e pas vu pâlir en me regardant; ne vous ai- je pas surpris me volant un bout de ruban vert que j'avais porté au cou?
— C'est vrai, mamselle, pardon.
— Ne vous ai-je pas senti veiller sur moi? continua Hélène ; ne sais-je pas que, la nuit, semblable i
un chien dévoué, votïs doraiez étendu sur le seuil de ma porte et qu'il faudrait vous fouler aux pieds pour arriver jusqu'à moi? Allez, je sais tout cela; si je l'ignorais, je ne serais pas digne d'être femme.
Et, s'approchant du jeune homme, elle lui tendit la main.
— Merci, dit-elle.
— Il n'y a pas de quoi, allez, mamselle, il n'y a pas de quoi ; le métier n'est pas dur, vous l'avez dit ; vous avez trouvé l'affaire, vous, mamselle. C'est vrai tout de même, je vous aime comme un chien, -— tous les jours un chien aime sa maîtresse, il n*y a pas d'offense, pas vrai, mamselle? — Eh bien! c'est dit, je suis votre caniche, plus caniche que vous ne pensez même; car bien souvent la nuit, étendu sur le seuil de votre porte, les yeux ouverts dans l'obscurité, je vous vois pleine de lumières et de rayons, comme le soleil qui est sur la tète de la sainte Vierge, vous me souriez, et moi je me tors sans savoir pourquoi, je mords le paillasson, et je pousse des gémiasements sourds comme qui dirait un chien qui pleure; voilà.
— Ainsi, reprit Hélène non sans un peu d'émotion, si je vous demandais quekjtie chose, vous le feriez ?
LA DAME A LA PLUME NOIRE 3il
— Si je le ferais î Que graiid'mère meure àTinstant, cette pauvre femme, ainsi !
— Bien 1 répondez-moi. Où avez-vous vu votre maître pour la première fois ?
— A son arrivée dans Paris, c'était sur la place de Choisy.
— Il vous prit à son service. Que fit-il alors?
— Il sauva un homme sur le chemin de fer.
— Ensuite ?
— Puis deux jeunes filles qui se noyaient.
— Après?
— Après? fit Zidore en balbutiant, il me dit do le conduire au moulin de la Butte.
— Puis ?
— Puis je l'y conduis '?.
— Après, après ?
— ^^Oh! mamselle, ne mo demandez plus ricii : c'est affreux,
— Je veux tout savoir. N'avcz-vous pas juré de tout me dire?
— Alors, continua Zidoro, après avoir héôité, alors j*ai conduit mon maître. Le moulin était à lui. Nous sommes entrés ; un gros orage est arrivé, tout trem-
3l!2 LA DA»E A LA PLUME NOIRE
blait, les éclairs et le tonnerre allaient leur train à faire plaisir. Alors une dame, qui nous suivait depuis le matin, a frappé à la porte, m'sieu Rarnix lui a ouvert.
— Une femme ?
— Une dame.
— Après ?
— Mamselle, j*ai promis à mon maître de ne rien dire, fit Zidore suppliant.
— Après? demanda Hélène, après?
— Alors la dame a dit comme ça à M. Robert qu'elle Taimait?
— Et lui, lui! dit Hélène en tressaillant, quVt-il répondu ?
— Il ne disait pas trop grand'chose. Alors il est venu un coup de tonnerre qui a tout fait craquer. Mon maître a pris la dame dans ses bras pour la sauver; elle n'avait pas peur, elle riait et lui disait : Viens, mon bien-aimé, je t'aime. Alors un éclair est parti du ciel, le vent a soulevé le voile de la dame ; mon maître, épouvanté. Ta laissée tomber dans la trappe, et moi, moi j'ai tiré le ressort, et nous i^ous
sommes sauvés. Il était emps : nous n'étions pas à la porte que le moulin s'écroulait avec fracas.
Le guide avait fait ce récit en frissonnant de tous ses membres, les cheveux hérissés, il s'était adossé contre la porte sur laquelle il appuyait les mains, il lui semblait qu'elle allait s'ouvrir et qu'un flntômc allait apparaître.
