‹ La dame au gant noirChapitre 8 sur 18 · LA 1MME · texte numérisé non relu

LA 1MME

1er encore, mais elle se trouva adossée au mur. Fulmen lui appuya sur l’épaule sa belle main dont la peau blanche et fine recouvrait des muscles d’acier : — Vois-tu, lui dit-elle, si tu n’es pas sage comme une image, je te plante trois pouces de ce joujou dans la gorge, puis je te fais mettre dans une voiture et porter sur la place de la Concorde, au pied de l’obélisque. Ensuite, je fais atteler une berline de voyage et je file sur Calais, où je m’embarquerai pour Loudres avant qu’on ait pu constater l’identité de ton cadavre.

— Mais... balbutia Blidah frissonnante, que veux-tu de moi?

— Tu vas le savoir... Hier, tu m’as jouée; tu m’as apporté de prétendus renseignements sur cette mystérieuse Dame au gant noir et tu t’es moquée de moi... Je veux tout savoir.

Et Fulmen leva son poignard. Mais, chose étrange! au lieu de trembler encore, au lieu de demander grâce, Blidah se redressa et dit à Fulmen : — .Si tu veux me tuer, tue-moi, car je ne dirai rien, il y a de la vie de mon enfant.

Le bras levé de Fulmen retomba.

— Ton enfaut! dit-elle étonnée.

— Oui, dit Blidah, tu sais que j’ai un fils de dix ans.

— Eh bien ?

— Eh bien, on m’a pris mon fils, on me l’a volé; on m’a contrainte eusuite à servir des gens que je ne connais pas, dont je n’ai pas le secret; et cependant, si un

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mot m’échappe, si je révèle ce que je sais, ils me tueront mon enfant...

Blidali parlait avec un accent de vérité auquel Fulmen ne put se méprendre, et dans lequel elle reconnut l’instinct maternel qui dominait en ce moment les terreurs de la femme. Cependant elle renversa Blidali sur la bergère, lui appuya de nouveau la main sur l’épaule et releva son poignard : — Tu te moques de moi, dit-elle, je vais te tuer...

Et elle appuya la pointe de l’arme meurtrière sur la gorge.

— Ils ne tueront pas mon fils ! murmura Blidali dont le visage s’illumina d'un sourire plein d’amour pour sou enfant.

— Eh bien, dit .Fulmen, voyons, explique-toi... ne

peux-tu absolument rien me dire ?

— Si, dit Blidali, une seule chose.

— Voyons?

— M. Armand aime le Dame au gant noir, n’est-ce pas?

— Il en est fou.

— Tu aimes Armand, toi?

— Avec délire.

— Tu ne lui souhaites donc pas un malheur?

— Es-tu bétel murmura Fulmen.

— Eh bien! dit Blidak rapidement, écoute-moi bien, je vais te donner un conseil : si tu l’aimes, si tu as sur lui le moindre empire, nses-en sur-le-champ, dès demain

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mets-le en voiture, emmène-le loin de Paris, au bout du monde, s’il le faut, fais-lui changer de nom, au besoin...

— Mais pourquoi?

— Que jamais, poursuivit Blidah, il ne cherche à revoir la Dame au gant noir, car tu ne sais pas où le conduirait un pareil amour...

— Où le conduirait-il donc? demanda Fulmen impressionnée vivement par l'accent, le geste, les paroles de Blidah.

— A la mort!

A son tour Fulmen frissonna.

Il y eut un moment de silence entre ces deux femmes dont l’une tenait la vie de l’autre dans ses mains. Les paroles, ou du moins le dernier mot de Blidah, avaient produit sur Fulmen une impression telle que la première comprit qu’elle ne courait désormais aucun danger.

— Oui, répéta-t-elle enfin, et comme s’il était nécessaire d’ajouter un commentaire à ce terrible et dernier mot, si Armand est las de la vie, s’il veut faire une de ces fins mystérieuses et tragiques dont les causes demeurent dans les ténèbres, et que la justice des hommes, découragée dans ses investigations, finit par attribuer au hasard, il n’a qu’à poursuivre la Dame au gant noir et à essayer de

soulever un coin de ce voile impénétrable dont cette femme, qui pour inoi-mème est une énigme, se couvre avec tant de soin. Qui sait même, acheva Blidah, et j’en ai la conviction, sans toutefois en avoir acquis la certitune, qui sait si elle ne le cherche point, si elle n’a point juxé sa perte?

Pendant que Blidah parlait, Fulmen réfléchissait, et la réflexion amenait pour elle cette pensée qui détermina sa résolution : — Évidemment, se dit-elle, Blidah ne m’en dira pas davantage, si toutefois ce qu’elle m’a dit n’est tout ce qu’elle sait. Elle ne pourrait que me donner des détails sur des faits matériels; mais quant au but secret que poursuivent ceux dont elle est devenue l’agent subalterne, elle 11e le connaît pas. C’est plus haut qu’il faut chercher.

Et Fulmen jeta son poignard loin d’elle et dit à Blidah : — Pardonne-moi de t’avoir violentée, ma pauvre fille, je te donne ma parole qu’ Armand partira; et, comme il ne faut pas te compromettre, je te garantis qu’il partira sans savoir pourquoi. 11 est bien convenu, à partir de ce moment, que je n’ai pu te découvrir, que nous 11e nous sommes point vues, et tu pourras le nier effrontément. Mes gens vont te reconduire rue de l’École-de-Médecine et le petit étudiant croira, si lu sais t’y prendre, que tu as été victime d’une dénonciation et d’une méprise.

— C’est cela, dit Blidah. Seulement comment as-tu deviné que j’étais rue de l’École-de-Médecine?

— J’ai fait jaser ta femme de chambre, dit Fulmen.

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LA DAME

La danseuse était prudente; elle jugeait inutile de mêler à toute cette affaire le nom du carabin Frédéric Duloug; et, comme il pouvait se faire que, tout en sachant beaucoup de choses, Blidah ignorât l’aventure advenue la nuit précédente à son ancien ami, et les violences dont il avait été victime, il était imprudent, sinon dangereux de se montrer trop instruite à ses yeux.

— Maintenant, ajouta-t-elle, remets ton châle, baisse ta . voilette et file.

Blidah n’hésita pas à profiter de la permission. Fulmeu pouvait se raviser encore, et Blidah voyait toujours ce poignard à la lame duquel elle venait d’échapper comme par miracle. Elle serra la main que la danseuse lui tendit et sortit précipitamment de la serre.

— Quel trac elle a eu, pensa Fulmen, qui ne put réprimer un sourire, tandis qu’elle sonnait et donnait l'ordre d’atteler à son coupé son meilleur trotteur pour reconduire Blidah.

Demeurée seule, la jeune femme se prit à réfléchir de nouveau : — Ma parole d’honneur, murmura-t-elle en allant se pelotonner dans une chauffeuse au coin de la cheminée, et posant son joli pied mignonnement cambré sur les chenets, quand on pense que, il y a huit jours, je m’ennuyais -à ce point de regarder le mariage sans pâlir, même en épousant ce clair de lune de lord G... et que je me trouve aujourd’hui lancée au beau milieu d’un roman comme on n’en sait plus écrire, c’est à faire prendre ce

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