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Madame Repiqué continuant, grâce à son mannequin, avoir les dames venir en foule chez elle pour s'y faire faire des corsets, avait fait don à Violette des deux qu'elle portait alternativement pour se mettre en montre, et d'un autre très-ordinaire pour les jours oii elle ne devait pas servir de modèle.
Mais il ne suffisait pas à la jolie fille d'être très-bien montée en corsets, elle voulait goûter aussi des plaisirs de Paris, et commençait à s'ennuyer horriblemerif dans son magasin, lorsqu'un jour, pendant que madame déjeunait avec son volage époux. Babiole i^^K tout bas à Violette, qu'elle tutoyait depuis quelque temps, parce qu'entre jeunes filles l'intimité s'établit très-vite r
— Ma petite, le carnaval est arrivé, et avec lui la saison des bals, des soupers, des plaisirs, enfin... Est-ce que tu ne veux pas en goûter un peu?
— Oh ! si... j'en veux goûter beaucoup même, et je compte sur toi pour m'en procurer. J'avais cru, en venant à Paris, que Marjoleine et Toinon s'occuperaient de me faire avoir de l'agrément ; mais je vois bien que je me suis trompée, et qu'elles ne pensent plus à moi!
— Qu'est-ce que c'est que ça, Marjoleine et Toinon?
— C'est madame Trafalgar et madame de Boucherose, qui s'appelaient ainsi au village... avant d'être de grandes dames.
— Jolies grandes dames qui ne savent pas même écrire ! Celle qui vit avec un Turc a voulu une fois, ici, nous donner une adresse ; elle a été une heure pour mettre le nom d'une rue, et M. Repiqué n'a jamais pu trouver cette rue-là!... Mais tu n'as pas besoin de ces dames pour t'amuser ; tu possèdes ce qui vaut mieux que toutes les protections possibles, ce qui permet de satisfaire toutes ses fantaisies... de l'argent, enfin... Car je présume que tu n'as pas dépensé tes mille francs, en restant constamment dans ce magasin ?
— Oh! je n'y ai même pas touché... Je porte toujours mon billet sur moi, de crainte de le perdre.
— Donne-le-moi ; pendant que les patrons déjeunent, je vais aller le changer contre de 1 or... II y a
I;t6 LA DAME AUX TROIS CORSETS
un changeur ici, à deux pas... Il faut bien que tu aies de la monnaie pour suborner le portier... Je garderai ce qu'il faut pour te louer un joli costume et un pour moi ; un débardeur, ça te va-t-il ?
— Qu'est-ce que c'est que ce costume-là?
— Oh 1 c'est très-bien porté ! C'est moitié homme et moitié femme. On a un pantalon ; mais on montre ses épaules ; sois tranquille, tu seras charmante en débardeur.
— Je m'en rapporte à toi. Et quand irons-nous au bal?
— Ce soir même ; il y a bal à l'Opéra. Et c'est à l'Opéra que nous irons, rien que ça !
— Ce soii' à l'Opéra! Ah ! quel plaisir !
— A onze heures, tu descendras de ta chambre, tu mettras le portier dans tes intérêts. Tu me trouveras à la porte. Tout à l'heure on doit m'envoyer en courses ; je profiterai de cela pour aller louer nos costumes et les porter chez moi, où nous irons nous habiller.
— Et nous irons toutes seules au bal ?
— Oh ! non ! Il faut avoir des cavaliers ; mais Gratinet viendra me chercher.
— Quel est ce Gratinet ?
— C'est un jeune clerc d'avocat, qui me fait la cour depuis deux ans, et qui m'épousera quand il passera avocat. Il est bien gai, bien farceur. Par exemple, il a toujours soif!... C'est extraordinaire ce qu'il consomme de chopes et de bocks ! Et il fume '... jusqu'à
quinze cigares pa>' jour!... Même que ça le rume!... Mais il aime mieux fumer que de s'acheter un pantalon!... Je le gronde souvent pour cela.
— Ce sera ton cavalier?...
