‹ La dame aux caméliasChapitre 9 sur 10 · D^AIE · texte numérisé non relu

D^AIE

mille francs ; mais il en est arrivé à ses fins» H «ait bien que Marguerite n'est pas amoureuse d« lui, ce qui ne Tempêche pas i'ètre très-gcutil pour elle. Vous avet vu, il lu* a racheté ses chevaux, il lui a retiré ses bijoux et lui donne autant d'argent que le duc lui en donnait ; si elle veut vivre tranquillement, cet hompielà restera longtemps avec elle.

— Et que fait-elle ? habite-t-elle tout à fait Paris!

— Elle n'a jamais voulu retourner à fiougival depuis que vous en êtes parti. C'est moi qui suis allée y chercher toutes ses affaires, et môme les vôtres, dont j'ai fait un paquet que vous ferez prendre ici. Il y a tout, excepté un petit portefeuille avec votre chiffre. Marguerite a voulu le prendre et Ta chez elle. Si vous y tpnez, je le lui redemanderai.

— Qu'elle le garde, balbutiai-je, car je sentais les larmes monter de mon cœur à mes yeux au souvenir de ce village où j'avais été si heureux, et à l'idée que Marguerite tenait à garder une chose qui venait de moi et me rappelait à elle.

Si elle était entrée en ce moment, mes résolutions de vengeance auraient disparu et je serms tombé à ses pieds.

— Du reste, reprit Prupence, je ne Pai jamus vue comme elle est maintenant : elle ne dort presque plus, elle court les bals, elle soupe, elle se grise même. Dernièrement, après un souper, elle est restée huit jours HXL lit ; et quand le médecin lui a permis de se laver*

die a recoinmeoQé, au risque d'en nM)ncir. bez-vous kl voir?

— A quoi bon ? Je suis venu vous voir^ vous^ parce que \x)us avez été toujours charmante pour moi^ et que je vous connaissais avant de connaître Marguerite. C'est à vous que je dois d'avoir été son amant^ comme c'est à vous que je dois de ne plus l'être^ n'est-ce pas î

— Ah ! dame^ j'ai fait tout ce que j'ai pu poiv qu'elle vous quittât^ et je crois que plus tard vous ne m'en voudrez pas«

— - Je vous en ai une double reconnaissance^ ajoutai-je en me levant^ car j'avais du dégoût pour cette femme^ à la voir prendre au sérieux tout ce que je lui disais.

— Vous vous en allez î

— Oui.

J'en savais assez.

— Quand vous reverra-t-on T

— Bientôt. Adieu.

•— Adieu.

Prudence me conduisit jusqu'à la porte^ et je rentrai chez moi des larmes de rage dans les yeux et un besoin de vengeance dans le cœur.

Ainsi Marguerite était décidément une fille comme les autres ; ainsi^ cet amour profond qu'elle avait pour moi n'avait pas lutté contre le désir de reprendre sa vie passée et cAutre la besoin d'avohr une voiture et de faire ùes orgif»':*

t68 LA DA3IK

Voilà ce que je me disais au milieu de mes insomnies^ tandis que si j'avais réfléchi aussi froidement que je l'affectais^ j'aurais vu dans œtte nouvelle existence bruyante de Marguerite Tespéranoe pour elle de faire taire une pensée continue^ na souvenir incessant.

Malheureusement^ la passion mauvaise dominiît en moi^ et je ne cherchai plus qu'un moyen de torturer cette pauvre créature.

Oh ! rhomme est bien petit et bien vil, qoand Ynne

de ses étroites passions est blessée.

Cette Olympe^ avec qui je Tavais vnOj était rinon l'amie de Marguerite^ du moins celle qu'dle fréquentait le plus souvent depuis son retour à Paris^ Elle allait donner un bal^ et conune je supposais que Marguerite y serait, je cherdiai à me faire donner nne invitation et je l'obtins*

Quand, plein de mes douloureuses émoffionsy j'arrivai à ce bal, il était déjà fort animé. On dansait, on criait même, et dans un des quadrilles j'aperçus Mar* guérite dansant avec le comte deN...^ lequel paraissait tout fier de la montrer, et semblait dire à tout le monde :

— Cette femme est à moi.

