‹ La dame aux trois corsetsChapitre 10 sur 15 · UN PIERROT IMPRUDENT · texte numérisé non relu

UN PIERROT IMPRUDENT

Ce moment que M. Grisgris avait demandé dure jusqu'à sept heures et demie ! Il y a comme cela dans la vie des moments qu'on voudrait ne jamais voir finir.

A sept heures et demie, le pierrot, enveloppé dans son macferkme, descend l'escalier en fredonnant : ce monsieur était fort gai; et, en effet, il avait sujet d'être satisfait. Mais en passant devant l'entre-sol, il se trouve devant M. Repiqué qui, n'osant plus monter au cinquième étage, passait sa matinée à descendi'e dans la cour, sous prétexte d'indisposition prolongée.

Florestan se croise avec le jeune homme, dont le déguisement n'était point assez caché par son mac«

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ferlane pour qu'on ne vît pas sa coiffure, son chapeau de pierrot, sa collerette et le bas de son pantalon. Le fabricant de corsets examine avec curiosité ce personnage qui passe devant lui sans le saluer, le regarde même d'un air assez impertinent, puis continue lestement de descendre.

Floreslan s'est arrêté sur l'escalier; il regarde toujours Grisgris ; il est fort intrigué, et, retournant dans la cour que le déguisé vient de quitter, il entre brusquement chez le portier.

— Monsieur Picard, dites-moi, est-ce qu'il y a eu un bal masqué, cette nuit, dans la maison?

— Un bal masqué... cette nuit... dans la maison?... Non, ino'isieur, non, persoime n'adonné de bal, cette nuit...

— Eh bien ! alors, d'où sort donc ce jeime homme, déguisé en pierrot, qui vient de descendre les degrés et de partir?

— Un pierrot? vous avez vu passer un pierrot?... Moi, je n'en ai pas vu.

— Ça prouve que vous ne regardez guère ce qui se passe... Oui, un jeune homme en pierrot... Il avait bien im paletot par-dessus son costume; mais cela n'empêchait pas devoir sa tête et ses jambes... D'ail ^ leurs, j'ai même entrevu son gilet...

— Alors, c'est apparemment (juelqu'un de la maison qui s'amuse à se déguiser...

— On ne se déguise pas pour sortir à sept heures et demie du matin... Quand on se déguise, on ne

cherche pas à cacher son costume sous un paletot!...

— Eh bien! monsieur, qu'est-ce que vous voulez que j'y fasse?... Ça ne me regarde pas ! Laissez-moi donc lire mon journal. . .

— Si fait, portier, ça vous regarde... Vous ne devez pas laisser entrer des masques dans la maison sans savoir oii ils vont... Je veux savoir de chez qui sortait ce pierrot qui avait l'air fort insolent, par parenthèse !

— Eh bien ! allez le demander chez tous les locacataires... ils vous le diront peut-être.

M. Picard quitte M. Repiqué pour aller reprendre la lecture de la Patrie^ et Florestan rentre chez lui de fort mauvaise humeur et se hâte de conter à sa femme ce qu'il a vu.

— Eh bien ! monsieur, dit Lucièce, que vous importe, après tout? Est-ce que les' locataires de la maison n'ont pas le droit de se déguiser ?

— Mais, bobonne, si c'eût été quelqu'un de la maison, je l'aurais reconnu ; je connais tout le monde 1 C'était un étranger... un intrus.

— Quelque cUent de M. Postulant; peut-être?

— Est-ce que des clients vont causer de leurs affaires en pierrot, et à sept heures du matin?

— Assez, monsieur ; oseriez-vous soupçonner la vertu de l'une de vos ouvrières ?... Fi ' monsieur !... fi !... Elles sont sages... ce dont vous êtes assez dépité...

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— C'est bien, Lucrèceje ne vous dirai plus rien... mais si je revois le pierrot . . . j'éclaircirai mes soupçons.

Lorsque tout le monde est plus tard réuni dans le • magasin, Florestan ne manque pas de dire :

— Mesdemoiselles, si vous aimez à voir des masques, je vous préviens qu'il en vient dans la maison... Ce matin, sur les sept heures et demie, j'ai reficontré un pierrot dans l'escalier...

— Un pierrot ! s'écrient les demoiselles, excepté Violette, qui devient rouge comme une cerise et baisse les yeux sur son ouvrage.

— Vraiment, monsieur? dit Babiole; ce n'est pas une farce que vous nous dites là ? Vous avez vu un pierrot dans l'escalier tout à l'heure?

— Non pas tout à l'heure, mais de très-bon matin, avant ([ue personne soit encore descendu.

Babiole jette sur Violette un regard qui disait bien des choses, puis elle reprend :

— x\u moins, était-il jeune et gentil ce pierrot-là, monsieur?