— Oh ! tu auras le tien aussi ; il amènera un de ses amis... J'ai prévenu Gratinet que tu viendrais avec nous, et, de son côté, il m'a dit : « J'amènerai Grisgris... » Oh! s'il amène Grisgris, nous rirons bien ! En voilà encore un jeune homme aimable !... Il marche sur la tête... il sait toutes les danses... a connaît tous les acteurs et actrices de Paris, et il a l'intention de faire bâtir un théâtre dont il sera le directeur, et où on ne jouera que ses pièces... C'est pas bête, ça !
— Il est donc riche, ce monsieur Grisgris ?
— Je ne crois pas... Mais il a de hautes connaissances; il trouvera des millions tant qu'il en voudra!... Du moins, c'est lui qui ledit!... Mais je bavarde et le temps se passe; donne-moi vite ton billet !...
Violette a remis son billet de banque, que Babiole court changer. Elle rapporte de l'or qu'elle donne à son amie, en lui disant :
— J'ai gardé cent francs, parce que, outre nos costumes, nous pouvons avoir besoin de nous rafraîchir, et Gratinet n'est pas toujours en fonds...
— Mais l'autre, qui a des millions dont il peut disposer?
— Oui, mais il n'en dispose p;is encore... N'oublie pas de descendi-e quand on sera couché...
— Oh ! il n'y a pas de danger que j'oublie cela ! Onze heures ont sonné, le magasin de corsets
vient de fermer, et les demoiselles sont montées à leur cinquième étage. Violette attend quelque temps que ses voisines du carré ne fassent plus aucun bruit ; alors elle ouvre bien doucement sa porte, la referme de même, et descend l'escalier comme un sylphe. Arrivée devant la loge du portier, qui attend encore des locataires, elle passe sa tête en murmurant :
— Monsieur Picard...
— Tiens! c'est mam'zelle Violette!... Par quel hasard?... Est-ce que vous êtes indisposée?
— Nullement, monsieur Picard, mais je veux aller au bal...
— Au bal? Ah ! diable !... Et les patrons?
— Ils n'e«i sauront rien, si vous m'ouvrez quand je sonnerai à cinq heures... avant le jour...
— Oh 1 ma'iS ! c'est que... vous aider aies tromper!... Vous comprenez que... mamoraUté...
— Monsieur Picard, voulez-vous accepter ceci?
Et la jeune fille présentait au portier une pièce de vingt francs. Celui-ci ouvre de grands yeux; il prend la pièce d'or, l'examine, sourit comme s'il voulait la baiser, puis s'écrie :
— C'est pour moi tout ça?
— Sans doute, si vous voulez bien racceptor...
— Je crois bien que je l'accepte! Allez donc au bal, mon enfant, allez-y tant que vous voudrez, amu-
LA DAME A ex TROIS CORSETS m
sez-vous, c'est de votre âge!... Jeune et gentille comme vous l'êtes, ce serait un meurtre de ne pas profiter de vos beaux jours !...
— Ainsi, vous m'ouvrirez quand je reviendrai cette nuit?
— A l'heure que vous voudrez, ne vous gênez pas... D'ailleurs, j'y suis accoutumé, presque toutes les bonnes de la maison en font autant que vous...
— Elles vont toutes au bal?
— Je ne sais pas où elles vont, mais elles ne couclient guère dans leur chambre !
— Tirez-moi le cordon...
— Ça y est ; bien du plaisir !
Violette est dans la rue ; elle regarde autour d'elle et cherche des yeux Babiole. Au heu de sa camarade, elle voit venir à elle, en sautillant, un jeune homme coiffé de ces nouveaux cliapeaux à forme ronde qui ressemblent parfaitement à des cuvettes, et portant un paletot qui lui couvi'e à peine le derrière. Ce jeune homme salue Violette, en lui disant :
— Mademoiselle, je vous attendais ; je suis Gra tinet, dont Babiole doit vous avoir parlé... Vous deviez trouver ici votre amie ; mais en entrant chez elle, elle a examiné ses costumes, et s'est aperçue que son pantalon de débardeur était beaucoup trop large pour ce qu'elle avait à mettre dedans; il faut donc qu'elle y ftisse une pince, cela prendra du temps, c'est pounpioi elle m'a envoyé à sa place. Prenez
loO LA DAME AUX TROIS CORSETS
mon bras et nous allons nous rendre chez Babiole, en deux temps...
— Est-ce loin, monsieur?