J'allai m'adosser à la cheminée, juste en face de Marguerite, et je la regardai danser. A peine m'euielle aperçu, qu'elle se troubla. Je le vis el je la sihiei distraitement de la main et des yeux.

Quand je songeais qu'après le bal^ ce ne serait plus avec moi^ mais avec ce riche imbécile qu'elle s'en irait, quand je me représentais ce qui vraisemblablement allait suivre leur retour chez elle, le sang me montait au visage, et le besoin me venait de troubler leurs amours.

Après la contredanse j'allai saluer la maîtresse de la maison, qui étalait aux yeux de ses invités des épaules magnifiques et la moitié d'une gorge éblouissante.

Cette fille-là était belle, et au point de vue de la forme, plus belle que Marguerite. Je le compris mieux encore à certains regards que celle-<^i jeta sur Olympe pendant que je lui parlais. L'homme qui serait l'amant de cette femme pourrait être aussi fier que l'était H. de N... et elle était assez belle pour inspirer une passion égale à celle que Marguerite m'avait inspirée.

Elle n'avait pas d'amant à cette époque. Il ne serait pas difficile de le devenir. Le tout était de montrer assez d'or pour se faire regarder.

Ma résolution fut prise. Cette femme serait ma mattresse.

Je commençai mon rôle de postulant en dansant avec Olympe.

Une demi-heure après, Marguerite, pâle comme une morte, mettait sa pelisse et quittait le bal.

C^était déjà quelque chose^ mais ce n'était pas assoz. Je comprenais Tempire que j'avais sur cette femme et j'en abusais lâchement.

Quand je pense qu'elle est morte maintenant^ je me demande si Dieu me pardonnera jamais le mal que j'ai fait.

Après le souper^ qui fut des plus bruyants, on se mil à jouer.

Je m'assis à côté d'Olympe et j'engageai mon aigent avec tant de hardiesse qu'elle ne pouvait s'empêcher d'y faire attention. En un instant je gagnai cent cinquante ou deux cents louis^ que j'étalais devant moi et sur lesquels elle fixait des yeux ardents.

J'étais le seul que le jeu ne préoccupât point complètement et qui s'occup&t d'elle. Tout le reste de la nuit je gagnai^ et ce fut moi qui lui donnai de raq[ent pour jouer^ car elle avait perdu tout ce qu'elle avait devant elle et probablement chez elle*

A cinq heures du matin on partit.

Je gagnais trois cents louis.

Tous les joueurs étaient déjà en bas, moi seul étais resté en arrière sans que l'on s'en aperçût, car je n'étais Tami d'aucun de ces messieurs.

Olympe éclairait elle-même l'escalier et j'allais des-

cendre comme les autres, quand revenant vers elle, je Ittidi^ :

— Il faut que je vous parle*

— Demain^ me dilrelle.

— Non> maintenant.

— Qu'avez'vous à me dire î

— Vous le verrez.

Et je rentrai dansr l'appartement

— Vous avez perdu, lui dis-je .

— Oui.

— Tout ce que vous aviez chez voue I ' EUe hésita.

— Soyez franche.

— Eh bien, c'est vrai.

— J'ai gagné trois cents louis, les voilà, si vous voulez nie garder ici.

Et en même temps je jetai Tor sur la table.

— Et pourquoi cette proposition?

— Parce que je vous aime, pardieu !

— Non, mais parce que vous êtes amoureux de Marguerite et que vous voulez vous venger d'elle en devenant mon amant. On ne trompe pas une femme comme moi, mon cher ami ; malheureusement je suis encore trop jeune et trop belle pour accepter le rôle que vous me proposez.

— - Ainsi, vous refusez^

VTt LA DAME

— Oui.

— Préférez-Yous m'aimer pour nea î Cest moi qnl n'accepterais pas alors. Réfléchissez^ ma chère Olympe; ie vous aur&is envoyé une personne quelconque vous proposer ces trois cents louis de ma part aux conditions que j'y mets^ vous eussiez accepté. J'ai mieux aimé traiter directement avec vous. Aoceptei^ nos chercher les causes qui me font .agir^ dites-vous que vous êtes beile^ et qu'il n'y a rien d'étonnant qœ je sois amoureux de vous.