Hélène avait écouté le récit de l'enfant et n'avait fait aucun mouvement. Lorsque Zidore eut fini do parler, elle prit sur son lit un manteau de 'cachemire gris illustré de velours bleu, un chapeau rond de ieutre gris léger, orné d'une plume de même couleur.
— Allons, dit tranquillement la jeune fille en ajustant son chapeau devant la glace, partons.
Avant que Zidore eût eu le temps de faire une observation, Hélène avait franchi la distance qui la séparait de l'avenue. Lorsque le guide, revenu de sa surprise, s'élança à sa poursuite, la jeune fille était déjà /oin, et bien que le jeune garçon fût agile, il ne pa^ vint à la rejoindre qu'à la grille du parc Monceaux,
— Mamselle, dilril en arrivant, essoufflé, mamselle, on allez-vous? vous n'y pensez pas; à la maison, on va être inquiet.
su LA DAME A LA PLUME NOIRE
Hélène ne répondait pas.
— Au moins, reprit Zidore, dites^moi où vous allez?
— Au moulin de la Butte.
—Ah 1 le damné moulin du diable I s'écria le guide en suivant Hélène, qui volait, ahî le moulin maudit! il est donc écrit là-haut que j'y reviendrai toujours, et toujours avec ceux que j'aime; on n'a pas idée de ça, quoi l mamselle I Bon, elle ne m'écoute pas, elle file comme le* vent ; elle ne sait pas ce qu'elle y trouverait, 'dans ce brigand de moulin ; mais je lui dirai, moi; je l'empêcherai d'y aller, moi; je suis plus lort qu'elle, moi. Ahl mais faudra voir. Mamselle Hélène! mamselle! Ah! ouitchl elle ne m'écoute pas plus que rien du tout*
En effet, Hélène, légère comme un sylphe, ne toucnait pas la terre, et le vent qui soufflait dans ses blonds cheveux semblait la soulever.
Cependant, lorsqu'arrivée au ehemin des Ames^ elle s'arrêta pour s'orienter, Zidore prit son courage à deux mains et lui dit :
— Mamselle Hélène, écoutez-moi bien. J'ai juré de faire ce que vous me diriez de faire, c'est très-
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bien, vous n'avez qu'à dire un mot, qu'à commander, ce que vous voudrez sera fait, dites-moi de me faire couper en morceaux, ça sera fait à la minute, mais je n'ai pas juré de vous laisser exposer votre vie.
— On ne meurt plus.
— Connu, mais on se fait du mal. Vous, avoir une cgratigaurel vous n'y pensez pas. Mais vous ignorez donc que personne ne passe dans ce chemin parce que la butte tremble et s'écroulerait à la moindre secousse?
— n y est bien monté, lui I dit Hélène avec orgueil.
— La belle malice I moi aussi, j'y suis monté, mais ce n'est pas une raison. Et puis, tenez, j'aime mieux tout vous dire, vous voulez voir la dame à la plume noire; n'est-ce pas que je vous ai devinée? Eh bien, cette femme, c'est la Mort. Voulez-vous encore la voir?
— Je le savais, répondit Hélène en écartant le guide qui lui barrait le passage.
— Vous le saviez, et vous voulez monter I eh bien, je vous jure, moi, que vous ne passerez pas.
— Oui m'empêchera?
— Moi.
— Gomment?
— En usant de ma force.
— C'est ce que nous allons voir; et la jeune flUo tonta un nouvel effort.
Mais Zidore lui avait saisi les bras, ses doigts secs traçaient leur cercle bleuâtre sur sa chair blanche.
— Vous me faites mal.
— Tant pis I dit Zidore avec un regard sauvage ; vous ne passerez pas.
La fille du docteur fut effrayée de l'énergie que montrait le jeune homme ; elle comprit qu'il n'y avait pas à lutter avec cet amour si entier et si profond, et qu'il valait mieux en tirer parti. La chaste enfant, fermant les yeux à demi, dit à voix basse à son oppresseur :
— Tu m'aimes, n'est-ce pas? Écoute-moi : permets que j'aille où je veux aller; attends ici, si tu crainà do me suivre, et à mon retour.,.