— Pas très-loin : rue Croix-des-Petits-Champs.
— Mais c'est qu'il pleut?...
— Oui, mais j'ai un rifflard . • . je vais rouvrir...
— Si nous prenions une voiture pour arriver plus vite?
— J'y ai bien pensé, mais nous en chercherions en vain ; à Paris, quand il pleut, on ne trouve plus de voiture. . . Mais nous volerons ! . . . Permettez seulement que j'allume mon cigare... Gela ne vous incommode pas, le tabac?
— Oh! non, monsieur, au contraire, j'aime cette odeur-là.
— Vous aimez l'odeur du tabac? Mademoiselle, vous êtes à encadrer !
Violette a pris le bras de M. Gratinet qui a allumé son cigare. Ils marchent très-vite, d'autant plus que le parapluie, qui est censé les abriter, est rempli de trous et déchiré à plusieurs endroits.
— Ma scélérate de portière m'avait dit qu'elle avait raccommodé mon parapluie! s'écrie Gratinet; mais je m'aperçois qu'elle m'a filouté' mon quibus...
— Il est certain que je suis toute mouillée !
— Heureusement, vous allez changer de costume en arrivant.
— Et vous, monsieur, est-ce que vous ne vous déguisez pas?
'-Si fait! Oh! mais, moi, j'ai mon costume qui m'appartient, mon pierrot ! C'est plus agréable ; on n*a pas la peine d'en louer.
— Alors vous vous déguisez toujours en pierrot ?
— Naturellement ; mais c'est ce qu'il y a de mieux pour un homme... Ah! voilà un café... entrons prendre une cliope...
— Non, monsieur, non ; je suis mouillée, et il me tarde d'être cliez Babiole...
— Nous prendrons chacun un hocki... C'est si vite avalé !
— Merci; d'ailleurs, je n'aime pas la bière !
— Vous n'aimez pas la bière? Vous m'étonnez I...
— Dépêchons-nous , monsieur , car, en vérité, votre parapluie me fait l'effet d'une gouttière.
Le couple ne marche plus, il vole. O.i arrive chez Babiole, qui possède une chambre assez gentille, au troisième, dans une maison à allée.
— Ah ! ma pauvre Violette, comme te voilà mouillée ! s'écrie Babiole en faisant entrer son amie. Vous n'aviez donc pas de parapluie?
— Celui do monsieur est comme une poêle à marrons.
— Gratinet, pourquoi n'avez-vous pas pris une voiture pour amener Violette ?
— Pouriiuoi?... Parce qu'il n'y en avait pas sur la place !
— C'est drôle, avec vous on ne trouve jamais de voiture !
— J'ai offert à mademoiselle une chope, elle m'a refusé.
— Elle a très-bien fait. Allez vous habiller et soyez ici à minuit. Et Grisgris ?
— Il sera des nôtres, c'est convenu.
— Gomment sera-t-il costumé ?
— En pierrot, comme moi !
— Ah ! que vous êtes embêtant avec vos pierrots ! Ce n'est pas joH du tout.
— Quand ceux qui les portent le sont, cela suffit.
— Voyez-vous ce monsieur qui se fait des compliments !...
— Au revoir, mes belles, à bientôt !
Et M. Gratinet s'en va en chantant la marche des Tar tares : Allons, mes belles, suivez-nous !
— Gomment trouves-tu Gratinet ? dit Babiole, dès que son amant est parti. Il est gentil, n'est-ce pas?
— Dame ! ça dépend du goût !
— Et de l'esprit, comme une fouine 1
— Mais mon costume... Fais-moi donc voir mon costume !... Je brûle de le- mettre !...
— Tiens ! le voilà étalé sur mon lit... J'espère que tu seras contente... il est ravissant !
Violette examine le costume de débardeur.
— Ah! c'est cela?... Mais c'est un vêtement d'homme !
— Qui n'est porté que par des femmes... Regarde donc ce pantalon en velours avec ces bandes en aigent... ces grelots... ces broderies !
LA DAME AUX TKOIS C0KSI':TS 153
Oh ! habille-moi bien vite ; il me tarde de me
voir là-dedans !