Marguente était une fille entretenue comme Olympe, et cependant je n'eusse jamais osé liû dire, la premièn fois que je l'avais vue, ce que je venais de dire k cette femme. C'est que j'aimais Marguerite, c^est que j'avais deviné en elle des instincts qui manquaient k cette autre créature, et qu'au moment même ob je proposais ce marché, malgré son extrême beauté, ceUe avec qui j'allais le conclure me dégoûtait.

Elle finit par accepter, bien entendu, et k midi Je sortis de chez elle son amant : mais je quittai son lit sans emporter le souvenir des caresses et des mots d'amour qu'elle s'était crue obligée de me prodigua pour les six mille francs que je lui laissais.

Et cependant on s'était ruiné pour cette femme-lk.

A compter de ce jour, je fis subir à Maïq^uerite une persécution de tous les instants. Olympe et elle cetsèrent dese voû, vous comprenez aisément pourquoi. Je donnai à ma nouvelle maîtresse une voiture, dea

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bijoux^ ]e jouai, je fis enfin toutes les folies propres à un homme amoureux d'une femme comme Olympe.

Le bruit de ma nouvelle passion se répandit aussitôt*

Prudence elle-même s'y laissa prendre et finit par croire que j'avais complètement oublié Marguerite. Celle-ci, soîtqu'eHe eût deviné. le motif qni me faisait agir, soit qu'elle se trompftt comme les autres, répondait par une grande dignité aux blessures que je lui faisais tous les jours. Seulement elle paraissmt souffrir, car partout où je la rencontrais, je la revoyais toujours de plus en plus p&le, de plus en plus triste. Mon amour pour elle, exalté à ce point qu*il se croyait devenu de la haine, se réjouissait à la vue de cette douleur quotidienne. Plusieurs fois, dans des circonstances où je fus d'une cruauté inf&me, Mai^erite leva sur moi des regards si suppliants que je rougissais du rdle que j'avais pris, et que j'étms près de lui en demander pardon.

Hais ces repentirs avaient la durée de l'éclair et Olympe, qui avait fini par mettre toute espèce d'amourpropre de côté, et compris qu'en faisant du mal à Marguerite, elle obtiendrait de moi tout ce qu'elle voudrait, m'excitait sans cesse contre elle, et l'insultait chaque fois qu'elle en trouvait Toccasion, avec cette persistante lâcheté de la fenune autorisée par un homme.

Marguerite avait fini par ne plus aller ni au bal, ni au spectacle, dans la crainte de nous y rencontrer.

tIA LA DIIBK

Olympe et moi. Alors les lettres anonymes avaient succédé aux impertinences directes, et il n'y avait honteuses choses que je n'engageasse ma maîtresse à raconte^ et que je ne racontasse moi>-méme sur Marguerite.

n fallait être fou pour en arriver là. J'étais comme un homme qui s'étant grisé avec du mauvais vin tombe dans une de ces exaltations nerveuses où la main est capable d'un crime sans que la pensée y soit pour quelque chose. Au milieu de tout cela, je souffrais le martyre. Le calme sans dédain, la dignité sans mépris, avec lesquels Marguerite répondait à toutes mes attaques, et qui à mes propres yeux la faisaient supérieure à mcû, m'irritaient encore contoeelle.

Un soh-, Olympe était allée je ne sais où^ et s^ était rencontrée avec Marguerite, qui cette fois n'avait pas fait grâce à la sotte fille qui l'insultait, au point que celle-ci avait été forcée de céder la place. Olympe était rentrée furieuse, et l'on avait emporté Marguerite évanouie.

En rentrant. Olympe m'avait raconté ce qui s'était passé, m'avait dit que Marguerite, la voyant seule, avmt voulu se venger de ce qu'elle était ma maltresse, et qu'il fallait que je lui écrivisse de respecter, moi absent ou non, la femme que j'aimais.

Je n'ai pas besoin de vous dire que j'y consentis, et que tout ce que je pus trouver d'amer, de honteux

ACl CASIÈUAft. 275

0l de cnid^ je le mis dans cette épttre que j'envoyai le jour même à son adresse.

Cette fois le coup était trop fort pour que la malheureuse le supportât sans rien dire.

