ROSE MARY
Jakovski mangea deux ou trois bouchées et but un verre de vin pour sauver les apparences, paya le garçon, et, après m'avoir salué avec sa politesse exaspérante, partit en se frayant un passage à travers les salles encombrées de monde.
Son hostilité à mon égard était manifeste, il ne s'était même pas donné la peine de la cacher. Je m'en étais bien aperçu tout de suite, et sur cette réflexion consolante, malgré tout, qu'une inimitié déclarée vaut mieux qu'une hainesecrète, j'achevai mon déjeuner, assez intrigué en même temps par la curiosité avec laquelle m'observaient un monsieur d'un certain âge et une jolie jeune fille blonde d'une vingtaine d'années, en train de manger en face de moi, à une table voisine, sans me quitter une minute des yeux.
Ils avaient dû s'asseoir là pendant que j'étais trop absorbé dans ma conversation avec le Russe pour m'apercevoir de leur présence. Un peu gêné par cette insistance à me fixer, je regardai à mon tour l'élégante jeune fille dans les yeux, maisle rouge de la confusion lui monta aux joues et elle se cacha aussitôt la figure derrière la carte du menu qu'elle fit semblant de lire.
Ca petit manège n'avait pas laissé que de m'étonner, mais, pour le moment, je me bornai à le trouver plutô t curieux et voilà tout, car j'avais bien d'autres idées
en tête pour prêter quelque importance à des détails de ce genre.
Qui était cette Hélène? La femme aux cheveux blonds?
Son nom avait échappé à la belle inconnue malgré elle, tant avait été grande sa stupéfaction et son horreur à la vue de la photographie que je lui avais mise à l'improviste sous les yeux. Le nom qu'elle avait prononcé était un nom anglais, pourtant la figure de la morte et la façon dont ses cheveux étaient coiffés décelaient une origine étrangère.
J'avais acquis la preuve aussi, par l'effet qu'avait produit ma déclaration sur le Russe que Norreys devait avoir joué un rôle quelconque dans cette émouvante affaire. Mais quel rôle, voilà ce dont je n'avais pas les moyens de m'assurer.
Il était évident que Jakovski avait un but bien arrêté en me filant jusqu'à Londres. Natica Tesloff craignait d'être découverte, et elle l'avait envoyé pour essayer de m'empêcher de pousser plus loin mes recherches qui devenaient gênantes.
Elle aussi se trouvait à Londres, cela ne faisait pas de doute. Peut-être même avait-elle voyagé dans le même train que moi à mon insu. Mais que pouvait donc être cet homme pour qu'elle en fût réduite à le supplier et à l'implorer comme je l'avais vue faire un soir à Rome dans l'un des salons de l'hôtel?
Ce loucheindividului-mêmeétait un mystère vivant, aussi sinistre et aussi obscur que les motifs qui le faisaient agir. Malgré tout, ses menaces et son vague avertissement que j'étais en danger de mort ne m'avaient aucunement détourné de la tâche que j'avais entreprise. Norreys, le secrétaire de mon vieil oncle, l'homme de confiance dont il se défiait par-dessus tout, était certainement un de ceux qui avaient machiné, sinon exécuté le crime. Aussi mon instinct m'avait-il donné la conviction dès le début que cette affaire de Montague street amènerait des suites menaçantes pour mon avenir.
Je courais un grand danger, un danger de mort. Il
était manifeste que j'avais attiré sur ma tête la haine de certaines personnes qui m'étaient parfaitement inconnues; mais, d'un autre côté, je connais assez mon Londres pour jamais m'y laisser prendre à quelque chose de louche. On pourrait bien me tendre les pièges et les guet-apens les plus habilement dissimulés, il faudrait des gens doublement malins pour me faire tomber dans leurs filets. D'ailleurs, un homme averti en vaut deux.