~ Il était jeune, oui ; c'était un friquet. Pour gentil... est-ce (ju'on est jamais bien avec un serretete?... Cependant, celui-ci n'avait i)lus de blanc sur la ligure... il s'était débarbouillé probablement!

— En voilà assez, monsieur ! s'écrie madame Repiqué ; vous n'avez • pas besoin d'entretenir ces demoiselles de vos visions. Laissez-nous tranquilles avec vos masques, et retournez à votre caisse ; j'ai dans mon compte une erreur de vingt-cinq cen-

to.

times... il faut la trouver : c'est plus important que vos pierrots.

Florestan s'éloigne, en s'efforçant de jeter son double regard sur Violette. Quant à Babiole, elle borde son amie, parce qu'elle voit que celle-ci a été au bal sans le lui dire.

Mais Violette y a pris goût, elle sent qu'elle n'a plus besoin de Babiole pour se procurer des plaisirs ; elle trouve, comme Grisgris, qu'il n'est pas nécessaire de toujours offrir à souper à M. Gratinet et à sa maîtresse: ce qui fait que, le samedi suivant, elle ne manque pas de se rendre à l'Opéra seulement avec son amant.

Est-il nécessaire de dire qu'en revenant du bal M. Grisgris se glisse encore dans la chambre de Violette, et que, cette fois, il n'a pas besoin d'en demander la permission? On sait qu'en amour il n'y a que le premier pas qui coûte.

Le lendemain de ce samedi-là, le pierrot a été prudent, il s'est esquivé beaucoup plus tôt et sans rencontrer personne ; mais au bal suivant, qui se trouve être un jeudi, M. Grisgris, trop fatigué par les plaisirs du carnaval, dort profondément lorsqu'il faudrait songer à s'éloigner ; c'est en vain que Violette, qui est levée, le supplie de partir.

— Laissez-moi dormir ! murmure Grisgris. Je suis trop las... J'ai besoin de sommeil... je dormirai toute la journée... Je disparaîtrai ce soir... à la nuit... on ne me verra pas.

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Voyant que ses efforts sont inutiles, et que Grisgris ronfle au lieu de l'écouter, Violette se décide à le laisser dans sa chambre, et descend au magasin, en tâchant de ne point laisser paraître son inquiétude.

Le joli pierrot n'a fait qu'un somme jusqu'à trois heures 'de 1 après-midi. Alors, il s'éveille, regarde autour de lui, se remémore où il est, et sent qu'il a grand besoin de déjeuner

Il se rappelle ce qu'il a promis à sa maîtresse ; mais il se fait ce raisonnement : « Si je ne descends qu'à la nuit, il faudra que je reste encore au moins trois heures sans manger, car, ici, il n'y a rien à croquer, pas môme un morceau de cucre pour tromper ma faim. Je sens qu'il m'est impossible d'attendre jusque-là. Je puis être rencontré dans l'escalier ce soir aussi bien qu'à présent... Tant pis !... JVn suis désolé ; mais il faut que j'aille me restaurer... D'ailleurs, cimi étages sont bien vitos dégringolés !... Et, après tout, on ne sait pas d'où je viens. »

Ceci bien posé, notre jeune nomme reprend son costume de pierrot, endosse par-dessus son macferlane, s'entortille dedans le mieu.x possible et descend l'escalier, sans chanter, cette fois. Il est arrivé en bas sans avoir rencontré personne ; mais là, devant la dernière marche, il se trouve encore vis-à-vis da M. Repiqué, car celui-ci avait, dans la journée, remarqué l'embarras, l'air emprunté do Violette, la jeune tille s'était même deux fois rendue dans la cour, .^e qui ne lui arrivait guère ; de tout cela Florestan r.vait

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deviné qu'ily avait quelque chose sous jeu, et, au lieu de rester à la caisse, il allait à chaque instant rôder dans la cour, puis se tenait au bas de TescaUer. Cette fois, en apercevant Grisgris, il s'écrie :

— Ah ! voilà mon pierrot -de l'autre jour !... Monsieur, d'oii venez-vous?... d'où descendez-vous sous ce déguisement... qui ne vous déguise pas?

Grisgris toise Repiqué, dont l'air effarouché lui donne envie de rire, et lui répond, en lui faisant la grimace :

— Qu'est-ce que cela vous fait à vous, vieille pomme cuite ? Est-ce que vous êtes le portier de la maison ?

— Oui, je suis le portier... ou c'est comme si je l'étais... Ah! vous m'appelez pomme cuite !... Père Picard, avancez donc... voilà mon pierrot de l'autre jour 1... Monsieur, répondez 1 d'oii venez-vous?

— Je ne vous le dirai pas, mon bonhomme... Allons, ôtez-vous de là que je passe!...

— Non, vous ne passerez pas sans que je sache d'où vous venez...