Je me doutais bien qu'une réponse allait m'arriver ; aussi étais-je résolu à ne pas sortir dacheas moi de tout le jour.

Vers deux heures on sonna et je vis entrer Prudence.

J'essayai de prendre un air indifférent pour lui demander à quoi je devais sa visite ; mais ce jour-là madame Duvemoy n'était pas rieuse^ et d'un ton sérieusement ému elle me dit que depuis mon retour^ c'est-à-dire depuis trois semaines environ^ je n'avais pas laissé échapper une occasion de faire de la peine à Marguerite ; qu'elle en était malade^ et que la scène de la veille et ma lettre du matin Tavaient mise dans son lit.

Bref^ sans me faire de reproches^ Marguerite m'envoyait demander grâce en me faisant dire qu'elle n'avait plus ni la force morale ni la force physique de supporter ce que jo lui faisais.

— Que mademoiselle Gautier^ dis-je à Prudence^ me congédie de chez elle^ c'est son droite mais qu'elle insulte une femme que j'aime, sous prétexte que cette femme est ma maîtresse, c'est ce que je ne permettrai pas.

— Mon ami, me dit Prudence, vous subissez l'influence d'une fille sans cœur et sans esprit ; vou^

!270 LA DAMS

en êtes amoureux^ il est vrai^ mais ce n'esl jpu une raison pour torturer une femme qui ne peut se défendre.

— Que mademoiselle Gautier m'envoip son comte de N...^ et la partie sera égale.

— Vous savez bien qu'elle ne le fera pas. Aind, mon cher Armand^ laissez-la tranquille ; si voiis k voyiez^ vous auriez honte de la façon dont vous vous conduisez avec elle. Elle est pftle^ die tousse, die nln pas loin maintenant.

Et Prudence me tendit la main en ajoutant :

— Venez la voir^ votre visite la rendra bien lieih reuse.

— - Je n'ai pas envie de rencontrer M. de N...

— H. de N... n'est jamais chez elle. Elle ne peut le souffrir.

— Si Marguerite tient à me voir^ elle sait où je demeure^ qu'elle vienne^ mais moi je ne mettrai pas les pieds rue d'Antin.

— Et vous la recevrez bien f

— Parfaitement.

— Eh bien I je suis sAise qu'elle viendra»

— Qu'elle vienne.

— Sortirez-vous aujourd'hui!

— Je serai chez moi toute la soirée.

— Je vais le lui dire.

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Prudence partit.

Je n'écrivis même pas à Olympe que je n'irais pas la voir. Je ne me gênais pas avec cette fille. A peine si je passais wie nuit avec elle par semaine. Elle s'en consolait^ je crois^ avec un acteur de je ne sais quel théâtre du boulevard.

Je sortis pour dtner et je rentrai presque immédiatement. Je fis faire du feu partout et je donnai congé à Joseph.

Je ne pourrais pas vous rendre compte des impres* sions diverses qui m'agitèrent pendant une heure d'attente; mais^ lorsque vers neuf heures j'entendis sonner^ elles se résumèrent en une émotion telle^ qu'en allant ouvrir la porte je fus forcé de m'appuyer contre le mur pour ne pas tomber.

Heureusement l'antichambre était dans la demiteinte^ et l'altération de mes traits était moins visible.

Marguerite entra.

Elle était tout en noir et voilée. A peine si je recon* naissais son visage sous la dentelle.

Elle passa dans le salon et releva son voile.

Elle était pâle comme le marbre.

— Kj voici, Armand^ dit-elle; vous avez désbé me voir, je suis venue.

Et laissant tomber sa tête dans ses deux mains^ elle fondit en larmes.

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Je m^approchai d'elle.

— Qu'avez-vous T lui dis-je d'une voix altérée.

Elle me serra la main sans me répondre^ car les larmes voilaient encore sa voix. Mais quelques instants après^ ayant repris un peu de cahne^ eDe me dit :

— Tous m'avez bien fait du mal^ Armand^ et moi je ne vous ai rien fait.

— Rien ? répliquai-je avec un sourire «nier.

— Rien que ce que les circonstances m'ont forcée à

s faire.

