‹ La Dame de voluptéChapitre 6 sur 7 · T. IL · texte numérisé non relu

T. IL

ea allant épouser on personne lu fille de Philippe II, mais que, pour le fauteuil, il y tenait.

On lit chanacT d'avis à M. de Louville, le facloiam d:' cette eoor : le duc fut reçu debout. Philippe V décommanda son souper, sous prétexte que ses officiers n'étaient pas arrivés. Enfin, Yictor-Amédéc reçut toutes les morUnYalu.ns possibles; il abrégea sa visite, et revint à mou lo;i5, outré, me demander un morceau à manger, et surtout décharger son cœur.

— Ils verront! me dit-il, et l'on ne me traitera pas ainsi chez moi sans que je me venge !

Le lendemain, le roi d'Espagne le vint voir et ne s'ussit pas ; il alla de même chez les princesses, avec lesquelles il se montra de fort bonne grâce, particulièrement avec la iille de Monsieur, sa tante et sa belle-mère en môme temps.

Le duc fut trè^-poli, très-digne et très-réservé.

£n prenant congé du roi, qu'il reconduisit seulement à un mille de la ville, il lui lit une grande révérence, en lui disant :

— Votre Majes:.: m'excusera si je ne fais pas la ampagwe en personne, ainsi que je l'avais résolu; il se peut même que je ue puisse fournir beaucoup de

troupes : mes peuples sont fort épuisés d'hommes el d'argent; je ne suis pas riche, dos montagnes ne produisent guère; mais mes vœux suivront toujours les armes de Votre Majesté.

Le compliment se termina là, et ceux qui connaissaient le prince purent dès lors en augurer ce qui arriva.

Il revint à Turin précipitamment; j'étais partie la veille, pour qu'il n'eût pas à m'attendre. Gomme je mettais pied à terre en ma maison, Babette, que je n'avais pas emmenée, me vint dire que j'allais y trouver un étranger caché dans le fond de l'appartement de mes enfants; que Son Altesse lui avait envoyé l'ordre de le recevoir dans le plus grand secret, de le traiter comme lui-même et de le servir de son mieux. Un mot du duc pour moi éclaircit le fait : c'était le comte d'Aversberg, envoyé secret de l'empereur.

J'étais fort désolée de tout cela; je voyais la ruine du pays imminente et le prince en butte à tous les malheurs, aux calomnies de l'Europe entière. Je me promis de le lui dire dès que je le verrais.

— Je sais ce que je fais, me répondit-il ; il suffit que vous ?oyez Française pour que je ne vous écoule point.

Les conférences eurent toutes lieu chez moi, en ma présence. Le comte apportait de très-belles conditions ; mais Victor- Amédée voulait davantage. Je ne sais ce qui en serait résulté, si l'ambassadeur de France, M. Phélippeaux, n'eût découvert par ses espions un courrier dépêché au prince Eugène. Il vint sur-le-champ trouver Son Altesse au palais, et, tout rouge de colère, il commença des plaintes et des récriminations que M. de Savoie écouta avec un sang-froid méprisant.

— Mais, monseigneur, reprit Phélippeaux, quelles sont les intentions de Votre Altesse royale?

— Ai-je des comptes à vous rendre, monsieur?

— Non pas à moi, mais à mon maître.

— S'il m'en demande, je saurai sur quel ton lui répondre.

— Monseigneur, je serai forcé d'écrire tout cela.

— Écrivez, monsieur; qui dit ambassadeur, dit espion, je ne l'ignore pas.

— Monseigneur, Leurs Majestés les rois de France ei d'Espagne vous renverront les princesses vos iilles, si vous tes forcez à vous traiter en ennemi.

— Qu'ils les renvoient : nous avons besoin de servantes.

L'entretien devait s'arrêter là ; je le sentis plus vite qu'eux, moi qui n'étais pas en colère, et je fis signe à Phélippeaux de sortir. Il comprit que mon conseil était bon, car il en profita : il salua le prince, qui lui rendit un signe de tête; puis il nous laissa.

— Ma chère comtesse, me dit Yictor-Aniédée, les vitres sont cassées, et nous allons voir l'Espagne et la France en face de nous. Il arrivera ce que Dieu voudra; mais je n'y tenais plus. Envoyez, s'il vous plaît, tout à l'heure chercher Aversherg.

Le comte vint, et ils s'enfermèrent ; je n'ai jamais su ce qui s'était dit dans cette conférence. J'en ai vu les résultats. Phélippeaux écrivit; marqua-t-il le mot sanglant du duc sur ses filles? Ce qui est certain, c'est que les suites furent terribles ; le roi envoya l'ordre à M. de Vendôme de désarmer les troupes piémontaises qui se trouvaient avec les siennes et qui venaient de faire des prodiges de valeur à la bataille de Lugara. Cette opération se fit sans résistance, car on ne s'attendait à rien. Les soldats désarmés furent incorporés dans les régiments français, et bien entourés, de crainte de désertion.