— Que ferez-vous ? ,
— Je t'embrasserai I
Zidore eut un éblouissement ; ses doigts se ^éten-
LA DABIE A LA PLUME NOIRE 3i7
dirent, le sang lui monta aux tempes, son regard se troubla.
— Allons î dit-il.
Les deux jeunes gens gravirent la colline avec une rapidité extrême. Arrivés au moulin écroulé, ils reculèrent avec effroi : il leur avait semblé entendre un éclat de rire.
— Maintenant, dit Zidore, que faut-il faire ?
— M'aider à enlever ces pierres, répondit Hélène CD s'agenouillant.
— Laissez-moi faire, dit Zidore.
Et, avec une force dont on ne l'aurait pas cru capable, il se mit à déblayer l'entrée du moulin.
— Voilà qui est fait, dit-il au bout d'une heufe de travail ; son front ruisselait de sueur et ses mains étaient ensanglantées.
— Maintenant, dit Hélène, il faut chercher la trappe et l'ouvrir.
— Jamais, fit Zidore éperdu, jamais, je suis trop heureux de vivre.
— Je le veux I dit la jeune fdlc; je t'en prie, je t'en conjure I
— Soit ; et d'une main tremblante Zidore fit jouer ]e ressort.
— Puh î dit la dame à la plume noire en sortant du caveau, quel vilain endroit ! j'ai chiffonné toute ma jupe. Et d'un tour de main elle rajusta sa crinoline.
Hélène et son guide tremblaient.
— Merci, ma belle fiancée, dit la dame à la plume noire, en regardant la fille du docteur, Je vous attendais. Laissez-moi vous embrasser, je vous prie.
Avant qu'Hélène eût le temps de se retirer, malgré les efforts de Zidore pour se mettre entre les deux femmes, la dame à la plume noire déposa un froid baiser sur le front de la jeune fille, qui pâlit, et tomba en murmurant :
— Ah I madame, vous m'avez tuée.
Zidore allait prendre la dame à la plume noire à la gorge, mais son bras resta suspendu en l'air, comme s'il eût été retenu par uue iorce invisible.
— Isidore, je meurs, dit Hélène ; dis-lui que c'est pour lui, dis-lui que je l'aimais.
— Hélène, Hélène î crièrent deux voix haletantes. C'étaient Karnix et le docteur qui arrivaient ea
courant*
— Hélène, ma bien-admée I dit Robert, c'est moi, reyiens à toi, je suis là pour te protéger.
— Ah 1 mon Dieu I s'écria Garassus qui avait pris son enfant dans ses bras. Ah ! mon Dieu ! elle est morte.
— Morte!
— Morte, répéta le docteur en éclatant de rire. E^ il se mit à chanter sur un rhythme monotone le refraît* de la complainte de la mort de la Mort :
Il ne faut pas toueher (6û) à rcpnrre du bon Dieu.
— Eh bien, maître, demanda la dame à la pfame noire à Karnix, me méprises-tu toujours?
Ramix pleurait ; il ne répondit pas. — Le chêne
était abattu.
La dame à la plume noire se mit à rire, et regardant Paris, elle murmura :
— A nous deux.
Elle descendit lentement, mais comme une personne sûre d'arriver, le penchant de la colline. Lorsqu'elle parvint au détour du chemin des Ames, elle se
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trouva en face de Zidore, qui s'était laissé rouler le long de la butte.
— Oh ! madame la Mort, vous l'avez tuée, dit-ii, faites-moi mourir aussi.
— Ah I ah I dit la Mort en ricanant, je te reconnais ; c'est toi qui m'as appelée biche, n'est-ce pas ?
— Pardon, pardon, madame la Mort, faites-moi mourir, je vous en supplie.
— Hum, fit la Mort ens'éloignant, mourir d'amour à dix-huit ans, tu n'es pas dégoùlé.
Dans le lointain, en entendait Garassus qui, croyant bercer son enfant, chantait toujours la complainti de la mort de la Mort :
11 ne faut pas toucher (6t$) à Tœuvre du bon Dieu*
FhN
Paris. — Imprimerie Vallée et Ce, 15, rue Drcdti.