DUVAL, MARGUERITE
M. duval, sur le seuil de la porte, Mlle Marguerite Gauthier ?
MARGUERITE
C'est moi, monsieur. A qui ai-je l'honneur de parler?
DUVAL
A M. Duval.
MARGUERITE
A M. Duval!
DUVAL
Oui, mademoiselle, au père d'Armand.
MARGUERITE
Mais M. Armand n'est pas ici, monsieur.
DUVAL
Je le sais, mademoiselle!... mais c'est avec vous que je désire avoir une explication... et veuillez m'écouter. — Mon fils se compromet et se ruine avec vous...
MARGUERITE
Vous vous trompez, monsieur. Grâce à Dieu, personne ne parle plus de moi, et je n'accepte rien d'Armand.
DUVAL
Ce qui veut dire, car votre luxe et vos dépenses sont choses connues, ce qui veut dire que mon fils est assez misérable pour dissiper avec vous ce que vous acceptez des autres.
MARGUERITE
Pardonnez-moi, monsieur; mais je suis femme et je suis chez moi, deux raisons qui devraient plaider en ma faveur auprès de votre courtoisie ; le ton dont vous me parlez n'est pas celui que je devais attendre d'un homme du monde que j'ai l'honneur de voir pour la première fois, et...
DUVAL
Et...
MARGUERITE
Je vous prie de permettre que je me retire, encore plus pour vous que pour moi-même.
DUVAL
En vérité, quand on se trouve en face de vous et de vos façons, madame, on a peine à se dire que toutes ces choses sont simulées, que ces façons sont acquises. On me l'avait bien dit que vous étiez une dangereuse personne.
MARGUERITE
Oui, monsieur, dangereuse, mais pour moi, et non pour les autres.
DUVAL
Dangereuse ou non, il n'en est pas moins vrai, mademoiselle, qu'Armand se ruine pour vous.
MARGUERITE
Je vous répète, monsieur, avec tout le respect que je dois au père d'Armand, je vous répète que vous vous trompez.
DUVAL
Alors, que signifie cette lettre de mon notaire, qui me prévient qu'Armand veut vous faire l'abandon d'une rente?
MARGUERITE
Je vous assure, monsieur, que si Armand a fait cela, il l'a