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CHAPITRE XVI

L'ambassade de Russie ! Je devais m'y attendre. Tesloff était un nom russe destiné à cactier quelque autre nom connu.

Il ne m'en fallait pas davantage pour reconnaître tout de suite que la raison pour laquelle le ministre avait interdit la publicité des débats dans cette passionnante affaire de Montagne street était ni plus ni moins une raison diplomatique.

La femme de chambre entra après sa maîtresse en saluant d'un coup de tête familier le magnifique portier qui ne paraissait pas lui en imposer beaucoup malgré ses grands airs et ses dorures. Puis la porte se referma sur les deux femmes et le fiacre qui les avait amenées s'éloigna lentement comme s'il ne pouvait se décider à s'en aller.

Bien décidé que j'étais à attendre la sortie de la dame et à ne pas perdre de vue un seul de ses mouvements, je renvoyai mon fiacre après l'avoir payé et j'entrai dans une petite boutique de pâtisserie presque en face de l'ambassade. C'était en même temps un petit salon de thé très fréquenté sur les quatre heures parles élégants de Rome qui y menaient joyeuse vie. Mais à cette heure de la journée le salon était encore entièrement vide, ce qui ne m'empêcha pas de m'asseoir et de me faire servir un vermouth. Tout en buvant à petits coups, je liai conversation avec le garçon sans quitter des yeux l'entrée de ce

haut bâtiment aux airs de prison qui fut autrefois le palais d'un prince romain et sert maintenant de résidence à ce noble vieillard aux cheveux blancs qui est l'ambassadeur du tsar au Ouirinal.

Une heure entière s'écoula sans que je visse reparaître la belle visiteuse. Le coup de canon qui annonce midi avait déjà éveillé les échos de la ville et les centaines de cloches de la vieille cité s'étaient mises en branle pour lui répondre à l'unisson, comme cela se passe dans toutes les villes d'Italie à la même heure. Mais la prétendue mi.-.s Tesloff ne sortait toujours pas. Il y avait bien des allées et venues fréquentes de jeune? gens très élégants, des secrétaires ou des attachés évidemment; seule, la personne que j'attendais s'obstinait à rester invisible.

Je flânai à droite et à gauche pour tuer le temps dans les étroites rues environnantes; j'espérais ainsi tromper à la fois mon impatience et ma faim, mais, comme il devenait trop évident que mon inconnue allait rester à déjeuner, je pris mon parti de rentrer chez le pâtissier où je m'offris un bon pâté de viande que je dévorai à belles dents malgré mon énervement.

Ce ne fut qu'à deux heures et demie passées que la porte de l'ambassade se rouvrit enfin pour livrer passage aux deux femmes que j'attendais. Le gros portier en livrée bleu et or venait de leur hêler un fiacre où il fît monter la maîtresse et la suivante en saluant plié en deux jusqu'à terre, et elles s'éloignèrent rapidement dans la direction de l'hôtel au grand trot de leur attelage.

Jusqu'à présent, je n'avais pas été vu. C'était un avantage que je désirais conserver. Je voulais épier tous les mouvements de mon inconnue sans courir la chance qu'elle pût me découvrir. Elle remonta à sa chambre, changea rapidement sa toilette de visite pour une jolie robe d'après-midi, et, tout emmitouflée de riches fourrures, elle redescendit avec une dame d'un certain âge qui me parut lui servir de chaperon. Une Victoria de maître les attendait à la

porte de l'hôtel; elles y montèrent et se firent conduire au Pincio, qui est, vers les quatre heures, la promenade à la mode de la Ville Éternelle.