— Si tu fais le méchant, je vais te caloter...

— Holà ! portier ! à la garde !... à la...

Un vigoureux soufflet appliqué sur la joue de Fiorestan l'empêche d'achever sa phrase, et l'envoie se cogner bur sa femme qui, au bruit, venait d'arriver ainsi que plusieurs personnes de la maison. Quant à Grisgris, après avoir repoussé vigoureusement le mari de Lucrèce, iV enfile la porte cochêre qui est

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toujours ouverte dans la journée, et disparaît. Le portier arrive avec son balai, quand le pierrot e-i parti, en disant :

— Qu'est-ce qu'il y a?... qu'est-ce que c'est?.. Pourquoi crie-t-onà la garde?... Ah! c'est encore monsieur Repiqué qui fait ce train-là !... Il a le diable au corps depuis quelque temps !

~ Portier ! vous êtes une huître! s'écrie Florestan en se tenant la joue. Vous arrivez quand le pohsson est parti... Mais mon épouse l'a vu... On ne dira pas que je rêve, cette fois... N'est-ce pas. Lucrèce, que tu as vu le pierrot ?

-Sans doute... j'ai vu un homme déguisé vous donner un soufflet... Pourquoi vous a-t-il souffleté'? . Vous lui aviez donc fait quelque chose, monsieur'? "' -Ah! voilà qui est joh ; c'est moi qui lui aurai fait des sottises!... Je lui ai demandé d'où il venait j'en avais le droit ! Des masques ne doivent pas s*ê promener dans notre maison... sans qu'on sache d'où Ils viennent !... Il y a même une ordonnance làdessus ; mais nous avons un portier qui laisserait le bœuf gras se promener dans la cour, et qui serait encore capable de vous dire qu'il no l'a pas vu.

Plusieurs bonnes .pii se trouvent là, ainsi que quelques locataires, affirment que le jeune pierrot ne venait pas de chez eux. Florestan regarde sa femme d'un air qui signifie : . Vous voyez bien que mes soupçons ne sont pas si ridicules. .

On rentre dans le magasin. Toutes les demoisc^lles

sont à leur place. Mais Violette est très-rouge et baisse les yeux, tandis ^que ses compagnes affectent de lever le nez et de la Regarder d'un air moqueur.

Madame Repiqué ne dit rien, mais elle examine ses ouvrières, dont les physionomies étaient très-signi ficatives. Florestan se promène quelque temps dans la boutique en tenant sa main sur sa joue, et en essayant de rencontrer les regards de Violette. Enfin Lucrèce s'écrie :

— Mesdemoiselles, il se passe des choses bien singulières dans cette maison; ce pierrot, que mon mari avait rencontré il y a quelques jours... et auquel, je l'avouerai, j'avais attaché peu d'importance, ce masque a reparu dans notre escalier... Ceci est un fait certain, je l'ai vu !

— Et moi je l'ai senti! dit Florestan en tâtant sa joue. Le drôle s'est porté sur moi à des voies de fait!

— Personne parmi les locataires ne connaît ce pierrot, et ne sait d'oii il sort... N'avez- vous rien vu, rien entendu qui puisse nous faire savoir d'oii vient ce chienlit ?

La grande Ursule qui, depuis un moment, grillait de parler, s'empresse de répondre :

— Mon Dieu ! madame, c'est à mademoiselle Violette qu'il faut vous adresser pour le savoir; elle pourra vous le dire, car ce matin nous l'avons fort bien entendue qui causait dans sa chambre et qui disait : ^' Surtout ne descendez pas avant la nuit ! y Et

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cette nuit, (luarid elle est rentrée à cinq heures du matin, certainement elle n'était pas seule, et ce n'était pas elle qui siftlotait l'air du mirliton!

— L'ai-je bien entendu! s'écrie madame Repiqué. Ce serait vous, Violette, vous que je croyais suge, qui mèneriez une telle conduite?...

— Je n'avais donc pas si tort de vouloir faire un trou à sa porte ? dit Florestan en lâchant sa joue. Je savais bien qu'il y avait quelque chose à voir!...

— Taisez-vous, monsieur, ne vous mêlez point de ce qui ne vous regarde pas !...

— Mais, bobonne, permets, ça me regarde aussi, puisque j'ai reçu un soufflet du pierrot qui...

— Assez!... Hetournez à votre caisse... je sais ce qui me reste à faire...

Florestan se décide à quitter le magasin ; mais il passe tout contre le comptoir de Violette, en nmrmurant :

— Avec un pierrot! Et ça fait sa pudibonde!... Oh! ces villageoises... ces iilles des champs... ça

joue sur l'herbe! Je rentre, bobonne, je nVé-

clipse!