Babiole habille la jeune fille qui ne s'était jamais déguisée, qui n'a jamais été dans un bal masqué, et qui est charmante sous son costume de débardeur.
Il y en a qui se mettent de la poudre dans les cheveux, dit Babiole; mais, comme tu as de fort beaux cheveux noirs, lu n'as pas besoin de les salir avec de la poudre... Tu es ravissante!... Seulement, il faut te décoUeter davantage... Dans ce costume-là, voistu, il faut un peu se débrailler !
Oh! je ne veux pas me découvrir plus que celai...
D'ailleurs, j'aurais froid.
— Tu n'auras pas froid au bal...
— Je me sens gênée là- dedans...
Ça va se faire : marche, saute, gambade; exercetoi à envoyer le pied en lair... le plus haut possible.
— Pourquoi faire ?
— Parce que cela prouve que l'on sait les danses à la mode, et que c'est bon genre. Maintenant, il faut que je m'habille bien vite, car si je n'étais pas prête ([uand ces messieurs viendront, Gratinet me ferait une scène.
Au bout d'une demi-heure Babiole était prête, et les. qeux jeunes tilles attendaient avec impatience que leurs cavaliers vinssent les chercher ; déjà la petite Babiole trépii^nait des pieds avec colère, en disant : ~ Il est miimit et quart, ils ne viennent pas!... Je suis sûre que ce petit scélérat de Gratinet a voulu
boire un bock !... Viens, Violette, que je t'apprenne à polker et à galoper ; car, à l'Opéra, il faut savoir se tenir ferme.
Enfin, des chants, des éclats de rire se font entendre dans l'escalier, et bientôt les deux pierrots se présentent.
M. Grisgris est un fort joli garçon, l'air un peu mauvais sujet (>t très-effronté ; mais, en riant, il laisse voir de si belles dents, et son regard est si pénétrant, qu'on lui pardonne de se montrer quelquefois trop familier.
Il entre dans la chambre en faisant une pirouette qu'il va finir sur Babiole , qu'il embrasse ; puis il s'arrête devant Violette, l'examine et s'écrie :
— C'est là notre jeune amie... la nouvelle néophyte... qui vient au bal pour la première fois?
— Oui, monsieur.
— Charmante, parole d'honneur ! Nous nous nommons ?
— Violette, monsieur.
— Violette ! nom déhcieux d'une fleur dont il ne faut pas avoir la modestie, parce que la modestie n'est bonne que pour les niais... Ah ! johe Violette, que de conquêtes vous allez faire !... Mais j'y mettrai bon ordre, car, avant tout, vous avez fait la mienne... je sens que je vous idolâtrerai.
— Quoi! monsieur, déjà?
— En carnaval, ma belle amie, on mène l'amour très-vite; on supprime les soupirs, les fadeurs...
LA DAME AUX TUUlS CORSETS 1a5
D'abord, on se tutoie tout de suite... Tu entends, mon ange?...
— Ah ! monsieur... vous êtes bien hardi !
— Ah ! ah ! ah ! entendez-vous , les autres ? La jeune Violette me trouve hardi, parce que je la tutoie. Oh ! innocence champêtre !... Mais le bal de l'Opéra mettra tout cela au pas. Polkons-nous un peu, au moins?... Voyons cela!...
Et Grisgris, passant son bras sous la taille de Violette, la fait polker dans la chambre.
— Pas mal !... Nous avons de l'oreiKe, de la mesure... nous sommes légère comme une plume... ça ira!
— Partons, messieurs ; j'espère que vous avez une voiture en bas?
— Oui, certes... un coupé superbe! Nous serons un i)eu gênés tous les quatre dedans... mais nous aurons plus chaud... A propos, Babiole... prends de l'argent... Je crois que je n'en ai phis beaucoup sur moi, et Grisgris a oublié sa bourse dans son coslume de ville.
— Oui, je suis si étourdi!... Je n'en fais jamais d'autres...
— C'est gentil !... Et pour nous faire entrer à l'Opéra?
— Rassurez-vous, mesdemoiselles; d'abord, nous deux Grisgris nous sommes abonnés, et voilà des billets pour vous.
— D'ailleurs, dit Violette, si vous n'aviez pas de
billets, ça ne ferait rien! J'ai de l'argent, moi, j'ai pris cent francs en or, est-ce assez?
