‹ La dame au gant noirChapitre 14 sur 18 · AIT OA NT NOIU · texte numérisé non relu

AIT OA NT NOIU

sur ses épaules; le capitaine mourant, muet, vomissant toujours du sang, tandis qu’il s’en écoulait quelques gouttes à peine par sa blessure, mais n’ayant point perdu connaissance et roulant autour de lui des yeux hagards.

Alors la Dame au gant noir parut manifester une vive douleur, et, le major aidant Germain, elle lit transporter le blessé dans l’intérieur du château. Germain se dirigeait déjà vers la chambre de son maître.

— Non, non, dit la Dame au gant noir... pas là... ici!

Et elle ouvrit elle-même la porte de cette vaste chambre à tentures sombres, dont elle avait fait la sienne, et dans laquelle était morte Marthe de Chatenay, jadis baronne de Flars-Ruvigny.

Ce fut sur le vaste lit à colonnes torses que le blessé fut placé sur le côté, à cause de l’épée qui le traversait de part en part, et que Germain recommandait de ne pas retirer, fidèle en cela aux prescriptions du colonel. Puis le major Arleff, qui avait des connaissances en chirurgie, examina attentivement le capitaine, observa la plaie, se pencha ensuite à l’oreille de la Dame au gant noir et lui dit tout bas : — Si on retire l’épée, il mourra sur-lechamp.

— Et si on ne la retire pas?

— Il peut vivre jusqu’à ce soir.

— Perdra-t-il connaissance ?

— Non.

Elle quitta le lit un moment, entraîna Germain dnas

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un coin et lui donna des ordres à voix basse. Germain

disparut.

Pendant ce temps, le major préparait une potion qu’il présenta au blessé, et dont celui-ci avala quelques gouttes avec avidité. Alors tous deux s’assirent à son chevet et demeurèrent silencieux. Le malheureux capitaine faisait des efforts inouïs pour parler et n’y pouvait parvenir ; mais ses yeux s’attachaient sur la jeune femme avec une expression d’amour et de désespoir impossible à rendre. On eût dit un damné à qui il est permis d’entrevoir le paradis et qui n’y peut entrer...

— Ah ! mon pauvre capitaine, dit enfin la Dame au gant noir en fixant sur lui ce regard froid et morne qui, tant de fois déjà, avait épouvanté le mourant, j’ai eu, cette nuit, le pressentiment de votre sort...

Le blessé fit un mouvement. Elle continua : — Votre femme m’est apparue... elle avait toujours sa rohe blanche, toujours à son cou l’empreinte d’une main crispée...

Le blessé, à ces mots, essaya de se soulever, de parler, et donna toutes les marques d’un violent effroi. Mais, en ce moment aussi, un grand bruit se fit dans la pièce voisine, et l’on entendit un pas précipité, puis Germain qui disait : — Où allez-vous,' où allez-vous, monsieur?

— Je veux, répondit une voix, je veux voir l’homme qui m’a provoqué... Je suis arrivé trop tard au rendezvous... ce n’est pas ma faute... Aussi, je viens... je veux me battre...

— C’est Armand, dit la Dame au gant noir, en faisant

im signe au major Arleff, qui sortit sur-le-champ et laissa la porte entr’ouverte, à dessein, sans doute, et pour que sa voix arrivât distincte jusqu’au blessé.

C’était Armand, en effet, qui ne trouvant personne au rendez-vous et ne sachant d’où provenait ce sang qu’il avait remarqué, s’était élancé au galop vers le château de Ruvigny, et y arrivait tout essoufflé.

En entendant la voix du jeune homme, une hortible contraction tourmenta la face déjà crispée du capitaine qui, une fois encore, essaya de se soulever, mais inutilement. Alors, Germain continua dans la pièce voisine : — Monsieur, je ne puis vous laisser passer... c’est impossible.

— Oh! je passerai, je passerai, vous dis-je.

Le jeune homme s’avançait sans doute vers la porte, essayant d’écarter Germain qui l’avait saisi par le bras, lorsque le major se montra sur le seuil : — N’entrez pas, monsieur, n’entrez pas !

— Mais il me prendra pour un lâche! s’écria Armand.

— Eh bien, répondit la voix railleuse de Germain, si vous voulez m'écouter, je vous prouverai qu’un homme d’honneur comme vous ne doit pas se battre avec celui que vous cherchez...

Ces derniers mots arrivèrent au blessé à travers la porte, et la Dame au gant noir, qu’il regardait toujours avidement, laissa glisser sur ses lèvres un muet sourire. Ce sourire épouvanta le capitaine plus encore que ce que Germain venait de dire. Une vague, lueur se fit dans son

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esprit... Il entrevit que, depuis quinze jours, il était le héros et la victime d’une atroce tragédie dont sa mort allait être le dénoùment. Le sourire de cette femme qu’il aimait avec toutes les fureurs du désespoir venait d’ètre pour lui une révélation.

Cependant la discussion continuait dans la pièce voisine, lorsque le major Arleff, de cette voix impérieuse et sonore particulière aux vieillards encore robustes, dit à Armand : — Écoutez, monsieur, écoutez... après vous pourrez entrer !

— Soit, dit le jeune homme qui ne comprenait absoment rien à tout cela, je vous écoute.

Germain continua alors : — Savez-vous quel est cet homme avec qui vous deviez vous battre?

— Non, dit Armand.

— C’est le capitaine Hector Lemblin.

— Eh bien ?

— Le mari de madame Marthe de Chatenay, veuve en premières noces du général baron de Ru vigny, à qui appartenait ce château.

— Hé ! que m’importe?

— Oh! attendez...

Germain fît une pause.

— Moi, monsieur, poursuivit-il, j’ai’été le valet de chambre du capitaine et je suis entré à son service il y a deux ans. Le capitaine aimait beaucoup sa femme, et sa femme avait pour lui une véritable adoration. Ils s’étaient tout donné au dernier survivant, et comme madame

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