Madame Repiqué s'adresse de nouveau à Violette, qui, depuis quelques instants, ne baisse plus les yeux et semble avoir pris son parti.

— Mademoiselle, vous avez entendu ce dont ou vous accuse?... Qu'avez-vous à répondie?

— Rien, madame; d'ailleurs, je n'aime i)as nienlii... El puisque ces demoisellcô, qui m'espioiment s hls

doute, m'ont entendue parler à quelqu'un... c'est qu'en effet ce pierrot étaii chez moi.

-r- Est-il possible!... Et vous osez en convenir

— 11 le faut bien, puisque tout le monde l'a vu.

— Quel cynisme!... Quelle audace dans le crime!... Mademoiselle, je ne garde pas chez moi des demoiselles qui courent les bals la nuit... et il parait que c'était votre habitude... et qui ramènent avec elles... Oh! mais, je ne veux pas revenir sur ces odieux détails, je vous chasse de chez moi!

— Mon Dieu ! madame, ne vous mettez pas tant en colère ; mon intention n'était pas d'y rester, chez vous! J'ai bien assez de votre magasin... Je ne me soucie pas de vous servir plus longtemps de mannequin !

— Vous partirez dès aujourd'hui!

— Tout de suite, madame! Je mont^^ à ma chambre prendre ce qui m'appa^^tient, et je vous souhaite bien le bonjour.

En disant cela, Violette quitte vivement le comptoir, laissant madame Repiqué toute surprise de ce que la jeune fille paraisse heureuse de s'en aller, et les trois ouvrières enchantées de son départ.

LA I)AME AUX TliOlS CORSEfS.

Violette a fait un paquet de ses effets ; comme ii y a dedans son costume de Colombine, il est assez volumineux. Elle entre chez le portier et le prie d'aller chercher une voiture, en lui annonçant qu'elle quitte sa maison.

Le père Picard, que la jeune fille comblait de pourboires, en déchire son journal, en s'écriant :

— Voilà une nouvelle (jui me fend le cœur!... Vous nous (piittez?... Je suis sûr que c'est ce méchant mouchard de Repiqué qui en est cause !

— Sans doute, il a renconlré mon amoureux, il a éventé la mèche...

— Quel être désngréal>lequece corset ier!... D'abord de quoi se mèle-t-il? Il rôde sans cesse dans mes

escaliers ou dans ma cour pour voir ce qui se passe; il empiète sur mes droits!... Un de ces jours, je le ficherai à la porte. Et oii allez-vous comme ça, jeune victime ?

— Chez mon amoureux... Il m'a dit qu'il demeurait rue Taitbout ; est-ce loin d'ici ?

— Pas mal. Je cours, et je vous ramène un joli coupé.

La voiture arrive. Violette s'y place avec son paquet, fait ses adieux au père Picard qui s'essuie un œil, puis, dit au cocher : « rue Taitbout, 42. »

Elle avait heureusement retenu l'adresse de Grisgris. Celui-ci lui avait dit plusieurs fois qu'il occupait dans la Chaussée-d'Antin un charmant appartement au premier, et tout orné de glaces... Violette, qui ne tenait pas du tout à sa chambre à tabatière, s'était dit : « J'irai demeurer avec Grisgris; il en sera bien content, puisque, hier encore, il me répétait qu'il ne voudi*ait jamais me quitter, qu'il n'était heureux (jue près de moi ; et, ma foi ! j'aime mieux demeurer chez lui, dans un joli logement, que de rester dans cet affreux cabinet, où madame Repiqué me logeait. »

La voiture s'arrête devant une assez belle maison de la rue Taitbout.- Violette entre avec son paquet sous une grande porte cochère, et demande à la concierge : œ Monsieur Grisgris ? »

La concierge est une grande femme sèche qui n'a pas l'air agréable; elle toise la jeune fille, et répond :

— C'est ^i.

— Est-il chiez lui?

— Chez lui!... chez lui! monsieur Gnsgris? Est-ce qu'on le trouve jamais dans le jour cet oiseau-là, et même pas toujours la nuit, vu qu'il découche assez souvent? Qu'est-ce que vous lui voulez, avec votre paquet?

— Mais, madame, je viens demeurer avec lui...

— Demeurer avec lui! Ah! bien, elle est forte, celle-là! Je voudrais voir ça, que les maîtresses de ces messieurs vinssent loger avec eux. Ce serait du propre ! Notre maison aurait un joh renom!... Nous louons à des garçons, mademoiselle, nous ne voulons même pas louer à des femmes seules : ce n'est pas pour laisser venir s'installer chez ces messieurs des coureuses ! Tantôt l'une , tant l'autre , ce serait genlil !

— Mais, madame, je ne suis pas une coureuse ; j'étais dans un magasin de corsets depuis six mois...

— Pourquoi le quittez-vous?