Pour ne pas attirer l'attention de la belle promeneuse, en passant près d'elle dans un fiacre, je me fis descendre sur le passezzio et je m'arrêtai à tlâner dans les contre-allées sous les grands chênes verts, amusé au joyeux babil de toute la haute société de Rome, qui semblait s'être donné rendez-vous là. C'est un des spectacles les plus pittoresques de toute l'Europe que cette brillante réunion par un bel après-midi d'hiver des représentants les plus distingués du monde cosmopolite. Du haut des jardins magnifiques qui couronnent la colline jusqu'à l'endroit où je me trouvais se déroulait un immense panorama de la vieille cité où le Tibre serpente entre des ruines éternelles avec la grosse tour ronde de Saint-Angelo et le dôme superbe de Saint- Pierre, dont le dessin s'accusait en vigueur sur la gloire pourpre du soleil couchant.

Tout autour de moi ce n'étaient que femmes plus élégantes et mieux mises les unes que les autres, hommes aux allures distinguées et tirés à quatre épingles, offîciers italiens en brillants uniformes, diplomates, hommes d'Etat, députés et princes, en un mot, tout ce qui ne semblait vivre que pour la joie lumineuse de ce splendide coucher de soleil d'hiver, tandis que, sur la chaussée, c'était un défilé lent et ininterrompu de magnifiques équipages, presque aussi beau que celui de Hyde-Park chez nous.

L'énigmatique beauté que j'étais en train de surveiller avec tant de patience connaissait évidemment beaucoup de monde, car je ne saurais dire le nombre de dames et de messieurs au salut desquels elle répondit par une gracieuse inclinaison de la tête. Je vis aussi plus d'un officier la saluer et recevoir d'elle un aimable sourire en signe de reconnaissance. Quanta la dame âgée qui était assise à ses côtés, elle restait immobile, d'une raideur glacée, les mains jointes sur la couverture verte de la voiture et le nez en l'air, comme si son rang dans le monde était bien trop

lu

élevé pour daigner s'apercevoir des humbles marques de déférence de ses inférieurs.

J'étais bien décidé à épier la fausse miss Tesloff pendant toute la journée sans en être vu; puis le soir, à l'hôtel, je brusquerais la rencontre en me présentant à elle au moment où elle s'y attendrait le moins, et je me ferais reconnaître. Je comptais beaucoup sur les effets de ce coup de théâtre imprévu pour juger par moi-même si c'était là vraiment la femme qui avait trahi le malheureux jeune homme de Montagne Street ou celle qui avait essayé de le sauver.

Les deux femmes avaient déjà fait plusieurs fois le tour des jardins publics du Pincio et leur voiture descendait lentement la colline, au tintement des grelots de ses chevaux, pour revenir à l'hôtel, tandis que je la regardais du haut de la terrasse qui domine la ville.

Ah ! elle était vraiment belle, cette femme mystérieuse et inquiétante, d'une beauté ensorcelante qui dépassait de beaucoup celle de toutes ces femmes, si jolies pourtant, réunies là sous mes yeux, et d'une grâce qui trahissait clairement son origine patricienne malgré l'incognito. Mais qui donc dans cette foule brillante et heureuse de vivre, grisée de propos joyeux et pétillants d'esprit, qui donc aurait pu se douter, en voyant cette figure angélique et ces yeux rieurs, que la même femme venait de passer, il n'y avait pas encore bien longtemps, par toutes les angoisses de la terreur, en assistant — en prêtant les mains peutêtre — à un crime secret et abominable, resté impuni?

Ce soir-là mon espoir fut déçu, car, au lieu de dîner à table d'hôte, comme j'y avais compté, miss Tesloff se fit servir chez elle. Il ne me restait plus que cette chance qu'elle sortît de son appartement à l'heure du café pour venir passer la soirée à causer avec d'autres pensionnaires de l'hôtel, cequiétaitdans ses habitudes, comme je l'avais appris.

Mon ami de la veille, le vieux général, m'accapara après le dessert et je dus me résigner à m'asseoir et à fumer près de lui, tandis qu'il m'entreprenait sur son

chapitre favori qui pouvait nous mener loin, je le savais par expérience.

Heureusement, au bout d'une demi-heure je trouvai un prétexte honnête pour échapper à ce bavardage à jet continu, et je partis à la recherche de ma mystérieuse Russe.