Et, pourtant, ils avaient bien tué ce malheureux jeune homme en plein jour dans Bloomsbury. Norreys, ou celui qui lui ressemblait si étrangement, avait fait le guet dans la rue et donné l'éveil aux habitants de cette maison de mystère. Et je n'exagère pas en l'appelant une maison de mystère, car la manière dont les assassins avaient disparu était encore une énigme qui confondait Courtland et ses hommes. Ils n'étaient certainement pas sortis par la rue et ils n'avaient pas pu sortir non plus par les derrières de la maison, puisqu'il n'y avait pas d'issue.
Mais ce qui m'intéressait en ce moment plus que l'identité des victimes c'était le mystère qui enveloppait cette femme dont on ne connaissait que le nom de Teslofï. Elle était unie par je ne sais quels liens inavouables à ce Russe maudit. Peut-être même était-elle sa complice.
Je me rappelai ce que le vieux général au cours de ses bavardages sans fin m'avait raconté de ce jeune homme mince et élégant aux allures suspectes qui rendait secrètement de fréquentes visites à la belle inconnue et avait toujours soin de rester dans l'ombre à l'arrière-plan. Dans l'existence de cet individu je fiairais à ne m'y pas tromper quelque chose de louche. Le fait même qu'on ne le voyait jamais en public avec la femme qu'il semblait poursuivre en secret de ses assiduités et dont les admirateurs le craignaient comme un homme jaloux et vindicatif, montrait qu'il devait jouer auprès d'elle un tout autre rôle que celui d'amoureux et que leur amitié devait servir de paravent à quelque machination cachée.
Cet après-midi-là, j'allai voir Page, mais je me gardai bien de lui dire que j'avais trouvé Miss TeslofT. De son côté, il me déclara qu'il ne savait rien de nouveau. Le silence s'était fait autour du mystère de Montague street qui restait plus que jamais insondable.
Cet après-midi-là également, j'entrai en passantchez un brocanteur de Euston road et j'achetai un bon revolver d'occasion, car si ma vie devait être menacée, comme cela semblait être le cas, c'était bien le moins que je ne sortisse jamais sans être armé. Je n'avais jamais tiré un coup de feu de ma vie, mais l'idée que je portais une arme sur moi me donnait un semblant de sécurité.
Je pris le train de huit heures du soir à la sfare de Liverpool street et à minuit je me retrouvai a:Dox3 dans dans la grande vieille bibliothèque de Twineham Hall.
Je n'étais pas arrivé à ce moment de la journée où la lettre posthume de mon oncle me prescrivait de passer une heure dans le boudoir bleu, mais en parcourant ces grandes salles, dont les hautes voûtes me renvoyaient l'écho de mes pas, je ne pus m'empêcher de frissonner au souvenir impressionnant de cette voix étrange et inexplicable. Je me rappelai la moindre des paroles qu'elle m'avait dites avec son accent lugubre et surnaturel d'outre-tombe.
Natica Teslofï était-elle la femme aux cheveux bruns que je devais fuir? C'était là la question qui m'inquiétait le plus.
Le vieux Burton, mon fidèle serviteur, s'empressait à répondre à mes moindres désirs, allant et venant discrètement à mes côtés, sur l'épais tapis qui étouffait le bruit de ses pas, ets'informant de l'état de ma santé avec l'espoir qu'elle avait été bonne.
« Il est venu plusieurs visites, monsieur, dit-il. Des gens qui désirent faire votre connaissance. »
Et il me présenta plusieurs cartes de visite, sur un plateau de vieil argent, en ajoutant :
« Ce sont tous des amis du colonel, monsieur, de la bonne noblesse du comté. »
176 LADAMEENBLEU.
Je jetai un coup d'œil sur les cartes. Il y avait celles de l'évêque et de sa femme, celles d'un £omte de l'endroit et de la comtesse, celles d'un ou deux curés et de quelques personnes aux noms très aristocratiques et enfin, toutes les cartes qu'on dépose en pareille circonstance. J'avais bien une vague idée que je devais rendre les visites de tous ces gens, mais je dois avouer que ye connaissais mieux la qualité et les marques de fabrique des étoffes que les usages du beau monde. La seule société que j'avais fréquentée jusque-là était celle de mes confrères, les commis de nouveautés, tous jeunes gens qui n'ont pas l'habitude des belles manières et ne se rendent guère de visites — quand ils s'en rendent — que le dimanche.