Jamais je ne vis fureur semblable à celle de Victor-

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Amédée lorsqu'il apprit cette nouvelle; il soupait chez moi avec Aversberg et deux ou trois familiers, il jeta la dépèche par terre et donna un grand coup sur la table en jurant d'une façon énergique.

— Comte d'Aversberg, vous pouvez annun. er à l'empereur que je me battrai jusqu'à mon dernier homme et ma dernière ressource, pour m'opposer à l'ambition de Louis XIV. Vous n'avez plus besoin de vous cacher ici ; demain, tous mes sujets counaitront ma résolution : je les appellerai à moi, et ils ne me manqueront pas plus qu'autrefois. Je vous réponds d'eux.

Son indignation se répandit, comme une traînée de poudre, dans tout le pays; il n'y eut que cris et que rage, partout, dans toutes les classes; le peuple, la bourgeoisie, la noblesse, ils accoururent tous.

Le soir môme où l'on apprit cet étrange procédé, l'ambassadeur Phélippeaux fut arrêté dans son hôtel ; tous.les Français résidant en Piémont le fureut également et leurs marchandises saisies.

Dans la nuit, le duc fit appeler les membres les plus influents de l'assemblée des nobles pour s'entendre avec eux.

— Messieurs, leur dit-il. c'est en vous, après Dieu,

LA DAME DE VOLU l'ÏE.

que j'ai placé ma plus ferme espérance, pour obtenir satisfaction d'une injure qui nous est commune et qui ne peut être supportée par des gens de cœur.

Ce furent des cris et des menaces effrayantes, qui nous firent trembler, madame la duchesse et moi, car nous ne pouvions oublier que nous étions nées Françaises.

Quoique ennemies en public, et par position, nous étions loin de nous détester en particulier. Nous avi. fs des rapports fréquents, inconnus même à Yictor- Amédée, et je donnais souvent à madame de Savoie des avis dont elle profita dans sa conduite. Cette explosion de fureur ne nous plaisait ni à l'une ni à l'autre.

Elle m'envoya une de ses femmes pour me dire sa désolation de ce qui allait arriver, en ajoutant qu'elle souhaiterait d'être loin alors ; à quoi je lui lis répondre que je serais charmée de m'en aller avec elle.

Le prince envoya chercher Phélippeaux, qu'on gardait à vue et dont tous les papiers furent visités.

Phélippeaux soutint bien l'honneur de son maître.

— Comment, monsieur, lui dit le duc, le roi de France a osé commettre une action aussi lâche sans prendiv même la précaution de vous mettre en sûreté?

11 tient donc bien peu à votre liberté, à votre vie ! Vous êtes cependant un fidèle serviteur.

— Sa Majesté peut disposer de moi : ma liberté et ma vie lui appartiennent, répondit Phélippeaux, aussi tranquillement que s'il se fût agi d'une partie de cbasse.

— Mais savez-vous que cette action de votre maître est infâme : désarmer un allié qui dort sur la foi des traités !

— Lesquels? ceux de Votre Altesse avec mon souverain, ou ceux qu'elle est en train de conclure avec le prince d'Aversberg, cacbé cbez madame la comtesse de Verrue depuis plus d'un mois?

Le duc fut interdit en entendant cette réponse : il se domina assez pour ne rien laisser paraître de son trouble, même aux yeux clairvoyants de l'ambassadeur; mais il lui vint à l'idée que Babette ou Marion l'avaient trahi, et Dieu sait qu'elles n'y pensaient guère.

— Je puis me venger, monsieur, répliqua-t-il : on m'a abreuvé d'assez de dégoûts, et je n'ai à rendre compte de ma vengeance qu'à Dieu seul... Je vous ferai connaître mes volontés.

— Je les exécuterai si je le trouve convenable, mon

seigneur; moi, j'ai à rendre compte de mes actions au roi mon maître et à l'Europe, qui nous jugera tous les deux.

— Oseriez-vous dire, par hasard, que je n'avais pas le droit de vous faire arrêter?

— Non, monseigneur, vous ne l'aviez pas; vous n'aviez pas autant de raisons de vous assurer de ma personne que le roi mon maître de faire désarmer vos troupes ; deviez- vous douter qu'étant à sa solde, Sa Majesté ne fût la maîtresse de disposer de vous, de vos soldats et de vos États même, monseigneur ?

— Sortez, sortez, monsieur! s'écria le duc hors de lui-même, sortez! ou j'oublierai votre caractère, et je ne sais...

— Il me semble que, depuis plusieurs heures, Votre Altesse ne s'en souvient plus, répliqua froidement Phélippeaux, faisant une révérence et se disposant à sortir ; on pourra le lui rappeler.

Le duc eut bien de la peine à se contraindre ; il le fit néanmoins, pour ne pas mettre le tort de son côté.

Le lendemain matin, il reçut une dépêche de Louis XIV, ainsi conçue :

« Monsieur, puisque la religion, l'honneur et votre

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