Partie ! Elle était partie
« Elle vient souvent ici, n'est-ce pas?
— Très souvent, signor. Elle fait généralement un ou deux séjours ici chaque hiv'er avec sa femme de chambre.
— Elle voyage incognito, ajoutai-je. Sauriez- vous par hasard son véritable nom? »
L'homme me regarda avec hésitation dans les yeux. Je compris qu'il savait le nom, mais qu'il ne voulait
pas me le dire. Je lui tendis un billet de vingt francs, mais il le refusa tranquillement en disant :
« Je regrette infiniment, signer, mais le nom de la dame est un secret pour tout le monde. Vous le donner serait me faire renvoyer d'ici. Il n'y a que le propriétaire de l'hôtel et moi qui le connaissions. Sa véritable identité n'est connue de personne autre et on la cache soigneusement.
— Mais au moins pouvez-vous me dire dans quel hôtel elle est descendue à Rome?
— Certainement, signor : au Grand Hôtel. C'est toujours là qu'elle descend, et j'ai même un petit paquet à lui envoyer à cette adresse. »
Le Grand Hôtel à Rome ! Deux heures après cette conversation, je roulais dans l'express vers la Ville Éternelle, où j'arrivai une heure après la fin du dîner.
Oui. Elle était là. Sur la longue liste de gens riches et titrés je vis son nom : miss Natica Tesloff.
Sans perdre une minute je montai à ma chambre et, après avoir passé mon habit, je descendis pour me mettre à la recherche de mon inconnue. Je fis un tour en flânant à travers les magnifiques salles de marbre blanc du Grand Hôtel, fouillant de l'œil sans en avoir l'air le moindre de ces coins si confoKablement arrangés, où les hôtes s'étaient retirés après dîner pour se livrer au plaisir de la cigarette et d'une causerie intime. Il y avait partout de petits groupes d'hommes et de femmes élégamment vêtus à la dernière mode, une foule cosmopolite qui parlait toutes les langues, car le Grand Hôtel est certainement l'hôtel le plus polyglotte de tout Rome.
J'avais monté le grand escalier qui conduit au premier étage lorsqu'à une table délicieusement installée dans un coin, je vis, à moitié caché par un palmier qui étendait sur lui ses larges feuilles en éventail, un homme d'un certain âge, en habit, confortablement renversé dans un long fauteuil de bambou. A ses côtés était assise une femme en ravissante toilette grise rehaussée de dentelles, le coude appuyé sur la
table , et qui lui causait à voix basse sur un ton très animé.
En un instant je reconnus la figure de cette femme.
C'était bien la même que j'avais vue à la fenêtre de la salle à manger dans Montague street 1
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