En réponse à ma question, Burton me dit :
« M. Norreys a été à Londres, je crois, monsieur; il n'en est revenu que la nuit dernière. Il m'avait raconté que vous étiez parti à l'étranger. »
Je fus d'autant plus surpris de ces paroles que personne, à part moi, ne connaissait ma courte escapade sur le continent. C'était donc que mon secrétaire devait posséder une source secrète d'information, ce qui ajoutait encore au mystère dont il était enveloppé.
Je ne pus m'empêcher de penser à ce que mon oncle m'avait écrit de lui avant sa mort. Il fallait se défier de M. Norreys.
Le lendemain matin, il vint me trouver après le petit déjeuner avec force salutations plus obséquieuses que jamais, et se mit à passer en revue nombre de sujets qui avaient trait à mes propriétés et aux exécuteurs testamentaires du colonel. Qu'il fût un personnage minutieux et méthodique, d^oublé d'un avare, cela ne faisait pas le moindre doute; mais ses yeux caves, faux et fuyants, vous donnaient immédiatement l'impression qu'on avait affaire à un être singulièrement sournois et hypocrite, et je m'étonnais de plus en plus que mon oncle qui était si bien fixé sur son caractère lui eût néanmoins gardé pendant si longtemps toute sa confiance.
Cet après-midi-là, pendant que je m'étais inslal!»^
bien à mon aise dans un coin de la bibliothèque à lire le journal, Burton m'apporta deux cartes de visite en disant :
« Ce monsieur et cette dame sont dans le grand salon, monsieur. J'ai cru devoir les faire entrer. Si je ne me trompe, vous m'avez dit de répondre aux visiteurs que vous receviez?
— Et vous avez très bien fait, Burton, répliquai-je.» Je jetai alors un coup d'œil sur les deux cartes et je
lus ces noms :
Sir Edmund Earle. — Earlstone.
Miss Rosemary Earle.
« Les connaissez-vous? demandai-je.
— Oh ! oui, monsieur. Sir Edmund habite Earlstone Hall à environ sept milles d'ici, et Miss Rosemary sa fille est une belle jeune fille, très bonne pour les pauvres. Elle apprend aux petites filles de l'école de Twineham à faire des travaux d'aiguille tous les mercredis après-midi.
— Etaient-ce des amis de mon oncle?
— Dame ! on ne peut pas dire qu'ils se voyaient beaucoup. Le colonel sortait si peu Vous savez. Ce n'était pas qu'ils ne l'eussent invité bien des fois, mais il avait presque toujours refusé. Pourtant Sir Edmund était forcément en relations avec votre oncle, puisqu'il était vice-président des mêmes comités et des mêmes cours de justice que lui. Malgré tout, oui, on peut dire que c'étaient de bons amis.
— Et Miss Rosemary? Comment est- elle? Jeune ou vieille?
— Elle est née l'année même de mon mariage, monsieur. Elle a donc ses vingt et un ans sonnés depuis la Noël dernière. »
Satisfait de ces renseignements je m'en allai par le long corridor qui mène au grand salon, une pièce antique avec ses meubles d'un autre âge, son Chippendale authentique et ses vieilles porcelaines de Delft, où m'attendaient le baronnet et sa fille.
Le baronnet appartenait à ce type mince et élancé de vieux gentilhommes campagnards grisonnants,
dont les vêtements flottants semblent beaucoup trop larges pour leur corps érnacié. Sa figure était longue et ses traits fortement accusés, sa voix un peu faible avait quelque chose de. nasillard. Mais sa fille, la jeune personne qui répondait au nom naïf, évocateur d'une époque disparue, de Rose-Mary, possédait bien la plus jolie, la plus fraîche et la plus adorable figure que j'aie jamais vue.