En arrivant devant la porte vitrée du petit salon, le cœur ne me fit qu'un saut dans la poitrine, car je l'aperçus assise à un petit bureau dans une toilette de soirée noire qui faisait ressortir la blancheur et la perfection de son cou et de ses bras. Heureusement, il ne se trouvait personne à ce moment-là dans la pièce, et ne voulant, à aucun prix, perdre une pareille occasion, je poussai vivement la porte et j'entrai.

Lorsque je fus tout près d'elle, elle leva les yeux de dessus la lettre qu'elle était en train d'écrire, mais dès que ses yeux eurent rencontré les miens, ses lèvres s'agitèrent convulsivement et sa figure subit une étrange transformation,

Une pâleur livide se répandit sur ses joues, ses yeux semblèrent prêts à sortir de leurs orbites, et la plume qu'elle tenait lui tomba des mains.

« Miss Tesloff ! dis-je, en mettant dans ma voix autant de respectueuse politesse que je pus, mais en môme temps avec une gravité solennelle, miss Tesloff, nous nous sommes déjà rencontrés. Vous souvenezvous dans quelles circonstances? »

Elle se souleva à demi avec une expression de terreur qu'elle ne parvint pas à cacher.

1 Vous ! balbutia-t-elle. Vous que... je...

— Alors vous me reconnaissez? répondis-je. Aussi bien que je vous reconnais moi-même? »

Elle s'était levée tout à fait et se tenait toute tremblante devant moi. Elle avait au poignet un bracelet d'or avec une clochette qui rendait un tintement argentin à chacun de ses mouvements. Je reconnus ce tintement pour le même bruit que je n'avais pu m'expliquer en l'entendant pour la première fois, derrière la porte, dans lehail d'entrée de la maison de Blooms bury.

« Que voulez-vous? demanda-l-clle d'une voix rauque. \'ous m'avez poursuivie jusqu'ici, traquéecomme une bète fauve. Quelles sont vos intentions? Dites-lemoi.

— En tout cas, répondis-je vivement, mon intention n'a jamais été de faire un scandale publiquement dans les salons de l'hôtel. Vous pouvez m'en croire sur parole. Ce que je désirerais seulement, etcela dans votre intérêt, je vous le jure, ce serait que vous me fissiez l'honneur de m'accorder une entrevue chez vous, où nous puissions causer sans crainte d'être entendus de personne.

— Et pourquoi faire? demanda-t-elle. Que voulezvous de moi?

— Je veux vous offrir toute l'aide dont je suis capable, répliquai-je. Je ne suis pas venu à vous en ennemi, bien au contraire, je veux être votre ami, si toutefois vous voulez bien le permettre.

— Mon ami ! répéta-t-elle en écho, d'une voix blanche où perçait le doute et l'étonnement. Mon ami I Pensez-vous réellement ce que vous dites?... Vous !»

Je répétai résolument mon afTirmation, quoique ses craintes m'eussent à moitié convaincu qu'il n'y avait guère de doute possible, qu'elle était bien la même femme que la victime avait dénoncée en mourant.

A ce moment, deux jeunes filles en toilettes bleues, les filles d'une grosse baronne française, entrèrent dans le salon à la recherche de ma compagne, mais elle s'excusa auprès d'elles en prétextant qu'une violente migraine l'obligeait à se retirer dans son appartement.

« Venez me trouver dans cinq minutes, murmurat-elle à voix basse quand nous fûmes sortis dans le couloir. »

Et, sur ces mots, elle me quitta pour monter le grand escalier.

Cinq minutes après, je frappai à sa porte, et sa femme de chambre me fit entrer dans son salon particulier, un petit salon luxueusement meublé blanc et or et où elle m'attendait

« Vous pouvez nous laisser, Mitchell, dit-elle à sa femme de confiance. »

Et, lorsque les grandes portes blanches se furent fermées sur la suivante et que nous fûmes seuls, elle se tourna vivement vers moi en disant :

« Je n'ai pas encore le plaisir de connaître votre nom, monsieur.