— Cent francs ! s'écrient les deux pierrots en fai- <iint des cabrioles dans la chambre.
— L'as-tu bien entendue ? elle a cent francs
— Elle a cent francs !
— Mais ce n'est pas une femme ! c'est une divinité !
— Ah ! quel souper nous allons faire !...
— Mademoiselle, si cela vous déplaît que je vous tutoie, je m'en abstiendrai...
— Pourquoi donc, monsieur ? Si c'est l'usage quand on est déguisé, je m'y accoutumerai.
— Au reste, mademoiselle, soyez bien persuadée que si, celte nuit, nous nous permettons de vous laisser payer le souper, c'est avec l'intention la plus formelle de vous rembourser tout cela.
— Oh ! monsieur, cela ne ferait rien... je serais très-contente de vous offrir à souper... Je ne sais que faire de mon argent.
— Elle ne sait que faire de ses monacos ! entendstu, Babiole? Tu ne m'as jamais dit de ces choses-là, toi!... Si nous allions souper tout de suite?...
— Non, non, au bal d'abord! On vous connaît Gratinet ; on ne pourrait plus vous faire quitter la table !
— Oui, dit Grisgris en prenant le bras de Violette, au bal d'abord, et vive la danse ! elle donne de l'appétit.
Les deux couples sont partis ; ils arrivent à l'Opéra. Là, dès le péristyle, Violette se sent comme enivrée partout ce qu'elle voit et tout ce qu'elle entend', cette foule, ces masques, cette chaleur, cette musique, l'étourdissent, mais lui font éprouver un plaisir dont elle ne se faisait aucune idée. Lorsqu'elle entre dans la salle, lorsqu'elle pénètre dans l'enceinte de la danse, elle se serre fortement au bras de Grisgris, car elle n'ose plus marcher, plus avancer. Mais l'orchestre joue une polka ; alors Grisgris lui prend la taille, l'entraîne et la fait polker, en lui disant :
— Ferme ici ! et surtout n'ayons pas peur d'être cognée ni de cogner les autres ; rien ne donne de l'aplomb comme la danse.
Le joH garçon avait raison. Après la polka, Violette est en nage, mais elle n'a plus peur ; après le quadrille suivant, elle n*est plus timide ; après le galop, elle se sent la plus grande envie d'envoyer son pied dans le nez du vis-à-vis, comme elle l'a vu faire à plusieurs petites femmes en dansant. Aussi Grisgris est-il enchanté de son écohère, et, dans les intervalles de la danse, ne cesse-t-il pas de lui dire des choses fort tendres et de lui jurer qu'elle lui tourne la tête.
Violette reçoit toutes ses déclarations en riant; mais elle les écoute avec plaisir, car Grisgris est fort aimable, et il a une manière de la regarder qui lui fait battre lo cœur.
Babiole et Gratinet dansent aussi de leur côté; la foule sépare souvent les deux couples; mais le jeune
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clerc d'avocat fait toujours en sorte de retrouver Violette ; il ne veut pas perdre de vue celle qui doit leur payer à souper.
Le temps passe vite, quand on s'amuse, et les deux ouvrières de madame Repiqué adoraient la danse et ne voulaient en manquer aucune. "Oéjà plusieurs fois Gratinât avait dit :
— Allons souper !
Et on lui avait répondu :
— Pas encore.
Mais, comme il faut que Violette soit rentrée à six heures au plus tard, à quatre, les deux pierrots arrachent leurs danseuses aux douceurs d'une valse, et l'on va s'installer dans un petit salon de la Maison- Dorée.
On fait un souper fm, délicat, choisi; personne ne se grise, excepté Gratinet, qui ne peut supporter que la hière. Enfin, à cinq heures et demie, Violette, qui craint d'être vue, veut absolument s'en retourner, d'autant plus qu'avant de rentrer chez elle il faut qu'elle aille chez Babiole ôter son déguisement et reprendre ses vêtements. On part, on monte en fiacre ; Violette va chez Babiole se changer, puis le fiacre la descend à quinze pas de sa demeure, et elle dit adieu à son gentil pierrot, eti lui promettant de recom-mencer la même nuit le samedi suivant.
Xïiï