Mon enthousiasme vous fera sourire sans doute, car vous vous direz que jusque-là je n'avais guère été à même de voir beaucoup de jolies femmes de la haute société. J'en conviens, mais je vous répondrai qu'il est un fait certain que chacun de nous est frappé d'une sorte d'intuition secrète qui lui fait reconnaître tout de suite celle dont le cœur doit battre à l'unisson avec le sien. Que ce soit une femme ou que ce soit un homme, nous sentons toujours immédiatement, quand nous voyons une personne pour la première fois, si nous lui sommes sympathique. Cet instinct d'attraction et de répulsion qui veille toujours audedans de nous est comme l'instinct des animaux; on ne saurait l'expliquer qu'en disant qu'il est un don de la nature, mais tout ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il ne saurait nous tromper.
Ses yeux étaient brun foncé, d'une eau profonde et limpide, ses traits d'une symétrie parfaite, ses joues arrondies avec des fossettes malicieuses. Ses dents, qu'elle découvrit en me souriant gracieusement quand je lui pris la main et que je la saluai, avaient la blancheur des perles.
Avec une expression de timidité charmante, elle baissa les yeux sur le tapis, et je me tournai vers le baronnet en lui adressant mes remerciements les plus sincères pour la peine qu'il avait prise et le grand honneur qu'il me faisait de venir me rendre visite afin de lier connaissance.
« Votre oncle était un de mes meilleurs amis, me répondit le vieux gentilhomme. Un peu excentrique peut-être, mais un homme qui valait son pesant d'or derès tout, un de ceux de la vieille école du Norfolk,
comme il en reste si peu, hélas ! Ma fille a appris que vous vous trouviez de passage ici, et nous nous sommes empressés d'accourir pour être les premiers à vous souhaiter la bienvenue et à vous olîrir nos sincères félicitations sur votre entrée en possession de cette vieille résidence qui est vraiment magnifique.
— C'est mille fois trop aimable de votre part, sir Edmund, répliquai-je. »
Et je le n)is au fait en quelques mots de la façon tout à fait inattendue dont j'avais appris la nouvelle de mon héritage.
« Ah ! votre oncle était un homme bien étrange ! remarqua-t-il. Quand il prenait les gens en grippe, il n'y avait pas moyen de l'en faire démordre et il avait comme cela souvent des antipathies aussi violentes qu'inexplicables. Par exemple, il aimait les livres à la folie, tout comme moi. C'était un bibliophile très connu et très apprécié, et son remarquable ouvrage sur les presses italiennes du quinzième siècle est un travail qui fait autorité. D'ailleurs, vous savez que vous possédez dans votre bibliothèque des trésors d'une valeur inestimable. Il y a entre autres un exemplaire de Perceval le Gallois imprimé à Paris en 1530, qui vaut au moins quatre cents livres, un Suckling de 1646, une édition princeps du Faerie Oueen de Spencer de 1590, et une édition princeps encore de Sir Thomas More de 1551. Je me souviens aussi qu'il m'a montré une fois son trésor le plus précieux de tous, ah ! oui un véritable trésor celui-là, on peut le dire, le seul exemplaire encore existant de l'édition princeps de Christopher Marlowe. C'est pour vous dire, que si vous êtes amateur de hvres aussi, vous avez de quoi faire pour étudier.
— J'ai bien peur de n'être qu'un profane, fis-je en riant. Mon instruction a été si négligée !
— Mais il faut vous y mettre ! répondit-il avec toute la chaleur de son vieil enthousiasme. Si vous voulez bien me le permettre c'est moi qui vous donnerai de l'intérêt pour votre propre bibliothèque, qui vous la ferai connaître et qui vous la ferai aimer.
Vous verrez que vous n'aurez pas le temps de vous ennuyer, car les livres sont bien la plus passionnante des occupations. »
Je le remerciai très vivement tout en me promettant bien, dans mon for intérieur, de ne jamais me livrer à une récréation aussi aride et aussi sèche que la poussière elle-même de tous ces vieux bouquins. J'y préférais de beaucoup les exercices au grand air, le jeu de golf, la chasse, l'équitation, voire même la bicyclette, et je me jurais de laisser les recherches poudreuses de la bibliothèque à ceux que leur âge et leurs infirmités retiennent au coin du feu.