— Faire que je m'emmyais ; et puis, je couchais dans une trop petite chambre... Je n'avais pas de place pour me retourner!

~ Si vous croyez que vous en aurez beaucoup ici, chez monsieur Grisgris, vous vous mettez joUmentle doigt dans l'œil !

— Est-ce qu'il n'occupe pas un bel appartement an premier, tout orné de glaces?

— Ah! ah ! il vous a dit ça! qut»! craqueur! Il loge tout en haut, au sixième, une chambre où pour passer

son habit, il faut qu'il ouvre sa porte... Quant aux glaces, je ne lui ai jamais vu qu'un petit miroir qui est cassé en deux endroits !.. .

— Il serait possible!... Pourquoi donc m'a-t-il dit qu'il demeurait au premier?...

— Pardi 1 pour faire son embarras ! Si vous croyez tout ce que les hommes vous disent, vous êtes encore bien de votre village !

Violette est fort désappointée ; enfin elle murmure :

— Madame, est-ce que je ne pourrais pas monter chez M. Grisgris pour y attendre son retour?

— Non, mademoiselle, non. D'abord, je n'ai pas la clef de ce monsieur; et puis, je l'aurais, que je ne vous la donnerais pas. Est-ce que vous vous figurez qu'à Paris on laisse conime ça des personnes qu'on ne connaît pas aller s'installer chez les locataires absents?... On serait bien' vite dévalisé!...

— Ah! madame, je ne suis pas une voleuse!...

— Mon Dieu! je ne dis pas !... mais voilà la première fois que je vous vois, vous et votre paquet, et je ne peux pas prendre pour une vertu une jeune fille qui vient pour loger avec un mauvais sujet qui doit trois termes, et qu'on mettra à la porte à la fin de celui-ci. Tout ce que je peux faire pour vous, c'est de vous permettre d'attendre votre jeune homme dans ma loge.

— Croyez-vous qu'il sera longtemps, madame?

— Est-ce qu'on sait jamais quand il rentre ei

La DAMt: AUX TROIS CORSETS is-;

quand il sort?... Mais il est rentré sur les trois heures en costume de Gilles ; il est monté se déshabiller, puis il est ressorti; il est bien A craindre qu'il ne rentre pas de longtemps.

Violette hésite; elle ne sait ce qu'elle doit faire; mais un jeune homme entre dans la maison : c'est Grisgris. Il pousse un cri de surprise en apercevant sa conquête, et celle-ci un ci'i de joie.

— Comment! c'est vous, Violette?...

— Oui. Ah! que je suis contente que vous soyez rentré!... Votre concierge ne veut pas me laisser monter chez vous!... Elle a l'air bien peu agréable, cette femme-là !

— Mais que venez-vous faire chez moi?

— Vous ne le devinez pas?... M. Repiqué vous a rencontré tantôt dans l'escalier...

— Je le sais Jjien, puisque je lui ai donné un soufflet!

— Vous avez fait là une belle chose!... Madame m'a renvoyée; alors, j'ai fait mon paquet, et je venais m'étnblir chez vous pour rester toujours avec vous... Cela vous fera bien plaisir, n'est-ce pas, mon ami, de m*avoir sans cesse près de vous?... Si cela ne se peut pas dans cette maison, eh bien ! nous irons demeurer ailleurs !

En général, il n'y a i-ien de curieux et d'amusant à voir comme la figure d'un monsieur auquel sa maîtresse vient annoncer ipi'elle a tout (juilté pour venir vivre avec lui; il s'opère alors sur sa physionomie

une altération, une stupéfaction dans laquelle il n'y a pas le moindre sentiment de plaisir; et, bien qu'il veuille feindre la satisfaction, son sourire ressemble tellement à une grimace, qu'il n'y a guère moyen de s'y tromper.

Après tout, c'est fort naturel : vous formez une liaison que vous pensez toujours pouvoir rompre facilement, et voilà qu'il vous tombe sur les bras une femme qui va changer votre position, votre manière de vivre, briser votre avenir, vous ôter votre liberté!... C'est une tuile qui vous arrive sur la tête, et cette tuile va briser sur-le-champ votre. amour.

Quand la tuile est une femme mariée, les conséquences sont bien plus graves. On ne sait pas où cela peut s'arrêter. Je vous en avertis en passant ne vous faites jamais adorer au point qu'on veuillt tout quitter pour vivre avec vous !

Vous voyez alors la mine que fait Grisgris en apprenant l'intention de Violette ; mais comme il sait qu'il a affaire à une jeune fille sans expérience, il n'est pas longtemps embarrassé, et lui répond :

— Ma chère amie, j'en suis bien désolé, mais nous ne pouvons pas demeurer ensemble, c'est de toule impossibilité !

— Et pourquoi donc cela?

— A cause de ma famille.