— Hewerdine, George Hewerdine, répondis-je.

— Hewerdine ! répéta-t-ellesur un ton pensif. Hewerdine ! Curieux, très curieux.

— Pourquoi curieux?

— Ah ! tout simplement parce que c'est un nom plutôt rare. Voilà tout. Mais prenez donc la peine de vous asseoir, ajouta-t-elle poliment. »

Je me laissai tomber sur un petit fauteuil bas, près du feu, tandis qu'elle-même s'asseyait sur une chaise en face de moi et me regardait fixement dans les yeux, comme pour y deviner mes pensées.

Je l'ai déjà dit, sa beauté était ensorcelante, mais elle était encore augmentée en ce moment par la pâleur de ses joues et l'éclat fiévreux de ses yeux noirs. Son corps était d'une perfection de formes achevée et, quoique sa robe noire la fît peut-être paraître un peu plus vieille qu'elle n'était en réalité, elle la moulait à ravir.

•« Vous venez de dire que vous n'êtes pas venu à moi en ennemi, balbutia-t-elle après un silence sur un ton de voix très lent, les yeux fixés sur moi avec un regard d'appréhension indéfinissable et les mains agitées d'un tremblement convulsif.

— C'est vrai, répondis-je. Je pense d'ailleurs, miss Tesloff, que je puis parler à cœur ouvert sans rien vous cacher. Me le permettez-vous?

— Certainement, fît-elle d'une voix rauque et haletante. Parlez, je... je vous écoute.

— Bien, continuai-je. Alors, je n'ai pas besoin de vous rappeler les étranges circonstances dans lesquelles nous nous sommes rencontrés. Elles sont du reste suffisamment présentes à la mémoire de cnacun de nous. Mon seul but en cherchant à vous retrouver

était de vous supplier de m'éclaircir le mystère de cette horrible tragédie car je ne doute pas que vous n'en pos^^cdiez la clef. »

Elle secoua lentement la tête en même temps qu'une indéfinissable expression de dureté passait sur ses traits.

« Votre conduite n'a rien que de très naturel, monsieur Hewerdine, répondit-elle d'une voix absente et mécanique, comme celle d'un automate dont elle avait toute l'étrangeté, car la vie semblait soudainement s'être retirée d'elle. Ce que vous avez errtendu et ce que vous avez vu était bien suffisant pour éveiller votre curiosité, Mais que vous dire de plus? // est mort; ils Vont tué. ^

— Qui? D

Mais sa figure, toujours tournée vers moi, restait énigmatique comme celle du sphinx antique. Ses lèvres pâles et tremblantes ne laissèrent point passer de réponse. Sa terreur, lorsque nous nous étions rencontrés, m'avait convaincu qu'elle devait, d'une façon ou d'une autre, avoir trempé dans le crime.

Au lieu de donner une réponse directe à ma question, elle dit évasivement :

« J'ai suivi les journaux au jour le jour, mais ils n'ont pas dit un mot de l'affaire. Est-ce que la police ne sait toujours rien?

— Détrompez-vous. La police, au contraire, est au courant de la vérité dans ses moindres détails. Seulement, l'instruction a été menée très secrètement et il y a eu un verdict du coroner. Quant aux lettres, elles sont tombées entre les mains des gens de Scotland Yard.

— Quelles lettres?

— Mais, répondis-je, avec une certainehésitation, les lettres qui vous étaient adressées par un homme nommé Lionel, les lettres qu'on a trouvées sur l'assassiné.

— Mes lettres?... Trouvées sur lui?... répéta-t-elle d'une voix haletante. Non, j'ai mal entendu. Ce n'est pas cela que vous avez voulu dire? Je suis sûre qu'il ne les possédait pas.

— Toutce que je sais c'est que j'étais présent lorsque les lettres ont été trouvées sur ce malheureux jeune homme, répondis-je. Je les ai même tenues dans mes propres mains et je les ai lues.