Je ne sais pas si de votre vie vous avez éprouvé ou si vous éprouverez jamais ce que je ressentais à la vue de Marguerite.

La dernière fois qu'elle était venue chez moi» elle s'était assise à la place où elle venait de s'asseoir ; seulement^ depuis cette époque^ elle avait été la maltresse d'un autre; d'autres baisers que les miens avaient touché ses lèvres^ auxquelles malgré moi tendaient les miennes^ et pourtant je sentais que j'aimais cette femme autant et peut-être plus que je ne Pavûs jamais aimée.

Cependant il était difficile pour moi d'entamer la conversation sur le sujet qui l'amenait. Mai^erite le comprit sans doute^ car elle reprit :

— Je viens vous ennuyer, Armand, parce que j'ai deux choses à vous demander : pardon de ce que j'ai dit hier à mademoiselle Olympe, et grftce de ce que

AUX GAMÊI.US. £79

VOUS êtes peut-être prêt à me faire encore. Volontiurement ou non, depuis votre retour^ vous m'avez fait tant de mal^ que je serais incapable mamtenant de supporter le quart des émotions que J'ai supportées jusqu'à ce matin. Vous aurez pitié de moi^ n'est-ce pas? et vous comprendrez qu'il y a pour un homme de cœur de plus nobles choses à faû*e que de se venger d'une femme malade et triste comme je le suis. Tenez^ prenez ma main. J'ai la fièvre^ j'ai quitté mon lit pour venir vous demander non pas votre amitié^ mais votre indifférence.

En effets je pris la main de Marguerite. Elle était brûlante^ et la pauvre femme frissonnait sous son manteau de velours.

Je roulai près du feu le fauteuil dans lequel elle était assise.

— Croyez-vous donc que je n'ai pas souffert^ reprisje^ la nuit oh, après vous avoir attendue à la campagne^ je suis venu vous chercher à Paris^ où je n'ai trouvé que cette lettre qui a failli me iiendre fou?

Comment avez-vous pu me tromper, Marguerite, moi qui vous aimais tant I

— Ne parlons pas de cela, Armand, je ne suis pas venue pour en parler. J'ai voulu vous voir autrement qu'en ennemi, voilà tout, et j'ai vouhi vous seirer encore une fois la main. Vous avez une maîtresse jeune jolie, que vous aimez, dit-on; soyez heureux avec eiie, et oubliez-moi*

f 80 LA DAMB

— Et vous^ VOUS êtes heureuse^ sans doute T

— Ai*je le visage d'une femme heureuse^ Armand! ne raillez pas ma douleur^ vous qui savez mieux que peionne quelles en sont la cause et l'étendue.

~ Il ne dépendait que de vous de n'dtre jamais nialheureuse^ si toutefois vous Tètes comme vous le

dites.

— Non^ mon ami^ les circonstances ont été plus fortes que ma volonté. J'ai obéi^ non pas b mes instincts de fille^ comme vous paraissez le dire^ mais à une nécessité sérieuse et à des raisons que vous saurez un jour^ et qui vous feront me pardonner.

— Pourquoi ne me dites-vous pas ces raisons aujourd'hui î

— Parce qu'elles ne rétabliraient pas un rapprochement impossible entre nous^ et qu'elles vous éloigneraient peut-être de gens dont vous ne devez pas vous éloigner.

— Quels sont ces gens T

— Je ne puis vous le dire.

— Alors vous mentez.

Marguerite se leva et se dirigea vers la porte.

Je ne pouvais assister à cette muette et expressive douleur sans en être ému^ quand je comparais en moi-même cette femme pâle et pleurante à cette flUe folle qui s'était moquée de moi à l'Opéra-Clomique.

AUX GAMËUA8. ttl

«— Tous ne vous en irez pas^ dis-je en me mettant devant la porte.

— Pourquoi î

— Parce que^ malgré ce que tu m'as fait^ je t'aimi toujours et que je veux te garder ici.

— Pour me chasser demain^ n'est-ce pas ? Non^ c'est impossible ! Nos deux destinées sont séparées^ n'essayons pas de les réunir; vous me mépriseriez peut-être/ tandis que maintenant vous ne pouvez que me haïr.