— Votre famille? Vous m'aviez dit que vous n'en aviez pas!...

— Pas ici à Paris... mais, mon père, qui est en

province, vient souvent à Paris ; alors il descend chez moi à l'improviste, sans me prévenir... Vous comprenez que, s'il vous y trouvait, cela ferait un beau tapage ! ... Je serais déshérité. . . et deux cent mille francs de rente, cela vaut la peine qu'on y regarde!

— Vous m'aviez dit que vous étiez orpheUnî...

— Vous avez mal entendu; orphelin de mère, oui, mais pas de père.

— Mon Dieu! que vais-je donc devenir alors?...

— Rassurez-vous... je vais vous caser... D'abord, allons au plus important : combien possédez-vous encore d'argent?

— Cinq cent vingt francs.

— Victoire! nous sommes des bons!... Avec de l'argent, à Paris, on a tout ce qu'on veut. Je vais vous conduire dans un hôtel garni très-honnête, très-confortable, oii, moyennant une soixantaine de francs par mois, dont vous payerez la quinzaine d'avance, vous aurez une chambre fort gentille.

— Et toute meublée?

— Gela va sans dire... J'ai votre affaire, rue Mont» martre... C'est là que j'ai logé Anna...

— Qu'est-ce que c'est qu'Anna?

— Une jeune comédienne qui devait débuter à rOdéon, mais qui a préféré s'arrêter au petit tnéâtre Saint-Pierre. Ne perdons pas de temps... il y a une place de voitures à deux pas... reprenez votre paquet et filons.

Violette a repris son paquet que M. Grisgris ne hii

offre pas de porter; il n'offre même point son bras à sa maîtresse, de crainte de se compromettre, parce qu'elle est en bonnet. Mais on trouve bientôt une voiture qui mène la jeune fille et son compagnon à rhôtel garni. Grisgris présente Violette comme une jeune dame veuve et sa cousine, qui arrive de la campagne et qui tient à être logée décemment.

Moyennant soixante francs par mois, on installe la jeune dame dans une assez jolie chambre à laquelle tient un petit cabinet. Puis l'hôtesse fait cette question toute naturelle, mais à laquelle on n'avait pas pensé •

— Votre nom, madame?

Violette regarde Grisgris. Elle va dire ses noms; mais le jeune homme la prévient, en s'écriant :

— Madame Manfredonia...

— Manfredonia... très-bien. Est-ce que madam: est Italienne?

— De famille, oui ; mais elle est née dans la Brie...

— Quand madame voudra manger chez elle, il y a un restaurateur dans la maison...

— Oh! tant mieux!... je n'ai pas encore dîné... Veuillez dire, madame, qu'on me monte à dîner tout de suite... ce qu'on voudra, ça m'est égal.

— Pour un ou pour deux, madame?

Violette regarde Grisgris, qui répond :

— J'ai déjà dîné, mais, pour tenir compagnie à mti cousine, je ferai un effort; faites monter pour deux; d'ailleurs, il se fait tard, et cela pourra passer pour un souper.

Lorsque Violette se trouve en tête-à-tète avec son amont, elle lui dit :

— Pourquoi donc m'avez-vous donné un nom qui n'est pas le mien ?

— Parce que, ma chère, votre nom de Moutin n'a rien d'élégant et ne sonne pas très-bien à l'oreille ; .tandis que Manfredonia... c'est beau, c'est ronflant, ça emplit bien la bouche !... cela n'est pas cominnn !

— Pourquoi avez-vous dit que j'étais veuve?

— Parce que cela pose : une demoiselle qui demeurerait seule en hôtel garni, on n'a pas confiance; tandis que veuve, cela va tout seul.

— Si on me demande ce que faisait mon mari ?

— Vous direz qu'il était général ; il faut toujours être veuve d'un général. Mais on ne vous demandera pas cela ; à Paris, on n'est pas curieux : pourvu que les apparences soient convenables, cela suffit.

— Pourquoi avez-vous dit que j'étais votre cousine?

— Parce que c'est une manière honnête de ne point dire votre amant... Ma chère amie, fiez-vous à moi pour dire et faire tout ce (jui est nécessaire, et surtout n'ayez jamais l'air étonné quand je dis quelque chose qui n'est pas : dans le monde, on passe sa vie à mentir; c'est l'usage, vous vous y ferez.

On apporte le dîner pour deux. Grisgris mange comme quatre, quoiqu'il assure avoir déjà dîné. Ensuite^ il dit à Violette :

— Maintenant, ma toute belle, il faut aller chez une

marchande de modes vous acheter au moins trois chapeaux : un pour le matin, un pour le soir, un pour les grandes toilettes.

— Oh! je ne demande pas mieux!

— Combien avez-vous de robes?