Sur ces entrefaites, Burton apporta le thé qu'après mes plus vives instances miss Rosemary voulut bien nous servir.
C'était une jeune personne pétillante d'esprit et de gaîté et qui, comme elle me l'apprit, venait de faire un assez long séjour en France où elle avait pris pension dans une famille de là-bas pour se perfectionner dans la langue. Elle et son père avaient beaucoup voyagé dans toutes les parties à la mode du continent. Après la mort de Lady Earle, survenue il y avait cinq ans, ils avaient passé l'hiver une fois au Caire, une fois à Florence et une autre fois à Alger.
a C'est que, voyez- vous, monsieur Hewerdine, je suis devenue terriblement cosmopolite, fit-elle en riant. Mon père me reproche toujours de ne pouvoir m'habituer au train-train assommant et monotone de notre petit pays perdu au fond des bois. Mais c'est un trou, un vrai trou où nous sommes enterrés vivants. 11 y a de quoi mourir d'ennui cent fois. A Fontainebleau aussi nous étions à la campagne, mais je vous prie de croire qu'il y en avait de la gaieté, et de la vie, et du mouvement. On s'en donnait à cœur joie, tandis qu'ici les gens ont toujours l'air de dormir.
— Rosemary ! Rosemary ! s'écria le vieux baronnet qui manqua de renverser sa tasse, vous allez trop loin. Il ne faut pas dire cela, M. Hewerdine pourrait répéter vos inconséquences à nos voisins.
— C'est vrai, soupira-t-elle, vous avez raison. C'est le dépit qui me dicte mes paroles. Mais aussi, voyons, pourquoi ne pas m'avcir emmenée à Cannes cet hiver, mon père? Vous me l'aviez pourtant à moitié promis.
— Ma chère enfant, j'ai été forcé de rester par mes fonctions de magistrat, vous le savez bien, mes commissions à présider, d'autres affaires en train...
— Que la peste soit des affaires et des commissions alors, et n'en parlons plus ! dit-elle d'un ton décidé qui nous fit rire tous les deux. »
C'était bien là le type le plus pur et le plus frais de jeune fllle anglaise que j'eusse rêvé avec sa bonne humeur et sa franchise si sympathiques et si séduisantes, ses manières gracieuses et modestes et par-dessus tout cela une désinvolture bien moderne sans être affectée.
Commedes milliers d'autres jeunes filles de sa classe, elle avait goûté à la brillante fantasmagorie de la vie sur le continent dans sa première jeunesse, et voilà que maintenant il lui fallait se résigner à la simplicité rustique et routinière de la vie campagnarde. J'ai toujours pensé, à ce propos, que c'était une mauvaise chose pour les jeunes filles que ce complément d'éducation qu'on leur fait donner à l'étranger et qui est si fort à la mode aujourd'hui, car elles n'en retirent le plus souvent qu'un amour du changement qui les poursuit toute leur vie.
Nous continuâmes de causer et de rire joyeusement et je les conduisis à la bibliothèque où le baronnet s'en donna à cœur joie de mettre les rayons sens dessus dessous pour découvrir quelques rares éditions. Mais ces vénérables bouquins décousus et piqués des vers qu'il m'apporta triomphalement, n'eurent pas le don. de me faire partager son enthousiasme, quoiqu'il me déclarât avec admiration que c'étaient là des spécimens vraiment uniques du travail des premières presses d'Anvers.
Et tandis que Sir Edmund se plongeait avec délices dans un examen approfondi des richesses biblio
•graphiques démon oncle sans en craindre la poussière, je restai dans l'embrasure profonde de la fenêtre à échanger d'agréables propos avec Rosemary, enivré par sa beauté et séduit par la grâce toute féminine qui se dégageait d'elle.