— Les lettres de Lionel ! s'écria-t-elle, C'est impossible. Comment aurait-il pu se les procurer?

— J'en sais encore moins que vous là-dessus. Tout ce que je puis vous dire c'est que ce sont ces lettres qui m'ont donné la piste qui m'a amené ici.

— Mais alors la police sait aussi que je me trouvais dans cette maison maudite à l'heure du drame? demanda-t-elle en se levant vivement de dessus sa chaise, dans une agitation extrême, et son beau visage envahi de nouveau par une pâleur mortelle.

— Je le crois répondis-je. En tout cas, je ne suis venu ici que pour vous offrir toute l'aide dont je suis capable, à la condition toutefois que vous vouHez bien me le permettre.

— Ah ! monsieur Hewerdine, répliqua- t-elle avec désespoir, vous êtes mille fois trop bon de m'offrir si généreusement votre aide, mais j'ai bien peur que votre appui ne puisse servir à rien dans la circonstance.

— Pourquoi? demandai-je. Je sais que vous vous débattez cruellement dans une détresse qui n'a pas de nom. Je l'ai compris du moment où je vous ai vue paraître à la fenêtre, a joutai-je avec l'espoir de la convaincre de ma sincérité.

— Non !... Non !... s'écria-t-elle en sanglotant et en se couvrant la figure de ses deux mains. Non ! ne me rappelez pas cette heure terrible ! L'horreur en est toujours présente à mes yeux à toute heure du jour. Jamais ce hideux souvenir ne s'effacera de ma mémoire. «

Elle releva sa tête aux traits si fins et si doux, mais ses yeux restèrent fixés sur le feu dans une méditation profonde. Sa figure crispée en ce moment par la souffrance était celle d'une femme que ronge un secret inavouable, le secret de quelque faute terrible.

« Les lettres ! reprit-elle enfin, puis se tournant vers moi, elle demanda anxieusement :

152 LA DAME EN BLEb.

— Croyez-vous qu'il me soit possible, au prix de n'importe quel moyen, de ravoir mes lettres?

— Je crains bien que non, répondis-je. Elles sont entre les mains de la police qui les conserve comme pièces à conviction en cas d'une arrestation.

— Une arrestation ! s'écria- t-elle d'une voix rauque en sursautant. Arrêter qui? Et puis, qu'est-ce qu'ils peuvent savoir?

— Je n'ai aucune idée de ce que la police sait ou ne sait pas. Tout ce que je puis vous dire c'est que l'instruction a été poussée à fond.

— Pour me trouver?

— C'est très probable.

— Et s'ils me découvrent, qu'arrivera-t-il?

— Dame ! Ils vous questionneront, tout comme j'essaye de le faire en ce moment. Ils vous demanderont de leur dire toute In vérité.

— Oui, fit-elle d'une voix coupée par l'émotion, vous avez raison. Ils ont mes lettres. Le secret de mon amour est entre leurs mains ; ils peuvent causer un terrible scandale.

— Mais quel rapport cela peut-il bien avoir avec cette terrible affaire de Montagne street?

— Quel rapport?... répéta-t-elle en écho. Hélas ! le plus étroit, malheureusement, j'ai commis la folie, comme ils disent, d'aimer quelqu'un et c'est mon imprudence qui a amené cette abominable tragédie. Comment pourrai-je jamais me le pardonner? Ah ! monsieur Hewerdine, ajouta-t-elle en se tordant les mains de désespoir; si je pouvais seulement vous dire la vérité ! Vous ne voudriez pas m'en croire. »

Et, rejetant en arrière sur son front enfiévré la lourde masse brune de sa magnifique chevelure, elle se mit à marcher de long en large dans la chambre, à grands pas agités, en se causant à elle-même :

« Il est mort !... disait-elle. Mort !... Ils l'avaient bien juré qu'ils trouveraient moyen d'empêcher la vérité de se faire connaître. Jamais lâche trahison, j'en prends Dieu à témoin, ne fut plus cruelle, plus impitoyable ni plus complète I

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