— Je n en ai acheté qu'une joHe depuis que je suis à Paris... les autres, du village, ne sont pas belles.

— Il faut vous acheter au moins deux robes... Vous comprenez bien que, pour sortir à mon bras, il faut que vous soyez élégante ; je ne puis pas me compromettre en donnant le bras à une femme mal mise...

— Soyez tranquille, je me ferai bien belle.

— Vous avez un châle qui n'est pas mal... ça ne suffit pas. Vous achèterez un pardessus... un sauteen-barque...

— Ah ! mon Dieu ! qu'est-ce que c'est que ça?

— Une espèce de petit paletot court que les dames mettent par-dessus leur robe : c'est très-coquet, trèsoriginal... Vous trouverez cela tout fait, et bien fait, dans des magasins de confection, les robes aussi. A Paris, en quelques heures, homme ou femme, on peut se changer des pieds à la tête... Mais il est trop tard pour que vous fassiez toutes ces emplettes ce soir; vous devez être fatiguée, moi je le suis, et je vais aller me coucher... Demain, sur les trois heures de l'après-midi, je viendrai vous prendre pour vous mener promener au bois... et j'espère vous trouver habillée à la mode...

— Vous verrez, je veux être superbe!

— N'allez pas cependant dépenser tout voire argent ; diable ! songez qu'il faut en garder pour vi- *Te ! . . .

— Et vos millions?

— Il y a des retards... des empêchements...

— Et votre théâtre?

— Je cherche toujours la place pour le faire bâtir... je n'en trouve pas.

— Vous m'aviez dit que vous aviez un charmant logement au premier ; votre concierge prétend que vous n'avez qu'une petite chambre au sixième...

— La portière vous a dit cela par méchanceté... parce que je ne lui graisse pas la patte... Mais, à demain, je vais me coucher .

— Ah!... vous partez?... Je croyais que...

— Imprudente ! vous n'y pensez pas ! Et les convenances ! et ma famille !

M. Grisgris est parti, et Violette se décide à aller prendre possession de son nouveau lit, tout en se disant :

(c C'est singulier!... Il n'avait pas peur de sa famille quand il me suppliait pour rester dans mon petit cabinet. »

Le lendemain, Violette avait fait toutes les emplettes que son amant lui avait recommandées, et elle n'avait dépensé que deux cents francs . Mais, grâce à Babiole, elle avait su où il fallait aller pour se parer à bon marché; ses chapeaux ne venaient point de la rue Vivienne, mais du passage du Saumon; son inan-

teau, son paletot, ses robes sortaient des magasins de confection à prix fixe ; mais tout cela lui allait fort Lien, et lorsque Grisgris arrive dans la journée, il est enchanté de la nouvelle tenue de sa maîtresse, qui lui paraît encore plus jolie, coiffée d'un petit chapeau rose et portant avec grâce une espèce de paletot gris perle, qui est passé par-dessus sa robe la plus simple. Le jeune homme s'empresse d'offrir son bras à Violette, et, comme le temps était beau, il va se promener avec elle aux Champs-Elysées, puis on dîne au restaurant, et, le soir, on va au spectacle. La jeune fille trouve cette manière de vivre fort à son gré et ne regrette nullem.ent son magasin de corsets. Le jour suivant, lorsque Grisgris arrive chez Violette, il la trouve habillée et coiffée tout autrement que la veille. Le chapeau est vert, la robe est d'une autre étoffe, on a un châle à la place du paletot ; puis, enfin, voulant se servir des seuls présents que lui ait faits madame Repiqué, Violette a mis le corset qui amincit considérablement sa taille sans cependant gêner par trop sa respiration. M. Grisgris pousse ud cri de surprise ; il est ravi, et s'écrie :

— C'est charmant ! Vous êtes plus svelte de moitié,,, d'oij vient cela?

— Tout simplement du corset que j'ai mis et qui est ^illé pour amincir.

— Voilà un déUcieux corset !... Vous étiez toujours aussi jolie, mais ceci vous donne une tout autre tournure et fait de vous une autre femme...

— Eh bien! pour demain, je vous ménage une autre surprise ,

— En vérité ?

— Vous verrez !

En effet, le lendemain, Yiolette a mis le corset qui lui fait une poitrine volumineuse , et avec cela elle fait sa troisième toilette : chapeau blanc, autre robe et joli manteau. Grisgris reste quelques instants en contemplation devant la femme si mince la veille, et qui maintenant est devenue une forte femme ; il tourne et retourne autour d'elle en examinant sa taille et sa toilette , puis s'écrie :

— Il n'y a pas à dire... c'est à s'y tromper. . . c'est délicieux ! Gela me fera dans le monde trois maîtresses au lieu d'une !

— Gomment dites-vous cela, mon ami?

— Je dis, ma chère, que vous avez un talent réel pour vous transformer.