— NoD^ Marguerite^ m'écriai-je en sentant tout mon amour et tous mes dé^s se réveiller au contact de cette femme. Non;^ j'oublierai tout^ et nous serons hrareux comme nous nous étions promis de l'être.

Marguerite secoua la tête en signe de doute^ et dit :

— Ne suis-je pas votre esclave^ votre chien? faites de moi ce que vous voudrez^ prenez-moi^ je suis à vous.

£t ôtant son manteau et son chapeau^ elle les jeta siu* le canapé et se mit à dégrafer brusquement le corsage de sa robe^ car par une de ces réactions k &équcntes de sa maladie^ le sang lui montait du cœur à la tète et l'étouffait.

Une tou7 sèche et rauque s'ensuivit.

-— Faites dire à mon cocher^ reprit-elle^ de reconduire ma \x)iture.

Je descendis moi-même congédier cet homme*

SSO LA DAMB

— Et vous^ VOUS êtes heureuse^ sans doute T

— Ai*je le visage d'une femme heureuse^ Armand! 110 raillez pas ma douleur^ vous qui savez mieux que peionne quelles en sont la cause et l'étendue.

— Il ne dépendait que de vous de n'dtre jamais nialheureuse^ si toutefois vous l'êtes comme vous le

dites.

— Non^ mon ami^ les circonstances ont été plus fortes que ma volonté. J'ai obéi^ non pas b mes instincts de fille^ comme vous parmssez le dire^ mais à une nécessité sérieuse et à des raisons que vous saurez on joor^ et qui vous feront me pardonner.

— Pourquoi ne me dites-vous pas ces raisons aujourd'hui t

— Parce qu'elles ne rétabliraient pas un rapinrodiement impossible entre nous^ et qu'elles vous Soigneraient peut-être de gens dont vous ne devez pas vous éloigner.

— Quels sont ces gens T

— Je ne puis vous le dire.

— Alors vous mentez.

Marguerite se leva et se dirigea vers la porte.

Je ne pouvais assister à cette muette et expressive douleur sans en être ému^ quand je comparais en moi-même cette femme pftle et pleurante à cette flUe folle qui s'était moquée de moi à rOpéra-Gomiqae.

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— Parce que, mdgré oe que ta m'as fril. Je f ainH toiqourB et que je veux le garder ieL

— Pour me cbaasn demain^ n'e«l-M pai t Nos»

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— Non, Marguerite, m'écriibjs <n lanlut tout mo» amour et tous mes iéàn se rdreiDer an conteot 4e cette femme. Non, j'ouUlerai tont, et nom taot» ha»> reux comme nous nous étiorn jtoaU dé l'Ain

Mai^ueiite secoua la tMe ai dgne de donle» et dH t

— Ne suis-je pas votre esclaraj Totre duen T Clttei demoice quevons vonârei, prenefr-nM^jJe luIikTont*

Et âtant son manteau et son ebqwao, die les Jete sur le canapé et se mit ft dégrafer Imiiqannent le eoe^ sage de sa robe, car par une de ces téaotiODa Ê ^ quentes de sa maladie, le sang lui nuHitait do eœnr k la tète et l'étouffait.

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— Et vous^ VOUS êtes heureuse^ sans doute T

— Ai*je le visage d'une femme heureuse^ Armand t De raillez pas ma douleur^ vous qui savez mieux que peionne quelles en sont la cause et l'étendue.

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dites.

— Non^ mon ami^ les circonstances ont été plus fortes que ma volonté. J'ai obéi^ non pas à mes instincts de fiUe^ comme vous paraissez le dire^ mais à une nécessité sérieuse et à des raisons que vous saurez un jour^ et qui vous feront me pardonner.

— Pourquoi ne me dites-vous pas ces raisons aujourd'hui î

— Parce qu'elles ne rétabliraient pas un rapinrodiement impossible entre nous^ et qu'elles vous éloigneraient peut-être de gens dont vous ne devez pas vous éloigner.

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— Je ne puis vous le dire.

— Alors vous mentez.

Marguerite se leva et se dirigea vers la porte.

Je ne pouvais assister à cette muette et expreaùve douleur sans en être ému^ quand je comparais en moi-même cette femme pftle et pleurante à cette flUe folie qui s'était moquée de moi à rOpérarComique.