— Dites-moi de quelle façon vous me trouvez le mieux, et alors j'adopterai ce corset-là, je mettrai toujours le même.

— Non pas ! gardez-vous en bien ! ... Il y a un axiome latin qui dit : In varietate voluptas, ce qui signifie que le plaisir est dans la variété, et cette maxime est d'une grande vérité ; il faut donc désormais changer de corset et de toilette comme vous l'avez fait depuis trois jours : être tour à tour d'une taille ordinaire, puis extrêmement mince, puis pourvue d'une gorge superbe. Gomme cela vou^; serez triple, et je vous

nomme Niiiie, Violette et madame de Manfredonia.

— Ah ! mon Dieu ! j'aurai trois noms, à présent !

— Un pour chaque corset.

— Et m'aimerez -vous autant sous chacun de ce? noms?

— Je vous aimerai bien davantage, puisque je croirai chaque fois changer de maîtresse.

— Je ne comprends pas bien...

— Ça ne fait rien î Venez, superbe Manfredonia, aujourd'hui nous allons prendre à l'heure un milord découvert, et je vous mène au bois. Je voudrais vous faire voir à tous mes amis.

Violette ne demande pas mieux que de se faire voir. En revenant du bois, on dîne chez Véry, et toujours dans un salon, jamais dans les cabinets. Grisgris, qui connaît beaucoup de jeunes gandins, est enchanté lorsque quelques-uns de ces messieurs Faperçoiveni avec sa maîtresse. Le lendemain, avec le corset mince, il promène Violette sur le boulevard des Italiens. Enfm, lorsqu'elle a son corset ordinaire, il se contente de la mener aux petits théâtres, ayant soin de choisir toujours les endroits oii il est à peu près sûr de rencontrer des connaissances.

Ce que M. Grisgris fait pour flatter sa vanité, lui attire bientôt les compliments de ses amis. Ces messieurs le regardent comme un don Juan ; on l'envie, mais on l'admire.

— Je voUb ai rencontré avec une bien jolie femme, it l'un, et quelle taille ! c'est une sylphide.

LA DAME AUX THOIS COUSETS 193

— Moi, je l'ai vu avec une bien belle personne, dit un autre, une poitrine superbe!...

— Moi, s'écrie un troisième, je vous ai aperçu hiei avec une petite dame... taille ordinaire, mais figure charmante.

— Ah çà! mon cher, vous avez donc trois maîli'esses en ce moment?

— Mais oui... j'en ai trois... Gela s'est trouvé oomme cela... je n'ai pas pu leur résister !

— Ce diable de Grisgris, c'est un petit Richelieu !... Mais, ça doit vous coûter très-cher, ces trois femmeslà?

— Oui, pas mal... Je me ruine pour elles! Mais que voulez -vous !... l'argent est fait pour rouler !...

— Mes comphments, mon cher; celle que j'ai vue est charmante !

— Gelle avec qui je l'ai rencontré, la taille fine», est ravissante.

— Ah ! vous êtes un heureux mortel !

Grisgris nageait dans la joie ; jamais il n'avait été si heureux, son amour-propre ne pouvait être plus flatté. Quant à Violette, (^ette vie de plaisir lui convenait beaucoup. Il est vrai que son argent diminuait rapidement, car son amant lui en empruntait souvent pour payer les dépenses de la journée ; mais la jeune Tille n'en connaissait pas encore le prix; et, d'ailleurs, cbaciue fois que Grisgris lui empruntait, il disait : <r Je vous rendrai tout cela en bloc, quand mon théâtre marchera. » Et Violette avait une confiance entière

dans la promesse de son amant. Mais, un jour, un jeune homme qui avait rencontré Grisgris avec Violette sous tous les aspects lui dit d'un ton railleur, dans un café, où il recevait encore des compliments sur ses conquêtes :

— Moi, je paye un dîner chez Vachette pour toute la société, si Grisgris veut nous y amener ses trois maîtresses.

— Impossible, mon cher, impossible ! répond Grisgris; je ne puis pas faire trouver ces trois dames ensem-ble, ce serait leur faire connaître ma trahison et m'exposer à ce qu'on m'arrache les yeux.

— Ah ! ah ! ah !.. . vos yeux n'auront pas le moindre danger à courir... Vous êtes un vrai blagueur... vos trois maîtresses peuvent d'autant mieux venir ensemble, qu'il n'y a pas moyen de les séparer... les trois n'en font qu'une!...

— Vous dites?

— Je dis que c'est toujours la même que vous habillez et attifez différemment... Elle est bonne, cellelà, mon cher, mais il fallait lui dire de changer de visage !...

Grisgris est furieux, et il sort du café en se disant : a C'est fini, le tour est fait ! Après tout, je commençais à me lasser de promener Violette. »

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