AUX CAUlï'LIAS. 281

^▼oni oo vous en irez pus, dis-je en me mettant devant la porte.

— Pourçioiï

— Parce que, malgré ce que tu m'as fait, je t'aîaïf toujours et que je veux te garder ici.

— Pont Une chasser demain, n'est-ce pas î Non, C^est iB^K>ssïb1e I Nos deux destinées sont séparées, n'essayons pas de les réunir; vous me mépriseriez

. peut-être, tandis que maintenant tous ne pouvez que me haïr.

— Non, Hai^guerite, m'éoiai-jB an aantaDt tont dm» amour et tous m» désiri se lAvei&er aa conteol de cette femme. Non, j'ouUi»«i tout, et noof latoiift bMreux comme nous nous éOûo» pnmil de PAbe.

Ha^erite secoua la tMe m signe de doute, et dA :

— Ne sui»-je pas votre eadare, rtitte chirn 1 faites demoice qnevons voudrex, prenes^notj je suisàvous.

Et 6tant son manteau et son chapeau, elle les )cta sur le canapé et se mit à dégrafer brusqneoient le corsage de sa robe, car par one de ces téaotum b 4té> quentes de sa maladie, le sang lui montait da eœnr fc la tâte et l'étooffait

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— Faites dire ft mon cocher, leprifr^Ue» de reconduire ma voiture.

Je descendis moi-mbne eongUier cet homBieii

t82 LA DAiâ»

Quand je rentrai^ Marguerite était étendue devant le feu^ et ses dents claqusdent de froid.

Je la pris dans mes bras, je la déshabillai sans qu'elle fit un mouvement^ et je la portai toute glacée dam mon lit.

Alors je m'assis auprès d'elle et j'essayai de la réchauffer sous mes caresses. Elle ne me disait pas une parole^ mais elle me souriait.

Oh ! ce fut une nuit étrange. Toute la vie de Marguerite semblait être passée dans les baisers dont elle me couvrait^ et je Vaimais tant qu'au milieu des transports de son amour fiévreux^ je me demandais si je n'allais pas la tuer pour qu'elle n'appartint jamais à on autre.

Un mois d'un amour comme celui-là^ et de corpi comme de cœur^ on ne serait plus qu'un cadavre.

Le jour nous trouva éveillés tous deux.

Marguerite était livide. Elle ne disait pas une pa* rôle. De grosses larmes coulaient de temps en temps de ses yeux et s'arrêtaient sur sa joue^ brillantes comme des diamants. Ses bras épuisés s'ouvrsdent de temps en temps pour me saisir^ et retombaient sans force sur le lit.

Un moment je crus que je pourrais oublier ce qui s'était passé depuis mon départ de BougivaU et je dis à Marguerite :

— VeuX'tu que nous partions^ que nous quitttoni

Paris?

AUX ouÈUAS. 283

^— Non^ non^ me dit-elle presque avec effroi^ nous serions trop malheureux^ je ne puis plus servir à ton bonheur, mais tant qu'il me restera un «ouffle^ je serai Tesclave de tes caiffices. A quelque heure du jour ou de la nuit que tu me veuilles^ viens^ je seam à toi; mais n'assocûs plus ton avenir au mien^ tu serais trop malheureux et tu me rendrais trop mslhett» reuse.

Je suis encore pour quelque temps une jolie fille^ profites-en^ mais ne me demande pas autre chose.

Quand elle fut partie^ je fus épouvanté de la solitude dans laquelle elle me laissait. Deux heures après son départ^ j'étais encore assis sur le lit qu'elle venait de quitter, regardant Toreiller qui gardait les pUs de sa forme, et me demandant ce que j'allais devenir entre mon amour et ma jalousie.

A cinq heures, sans savoir même ce que j'y allais faire, je me rendis rue d'Antin.

Ce fut Nanine qui m'ouvrit.

— Madame ne peut pas vous recevoir, me dit-elle

avec embarras.

— Pourquoi ?

— Parce que M. le comte de N... ^t là, et qtf il a

entendu que je laissasse entrer personne.

— C'est juste, balbutiai-je, j'avais oublié.

Je rentrai chez moi comme un homme ivre, et savei"

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